I.’ UNIVERS
La province de Loango proprement dite est située au sud de Cilongo. C’est un pays de plaine, fertile et abondant eu toutes sortes de fruits et de productions utiles. La principale ville porte le même nom, et sert de résidence au roi du pays. Elle est à trois milles de la mer, dans une vaste plaine. Les palmiers et les platanes, sous lesquels les maisons sont bâties, y entretiennent une fraîcheur continuelle. Les rues sont longues et larges. Le palais du roi occupe le côté de l’ouest, et sa porte donne sur une belle place, où le prince tient les conseils de guerre et célébré les fêtes publiques. Une grande rue qui part de cette place rassemble tous les jours, à dix heures du matin , quantité de marchands , soit de la ville, soit des lieux voisins; ils y exposent en vente des étoffes de palmier, de la volaille, du poisson, du vin, du blé et de l’huile. On y voit une fameuse idole, le mokisso de' Loango.
Toutes les maisons de la ville sont, dit Dapper, à peu près de la même grandeur, et leurs distances ne sont pas moins égales. Chacune est composée de deux ou trois chambres. Celles des grands sont environnées d’une haie de branches de palmiers et de roseaux, qui renferme sept ou huit bâtiments dans le même euclos.
Les meubles de la plupart des habitants consistent dans quelques pots et calebasses, des nattes pour la nuit, avec un bloc qui sert de chevet. Selon Braun , le roi de Loango a trois cent soixante concubines; mais il a une seule femme principale, qui est la reine. Le fils aine de celle-ci hérite du trône; les autres fils ont le gouvernement des provinces ; les lilsdes concubines oblien tient des grades dans l'armée, et ils portent tous le titre de manna , monseigneur. Si la reine n’a point d'enfant mâle, c'est le fils de la sœur du roi qui succède à la couronne.
La baie de Loango se reconnaît à ses falaises rouges , qui dès le matin sont frappées des rayons du soleil , qu’elles réfléchissent de manière'à ressembler à des flammes. L'entrée delà baie est dangereuse, et barrée d’un banc de rochers qui part de la pointe du sud et s'avance
Jusqu’au delà du centre de la baie. Le ouquet de palmiers appelé bois de Ma-
quimbe se distingue sur une montagne au fond de la baie . et n’est éloigné que d’un quart de lieue du bord de la mer. On trouve entre le rivage et la terre un lac, appelé Uarachouas, qui communique avec la mer aux époques des marées. 11 y a beaucoup d’autres lacs semblables sur cette côte.
A seize lieues au sud de. Loango on rencontre Malemba. C’est une rade que rien n’indique , et qu’il faut , selon Degrandpré, connaître pour y venir mouiller. L’approche en est cependant marquée par les montagnes de Cacongo, qui dominent une baie de médiocre grandeur, dans laquelle se décharge une pente rivière du même nom.
On laisse cette baie de Cacongo au nord, et Ton vient mouiller vis-à-vis de la montagne ae Malemba, à une lieue et demie ou rivage, par sept brasses d'eau, fond de sable. La montagne de Malemba est, suivant Degrandpré, élevée de plus de soixante-dix toises au-dessus du niveau de la mer: mais du large elle ne se présente que comme une très-haute terre, de niveau avec toutes celles qui l'avoisinent; elle est presque coupée à angle droit sur le bord de la mer, et son sommet offre une daine qui s’étend dans l’intérieur par une pente insensible. Degrandpre suppose que cette partie de la côte s avançait autrefois jusqu’aux rochers qui forment aujourd’hui la barre et détendent le débarquement. On trouve quatre métrés d’eau à la hase de ces rochers, qui sont de formation volcanique. La mer. en gagnant sur la côte, aurait formé la netite crique appelée le Paradis, ou Port aux canots, et l'anse nommée Port aux chaloupes, et se serait avancée successivement jusqu’au pied de la montagne de Malemba, dont elle bat aujourd'hui les flancs escarpés. Les comptoirs européens de la traite étaient établis sur le sommet de cette montagne , autour d'une grande place carrée qu'on v avau pratiquée.
Malemba abonde en fruits, en légumes, en bétail ét gibier. Le lac de Loanguillv, situé a peu près à une lieue et demie au sud-est. fournit d’excellent poisson d’eau douce. Ii a environ une lieue de diamètre. Plus loin, on voit de profondes crevasses, formées sans doute par des torrents, dont les traces se
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présentent à chaque pas. Ces crevasses sont autant de précipices qui ont paru à Degra ndpré atteindre un niveau inférieur à la surface de la mer. Dans ces précipices on trouveencorede petits ruisseaux peu rapides, restesépuisésdes flots qui ont creusé leurs lits. Près de là est le village du mamboue, ou prince de la contrée, dausime position admirable.
Le logement du mamboue est à l’européenne , parfaitement garni de sièges , lits, canapés, tapis; presque tous ces meubles sont de velours.
A cinq petites lieues au sud de Malemba est la petite baie de Cabinde, avec la ville du même nom ( à 5° 36' latitude australe). • Cet endroit, dit Degrandpré, est nommé le Paradis de la Côte , et il mérite bien ce nom, par sa position délicieuse, son beau site et sa grande fertilité ; c’est le paysage le plus riant de tous les environs : la mer y est constamment belle, par conséouent le débarquement facile ; on échoué les bateaux dans les lames sur le rivage , et l’on saute à terre à pied sec. » On reconnaît Cabinde à une haute montagne isolée, en forme de pain de sucre, et couverte de bois; elle parait être d’origine volcanique.
En approchant de la baie on distingue au sud une pointe longue et basse, couverte de palmiers; cette pointe ferme la baie, et repose sur un fond de rochers granitiques. Une petite rivière se jette dans la mer au fond de la baie; cette rivière est si faible, qu’à eine peut-elle recevoir dans son emouchure les chaloupes qui vont faire l’eau ; on la remonte à une portée de fusil , et a cette distance l’eau est douce, particularité qu’il faut attribuer au peu de flux et de reflux qui se fait sentir sur cette côte.
La ville de Cabinde est située au fond de la baie, et regarde l’ouest. Elle se compose de quelques huttes de roseaux , les unes rondes , les autres carrées. Le pays est peu cultivé autour de la rade; mais il serait assez fertile si l’indolence des habitants ne leur faisait négliger l’agriculture. Ou n’v voit point d’autres bestiaux qu’un petit nombre de porcs.
La volaille y est plus commune. Lesperroquets et les singes y sont en abondance.
Les Portugais ont essayé , à diverses reprises, de s'établir à Cabinde; ils • avaient depuis longtemps construit un fort au milieu de la baie , qui fut depuis abattu; on n’en voyait plus aucune trace avant la guerre de 1778. La traite y était autrefois très-active; elle se composait de Nègres du Congo, du Sogno et de Mondongues ou Mandougos, qui ont ia coutume de s’inciser le visage de larges cicatrices , et de se limer les dents, pour les rendre aiguës.
Habitant e du Loango.
Les peuples qui habitent le royaume de Loango portent le nom de Bramas. Ils ont beaucoup de ressemblance avec les Negres du Congo. Ils sont vigoureux, de haute taille, libertins, passionnés pour le vin de palmier, mais susceptibles de sentiments généreux. Ils sont soumis à la pratique de la circoncision. Les hommes portent de longues pagnes, qui chez les riches tombent jusqu’aux pieds, et le bas est ordinairementbordé d’une frange. Les ceintures ordinaires sont de feuilles de matomba. Les ornements du cou sont ou des colliers, ou des chaînes triangulaires qui pendent sur la poitrine , ou diverses sortes de coquilles et de pièces d’ivoire. Aux bras et aux jambes ils mettent des cercles de cuivre ou de fer, delà grosseur d’un tuyau de plume, parsemés de grains de verre noirs et blancs. Il ont sur les épaules un sac long de trois quarts d'aune, avec une petite ouverture pour y faire entrer le bras. Sur la tête ils portent un bonnet serré, et dans les mains un grand couteau , leur arc ou leur épée; car ils ne paraissent jamais sans armes. Les pagnes des femmes descendent un peu au-dessous du genou.
Elles ont quelquefois par-dessus une pièce de toile ou quelque belle étoffe d’Europe, mais sans ceinture. Toutes les parties supérieures et la tête demeurent nues , ou n’ont d’autres ornements que des colliers, des bijoux, etc. Les jambes sont ornées de la même parure. L’usage général, pour les deux sexes , est de se peindre le corps avec le suc d’un bois nommé tacoel, qu’on broie facilement entre deux pierres.
Les Nègres du Loango n’ont d’autre nourriture que du poisson frais ou
kvogle
fumé, surtout des sardines, qu’ils font bouillir avec différentes herbes et du poivre du Brésil , nommé akki. Les personnes riches mangent leur poisson avec du missanga ou petit millet, broyé dans un mortier et cuit à l’eau.
Le plus agréable de leurs mets est un composé ae poisson fumé, de sel et d’akki; mais le plus commun est le fondi, qui n’est que de la farine de millet délayée dans de l’eau. Les femmes sont chargées de tous les ouvrages serviles. Fendant que les maris prennent leurs repas, elles se tiennent à l’écart, et mangent ensuite les restes. Leur soumission va si loin, qu’elles ne leur parlent qu’à genoux , et qu’à leur arrivée elles se prosternent pour les recevoir.
