‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 148 sur 246 · GKNÉBAUX; CENSEUR DES MŒURS · texte numérisé non relu

GKNÉBAUX; CENSEUR DES MŒURS

ATTBIBUTIONS des différents pouvoirs de l'État. — La grande assemblée (<r>paT,7&ç) était un corps permanent qui se composait de l'élite des Carthaginois, c'est-a-dire, des hommes qui avaient acquis par leurs richesses une , grande inlluence. Dans un État où les citoyens les plus notables sont les citoyens les plus riches , les fonctions publiques ne sont point héréditaires. Comme nous l'avons dit, par suite de l'instabilité des grandes fortunes, l'aristocratie carthaginoise devait non point changer dans son essence, mais se renouveler sans cesse.

La grande assemblée était soumise à cette loi; et vraisemblablement les places vacantes furent souvent remplies par des hommes qui n'avaient reçu aucune illustration de leurs aïeux, mais qui , à force de travail et de peine , par le commerce ou par l'industrie, étaient parvenus à acquérir des richesses considérables. Les écrivains anciens ne nous ont point donné de renseignements sur l'organisation intérieure du sénat carthaginois. Toutefois, d'après quelques indications empruntées aux historiens, il nous est permis de croire quelles membres qui le composaient étaient fort nombreux. La grande as-

9* Liv?'ais<m. (Carthage.)

semblée («vyxXtitoç) paraît avoir été un corps délibérant ; c'était à Carthage ,

f>our employer une expression moderne, e pouvoir législatif, comme la petite assemblée (ftpouaîa) qu' Aristote appelle le conseil suprême, était le pouvoir exécutif. Le conseil suprême , qui reçut la dénomination particulière de •y»p6u«ta, se composait de cent membres. Dans le principe, il n'avait été qu'un démembrement de la grande assemblée, un comité charge spécialement de faire la police de 1 État, et de juger les magistrats et les généraux prévaricateurs. Le conseil des Cent ne cessa point de se recruter parmi les notables de la république ; mais peu à peu il se fit conférer des pouvoirs extraordinaires , et il finit par se réserver la connaissance des affaires les

5 lus importantes, et par s'arroger le roit de décider dans les grandes circonstances. Ajoutons ici que plusieurs écrivains de l'antiquité ont compris les deux assemblées sous le nom commun de svnédrin (ovvtëoiov).

« La sphère du sénat à Cartha- «ge, dit Heeren, en y réunissant «le grand conseil ( oû-yxXyjTc; ) et le «conseil des Cent (ftpovata), paraît « avoir été en général la même que « celle du sénat romain. Toutes les « transactions avec l'étranger lui sont « confiées. Les rois ou suffètes qui le «présidaient y font des rapports; il « reçoit les ambassadeurs, il délibère « sur toutes les affaires d'État, et son « autorité était si grande qu'il décidait « même de la guerre et de la paix , «quoique, pour la forme, la ratifica- « tion allât quelquefois au peuple (*). » Nous savons, en effet, qu il existait à Carthage des assemblées du peuple.

Mais, comme l'a remarqué le savant historien que nous venons de citer, ces assemblées n'exerçaient point une influence réelle sur les affaires de l'Etat arrivait toutefois qu'en certai-

(*) Heeren , De la politique et du commerce des peuples de l'antiquité, I. IV, ne la traduction française , |>. 140.

(**) En parlant ici de la constitution carthaginoise , nous n'avons en vue que repo»

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nescirceostancesl'intervention du peu- rité était loin d'être illimitée , et ils ne 5S «STta* nécessaire. Quand les pouvaient , a eux ^^'^H pouvoirssupérieurs,quisecomposaient [a puissance du conseil des Cent et de Ses deux assemblé^et des suffètes, la grande assemblée. Il Mbit,: .1 est nflta,ent p»mt d'accord, c'était le vrai, que, *°£"»d£rn£ peuple qui décidait. Les deux suffetes sures Jugees..'nd'sP*n^''f £1 ™, mis étaient olacés à la téte du gou- assemblées , ils donnassent leur ad- ?ën.eu,ent r . Cependant leur auto- hésion Quand celte adhésion man-

quait , le sénat avait encore un moyen de l'emporter. Il s'adressait au peuple, qui décidait. Ce qui relevait la dignité des suffètes à Carthage, c'était moins l'importance des fonctions que les distinctions honorifiques. Ainsi, ils avaient la préséance dans les assemblées. Ils étaient choisis parmi les membres les plus influents du sénat, mais leur élection était ratifiée par le peuple. Leur pouvoir était a vie, et par conséquent soumis à l'élection. Nous voyons quelquefois les

que où la république par ses conquêtes, par ht grandeur et la nature de ses enH éprises, par le nombre des peuples tributaires , était florissante et se trouvait à l'apogée de sa puissance et de sa splendeur. A cette époque, le gouvernement , à Carthage, était purement aristocratique et, comme nous l'avons dit , le peuple n'avait dans les affaires de l'État qu'une faible part d'actiou C'est le jeu de* institutions qui étaient en vigueur, pendant cette période que nous venons d'expliquer. Plus tard , an moment où Cartilage se trouva en contact avec Rome, et après

se trouva en cuuwiei a>ru i\<»mc, «j».v,j . — « , . 1 , 1

de longues guerres et des désastres multi- suffètes prendre en main le commau-

pliés, 1t se fit dans la constitution de gra- dément des armées de terre et des

*es changements. Le peuple à son tour voulut flottes , mais ce commandement n'était

intervenir dans le gouvernement et se me- point inhérent à leurs fonctions. Tout

nager dans les affa.res de l'Élal une grande mus porte à croire, au contraire , que

iiiûuencc. L'aristocratie soutint une lutte ym abandonnait plus volontiers aux

opiniâtre conrtre cette prétention nouvelle g^fètes CC qui concernait l'adminis-

et elle accabla de toute sa Laine la famille tration civile. La république apportait

