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dirent maîtres de ces deux îles en 237, au moment où finissait la guerre des Mercenaires.
Sicile. — On connaît assez la position et l'état florissant de la Sicile dans l'antiquité, pour savoir combien sa possession devait être utile à Cartilage. Mais jamais la commerçante cité, malgré ses efforts réitérés*, ne parvint à la posséder dans son entier.
Elle rencontra sans cesse des obstacles, et le plus grand fut assurément la rivalité des Syracusains, qui, eux aussi, voulaient dominer en maîtres absolus dans toute rétendue de la Sicile. Ce qui ouvrit à Carthage l'entrée de 111e , ce fut d'abord sa parenté avec Eryx,Panorme , Motya, Soloes, Lilybée, et quelques autres villes qui étaient d'origine phénicienne; ensuite les rivalités qui existaient entre les différentes colonies grecques. Après avoir fondé leurs premiers établissements sur la côte qui avoisine Lilybée , les Carthaginois ne tardèrent point à s'étendre, et à pousser leurs conquêtes jusque dans la partie orientale de la contrée. Nous devons remarquer ici que, par suite du système de gouvernement adopté par la métropole à l'égard de ses colonies, les villes carthaginoises de la Sicile ne furent jamais bien florissantes. Carthage les maintenait dans un rang très-inférieur au sien , et ces villes , gênées dans leur développement, ne pouvaient rivaliser avec les colonies grecques ni par leur splendeur ni par leur population. Cependant Carthage connaissait toute l'importance d'une bonne position en Sicile. A partir du jour où elle eut dans la partie occidentale de l'île de solides établissements, elle devint conquérante, et, comme nous l'avons dit, elle essaya de s'agrandir. Ce fut alors qu'une guerre terrible éclata entre elle et les Syracusains ses rivaux. Dans cette guerre qui dura plusieurs siècles (de l'an 4 1 0 à l'an 264 avant notre ère) , les Carthaginois prodiguèrent leurs trésors et leurs soldats; ils ne se laissèrent point abattre par les succès de Gélon , de Denys l'Ancien et d'Agathocle, et l'on ne saurait dire quelle aurait été l'issue de la lutte, si les
[AGE. iga
Romains n'avaient franchi le détroit de Messine pour descendre à leur tour dans cette sanglante arène. Il résulta de cette guerre, dont les succès étaient partagés, que l'étendue du territoircarthaginois, en Sicile, varia sane cesse. Tantôt les Syracusains étaiens réduits à défendre leurs propres mut railles, tantôt Carthage ne conservait en Sicile que Motya ou Lilybée. Ceendant, depuis l'année 383, le petit euve Halykus était regardé comme une ligne de démarcation entre les deux parties belligérantes. On sait, par le récit qui précède, comment , après une guerre qui avait duré plus de vingt ans, les Carthaginois, vaincus par les Romains, furent obligés de renoncer à la conquête de la Sicile.
Iles Baléares. — S'il faut en croire Diodore, Carthage eut des relations avec les îles Baléares deux siècles seulement après sa fondation. Les Carthaginois surent apprécier de bonne heure toute l'importance de ces îles. Ils y fondèrent une ville, Érésus, qui offrait aux navigateurs un excellent port, et qui brillait par la beauté de ses édilices. Les îles Baléares servaient d'entrepôt aux marchands qui allaient en Espagne, et elles fournissaient aux armées de Carthage des soldats renommés pour leur habileté à lancer au loin des projectiles, et surtout à se servir de la fronde.
Petites îles de la Méditerranée. — Entre l'Afrique et la Sicile on voyait les deux îles de Gaulos et de Mélita, qui, à une époque fort reculée, avaient appartenu aux Phéniciens.
Carthage s'en empara, et elles lui servirent de stations pour son commerce.
A Mélita ( Malte ) se trouvaient de nombreuses manufactures pour la fabrication des tissus. Dans ces îles, comme dans toutes les autres possessions de la république, il y avait une garnison de mercenaires à laquelle était préposé un officier carthaginois.