L’aîné d’une famille en est l’unique héritier ; mais il est obligé d’élever ses frères et ses sœurs jusqu’à l’âge où l’on suppose qu’ils peuvent se pourvoir euxmêmes.
Les Nègres sont très-superstitieux et fort attachés au culte de leurs fétiches, ou mokissos. Les attributs de ces divinités rappellent la mythologie grecque et romaine : les unes ont l’empire des vents et du tonnerre ; les autres président aux poissons de la mer; d’autres à ceux des rivières, aux bestiaux, à la santé, à la bonne fortune, à la clarté des yeux , à la fermeté des jambes ; enfin chaque idole jouit du pouvoir qui lui est propre, et dans les limites d’un certain lieu. Les mokissos sont des statues ou images informes; quelques-unes représentent des figures humaines; d’autres ne sont que des bâtons garnis de fer par. le bout ou décorés d’une sculpture grossière; des roseaux qui se portent autour des bras et du cou; des cordes ornées de petites plumes et de deux ou trois petites cornes , qui servent de ceinture ; des pots remplis de terre blanche; des cornes de buffle, revêtues de la même terre, et garnies d’un anneau de fer au bout. Une de ces divinités les plus bizarres est représentée par un pot rond , sans pieds et dont l’extérieur est peint de diverses couleurs. Ils attribuent à ces mokissos les mêmes passions qu’aux hommes : ils recommandent de leur rendre à tous les mêmes adorations, afin de ne point exciter de jalousie. Les
prêtres ou gangas, chargés de la construction et de 1 entretien des mokissos, pratiquent des cérémonies superstitieuses , accompagnées de convulsions et de grimaces burlesques. Chaque localité a son mokisso; et il y en a qui jouissent d'une grande réputation dans le pays.
Les Nègres ne voyagent pas sans porter sur eux un' sac de refiques, qui pèse quelquefois jusqu’à dix ou douze livres. Quoique ce poids, joint à leur charge, soit capable d’épuiser leurs forces , ils ne veulent pas convenir qu’ils en ressentent la moindre fatigue ; au contraire, ils assurent que ce précieux fardeau sert à rendre l’autre beaucoup plus léger.
Leurs dévotions publiques commencent toujours par l’exposition d’un sac de bijoux sacres; ensuite le gang a s’assied sur une natte, se bat les genoux avec une petite bourse de cuir, en faisant sonner quelques grelots de fer , qu’il porte toujours entre les doigts; puis il frappe sur sa poitrine, se peint successivement les paupières, le .visage et d'autres parties du corps, de blanc et de rouge, avec des mouvements et des ritnaces étranges, tantôt levant, tantôt aissant la voix , et répétant par intervalles le mot mariomena, auquel toute l’assemblée répond par le mot ka. Après cette cérémonie, qui dure assez longtemps, leganga paraît hors de lui-même ; on est obligé de lui tenir les bras, pour arrêter ses transports; mais, par l’aspersion d’une eau fort acide qu’on exprime de quelques plantes, cette extase . cesse. Enfin il déclare qu’il vient d'apprendre le bosibatta , c’est-à-dire la réponse qui convient aux demandes de l'adorateur.
Le pays est gouverné par des chefs ou rois absolus, qui presque tous se sont enrichis en vendant leurs sujets connue esclaves.
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Partie topographique. Le Congo a pour limites au nord le 'fleuve Zaïre, et au sud le fleuve Dande, qui le sépare du royaume d’Angola ou l)ongo. Il est compris entre les 6° et 9" de latitude australe. A l’ouest il est borné par l’océan . Atlantique, et à l’est par des régions à peu près inconnues. Labat cite ici les royaumes de Fungeno, de Matamba, les
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mont, limes du Soleil ou montagnes Brûlées et la rivière de Loango. La capitale oïl banza du Congo s’appelle San-, Salvador ; cr nom lui a été donné depuis cjue les Portugais y ont introduit le christianisme. Elle est située sur une montagne très-haute et escarpée, à cinquante lieues de la mer, au sud-est du Zaïre et à une assez petite distance de la rivière de Leluuda. Nous n’avons sur cette ville d’autres renseignements que ceux que nous ont laissés les voyageurs des seizième et dix-septième siccjes.
Ainsi , Pigafetta nous apprend qu’elle est entourée d’une forte muraille , et que tout le sommet de la montagne est rempli de villages et de palais, qui forment comme autant de villes, ou plutôt qui n’en font qu’une seule, d’une trèsgrande étendue. Suivant Carli, San-Salvador a l’avantage de n’être point infesté, comme, le reste du royaume, par les mosquites, les puces et d’autres insectes incommodes. Les rues sont fort bien distribuées ; la plupart des édilices sont régulièrement construits, grands, et en bon ordre, mais couverts de chaume, à l’exception d’un petit nombre de maisons portugaises. Le palais du roi est fort spacieux. Outre le grand mur, il y en a quatre autres, dont celui qui regarde la ville portugaise est de pierre et de chaux. Les autres sont de roseaux, mais fort bien travaillés. Les appartements, les salles, les galeries, sont revêtus de belles nattes du tapisseries à la manière de l’Europe. Dans l’intervalle du mur le plus intérieur on a pratiqué des jardins, qui sont remplis de toutes sortes de légumes et plantés de différentes espèces d’arbres. On y a construit des pavillons assez élégants. Carli donne une lieue de circonférence au palais du roi. Il ajoute que c’était autrefois le seul édifice du pays qui fût de pierre et de bois ; mais que depuis l’établissement des Portugais tous les grands ont appris d’eux à mettre plus d’ordre etde goût dans leurs bâtiments et dans leurs meubles. Dapper compte dix ou onze églises à San-Salvador. L’établissement des jésuites est très-vaste. Au rapport de Merolla, on trouve hors de la ville un grand marché, nommé Pombo, anciennement bâti par les Jagas, où l’on vendait la chair humaine, comme celle de bœuf et de mou-
ton. Les marchands portugais refusèren t d’acheter la chair des esclaves mori s ; mais ayant proposé à ces barbares de l’acheter en vie, ils firent avec eux un traité qu'ils regardèrent depuis comme le fondement de leur privilège exclusif pour la traite des Nègres.
Les Portugais divisèrent le Congo en six grandes provinces, sous les noms de duchés , de comtés et de marquisats. Ces six provinces sont : Bamba, Sogno, Sundi, Pango, Batta et Pemba.
Bamba est la plus grande et la plus riche province du Congo ; elle est comprise entre la rivière Ambriz et le fleuve Loze. Elle est gouvernée par un manl, qui a beaucoup d’autres chefs ou sôvas sous sa dépendance. La principale ville et le séjour du mani est située dans une belle plaine, entre les rivières de Loze et d'Ambrize; elle se nomme Panza selon Lopez, et Panga selon Dapper; son ‘ éloignement de la mer est d’environ cent milles. Ses rues et ses édifices sont dispersés comme à Loango. Bamba est le rempart du royaume de Congo par le courage et le nombre de ses habitants.
La province ou comté de Sogno s’étend, comme le Bamba, le long de la côte. Elle est (bornée au nord par le Zaïre, au sud par l’ Ambriz, et à l’est par les territoires de Pango et de Sundi.
Banza-Sogno en est la capitale; elle est située à trois lieues du cap Padron, et à une lieue et demie de Pinda, placée sur un bras du Zaïre. C’est dans cette dernière ville que les missionnaires capucins trouvèrent, en 1045 , une église, dont la fondation remontait, dit-on, jusqu’à la conquête du pays par les Portugais. La ville de Sogno ou Sonho se compose, suivant Mérolla, d’environ quatre cents maisons, très-espacées, et couvertes de chaume ; les murs sont formés de branches et de feuilles de palmier, très-bien entrelacées. L’intérieur est revêtu de nattes de diverses couleurs. Le plancher est de terre bien battue et d’une dureté à toute épreuve.
Les voûtes et les plafonds sont de roseaux. — Le sol du Sogno est sec et sablonneux, mais très-propre à la culture des palmiers. Le principal revenu du pays vient du commerce du sel, qui est tres-abondant sur les côtes. C'est par
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cette province que la religion a commence à s’introduire dans le Congo.
Elle avait pour tributaire le marquisat de Cliiova, dont les habitants portaient anciennement les noms de Mombalassi ou Momlmlasingi.
Le duché de Sundi forme la troisième province du Congo. Il commence, selon Cavazzi, à treize lieues environ au nordest de San-Salvador ; au nord, il s’étend sur l’autre rive du Zaïre; au sud-ouest il est borné par les territoires de Batta et dePango; au nord-est, par le royaume de Miccoco et les rochers de cristal, au pied desquels la rivière Bancari se perd dans le Zaïre. La capitale , qui porte aussi le nom de Sundi, est à six lieues de la grande cascade du Bancari. Le sol du Sundi est arrosé d’un grand nombre de rivières, qui le fertilisent. Ses montagnes abondent en métaux précieux , qu’une loi du pays défend d’exploiter, à l’exception des mines de cuivre, situées dans le voisinage de la grande cascade.
Le marquisat de Pango, quatrième province du Congo, s’appelait autrefois Pangalungos. Son territoire est borné au nord-est par Sundi , au sud par Batta , et à l’ouest par Congo. Banza- Pongo , sa capitale , est située sur les bord du Zaïre. Cette province formait autrefois un royaume indépendant. Elle fut conquise par les rois du Congo, qui y ont introduit par degrés les usage»
de la langue du Sundi. üapper place un peu plus à l’est le territoire de Conde, dont les habitants assurent qu'au delà du fleuve Couenza on trouve une nation blanche , aux cheveux longs , mais un peu moins blanche que les Européens.
Seraient-ce les Arabes qui, de temps immémorial, entretiennent des relations de commerce avec les habitants de la côte orientale de l’Afrique ?
JBatta, cinquième province du Congo, portait autrefois le nom d’Anguirima oud’Aglnrimba. Son territoire est, selon Cavazzi . borné au sud par les montagnes Brûlées, le comté d’Ambuilia et les montagnes du Salpêtre, à l’ouest par le marquisat de Pemba, et au nord par le duché de Sundi. Dapper représente le district qui sépare Batta de Paugo comme un des plus fertiles terrains de l'Afrique. 11 produit, dit-il, toutes sortes de provisions. Depuis San-Saivador jus-
qu’à Batta le pays est si peuplé, qu’il offre continuellement des maisons et des villages. La capitale porte le même nom que la province; ia ville de Batta est située au nord de San-Salvador. sur les rives d’un des confluents du Zaïre. Les indigènes se nomment Monsobos; leur langue diffère peu de celle des Mosicongos. Ils passent pour cruels et féroces.
La sixième province, nommée Pemba, est bornée au nord par le Sundi , à l’est par le Batta, au sud par le Bamba, à l’ouest par le Sogno. Le chef-lieu, qui s’appelle également Pemba, est situe au pied d’une montagne. La rivière de Leluitda traverse cette province de l'est à l'ouest , et contribue, avec les eaux du Kai, de l’Ambriz, et de quelques autres rivières, à répandre la fertilité dan» les contrées environnantes. Carli divise la province de Pemba en deux parties , dont il nomme l’une marquisat de Pemba, et l’autre province de San-Salvador, du nom de la capitale du Congo, où les rois font leur résidence.
Les principales rivières du Congo sont le Zaïre, la Lelunda, l’Ambriz, la Loze, l’Onzo, la Danda, la Zemza ou Bengo, la Couenza , la Moreno ou Long*, ia Catombelle, le Bancari ou Hanoare , la Vambre ou Vumba , la Barbela et beaucoup d’autres moins connues.
Le Zaïre, qu’on appelleaussi le Congo ou Counngo , est un des plus grands fleuves de l’ Afrique. Selon Mérolla, il doit son nom à l'ignorance des premiers Européens. En arrivant ils demandèrent aux habitants comment se nommaient le pays et la rivière. Ces derniers , qui ne les entendaient pas, répondirent dans leur langue : Zeooœ, qui signifie «Je ne comprend pas » ; d’où les Portugafs ont fait le nom de Zaïre ; ils plantèrent sur une des pointes de son embouchure une belle croix de marbre , qui fut ensuite abattue par les Hollandais. Barbot donne une étymologie plus naturelle :
il fait venir le nom Zaïre de celui d’une ville située à dix-huit ou vingt lieues de l’embouchure du fleuve.
Les grands problèmes, encore non résolus , de la géographie ^'Afrique viennent en quelque sorte se grouper autour des sources mystérieuses des principales artères de ce continent : le
àoogle
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Nil, le Niger, le Zaïre, l'Orange et le Zambère.
Nous n’avons sur les sources et les affluents du Zaïre que les renseignements très-vagues que nous ont fournis les anciens voyageurs. Depuis plus d’un siècle on n*y a rien ajouté de nouveau. Suivant Lopez , le Zaïre tire ses eaux de trois lacs : « l'un est le grand lac d'où sort le Nil, le second est le petit lac, et le troisième est un grand lac, formé ou traversé par le Nil (1). » Le plus grand de ces trois lacs est celui que les géographes des seizième et dix-septième siècles appellent Zanibre ou Zambère , et d’où ils font sortir toutes les grandes rivières qui arrosent l’Afrique. Mérolla rapporte, sur le témoignage des Nègres , que le Zaïre sort d’un vaste marais ou lac dans le royaume de Matamba, où commandait la reine Zingha, et que la même source produit le Nil. Il ajoute qu'on voit dans ce grand lac plusieurs espèces de monstres, parmi lesquels il s'en trouve un de ligure humaine. Le père François de Pavie, missionnaire capucin, qui résidait dans le pays de Matamba , rejetait toutes ces histoires de monstres comme autant de fictions des Nègres; mais la reine Zingha, informée de ses doutes, l’invita un jour à la pêche. A peine eut-on jeté les tilets, qu’on découvrit sur la surface de l’eau treize de ces poissons monstrueux. Il fut impossible d’en prendre plus d’un ; c’était une femelle. La couleur de sa peau était noire; ses cheveux longs et ae la même couleur ; ses ongles d'une longueur singulière. Elle ne vécut que vingt-quatre heures hors de l’eau , et dans cet intervalle elle refusa toute sorte de nourriture. — Serait-ce une espèce particulière de phoque? Dans tous les cas, la faune de l’intérieur de l’Afrique est encore un profond mystère.
D’après Labat, le Zaïre est formé par l’anion des rivières Bancari, de Vambre, de Coango et de Barbela : cette dernière sort du lac de Cbilande ou d'Aqueiunda(lacCouffoua). «Ce lac, dit-il, a environ vingt lieues de longueur, du nord au sud , et dix à douze de largeur de l’est à l’ouest; il renferme plusieurs Iles d’un terrain gras, fertile et bien
(i) PigafetU, Relation* dn Congo, p. ia.
cultivé. Scs eaux sont alimentées par plusieurs sources et par les pluies. »
Le cours moyen du Zaïre est presque aussi peu connu que son origine; on n’en connaît guère bien, grdee à l’expédition du capitaine Tuckev, que son embouchure et une partie dé son cours inférieur.
Le Zaïre, que les indigènes appellent Moienzi-eniuddu, c’est-a-dire U grand fleuve, ne répond pas, à certains égards, à l’idée magnifique que l’on s'était faite de la partie la plus voisine de son embouchure. Sa grande rapidité, par exemple, son état de débordement continuel, et sa résistance effective à la marée, sont des exagérations; mais, quant à la profondeur de sou embouchure, elle s'est trouvée au-dessus de l'estimation la plus haute qu’ou en eût donnée.
Ainsi, la sonde indiqua une profondeur de cent treize brasses, point auquel le plomb n'avait pas encore touché le fond. La vitesse du courant est en moyenne de quatre à cinq nœuds par heure. — Le Zaïre est soumis, comme tous les fleuves des tropiques, à des débordements périodiques; mais la différence entre la crue et l'abaissement de ses eaux parait être moindre que celle d'aucun autre fleuve de même grandeur :
elle ne parait pas excéder onze pieds anglais. Le commencement de la crue fut observé par Turkey, le l*r septembre, au-dessus d’Yellala, où elle n'était que de trois pouces; et le 17 du même mois, près de l'embouchure du fleuve, elle était de sept pieds, sans que la rapidité du courant fût sensiblement augmentée. On a voulu conclure de ce fait que toutes les sources du Zaïre ne se trouvaient pas au sud de l’équateur, mais qu'il en avait aussi au nord de la Ligne. D’après un rapport recueilli par Bowdich, le Zaïre reçoit un de scs afflueuts de l’Ogouaï, fleuve qui lui-même communique avec leNIgeretsejettedans la mer près du cap Lopez-Gonzalro.
Toutes ces questions sont encore à éclaircir.
La péninsule du cap Padron, qui forme le côté méridional de la fausse embouchure du Zaïre, a été formée des alluvions de la mer et du fleuve : la rive extérieure appartenant à la mer est corn posée de sable, et présente une forme
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escarpée, tandis que la rive intérieure, appartenant au fleuve, est un dépôt vaseux, couvert de mangliers. Les deux bords, vers la véritable embouchure, ont eu la même origine; ils sont coupés d’un grand nombre de criques qui semblent former autant d’îles, et dans lesquelles l’eau est stagnante. Les terres d’alluvion , couvertes de mangliers, s’étendent à gauche et à droite sur le continent, à la distance d’environ sept à huit milles, où se trouve le sol primitif et élevé qu’on aperçoit quelquefois du fleuve, à l’extrémité des criques ou à travers les percées qui ont été faites en mettant le feu aux mangliers. L’espace occupé par ces arbres, qui croissent dans l’eau, est tout à fait impénétrable, excepté dans quelques endroits, où le terrain est sablonneux. Le courant détache des rives de petites fies que le fleuve entraîne dans la saison des pluies, et qui deviennent alors des fies flottantes. Les mangliers et les palmiers {hyphènes ) qui garnissent les rives, sont habités par d'immenses troupes de perroquets gris. Ces oiseaux rompent seuls le silence qui règne dans les bois au coucher du soleil. Ils traversent tous les jours le fleuve : le matin ils 'quittent la rive du nord pour aller dévaster les plantations de maïs de la rive méridionale, et ils y retournent le soir.