Espagne. — Il serait dîffici le de préciser le temps où Carthage mit le pied pour la première fois sur le sol de l'Espagne. Toutefois, il est avéré que déjà , à une époque fort ancienne , les
L'UNIVERS
Cartb ag i nois envoyèrent des colons sur
les côtes de Clbérie. Nous savons, au reste, que les Phéniciens les avaient devancés en fondant des établissements célèbres, Gadès entre autres, sur la cote méridionale de l'Espagne. Les rapports de Carthage florissante avec la péninsule ibérique furent tout pacifiques. Plus tard seulement, quand la république, épuisée par de longues guerres, se vit enlever par les Romains la Sicile, la Corse et la Surdaigne, elle , changea de système à l'égard de PEspague : elle ne se contenta plus des établissements fondés sur les cotes par les Phéniciens ou par elle-même; elle essaya de pénétrer dans l'intérieur du pays, de conquérir de grandes provinces et de compenser ainsi les pertes considérables qu'elle avait faites. Là , en effet, les produits de la terre et les mines à peine explorées étaient encore pour elle une source abondante de richesses. Nous ne rappellerons point ici la lutte qu'elle soutint dans la péninsule ibérique pour consolider ses établissements et assurer ses conquêtes, car nous avons résumé plus haut l'histoire de la domination carthaginoise en Espagne.
Carthage n'avait point de colonies en Gaule et en Italie. Dans la première de ces deux contrées , Massilia, fondée par les Phocéens ses ennemis, dans la seconde, Rome et les villes de la Caoïpanie, lui faisaient une trop redoutable concurrence. Ii parait cependant qu'elle eut de fréquents rapports avec la Gaule, car on voit des légions entières de Gaulois dans ses armées de mercenaires.
CÔTES OCCIDENTALES DE L' AFRI- QUE et de l'Europe ; Périples d'Hannon et d'Himilcon. — Les Carthaginois franchirent le détroit de Gadès et ils explorèrent une partie des côtes occidentales de l'Afrique et de l'Europe. Nous savons que le roi Hannon fut chargé de passer le détroit et de fonder des colonies sur différents points de la côte africaine. Il conduisait avec lui trente mille Liby-Phéniciens qui devaient peupler les nouveaux établissements. A la même époque,
Himilcon explorait la côte occidentale de l'Europe. Les fragments de Festus Avienus, qui parle de ce périple, ne nous apprennent rien de certain sur le but et le résultat du voyage d'Uiinilcon.
Trésor public; ses revenus. — Le trésor public, à Carthage, se remplissait facilement, soit par la rentrée des impôts et des tributs , soit par la part considérable que l'Etat se réservait dans les découvertes importantes que faisaient chaque jour ses colons ou ses navigateurs. En ce qui concerne cette dernière branche de revenus, Carthage, comme nous Pavons dit précédemment, trouva dans l'exploitation des mines de l'Espagne d'inépuisables richesses. Les revenus fixes et réguliers consistaient dans les tributs que payaient les peuples soumis. Les villes, dans toute l'étendue des possessions carthaginoises, donnaient de l'argent; les cultivateurs, et en général ceux qui n'habitaient point la côte , s'acquittaient en nature envers le lise et ses agents. La Sardaigne et la Sicile envoyaient le blé qui servait aux approvisionnements publics. Carthage s'enrichissait aussi par les droits qu'elle percevait à l'entrée des ports de la capitale et des colonies. Rien souvent elle se procura de l'argent par la piraterie. Parfois elle confisqua la charge des vaisseaux qui stationnaient dans soo port ; mais elle n'avait recours à ces moyens violents que dans les momeuts de détresse et lorsque de grands dangers la menaçaient, comme à l'époque de la guerre des Mercenaires. Toutefois, hAtons-nous de le dire, quand le péril s'était éloigné, quand le calme renaissait, elle s'empressait de restituer, et elle indemnisait les marchands qui avaient eu à souffrir de ses injustes saisies. Ce qui contribua principalement à rendre Carthage riche et florissante, ce fut la prospérité de chacun des individus soumis à ses lois. En effet, par l'agriculture, le commerce et l'industrie, presque tous étaient parvenus à se procurer Paisance et le bien-être.
Agriculture. — Les Carthaginois
CARTIIAGE.
habituèrent de bonne heure à la vie rurale les populations indigènes qui les avoisinnient. Kux-mêmes ne se portèrent point exclusivement vers le commerce ou l'industrie ; ils s'adonnèrent aussi aux travaux de la campagne.
L'agriculture, dans les terres de la domination carthaginoise, était parvenue à un haut degré de perfectionnement. Les étrangers qui parcouraient les environs de Carthage, traversaient, non sans admiration, les campagnes, que de savants procédés avaient transformées en de véritables jardins. « La « contrée qu'Agathocle, après son dé- « barquement en Afrique, traversa à « la tete de son armée, était, suivant « Diodore , couverte de jardins , de « plantations, et coupée de canaux qui « servaient à les arroser. De superbes a maisons de campagne décelaient les « richesses des propriétaires. Ces de- « meures offraient toutes les commo- « dites de la vie, car, dans l'intervalle « d'une longue paix , les habitants y « avaient entassé tout ce qui peut flat- « ter la sensualité. Le sol était planté « de vignes, d'oliviers et d'autres ar- « bres fruitiers. D'un côté s'étendaient « des prairies où paissaient des trou- « peaux de bœufs et de brebis; de l'au- « tre, dans les contrées basses, se trou- « vaient d'immenses haras. On vovait « partout l'aisance, car les Carthâgi- « nois les plus distingués y avaient des u possessions et rivalisaient de luxe. » Polybe nous apprend que la campagne de Carthage offrait encore le même aspect au moment où l'armée de Regulus descendit en Afrique, c'est-àdire cinquante ans après l'expédition d'Agathocle. Entre toutes les provinces que les Carthaginois possédaient sur le sol de l'Afrique, la Byzacène tenait le premier rang par son extrême fécondité. « Cette contrée habitée par
• des Libyens, dit Scylax , est très-ier-
* tile et elle offre un magnifique aspect. « Elle abonde en troupeaux, et ses « habitants sont très-riches. »
Heeren a fait une remarque importante que nous devons rappeler ici , c'est que , dans les provinces de l'Afrique soumises à Carthage, l'agriculture
n'était pas seulement pratiquée dans toutes ses branches, mais encore traitée dans des écrits que les Romains ne dédaignèrent pas de faire traduire dans leur langue (voy. l'alinéa que nous avons consacre à la littérature des Carthaginois). Le savant historien ajoute:
«A Carthage, l'amour de l'agricul- « ture semble même avoir surpassé « l'amour ppur le commerce. Dans « l'antiquité, l'état de commerçant « n'était pas le plus estimé, et il est « vraisemblable que les Carthaginois « éurent à cet égard une opinion con- « forme à celle des autres peuples.
« JNous savons que les grandes familles « delà république possédaient des biens- «v fonds et vivaient de leurs revenus, « mais nous ne trouvons aucun fait « qui prouve qu'elles aient fait quelque « négoce. » Ici, nous le croyons, Heeren s'est exprimé avec quelque exagération , mais il n'en reste pas moins démontré jusqu'à l'évidence, parle témoignage des écrivains de l'antiquité, que les Carthaginois , tout en se livrant au commerce et à l'industrie , donnèrent les plus grands soins aux travaux de l'agriculture.
Commerce et industrie. — Carthage fut pendant plusieurs siècles l'entrepôt de toutes les richesses du monde ancien. Ses vaisseaux lui amenaient chaque jour les produits des contrées les plus lointaines, et ses caravanes, qui traversaient les déserts, apportaient les trésors de l'intérieur de l'A-, frique et même de l'Orient (*).
Commerce PAa mer. — On peut juger de l'étendue du commerce maritime de Carthage par le nombre de ses colonies. Nous avons énuméré précédemment les villes et les provinces qui avaient reçu ses colons ou qui étaient soumises à sa domination. De tous ces points divers arrivaient dans ses ports des vaisseaux chargés de précieuses marchandises. Carthage, nous l'avons dit , recevait de la Sicile et de la Sardaigne de glandes provisions de blé,
(*) Voyez sur le commerce de Carthage Wilhelm Bôtticher {Geschichfe d«r Carthager)y p. 66 et «uiv. Berlin, 18*7.
L'UNIVERS
mais elle prenait encore dans ces deux fies, ainsi que dans la Corse , du miel et de la cire. Il est vraisemblable que les Carthaginois exploitèrent les mines de métaux qui sont en Sardaigne , et
2ue, pour leur commerce de pierres nés, ils surent tirer profit des sardoinesque Ton rencontre fréquemment dans ce pays. Ils trouvaient à Lipara et dans les petites îles qui l'entourent, du bitume, et à Ilva (l'île d'Elbe) du minerai de fer. Les fies Baléares, où ils achetaient de nombreux esclaves, leur fournissaient en outre du ▼in , de l'huile et une laine très-fine et très-recherchée. Les mulets des lies Baléares étaient aussi fort estimés.