Les voyageurs des seizième et dixseptième siècles indiquent, à l’embouchure du Zaïre, plusieurs fies (île aux Hippopotames, île Quintalla, fie de Bomma , île de Zariacacongo), qui ne portent plus aujourd’hui les mêmes noms. Ainsi, Maxwell dit que Centrée d’une des criques les; plus considérables du fleuve à son embouchure est fermée par trois îles, qu’il appelle les îles du Bonnet, de Knox et d’Alcyon. La forme d’un bouquet d’arbres a fait donner son nom à la première, que les indigènes appellent Zounga-Casaquisa. Un peu plus haut sont situées les lies que les indigènes appellent Monpanga, c’està-dire lies du Guet, l’uckey les trouva couvertes de hérons blancs et d’autres oiseaux aquatiques. L’une de ces îles, où Smith ne recueillit pas moins de trente nouvelles espèces de plantes, est formée par un vaste banc de sable, et touche presque au continent du côté du nord. Le
Zounga Kampenzay ou île du Singe est égalementformé par un banc de sable. Les indigènes pêchent autour de cette île une quantité considérable de mollusques [mya vulsella). Ces animaux, embrochés comme les grenouilles en France, et à moitié desséchés, deviennent un objet de commerce. Leur état de demi-putréfaction flatte beaucoup le goût des Nègres ; ils ne sont pas mangeables crus, car ils ne ressemblent pas aux huîtres, avec lesquelles on les a pourtant confondus. Après avoir passé Vile du Singe, Tuckey cotoya l’extrémité méridionale d’une autre île, que les indigènes appellent Zounga Chingangci. Quelques autres îles se trouvent à l’est. Ici les forêts de palmiers disparaissent, et le sol devient argileux, coupé, sur le bord du fleuve, par de petites vallées taillées à pic, et couvertes d’herbes et de roseaux, avec quelques palmiers épars çà et là.
Un peu plus loin, à mesure que la hauteur du niveau augmente, les mangliers disparaissent à leur tour ; des buissons d’hibiscus et quelques arbres solitaires les remplacent sur le bord del’eau. Au lieu des paysages pittoresques , formés par les forêts de palmiers, de mangliers et de baobabs, on ne voit plus que des plaines couvertes de hautes herbes, parmi lesquelles on remarque les tiges élevées et vacillantes du cyperus papyrus. Dans le lointain on aperçoit encore quelques hyphènes épars. "Ces deux plantes donnent à toute la contrée un ai r qui rappelait à Smith les paysages de l’Égypte.
À la hauteur du canal ou rivière de Maraballa est l’île de Farquhar. C’est dans cet endroit qu’on rencontre les premières plantations de maïs et de .tabac. l,es irrégularités qu’on remarque ici dans la profondeur du fleuve proviennent , selon les indigènes , des trous que les hippopotames creusent dans son lit, lorsqu’ils se rassemblent en troupes nombreuses. A quelques milles en avant du fleuve , on voit le rocher du fétiche, au sud-ouest. C’est une niasse de granit , . s'avançant perpendiculairement sur le fleuve, entièrement isolé et adossé à une plaine couverte de joncs et de plantations de maïs. Ce roener est d’un accès difficile; sa partie inférieure , couverte d’arbres de différentes espèces,
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ses pics nombreux , les formes nouvelles de la végétation qui orne ses plans , et son aspect général composent un des plus beaux paysages. C’est le dernier point d’une suite de terres élevées contiguës aux montagnes bleues, que l’on voit se prolonger dans l’intérieur, où elles se divisent en deux ou trois chaînes, placées en amphithéâtre à la suite l'une de l’autre. Au delà des grandes îles sablonneuses ou couvertes d'herbes , on aperçoit à l’horizon des palmiers épars qui semblent sortir des eaux. Les rives élevées du fleuve offriraient aussi des sites agréables, si le sol n’y était pas absolument nu. Les indigènes redoutent beaucoup les tournants qu’ils supposent être dans le voisinage du rocner du fétiche.
A la hauteur . d'Embomma on rencontre l'île de Bouka-Embomma , qui est presque entièrement schisteuse. Cette île serait , dit Tuckey , l’endroit le plus convenable pour former un établissement dans ces parages. Le fleuve coule entre des montagnes dont la cime est entièrement nue , mais dont la base est couverte de la plus riche végétation.
Cette partie des rives présente un mélange varié de plaines, de profondes vallées et de collines se terminant en pic ou affectant les formes les plus grotesques. On voit de distance en distance des groupes de mimosa spinosa et quelques champs cultivés. A partir de là le fleuve n’est plus divisé en différents bras , et il ne contient plus d’iles jusqu’à une distance considérable. Ën continuant à le remonter on voit son lit se resserrer de plus en plus par des rochers d’ardoise micacée qui s’avancent fort loin dans l’eau. Ces rochers sont à leurs flancs hérissés de saillies nombreuses , revêtues d’une tapisserie verte de plantes grimpantes. Des récifs, contre lesquels le courant se brise avec assez de violence, sont dans quelques parties couverts de limon, et forment de petites langues de terre où croissent des roseaux et même du maïs. Outre ces langues de terre, on remarque, entre les rochers , plusieurs petites vallées , dont la plus considérable est appelée Vinda le Zally , et occupe l’espace de deux milles le long du rivage. On cultive dans ces espaces fertiles du maïs et du
manioc, et les palmiers liyphène y croissent en abondance. Sur la rive septentrionale , presque en face de ces rochers, est une pointe fort escarpée, auquel Tuckey donne le nom de Saut de C Amant, parce que c’est de là que l’on précipite dans le fleuve les épouses adultères du roi de Bomma. Près de là sont les îles de Goniba, souvent visitées par les hippopotames; ce sont de simples rochers schisteux, garnis de bouquets d’arbres.
Par la nature et la forme des montagnes qui avoisinent le Zaïre on juge qu'elles n’absorbent aucune partie des eaux qui tombent dans la saison des pluies, mais que ces eaux sont directement portées au fleuve par les ravins dont ces montagnes sont coupées, et où l’on trouve la plus belle végétation. Les traces restées sur les rochers indiquent que l’eau s’élève dans la saison pluvieuse d’environ huit à neuf pieds anglais au-dessus du niveau ordinaire du fleuve.
En quittant la banza de Coulou on aperçoit la fameuse cataracte d’Vellala, à la distance d’un mille et demi. C'est une chute d’eau d’environ cent mètres: Tuckey la compare à un ruisseau bouillonnant sur un lit rocailleux.
Les Nègres en font des récits fort exagérés, et n’en parlent qu'avec frayeur.
Les rochers des deux côtés du fleuve sont taillés à pic; le mica et l’ardoise y forment de légères ondulations, et sont mêlés de veines de quartz et de feldspath compactes. Au milieu de la cataracte se trouve un îlot de cinq mètres d’élévation , à un jet de pierre du rivage, qui la divise en deux canaux dans la saison sèche, mais qui se trouve presque couvert dans la saison des pluies.
Au delà d'Yellala le Zaïre fait un coude entre deux pointes saillantes, et prend sa direction au nord. Sur ses deux rives , des montagnes rocheuses , coupées par des ravins, se voient à la distance de deux milles.
C’est à quelques milles au-dessus de In banza d’fnga que s’arrêta l’expédition de Tuckey. On ne put obtenir que de va gués renseignements sur les pays situés au-dessus du fleuve. Selon le récit des indigènes, ou arrive, après une navigation de dix jours eu canot, au bord
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d’une grande lie de sable qui divise le Zaïre en deux branches, l’une au nordouest, et l’autre au nord-est. Dans cette dernière ou trouve une chute d’eau, mais que peuvent surmonter les canots. En vingt autres journées , à partir de cette île, on atteint la source du fleuve, qui sort d’un grand lac de vase par une multitude de petits ruisseaux.
Un mot maintenantsur la malheureuse expédition à laquelle nous devons les documents que nous venons de communiuer. Tuckey entra le 6 juillet (1816) ans l’embouchure du Zaïre, sur le bâtiment appelé le Congo Le 1 7 septembre la maladiedont il devint lui-méme la victime le força d’effectuer sa retraite : « Terrible marck, dit-il ; worse to us than the retreat from Moscow (1). » Cette maladie, du type rémittent, avait quelque analogie avec la fièvre jaune (2). Elle
(1) Captflin Tuckey' s Narrative, p. 233.
(2) Voici la description qu’eu doone Kerrow, chirurgien du navire le Congo : « La fièvre s’annonçait généralement par des frissons et laseusation d’un froid glacial ; à ces symptômes succédaient des maux de tête violents, limités particuliérement aux tempes et au front ; dans quelques cas les malades se plaignaient de douleurs dans le dos et les extrémitésinférieures, d'une grande oppression à la région épigastrique; il y avait aussi des vomissements de hile qui amenaient le plus souvent une terminaison fatale ; en général , quand les céplialalgiesétaient très-violentes les symptômes gastriques étaient moins graves, et vice versa. Anxiété extrême; prostration des forces; yeux humides; conjonctive d’un lustre nacré ; langue tremblotante , d’abord blanche , devenant ensuite jaunâtre, brune, et se couvrant, dans le dernier période, d’une croûte noire; face généralement pile; traits altérés; peau sèche, d une chaleur mordicante (tlu : skin dry and pungent) ; pouls dur et fréquent ; suffusion jaune de la peau , vers le sixième ou septième jour, quelques taches livides aux articulations des coudes ; délire assez peu prononcé; hoquet. La maladie se terminait d’une manière fatale, quelquefois vers le troisième ou quatrième jour ; dans d’autres cas les malades se'trainaieut jusqu’au vingtième jour de i’iuvasion du mal. »»
Le traitement employé par Kerrow était le calomel a haute dose, panacée des médecins anglais, et les purgatifs. Ce traitement nous paraît très-peu propre à combattre une affection qui, selon nous, consiste, commets
était évidemment occasionnée par les conditions atmosphériques et les circonstances locales dans lesquelles se trouvaient les malheureux voyageurs , habitués à des climats tout différents. Ce n’était pas précisément de lachaleur dont ils avaient a se plaindre, mais plutôt des exhalaisons des flaques d’eau stagnante.
L’air à l’embouchure du Zaïre, et à la hauteur où était parvenu Tuckey, présentait les deux extrêmes de l’échelle hygrométrique. Cette transition de l'extrême humidité à l’extrême sécheresse, coïncidant nécessairement avec des variations considérables de l’électricité atmosphérique, devait également exercer une influence nuisible sur la santé de l’équipage. « La sécheresse de l’air (à quelques milles au-dessus de la cataracte de Yellnla ) était, dit Tuckey, si grande, que la viande suspendue perdait en peu d’heures tous ses sucs, et ressemblait à la viande boucanée de l’Amériquedu Sud. Les plantes de M. Smith séchaient en un jour, tandis qu’il lui fallait une semaine entière pour arriver au même résultat à l’embouchure du fleuye.
L’oxydation du fer n’avait plus lieu à cette hauteur, et le thermomètre, au lever du soleil, marquait ordinairement cinquante degrés, et à deux heures après midi soixante-dix degrés à l’ombre. »
Peut-être si l’expédition avait été corn-, mencée vers la mi-mai (c’est-à-dire à l’époque même où les pluies cessent) la mortalité aurait-elle été moins effrayante , et on aurait eu le temps de remonter le Zaïre jusqu’à sa source et de revenir avant que le soleil ne repasse la ligne , c’est-à dire avant le commencement de la saison des pluies. Dans tous les cas, il y aurait uue nouvelle expédition à tenter.
Habitants des rives du Zaïre.
Les habitants des rives du Zaïre ressemblent par leurs traits généraux aux autres Nègres de la côte. Ils s’en distinguent cependant par leur peau, qui n’est
plupart des fièvres pernicieuses, dans une altération profonde du sang. Il aurait fallu la traiter par de larges saignées employées dès le début, et par l’usage des acides végétaux, du quinquina et des antiputrides les plus énergiques.
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pas aussi noire ; leur physionomie est nonseulement plus agréable, mais elle porte en mêmetemps un caractère d’innocence et de simplicité. Des os brûlés et des crânes humains suspendus à des arbres auraient pu inspirer des soupçons injurieux, et faire présumer qu'ils mangeaient de la chair humaine, si des informations positives n’avaient pas appris que ce n’étaient que les restes des coupables mis à mort pour leurs crimes.
Les naturels du Zaïre nous sont dépeints comme un peuple gai et insouciant, plein d’hospitalité envers les étrangers, et toujours prêts à partager avec le voyageur leur chétif repas. Les femmes sont réduites au dernier avilissement; elles sont offertes aux Européens, comme on offre chez nous des prises de tabac, les hommes ne les regardent que comme îles êtres utiles a leurs plaisirs et propres à leur éviter la fatigue du travail. Rien de plug commun que de voir de maliieureuses Négresses , chargées de leurs enfants et de paniers de provisions, se livrer aux pénibles travaux des champs.
Quelques chenous des rives du Zaïre n’ont pas moins de cinquante femmes ; les mafoucs en entretiennent de dix à vingt. Ces chefs ne se montrent pas moins disposés que les Nègres du commun à céder leurs femmes et leurs filles aux blancs. Il parait, toutefois, que ce commerce licencieux n’est permis qu’à l’égard des Européens; car les indigènes reconnaissent des lois qui punissent i’adultere. Une intrigue avec l’épouse d’un autre homme entraîne l’esclavage des deux coupables; l’épouse du chenou est livrée dans le même cas a la vengeance du mari ; l’amant adultère est mis à mort. Fitz-Maurice, contre-maître du navire le Congo, fut témoin d’une de ces exécutions à Emhonrnia. On offrit d’abord le coupable à un marchand d’esclaves ; mais celui-ci l’ayant refusé, ceux qui l’avaient amené lui lièrent les pieds et les mains, et sans autre cérémonie lejetèrent dans le lleuve.
Les hommes et les femmes se lèvent dés la pointe du jour. Après s’ètre lavé le corps , ils se frottent avec de l’huile de palmier qui rend la peau douce, mais lui donne une odeur très-desagréable.
Les deux sexes se coupent les cheveux suivant leur fantaisie. Les jeunes fian-
cées sont rasées avant d’être présentées à leurs maris. Cette opération est faite par une vieille femme. Les Négresses du Zaïre semblent regarder comme un agrément d’avoir les "mamelles pendantes ; dès que les jeunes filles commencent à se former , elles les serrent fortement contre le corps avec des bandages, de manière à les faire descendre jusqu’au ventre. A l’exemple des hommes, elles s’arrachent aussi quelquefois les deux dents de devant , et se font des cicatrices sur la peau. Avant de conduire une jeune mariée à son époux on l’enduit d’ocre rouge de la tête aux pieds. Les hommes se font aussi des marques sur le front et sur les bras avec de l’argile rouge et blanche.
Les maladies les plus communes parmi les Nègres du Zaïre sont les affections cutanées , surtout la gale, les scrofules, la lèpre et l’éléphantiasis. Les seuls remèdes qu’ils emploient sont des infusions de plantes. Ils mâchent aussi la racine d’une espèce de dioscorea , trèsamère, qu’ils croient d’une grande efficacité contre les hémorroïdes. Mais c’est au ganga et aux fétiches qu’on a le plus souvent recours; et lorsque le ganga , qui est revêtu du triple caractère de prêtre, d’accusateur public et de médecin , voit que le cas est désespéré , il abandonne le malade à Zamba M’iounga ou au démon.
L’imiustrie des Nègres du Zaïre est encore à l’état d’enfance. Des paniers tisses avec des fibres de palmiers , des calebasses, des vases décorés d’adansonia , des pots de terre et des cuillers de bois sont leurs ustensiles déménagé.
Une natte d’herbe , jetée sur un tas de feuilles de palmier, leur sert de lit.
Leur habillement n’est pas moins simple. Le peuple ne porte qu’un petit tablier de natte, noué derrière le dos. Ils font aussi avec des herbes des bonnets dont le travail esttrès-curieux, et le tissu si serré qu’on peut s’en servir pour puiser de l’eau. Des cercles de fer ou de cuivre, ou des bracelets de dents d’éléphant, ornent leurs bras et leurs jambes. Les femmes en general cherchent à se procurer des colliers de verroterie, qu’elles placent autour du cou , de leurs bras et de leurs jambes ; à défaut de ces colliers elles en met-
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tent de coquilles de cauris ou de grai- tirent de cet instrument sont doux et nés de differentes plantes. Les hommes assez harmonieux (1). n’ont pas d’autres armes que des cou- Plus on remonte le Zaïre moins on teaux et quelques fusils, pas d’autres trouve d’objets de fabrique européenne balles que de petits cailloux ronds. Un entre les mainsdes indigènes. Une touffe morceau de quartz leur sert de pierre, d’herbes, travaillée dans le pays, for-
Leurs canots sont creusés dans le mait le' seul vêtement de la masse du tronc d'un bambou ou d’une espèce de peuple, et les gourdes remplacent les ficus. La grandeur ordinaire de ces bouteilles de verre et les pots de terre, embarcations est de vingt-quatre pieds Les femmes sont presque dans un état de longueur, sur dix-huit à vingt pouces complet de nudité ; un petit tablierde de largeur. Les rameurs se tiennent de- la largeur de la main et de dix-huit bout pour agiter les longues sagaies qui pouces de longueur les couvre par défont mouvoir les canots. Les indigènes vant et par derrière de manière à laisne connaissent pas l’usage des voiles , ser les hanches à découvert. De tous les ou du moins ils ne s’en servent pas. villages près desquels on passait, les Une barre de fer grossièrement tra- femmes accouraient en foute pour voir vaillée et adaptée à un manche de bois des hommes blancs; elles venaient leur est leur seul instrument d’agriculture; prendre la main, sans montrer la moinmais le climat est si favorable qu’il dre timidité. Le prix que paye un natusuffit de remuer un peu la surface de la rel pour épouser une femme de la preterre pour avoir une moisson abondante, mière classe , la fille du chenou par La manière de préparer les terres dans exemple, est quatre pièces de baftas, la partie supérieure du Zaïre est d’abord une pièce de toile de Guinée, et une cerde couper les longues herbes , de les taine quantité de vin de palmier. Deréunir par petits tas, et d’y mettre le puis Embomma, Tuckey ne vit plus feu. Dans les endroits où les" cendres se d’hommes venir offrir leurs femmes ; les sont amassées on plante les pois et le Nègres de Bomrna qui étaient à bord maïs, et le manioc dans les intervalles, attribuaient cette réserve au peu de Ces cendres sont la seule espèce d’en- commerce que ceux du haut du fleuve grais dont on fasse usage. On ne brille ont avec les Européens, et assuraient que jamais les herbes avant qu’elles aient tous se regarderaient comme fort honojele leur semence; de sorte qu’aux pre- rés de prêter leur femme ou leur fille à inières pluies, elles repoussent plus for- un blanc.