Les produits naturels de l'Espagne formaient une branche très-importante du commerce de Carthage. Mais ce qui attira principalement l'attention de la république vers l'Espagne , ce fut l'exploitation des mines, qui produisaient alors abondamment et qui étaient pour elle la source d'immenses richesses. Tout nous porte à croire que les Carthaginois comme les Phéniciens firent un grand commerce avec les cotes occidentales de l'Afrique et de l'Europe. Les vaisseaux de Carthage, après avoir franchi le détroit de Gadès, moulaient au nord jusqu'aux fies Cassitérides , d'où ils revenaient chargés d'étain; on prétend même qu'ils allaient chercher l'ambre jusque sur les côtes de la mer Baltique. Carthage entretint aussi des relations avec la Gaule, malgré la concurrence de Massilia.
Dans la partie orientale de la Méditerranée, le commerce des Carthaginois était beaucoup moins étendu
?[ue dans la partie occidentale. Touteois, iis avaient encore, pour les produits de leur industrie, de nombreux débouchés en Grèce et en Italie. C'était là principalement que, outre les pierres fines et les esclaves noirs, ils vendaient les objets sortis de leurs manufactures.
Commerce par terre. — Le commerce par terre était très-actif et trèsétendu. Des caravanes arrivaient du fond de l'Arabie , et , passant par les
stations du désert , depuis PÉgypte jusqu'à Ammonium , et depuis Ammonium jusqu'à la grande Leptis, ou jusqu'aux tentes des premières tribus nomades soumises à Carthage, elles transmettaient les trésors de l'Orient. D'un autre côté, le commerce par terre s'étendait jusqu'au Niger, ou les Carthaginois envoyaient du sel et d'autres produits , et recevaient des grains d'or en échange. Outre les grains d'or, les Carthaginois tiraient de l'intérieur de l'Afrique des esclaves noirs, des dattes et des pierres précieuses, que Pline appelle Carbunculi carchedonii. Les peuples nomades étaient, si nous pouvons nous exprimer ainsi, les intermédiaires de ce grand commerce- Ils se chargeaient de porter les marchandises à leur destination. Cependant les Carthaginois eux - mêmes se joignaient quelquefois aux caravanes, et iious savons qu'un certain Magon, marchand de Carthage , fit trois fois le voyage du désert.
Industrie. — A Carthage , il y avait plus de commerpe que d'industrie. Les Carthaginois échangeaient souvent, sans les livrer à la fabrication, les produits qu'ils allaient recueillir dans les contrées lointaines. Toutefois, la magnificence et le luxe qui éclataient à Carthage attestent que , dans cette ville florissante, les arts manuels étaient pratiqués et cultivés avec soin. Certaines branches de l'industrie retirent chez les Carthaginois de grands éveloppements; nous citerons , entre autres , la fabrication des tissus. Dans l'antiguité , les étoffes qui sortaient des fabriques carthaginoises étaient fort recherchées. Athénée nous apprend qu'un Grec, nommé Polémon , avait fait un traité spécial sur la fabrication de ces étoffes (*). Carthage possédait , dans l'île de Malte, de nombreuses manufactures qui produisaient des tissus renommés pour leur finesse et leur beauté.
Monnaies. — Frappait-on , à Carthage, des monnaies d'or et d'argent?
■ ') L'ouvrage de Polémon était intitulé ;
CARTHAGE
(Test là une question que les numismates n'ont point encore résolue. 11 existe des monnaies qui ont été frappées par les Carthaginois dans les villes le la Sicile , et qui portent une inscription punique. Il est vraisemblable que la métropole n'attendit point l'exemple de ses colonies pour avoir une monnaie. Toutefois , il est à peu près certain que les Carthaginois apprirent dans les villes grecques de la Sicile les éléments de l'art numismatique. Si, dans les premiers siècles qui suivirent sa fondation , Carthage n'eut point de monnaies , c'est que dans les pays où elle pénétrait le commerce se faisait par échange.