tes et plus hautes quejamais. Les herbes, Les fétiches ne sont pas seulement qui ont jusqu’à quatre mètres de hau- vénérés comme des divinités protecteur, fleurissent de bonne heure. trices, on invoque aussi leur concours
Les seuls instruments de musique que dans des cas litigieux de justice crimi- Tuckey remarqua chez les Nègres du nelle. A cet égard on cite plusieurs Zaïre étaient un grand tambour et une faits qui montrent que les prêtres ou 'espèce de guittarc ou de lyre. Il avait gangas emploient souvent les empoisonfallu beaucoup de peine pour rassembler nements pour soutenir leurs impostures, les matériaux nécessaires à la construc- PendantqueFitz-Mauriceetaitalabanza tion de cet instrument. Le corps était de Coulou, il fut témoin d’un fait de ce d’un bois beaucoup plus léger que le genre. On avait volé à une femme quelsapin; le chevalet et les onzes barres quesracinesdemanioc;celle-cis’adressa qui le supportaient étaient de fer. Ces à un ganga pour avoir un fétiche qui forbarres étaient assujetties par une ba- çât le voleur à les lui rendre. Voici en guette de bambou, attachée au corps de quoi consiste cette cérémonie. On expose l’instrument par des courroies de cuir, lefétichesurquelque place publique. Les et reposaient aussi sur un morceau de habitants du village dansent autour de peau. L’ornement circulaire était une l’idole, et le conjurent par des hurlepartie du cadre de cuivre d’une gravure ments d’indiquer le voleur, ou d’ordonou d’un miroir, et les figures rondes ner qu'avant taut de jours il dépose les des boutons de cuivre français à l'effigie
de Louis XVI. Les sons que les naturels (i) Tuckey's Narrative, p. ia3.
ïoogie
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cbjets volés dans un lieu désigné ; ils supplient en même temps cette divinité nouvellement créée de le faire périr, lui et ses proches, s’il ne se conforme pas à cet ordre. Malgré toutes ces conjurations , le voleur ne lit point de restitution, et, au jour fixé, ou retira le fétiche. Le lendemain, Fitz-Maurice entendit des cris perçants dans le village. Il envoya l’interprète pour en connaître la cause. Le Nègre revint lui dire que le fétiche avait tué le voleur, et que le bruit qu’on entendait étaient les cris des parents qui pleuraieut autour de son corps. « Le défunt , ajoute Fitz-Maurice, était un indigène que j’avais eu plusieurs fois l’occasion d'employer. C’était un jeune homme d'une iigure prévenante, qui pouvait avoir vingt-quatre ans. Je 1 avais vu la veille en très-bonue sauté, et cette circonstance, jointe à ce que j’appris qu’il était mort dans de cruelles convulsions, me porte a croire que plutôt que de laisser le moindre doute sur le pouvoir du fétiche, le ganga avait choisi ce malheureux pour être la victime de son imposture et l’avait empoisonné. »
Chaque village a son grand fétiche, appelé Mevouga. C’est une espèce de statue grossièrement sculptée, dont le corps est couvert de morceaux de fer, de plumes, de vieux chiffons, et que Tuckey compare aux épouvantails qu’on place dans les jardins pour effrayer les oiseaux. Chaque maison a ses dieux pénates mâles et femelles qu’on invoque en toute occasion. Le ficus religiasa est planté au milieu de toutes les places publiques, et, de même qu'en Orient, il est regardé comme sacré.
L’idée que les Nègres' ont d’un état futur ne semble admettre ni punitions ni récompenses pour leur conduite sur la terre. Bons et méchants, tous après leur mort vont également dans le ciel, où ils jouissent d'une sorte de paradis mahométan. La justice est entre les mains des prêtres. Le meurtrier souffre la peine du talion, ou est vendu comme esclave. Il en est de même du voleur, à moins qu’il ne restitue l’objet volé.
Le ganga et son kissey sont le grand jury qui prononce l’arrêt; mais les accusés subissent l’épreuve devant les principaux chefs. Cette épreuve consiste à
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mâcher l’écorce vénéneuse d’un arbre nommé casa. Si l'accusé est coupable le poison reste dans son estomac, et lui donne la mort; s’il est innocent il le rejette, et il est absous. Ainsi, la condamnation et la justification d’un homme dépendent du plus ou moins de force de son estomac.
Les banzas ou villes situées sur les rives du Zaïre, et que Tuckey a jugées dignes d'une, mention particulière, sont Lombi, Embomma, Coutuu et Jnga.
En remontant le fleuve, on rencontre d'abord Lombi, résidence du Jouca ou mafouc, qui signifie marchand du roi.
C’est un village d’environ cent cases ; c’est là que se tient le marché où s’arrêtent tous les navires marchands. Ce marché est mal approvisionné; le sel constitue sa principale branche de commerce.
Embomma est une banza royale ou la résidenced’unchenou.Elleest situéedans une petite pleine sur le sommet d’une colline, et renferme environ trente habitations, composées chacune de deux ou trois cases, et entourées d’un enclos de roseaux entrelacés. Les maisons sont aussi construites avec les mêmes matériaux ; elles peuvent être bâties en quelques minutes ; le prix d'une de ces maisons n’excède pas celui de quatre volailles. On y entre par une porte carrée, ouverte dans un des côtés, et tout juste, assez large pour qu’on puisse y passer en faisant des efforts ; en face de cette porte est une fenêtre ; ces deux ouvertures sont fermées la nuit par des espèces de volets en roseaux. L'habitation du chenou ne diffère des autres qu'en ce qu’elle contient une grande salle un peu mieux aérée et éclairée , formant une suite de cours intérieures et extérieures. Auprès de la principale entrée de la première cour on trouve un monceau de pierres communes, consacrées au culte; une multitude d’idoles en bois et en pierre grossièrement sculptées ornent tous les coins de l’édifice. L’une d’elles ressemblait, selon Tuckey, exactement aux images que l’on voit en Angleterre, représentant Bacchus assis sur uni tonneau; seulement l’artiste lui avait mis une longue pipe dans la bouche et une lance sur l’épaule.
La banza Coulou ne contient pas
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plus de trois cents âmes , non compris un petit nombre de pécheurs, qui demeurent sur les rochers voisins du fleuve. La terre y est cependant assez fertile pour fournir avec tres-peu d’industrie aux besoins d’un accroissement considérable de population ; car on ne met pas en valeur la centième partie du sol susceptible de culture.
Lahanza d’Inga est située sur un plateau entouré de palmiers et d’adansonias. L’arbre safou, qui produit un excellent fruit, croît ici en abondance ; les naturels l’appellent koullou m'galo. Les habitants d’Inga n’avaient jamais vu d’hommes blancs, et les seules marchandises européennes que l’on aperçût chez eux étaient une petite cruche ’de grès et quelques chiffons. Leur langue est un dialecte de celle d’Embomma, mais avec des différences considérables.
Habitants du Congo en général.
Les renseignements que les anciens voyageurs nous ont donnés sur les habitants du Congo en général s’accordent , sous beaucoup de rapports , avec les détails de Tuckey relatifs aux indigènes des bords du Zaïre. Cependant il y a quelques différences , dont nous allons indiquer les plus saillantes.
Suivant Lopez, les habitants duCongo se donnent le nom de Mosiconges; iis sont communément noirs, quoiqu’il s’en trouve un grand nombre dont la couleur tire sur l’olivâtre. Braun rapporte qu’ils tuent leurs prisonniers de
fuerre et les mangent ; ce fait n’a pas té confirmé par les relations modernes.
Ils regardent comme un signe de bravoure d’avoir coupé un grand nombre de membres virils à des ennemis vaincus; aussi ont-ils grand soin de recueillir et de conserver tous ceux qu’ils ont ainsi coupés , de les attacher ensemble au moyen d’une ficelle, et de suspendre à leur cou, dans de certaines occasions, ce singulier trophée de leurs exploits (1).
Les rois de Congo et leurs courtisans avaient autrefois pour habits des pagnes d'étoffe de palmier, qui leur tombaient depuis la ceinture jusqu’au dessous des
(i) La même coutume existe chez quelques peuplades du royaume de Choa.
fenoux. Ils y suspendaient , en forme e tablier, des peaux de léopards ou de martres. Ils avaient sur les épaules, autour du cou , une sorte de capuchon, dont ils pouvaient se couvrir la tête. Le corps était couvert d’une espèce de surplis, appelé inkutto, tressé de trèsbelles feuilles de palmier et bordé d’une frange; ce surplis se relevait sur l'épaule droite, pour laisser le bras en liberté, et sur la même épaule ils portaient une queue de zèbre flottante. Sur la tête ils avaient un petit bonnet carré , qui , ne pouvant les défendre de la pluie et du soleil, ne servait que pour l’ornement. La plupart marchaient pieds nus , à l’exception du roi et de quelquesuns des principaux seigneurs , qui portaient des sandales de bois de palmier, assez semblables à celles des anciens Romains. Le peuple n’avait qu’une pagne d’étoffe grossière, qui couvrait la partie inférieure du corps ; tout le reste était nu. Les femmes esclaves et celles du dernier ordre étaient nues depuis la ceinture jusqu’à la tête.
Tel était le costume des habitants du Congo avant l’arrivée des Portugais J, mais aussitôt que le roi et les principaux seigneurs eurent embrassé le christianisme ils ne tardèrent pas à se régler sur l’exemple de leurs maîtres.