Forces militaires de Carthage ; armées navales. — Nous croyons indispensable de donner ici
Quelques détails sur les forces militaires e Carthage , sur ses armées de terre et de mer. Au rapport des historiens, il y avait deux ports à Carthage ; l'un était destiné aux vaissaux du commerce, l'autre aux vaisseaux de guerre.
Ce dernier contenait ordinairement cent cinquante et deux cents galères.
Dans les premiers temps» de la république, les vaisseaux étaient tous à trois rangs de rames. Mais les forces navales de Carthage s'accrurent considérablement à l'époque où elle entra en lutte avec les Romains. Alors aussi les Carthaginois firent de grands progrès dans l'art de construire les vaisseaux. En effet, nous voyons que, dans un combat livré à Régulus, la flotte carthaginoise se composait de trois cent cinquante galères , à cinq rangs de rames. Chaque galère portait cent vingt combattants et trois cents hommes pour la manœuvre.
Armées de terre. — Les armées de terre entretenues par la république étaient considérables. Elles se composaient de soldats mercenaires que Carthage avait levés en différents pays. Cependant, dans chaque corps d'armée, il y avait une troupe où les Carthaginois seuls étaient admis. C'étaient les fils des grandes familles qui venaient s'exercer au métier des armes , et se préparer, dans les combats, aux
divers commandements des armées.
La légion composée de Carthaginois était peu nombreuse. Si l'on en croit Diodore , il arriva une fois que , dans une armée de soixante et dix mille hommes, on ne compta que deux mille cinq cents Carthaginois. « Le « nombre des citoyens carthaginois « qui servaient dans les armées , dit « Heeren , n'était jamais considérable.
« Les peuples tributaires de l'Afrique , « gue Polybe appelle toujours Libyens, « formaient l'élite des troupes. Ils « combattaient à cheval ou à pied , et « ils étaient le noyau de la grosse ea- « valerie et de la grosse infanterie. Ils « portaient de longues piques qu'Ana nibal changea , après la bataille de « Trasimène , contre des armes ro- « maines. A côté de ces troupes se « rangeaient les Espagnols et les Gau- « lois. Les soldats espagnols étaient « les plus disciplinés des armées de la ré- « publique; ils faisaient ordinairement « le service de la grosse infanterie. Ils « portaient des habits blancs de lin «avec des ornements rouges; une « grande épée, qui pouvait tout à la fois « frapper et percer , était la principale « de leurs armes. Les Gaulois com- « battirent de bonne heure dans les « rangs carthaginois. Dans la bataille <* ils étaient nus jusqu'à la ceinture, et « n'avaient qu'un sabre pour frapper « l'ennemi. L'Italie grossissait le nom- « bre des mercenaires de Carthage.
« Les Liguriens paraissent dans ses « armées au commencement de la lutte « contre Rome , et les Campaniens « déjà à l'époque des guerres contre « Syracuse. La république avait aussi « des Grecs à son service. Les Iles Ba- « léares fournissaient à Carthage jusqu'à mille soldats. Ils portaient une « fronde qui avait presque l'effet de « nos petites armes à feu , car les « pierres qu'elles lançaient brisaient « les boucliers et les cuirasses. Dans « une bataille contre les habitants de « Syracuse , ils assurèrent , par leur « adresse, la victoire aux Carthaginois. « Mais la force principale des armées « de Carthage consistait en cavalerie « légère, que la république tirait des
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« tribus nomades plaeees sur les deux pour trois cents éléphants et quatre « côtés de son territoire. Toutes ces mille chevaux. Il y avait des logements « tribus, depuis les Massyliens limi- pour vingt mille fantassins, et des ma- «trophes jusqu'aux Maurusiens de- gasins remplis de ce qui était néces- « meurant dans le Fez et le Maroc saire à la subsistance des hommes et « modernes , avaient l'habitude de se des animaux employés à la guerre (voy. « battre dans les armées des Carthagi- plus bas la Topographie de Car thage). « nois, et d'être à la solde de cette na- Le récit de la lutte terrible et dan- « tion. La levée des troupes était faite , gereuse que les Carthaginois eurent à « dans les provinces de l'Afrique aussi soutenir contre leurs propres soldats «bien qu'en Europe, par des séna- après la première guerre punique (*) , « teurs députés qui pénétraient jus- nous dispense d'entrer ici dans de lou- « qu'aux contrées les plus lointaines, gues considérations sur les avantages « Les cavaliers numides couraient sur ou les périls réservés aux États qui en- « de petits chevaux non sellés, qui tretiennent des armées composées '< étaient dressés à des évolutions ra- tout entières de mercenaires. En ter- « pides, et qu'ils dirigeaient sans frein, minant ce que nous avions à dire du « La peau il l'un lion ou d'un tigre leur système militaire des Carthaginois, « fournissait à la fois un vêtement et nous devons encore faire une remar- « une couche pendant la nuit; et, lors- que , c'est que les Romains essayèrent «qu'ils combattaient à pied, un mor- constamment, depuis le jour où pour « ceau de peau d'éléphant leur servait la première fois ils franchirent le dé- « de bouclier. Leur attaque était ter- troit de Messine, de détacher de Car- « rible à cause de l'agilité de leurs thage toutes les provinces où elle en- « chevaux; et la fuite n'avait rien de rôlaitdes mercenaires. Ils lui enlevèrent « honteux pour eux. puisqu'ils fuyaient la Sicile , la Corse et la Sardaigne ; ils « seulement pour faire une nouvelle at- s'allièrent aux Phocéens de Marseille « taque. La grosse cavalerie se compo- et à quelques-unes des nations qui ba- « sait , suivant Polybe, de Carthagi- bitaient le injdi de la Gaule; en Es- « nois , de Libyens, d'Espagnols et de pagne, par des actes de clémence et de «Gaulois.» Dans les armées de Car- générosité, ils se concilièrent un grand thage, on voyait aussi des éléphants nombre.de peuples; enfin, en Mauriqui étaient guidés par des Éthiopiens, tanie et en Numidie , à force d'adresse. Hceren suppose que ce ne fut qu'après ils se firent des amis nombreux et déles guerres de Pyrrhus, en Sicile, que voués. Cette politique réussit aux Rôles Carthaginois employèrent ces ani- mains, qui anéantirent ainsi peu à peu, maux dans les batailles*. mieux qu'ils ne l'auraient fait par de Pour une partie de l'armée soudoyée grandes batailles, toutes les forces des par Carthage , le service militaire était Carthaginois.
Sermanent. Ainsi , comme nous l'avons Religion des Càhthaginois. — éjà remarqué, il y avait des garni- Les émigrés qui fondèrent Carthage sons de mercenaires fixées dans les îles apportèrent avec eux , sur la côte d'Aet les provinces soumises à la républi- frique , la religion de la Phénicie. Ccque. Les flottes et les armées de terre pendant, nous devons ajouter que, daus avaient des chefs distincts. Toutefois, cette religion, par suite du Jon^ conles commandants des flottes étaient tact des Carthaginois avec les Libyens subordonnés aux généraux des armées et les Grecs de la Sicile, il s'introduide terre lorsqu'ils agissaient conjoin- sit un grand nombre d'éléments etrantement. Dans les autres circonstances, gers. Nous donnerons ici les noms des le commandant de la flotte recevait di- principales divinités adorées à Carrectement les ordres du sénat. Enfin, thage. Le premier de tous les dieux nous savons qu'il existait des casernes était Baal ou Mofoch, le seigneur, le à Carthage. Dans les murs de la citadelle, on avait pratiqué des écuries (*) Voyez plus haut p. 65 et suiv.
CARTHAGE
roi du ciel. C'était le dieu suprême dans lequel les Grecs crurent voir Kronos, et les Romains Saturne. A ce dieu Baal, les Carthaginois associèrent la puissante déesse Astarté. La déesse Astarté ou Astaroth (ce mot répond à l'idée de souveraine du ciel et des astres) fut appelée par les Grecs Uranie, et par les Romains la Déesse céleste ou Junon. Après Baal et Astarté, nous devons mentionner le dieu Melcarth. Chaque année, Carthage, par un pieux respect et en souvenir de sa parenté, envoyait dans sa vieille métropole un vaisseau chargé de riches offrandes pour le dieu Melcarth, qui était le génie tutélaire de la ville de Tvr. Les Carthaginois transportèrent dans toutes leurs colonies le culte de Melcarth (Hercule tyrien), aussi bien que celui de Baal et d' Astarté. Plusieurs écrivains de l'antiquité ont rangé aussi au nombre des dieux puniques Esmun-Esculape, qui avait son temple sur la colline de Bvrsa. Comme nous l'avons dit, les Carthaginois adoptèrent quelques-unes des divinités étrangères. Ils empruntèrent aux Grecs le culte de Cérès et de Proserpine, peut-être même celui d'Apollon ; et , s'il faut en croire Diodore de Sicile, ils envoyèrent une fois des ambassadeurs au temple de Delphes. Les fonctions du sacerdoce étaient recherchées par les familles les plus illustres de la ré- • publique ; cependant il n'y avait point a Carthage de caste sacerdotale (*).