Ils prirent les manteaux à l’espagnole, le chapeau , la veste de soie , les mules de velours ou de maroquin et les bottines à la portugaise, avec des épées aussi longues qu’on eu ait jamais porté dans la Castille. La nécessité réduit encore les pauvres à leurs anciens habits ; mais les femmes de distinction imitent les usages des femmes de Lisbonne :
elles ont la tête couverte d’un voile , ar-dessus lequel la plupart mettent un onnet de velours, orné de joyaux précieux ; autour du cou elles portent des chaînes d’or.
Les indigènes ont été plus fidèles aux usages de leurs ancêtres pour ce qui concerne les aliments. Le maïs et le manioc forment encore la base de leur nourriture. Quand un habitant peut y joindre quelques petits lézards ou quelques rats , il se croit fort à l’aise. Deux espèces d’herbes, nommées tnissanda.
et bredi, bouillies dans l’eau, se prennent comme en Europe le thé ou le café.
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Jusqu’à l’arrivée des Portugais les Nègres du Congo n'avaient pas connu l’art de l’écriture. La date des principaux faits était la mort de quelque personne remarquable. « Cela est arrivé, disaient-ils, avant ou depuis la mort d’un tel. »
Parmi les instruments de musique les plus curieux nous en signalerons deux.
L’un, qui sert dans les grandes fêtes et les réjouissances du peuple, ressemble au luth par le corps et le manche, mais le ventre est d’une peau fort mince; les cordes sont des poils de la queue d’un éléphant ou des (ils de palmier, étendus d’un bout de l’instrument jusqu’à l’autre, et tenautà plusieurs anneaux fixés en différents points. A ces anneaux sont suspendues de petites plaques de fer et d’argent de différentes grandeurs et de différents sons. Eu pinçant les cordes, on remue les anneaux, qui fout mouvoir aussi les plaques; et de tous ces sons il résulte une harmonie confuse qui n’est pas sans agrément.
L’autre instrument , dont on fait un grand usage, est ainsi décrit par Carli : * On prend une planche de bois , qu’on Tend et qu’on bande comme un arc; on y suspend quinze calebasses, longues et secfies, ue différentes tailles, percées chacune au sommet , avec un trou de moindre dimension à quatre doigts audessous. Le trou d’en bas est à demi bouché, et celui d’en haut est couvert d’une petite planche fort mince à quelque distance au-dessus. Le joueur attache aux deux bouts de l’instrument une, petite corde, qu’il passe autour du cou ur le soutenir, et de deux petites guettes, dont le bout est couvert d’étoffe, il frappe sur la planche, dont le retentissement se communique aux calebasses , et forme une harmonie trèsagréable, surtout lorsque plusieurs personnes jouent ensemble. »
Pour former un concert les Nègres emploient cinq instruments, dont le premier décrit est le principal ; ils yjoignent uelquefois le cassulo, qui est une pièce e bois creux d’environ un mètre de long, couverte d’une planche taillée en manière d’échelle, c’est-à-dire avec de petites tranches disposées par intervalles ; on râcle dessus avec un bâton. Cet instrument passe pour le ténor. La
basse du concert est le quilando, qui est composé d’une fort grande calebasse, large par le fond et fort étroite au sommet, de la forme à peu près de nos bouteilles; on s’en sert comme du cassuto. Un bâton garni de petits grelots fait l’office du chapeau chinois dans notre musique militaire. Uembouchi est l’instrument du roi et des princes : c’est une espèce de trompette d'ivoire, composée de plusieurs pièces bien percées, qui s’emboitent l’une dans l’autre, et qui sonj ensemble de la longueur du bras; l’extrémité inférieure est de la grandeur de la main : on y applique les doigts, et le son se modifie suivant le resserrement ou l’alloDgement du tube. Cet instrument ' n'a point de trous latéraux, comme nos flûtes et nos hautbois. Le longa est composé de deux sonnettes de fer , liées par un fil d’archal , en forme d’arc; on bat dessus avec des baguettes. Les tambours sont construits avec des pièces de bois creusées et recouvertes d’uue peau d’animal.
Dans l’intérieur du Congo on ne voyage que par caravane, et, comme il n’y a pas de chevaux, on se fait porter couché dans des hamacs ou assis dans une espèce de fauteuil, abrité sous des parasols. Quelques voyageurs se font porter sur les épaules de leurs propres esclaves, ou par des porteurs de louage, qui se trouvent prêts à se relever sur la route. Ceux qui sont obligés de faire beaucoup de diligence prenuent avec eux un grand nombre d'esclaves qui , se relayant au moindre signe de lassitude, n’avancent pas moins que ie meilleur cheval au trot.
Les missionnaires ne sont pas parvenus à faire abandonner aux indigènes leurs anciennes coutumes relatives au mariage ; ainsi les habitants du Soguo sont dans l’usage de vivre quelque temps avec leurs femmes avant de s’engager dans l’alliance matrimoniale, pour apprendre à se connaître mutuellement par cette épreuve. La methode chrétienne leur paraît contraire au bien de la société , parce qu’elle ne permet point qu’on s'assure auparavant de la fécondité d’une femme, ni des autres qualités convenables à l’état conjugal. Ce contrat est fortsimple : les parentsd’un 29,
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jeune homme envoient à ceux d’une jeune fille pour laquelle il prend de l’inclination un présent , qui passe pour le douaire , et leur font proposer leur alliance. Ce présent est accompagné d’un grand flacon de vin de palmier. Ce vin doit être bu par les parents de la fille avant que le présent soit accepté ; condition si nécessaire , que la conduite du père et de la mère passerait autrement pour un outrage.
Ensuite le père fait la réponse. S’il retient le présent, il n’a pas besoin d'autres explications pour marquer son consentement. Le jeune homme et tous ses amis se rendent aussitôt à sa maison, et reçoivent sa fille de ses propres mains. Mais si quelques semaines d’épreuves et d’observation font connaître au mari qu’il s’est trompé dans son choix, il renvoie sa femme , et se fait restituer son présent. Si les sujets de mécontentement viennent de lui, il perd son droit à la restitution. Mais de quelque côté que puisse venir le tort, la jeune femme n'est pas regardée avec plusde mépris, et ne trouve pas moins l’occasion de subir bientôt une nouvelle épreuve.
Les femmes ont aussi le droit de mettre leurs maris à l'essai, et on a reconnu qu’elles sont plus inconstantes et plus opiniâtres que les hommes ; car on les voit profiter plus souvent de la liberté qu’elles ont de se retirer avant la célébration du mariage, quoique leurs maris n’épargnent rien pour les retenir. Merolla raconte qu’ayant été appelé pour confesser une mère dont la fille était dans l’état d’épreuve, il lui déclara qu’il ne pouvait lui donner l’absolution si elle n’obligeait sa fille à se marier. Elle répondit : « Mon père , je ne donnerai point à ma fille un juste sujet de me maudire après ma mort, en la forçant de prendre un mari pour lequel elle n’ait pas d’inclination. >• — Il faut avouer qu’il y a à cet égard souvent moins de bon sens en Europe qu’au Congo.
L’usage de la polygamie autorisant les Nègres du Congo à prendre autant de femmes qu’ils en peuvent nourrir, celles-ci deviennent les esclaves de leur époux, avec cette restriction qu’un Nègre qui épouse la fille d’un seigneur suzerain , ou d’un homme quelconque
son égal , ne peut la vendre. Le mari , ou plutôt le maître, vit indistinctement avec toutes ses femmes, et leur distribue ses faveurs suivant sa fantaisie; chaque femme vit avec sa famille dans une case séparée. Une seule cour est commune à toutes ces cases. Assez ordinairement lesfemmes se réunissent ensemble auprès de leur mari,, surtout à l’heure à laquelle on boit le vin de palmier. Aux époques de leur menstruation , elles sont exclues de ces assemblées; la femme est alors réputée impure, et se dérobe à tous les yeux ; elle doit rester enfermée pendant six jours, sans être aperçue par aucun être vivant :
si , par mégarde ou autrement, elle se laisse voir, les six jours de retraite recommencent. Ses compagnes lui apportent les aliments à la porte de sa case, où elle les prend après qu’on s’estéloigné. A près la cessation des menstrues , la femme s’enduit de terre rouge depuis la tête jusqu’aux pieds; puis elle va se baigner. Les femmes ne sont pas d’ailleurs les seules qui fassent usage de terre rouge pour se nettoyer : les hommes l’emploient aussi ; ils laissent un petit cercle de cette couleur autour des ongles de leurs pieds et de leurs mains , pour attester leur propreté (1).
Les princes et les princesses ont le droit de prendre des maris et des épouses partout et quand il leur plaît. Cependant, pour prévenir le libertinage des princesses et assurer leur fécondité, la coutume exige qu’elles n'aientqu’un mari à la fois. L’homme choisi par une princesse ne peutavoir aucune autre femme, sous peine de la vie; il ne doit ni en voir ni en être vu ; aussi toutes les fois qu’il sort est-il précédé d’une espèce de cloche de muletier, que l’on appelle gongon. Le porteur de cet instrument annonce à haute voix son passage ; à ce signal toutes les femmes se retournent et mettent la main sur leurs yeux, ou s’écartent du chemin jusqu’à ce qu’il soit passé. Pour adoucir cet état de servitude , le mari d'une princesse jouit du titre et des privilèges de prince tant que sa femme vit avec lui. S’il est répudié il rentre dans son premier état ; mais si son épouse meurt avant de s’en
(i) Degrandpré, toyie I, p. m3.