« Le caractère de la religion cartha- « ginoise fut comme celui de la nation « qui la professa , mélancolique jus- « qu'à la cruauté. La terreur était le « mobile de cette religion, qui avait « soif de sang et s'environnait des plus « noires images. A voir les abstinen- « ces, les tortures volontaires, et sur- « tout les horribles sacrifices dont elle * faisait un devoir aux vivants, on s'é- « tonne peu que les morts aient dû leur h sembler dignes d'envie. Elle impo-
(*) Voyez sur la religon des Carthaginois le savant ouvrage de Munler {Religion der Carlhager) ; voyez aussi Wilhelra Bôtticher (Geschichte der Carthager), p. 77 et suiv.
« sait silence aux sentiments les plus «sacrés de la nature, elle dégradait « les âmes par des superstitions tour * à tour atroces et dissolues , et Ton « est réduit à se demander quelle in- « fluence vraiment morale elle put exer- « cer sur les mœurs du peuple. Aussi « le portrait que l'antiquité nous a «laissé des Carthaginois est- il loin « d'être flatteur: à la fois durs et ser- « viles, tristes et cruels, égoïstes et «cupides, inexorables et sans foi, il « semble que l'esprit de leur culte ait « conspiré avec la jalouse aristocratie « qui pesait sur eux, avec leur existence « toute commerciale et industrielle, à « fermer leurs cœurs aux émotions « généreuses , aux besoins d'un ordre « élevé. Ils pouvaient avoir quelques « nobles croyances, mais dont la pra- « tique se ressentait peu. Une déesse « présidait à leurs conseils publics , « mais ces conseils, ces assemblées se «tenaient la nuit, et l'histoire dépose « des terribles mesures qui s'y agi- « taient. Le dieu de la clarté solaire, « Hercule , fut le patron de Carthage « comme celui de Tyr ; il y donna « l'exemple des grandes entreprises et « des hardis travaux ; mais le sang y « souillait sa lumière , et tous les «ans, des victimes humaines tom- « baient au pied de ses autels aussi « bien qu'aux fêtes de l'impitoyable « Baal. Partout où les Phéniciens, « où les Carthaginois après eux portè- « rent leur commerce et leurs armes, « non-seulement à certaines époques , « mais dans tontes les conjonctures «critiques, leur fanatisme, exalté re- « nouvela ces immolations sanguinai- « res. En vain Gélon de Syracuse, avec « l'autorité de la victoire; en vain, par « une pacifique influence, les Grecs eux- « mêmes fixés à Carthage tentèrent a d'y mettre un terme, l'antique bar- « barie reparut sans cesse et se main- « tint dans la Carthage romaine. Au « commencement du troisième siècle « de notre ère, on découvre encore des « vestiges de ce culte affreux , tout au « moins alors pratiqué en secret. Dès « Tan 655 de Rome, tous les sacrifices « humains avaient été prohibés; mais
L'UNIVERS
« plus d'une fois les empereurs se trouve vèrent dans la nécessité de répéter « cette défense, et nous devons ajouter « que , pendant longtemps , la sévérité « des lois romaines ne put mettre un « terme à ces hideuses i m molations (*). »
LlTTÉRATUBE DES CARTHAGINOIS.