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être séparée , il retient toute sa vie le titre et les honneurs de son rang; on le nomme alors nouni’m Joumou , mari de princesse II arrive souvent que pour conserver son rang le mari se hâte de rendre mère la princesse, et de l'empoisonner après l’accouchement ; ensuite il se purge par l’épreuve, et en sort acquitté, moyennant des présents.
Il lise ainsi son sort, en retenant chez lui son enfant prince né, qu'il élève avec soin, et dont il est protégé.
Dans les grandes assemblées, à l’occasion de quelque solennité , ou se livre aux plaisirs de la danse, de la musique et des pantomimes voluptueuses ; on y boit surtout beaucoup d’eau-de-vie. Degrandpré fut témoin d’une de ces fêtes, en 1787, à la mort du roi. Le corps du défunt fut exposé suivant l’usage, et tous les princes vassaux vinrent lui rendre hommage , chacun selon le rang de sa naissance. Ils arrivèrent à la tête de leurs serfs , rangés eu bataillons et marchant en assez bon ordre. Chaque bande , en entrant dans la plaine qu ou avait défrichée à dessein , allait occuper la place qui lui était destinée. La totalité des troupes était disposée dans la forme d’un grand cercle autour du mort. La pantomime fut exécutée par plusieurs personnages vêtus d’une espèce de sac , couvert de plumes blanches bizarrement cousues. Leur tête était surmontée d’un capuchon semblable à un casque, et leur ligure était masquée par* le bec et la moitié d'un pélican. Ils portaient avec fierté un priape énorme, qu’ils agitaient par un ressort, accompagnant ce mouvement d’attitudes et de gestes de la plus dégoûtante indécence. Cette cérémonie paraissait plaire infiniment aux spectateurs , et surtout aux femmes du défunt, qui étaient au nombre de sept , avec quatre enfants rangés autour du corps. La fête fut du reste semblable aux autres : on y dansa beaucoup , on y hurla , on y fit des fétiches, et l'on tira force coups de fusil eu l’air; enfin on défila autour du cadavre , après avoir fait le sanga.
Le sanga est tout à la fois une chanson de guerre, une imprécation , un défi, un signe de réjouissance. Il exige beaucoup de souplesse dans l’individu qui joue le principal rôle. C’est une panto-
mine passionnée et bizarre, accompagnée de courses rapides, de culbutes et de gambades. Pendant sa durée les spectateurs font continuellement le saquilla, sorte de salut qui consiste à remuer les doigts en montrant la main à la personne à laquelle on le destine ou à allonger les deux bras vers elle, en joignant les deux mains et les frappant l’une contre l'autre.
Lorsque ce salut se fait d’égal à égal on reste debout ; mais lorsque c’est à un prince que l'on rend hommage il faut se mettre à genoux.
Voici les details que Degrandpré donne sur les cérémonies funèbres chez les indigènes du Congo. Dès qu’un habitant est mort on le revêt de scs vêtements les plus précieux, et on l’expose sous un hangar, où ses amis viennent le pleurer deux fois par jour. Le lendemain on bâtit derrière le hangar une autre case pour le cadavre , et on lui substitue un simulacre auquel on continue de rendre les mêmes honneurs funèbres. Le cadavre est lavé avec une forte décoction de manioc, qui a la propriété de dessécher la peau et de la blanchir comme la chaux. On le. pose ensuite dans l'attitude prescrite par le fétiche : il a la face tournée vers le couchant, les genoux pliés légèrement, le pied gauche relevé en arrière , le bras droit tombant allongé, la main droite fermée, tournée vers l’orient, le bras gauche levé, la main gauche ouverte, les doigts écartés et crochus , tournés vers le couchant, comme un homme qui voudrait saisir une mouche au vol. Lorsque le cadavre est ainsi assujetti , à l’aide d’un feu continuel, mais iéger , que l’on entretient au-dessous, on commence à vider les intestins et à le sécher comme du parchemin. Dès qu’il est suffisamment blanchi , on l’enduit d’une couche épaisse de terre rouge; et quand tout est sec, on commence à le couvrir d’étoffes ; c’est ce que les Nègres appellent paquer. Cette opération consiste à envelopper le corps de macoutes cousues ensemble , jusqu’à ce qu’il ne présente plus qu’une masse d’etoffes. Plus le défunt est riche, plus le paquet est gros; bientôt la maison est trop petite, on en construituue nouvelle; et la masse augmentant tous les jours , on est obligé d’en faire une plus grande , jus-
L’UNIVERS
qu’à ce que l’héritier trouve enfin son parent assez gros; alors on cesse de l’entourer de macoutes , et on leur substitue des étoffes d’Europe, des toiles bleues, des indiennes, du drap et des soieries. Au jour fixé , on traîne cette niasse informe à la fosse, dans laquelle on a élevé une maison sans toit , assez grande pour contenir le mort; on lui sert à manger et à boire pour un certain temps ; on remet le toit , et l’on couvre le tout de terre, laissant quelques pierres pour indiquer le lieu de la sépulture.
Les cérémonies funèbres se modifient sous quelques rapports , suivant Je rang des personnages et la différence des provinces.
Cavazzi donne les renseignements suivants sur les funérailles des habitants de Matan.ba : Lorsqu’un Nègre vient à mourir, ses esclaves, ses parents et ses amis se rasent entièrement la tête en signe de deuil; et, après se l’être frottée d’huile ainsi que le visage, ils se couvrent de poudres de différentes couleurs, mêlées de plumes etdefeuilles sèches pilées. Cette cérémonie n’est observée qu’à la mort des simples particuliers ; après le décès d’un prince ou d’un gouverneur on se rase seulement le dessus de la tête, et onia ceint d’une lisière de toile ou d’écorce d’arbre, comme on le pratique dans les maladies; on s’enferme ensuite pendant huit jours, sans sortir de sa case pour quelque raison que ce puisse être. Quelques-uns joignent à cette retraite un jeûne austère de trois jours, pendant la durée duquel ils se condamnent à un silence absolu. Si quelque nécessité les oblige de répondre à quelques demandes, ils le font par signes, a l’aide d’un petit roseau qu’ils portent à la main.
Dans quelques contrées, les veuves croient que les âmes de leurs maris viennent, après la mort, se reposer sur elles, surtout lorsqu’elles ont vécu avec eux dans une parfaite union. Cette croyance les jette dans des terreurs continuelles, dont elles ne se délivrent que par le secours d’un prêtre qui les plonge plusieurs fois dans l’eau, et leur persuadeque ces ablutions chassent l’objet de leurfrayeur. Après cette cérémonie elles peuvent se remarier, sans craindre
les reproches et les mauvais traitements de leurs maris défunts.
Cavazzi assure que les Nègres du Congo croient que l’homme quitte en mourant une vie misérable, pleine de traverses ét de peines, pour entrer dans une autre remplie de félicités et de plaisirs. C’est sur cette opinion qu’ils s’appuient pour justifier les mauvais traitements qu’ils infligent aux malades pour hâter leur mort. Cavazzi a vu plus d'une fois les parents d’un Nègre à t’agonie lui tirer le nez et les oreilles de toutes leurs forces, lui donner des coups de poing sur le visage, lui agiter les bras et les jambes avec violence, et lui fermer la bouche pour l’étouffer plus promptement; d’autres le prenaient par les pieds et par la tête et le laissaient tomber après l’avoir élevé le plus haut qu’il leur était possible; d’autres se mettant à genoux sur sa poitrine, la foulaient de manière à la rompre. Ces malheureux s’imaginaient devoir agir ainsi par compassion, pour éviter au malade tes douleurs d’une longue agonie, et le délivrer plus promptement des peines de la vie terrestre.
Le gouvernement des différents États du Congo est despotique. A Cabinda, à Malemba , à Sogno, à Mayomba et Sainte-Catherine, le trône est héréditaire. Le royaume de Loango seul est électif. Le roi de Loango exerce une sorte de droit de suzeraineté sur tous les autres États de cette côte, qui lui payent un tribut de quelques femmes à des époques assez éloignées, et surtout à son avènement. Dans les interrègnes l’État est gouverné par un conseil de.
régence, composé des principaux officiers de la couronne, qui sont le mafoue, le maquimbe, le monibanze, le monibèleetle soldat-roi. Le roi, que les naturels appellent fovmou mnénè, le grand prince, est le maître absolu : il nomme et destitue ses officiers suivant son bon plaisir, dispose de la vie et de la liberté de tous ses sujets, les princesnés exceptés. L'impôt porte particulièrement sur le luxe et sur les richesses.
Le code judiciaire du Congo est trèssimple et très-court. Un crime est-il commis, le premier soin est de saisir le coupable. Lorsqu’il est pris les juges s’assemblent; l’accusé est amené devant
CONGO
le tribunal et se défend. La loi est précise : a-t-il tué. il est mis à mort; a-t-il blessé au sang, il faut qu’il paye un esclave ou qu'il le devienne luimême; a-t-il volé, il faut qu’il paye une amende ; a-t-il commis un adultère , il doit la valeur d’un esclave ail mari ; a-t-il vendu un Nègre qui n’était pas à lui , il est mis à mort, ou fournit un vassal à sa place. Le jugement est rendu séance tenante, et execute à l’instant : si l’accusé est condamné à mort, il est déchiré par lambeaux sur-le-champ.
Quand le crime n’est pas complètement prouvé les prêtres interviennent, et on a recours aux épreuves.