— Y avait -il une littérature à Cartilage ? Des documents assez nombreux et assez authentiques nous permettent de résoudre affirmativement cette question. Cependant dix vers en langue punique qui se trouvent dans \e Pœnulus de Plaute , dix vers que personne jusqu'ici n'a pu traduire même approximativement , quoiqu'en remontant aux sources primitives, c'est-à-dire, à la langue hébraïque, qui ne devait pas différer beaucoup de la langue phénicienne, sont les seuls vestiges de la littérature carthaginoise qui soient parvenus jusqu'à nous. Mais nous avons en revanche le témoignage des écrivains grecs et romains qui attestent que les lettres furent cultivées à Carthage. Pline l'ancien rapporte qu'après la prise et la destruction de la ville, les Romains donnèrent les bibliothèques publiques aux princes d'Afrique, leurs alliés. Saliuste, de son coté, quand il parle des premiers peuples qui ont habité l'Afrique, invoque, à I appui de ses assertions, les livres puniques (libri punici) qui avaient ap- >artenu au roi Hiempsal. Les livres mniques, livres d'histoire vraisembla- )lement, étaient ceux qu'après la destruction de Carthage les Romains avaient donnés à leurs alliés d'Afrique. Au reste, Polybe nous apprend aussi que Carthage avait eu des historiens.
Rntre les ouvrages de la littérature carthaginoise , le plus estimé par les étrangers fut un traité de Magon sur l'agriculture. D. Silanus le traduisit en latin. Nous savons qu'il était divisé en vingthuit livres. Tous les auteurs qui ont écrit sur l'économie rurale, Caton, Pline, et Columelle, entre autres, ont fait de cet ouvrage le plus grand éloge,
(•) Religions de l'antiquité, ouvrage de Crewzer, refondu , complété et développé par M. Guigniaut.
et ils en ont extrait de nombreuses citations. Heeren dit, à propos du livre de Magon : « On ne saurait douter qu'il n'y eût une littérature carthaginoise Un ouvrage aussi étendu que
celui de Magon ne pouvait être , à Carthage, ni la première ni la dernière production littéraire. » Les Carthaginois durent se perfectionner dans la littérature par l'étude des chefs-d'œuvre que le génie grec avait enfantés ; et cette étude leur fut rendue facile par les voyages qu'ils faisaient dans la Grèce elle-même, et par leurs relations suivies avec les peuples de la Sicile.
Enlin nous savons qu'il y eut dans l'école grecque un philosophe carthaginois. Clitomaque était le nom qu'il portait à l'étranger ; dans aa patrie on rappelait Asdrubal (*).
(*) « Wlnkelmann ( Kunst geschichte ), nie que les beaux-arts aient fleuri à Carthage; mais l'architecture de son Cothôn et de ses doubles portiques , le temple et la châsse d'Apollon, décrits par Appien, la mention faite par Polybe des monuments élevés à Carthage et dans toules ses colonies, en l'honneur d'Amilcar, fils d'Hannou; le bouclier d'argent cilé par Tite-Live (xxv, ■Uj) , qui était décoré du portrait d'Asdrubal et pesait i3t livres; les statues érigées dans Carthage, à Cérès el à Proserpine; enfin le goût des Carthaginois pour les chefsd'œuvre de la Grèce, semblent prouver que ce! te assertion tranchée d'un aussi habile • antiquaire doit être modifiée. Le style d'architecture des stèles votives chargées d'inscriptions puniques , des médailles phéniciennes , surtout du médaillon maxime d'argent de la Bibliothèque royale , est tout à fait grec, et nous induit à penser que le voisinage de la Sicile, que les relations fréquentes entre cette île et Carthage ont dû porterie goût et la culture des arts dans cette république riche et commerçante; qu'enfin, s'ils n'ont pas eu de bons artistes natiouaux, ce qui n'est pas prouvé , ils se sont servis des artistes grecs, comme l'ont fait depuis les Romains , pour la décoration de leurs maisons privés, de leurs édifices publies et l'embellissement de leur capitale. Il existe à Lcyde un grand nombre de monuments funéraires en terre cuite, couverts d'inscriptions phéuiciennes , et décorés de bustes d'individus des deux sexe»,
Nous avons essayé de réunir ici les principaux renseignements que les écrivains de l'antiquité nous ont laisses sur la constitution intérieure de Carthage ; sur son système de gouvernement à l'égard des peuples qui lui étaient soumis, et de ses colonies ; sur l'étendue de ses possessions, de son commerce, de ses ricchesses, de ses forces militaires ; enfin sur sa religion et sa littérature. Si nous avons parlé de toutes ces choses avec quelque étendue , c'est qu'elles se rapportaient intimement à l'histoire d'une ville qui a joué, comme on l'a vu, un grand rôle dans l'histoire du monde , et qui , par ses relations commerciales et ses lointains voyages, a exercé sur la civilisation de presque tous les peuples de l'antiquité une notable influence.