Barca qui appuyait les réclamations de la je |||S n(j sojn dang |e cnojx de

démocratie. Cependant, au temps des guerres se/„en(£a,,x . on prenait pour COm-

puniques, les circonstances etatent changées, b armées, ceux qui, dans

et de, événements imprévus necess.ta.ent, distiiJguès par

neut-être . dans la constitution des relor- •» r\i~i£-A

«Tes ex raordinaires. Si l'aristocratie s'était «Mirage OU leurs talents. D abord

prêtée de son plein gré aux réformes deman- c'était le conseil supérieur OU des Cent

déespar le peuple, Carthage eût peut-être qui nommait; ensuite la i grande aséchappé aux humiliations et aux malheurs semblée et le peuple sanctionnaient la sans nombre qui vinrent fondre sur elle pen- nomination. En plusieurs circonstandant un demi siècle (202- 146 avant notre ère); ces, le choix fut laissé à Tannée ellepeut-ètre aussi eût-elle évité une entière des- même; ainsi, pendant la guerre des iruetion. C'est l'opinion de Montesquieu: Mercenaires, au moment où un funeste «Carthage, dit-il, périt parce que, lorsqu'il dissentiment éclata entre Hannoit et fallut retrancher les abus, elle ne put souf- Amilcar, les soldats reçurent pouvoir frirlamaiiidesonAnnibalmème.>»(6>«W«fttr Jj'éljre un chef unique : ils se prononrt décadence des Romains , ch. vm.) Anui- €çrent, on le sait , en faveur d' Amilcar. bal, on le sait, fut, après Amilcar sou pere, Enfin r termjner cette noie chef du parti démocratique. Au reste, menc|ature nous dirons que Cornons avons raconte plus haut , avec quelque , ^ reagjstrat qui étendue , les changements survenus daus la r © 1 * constitution de Carthage et la lutte de la 1 v démocratie contre l'aristocratie. Voyez prm- le gouvernement républicain. Malchus, qui cipalement p. 80, 97 et suiv. , io3, 108, commandaenSicileetenSardaigne(53h-53o io9, ïîi et suiv. avant notre ère), est le premier Carthagi- (*) Suivant les traditions , le gouverne- nois qui, dans l'histoire, porte le btre de oient monarchique avait précédé, à Carthage, sn/Jète. "Voy . plus haut , p. 3.

CARTHAGE

à Carthage , aurait été revêtu des fonctions de censeur des mœurs.

Nous ne pouvons nous arrêter sur les institutions judiciaires des Carthaginois , car nous n'avons sur ces institutions que des données incomplètes.

Nous savons cependant qu'il existait des magistrats spéciaux pour juger les affaires civiles et criminelles.

Système de gouvernement a l'égard des peuples tributaires sur le continent africain et des colonies. — Carthage tenait dans une étroite dépendance toutes les villes qui lui étaient soumises sur le continent africain. Loin de leur conférer des privilèges étendus, elle les traitait en villes conquises, et elle montra parfois à leur égard une extrême dureté. Elle leur faisait payer de lourds impôts, et, lorsqu'il s'agissait de percevoir, le fisc de la république procédait avec une inflexible rigueur. Les gouverneurs délégués pour administrer les villes avaient mission, avant tout, de faire entrer de grosses sommes dans le trésor public , et les percepteurs employaient souvent d'énergiques moyens pour extorquer l'argent des tributaires.

Les habitants des campagnes n'étaient pas traités avec plus de modération, et, en plusieurs circonstances, on enleva aux cultivateurs propriétaires la moitié de leurs revenus. Les habitants des villes et des campagnes qui restaient soumis par la force gardaient le souvenir de ces odieuses exactions, et lorsqu'un ennemi mettait le pied sur le sol de Carthage, ils se rangeaient de son côté et lui prêtaient aide et appui. Cette haine des peuples tributaires contre la république se manifesta surtout avec violence à l'époque de la guerre des Mercenaires (*).

Carthage suivit la même règle de conduite a l'égard de ses colonies. Elle reur fit sentir quelquefois sa prééminence d'une manière tyrannique. Ainsi, elle les obligeait à fermer leurs ports aux marchands étrangers. C'était à Carthage seulement qu'on achetait les produits des contrées lointaines, et

(*) Voyez plus haut, p. 68 et 69.

par ce monopole, oui était loin de contribuer à la prospérité des colonies, la république gagnait d'incalculables richesses. La métropole avait soin de transporter, là où elle établissait des colons, ses dieux et son culte. La conformité des croyances religieuses était assurément un lien puissant; mais Carthage eut encore recours à d'autres moyens pour retenir les colonies sous sa dépendance. Elle plaçait dans chacune d'elles des magistrats carthaginois chargés de l'administration civileetmilitaire, etsouvent elle adjoignait àces magistrats une garnison de mercenaires.

Étendue de la puissance carthaginoise; peuples soumisaCarthage sur le continent africain; colonies. — Carthage, après sa fondation, se trouva en lutte avec les peuples qui l'avoisinaient. Elle triompha cependant, et elle compta enûn au nombre de ses tributaires tous les ennemis qui l'avaient attaquée. Par un long contact, les hommes qui habitaient autour de Carthage et de quelques autres établissements phéniciens se mêlèrent peu à peu aux colons venus de Tyr ou de Sidon,et, par suite de la fusion

3ui s'était opérée, ils reçurent le nom e Liby-Phéniciens. Dans les provinces voisines de Carthage s'élevèrent bientôt des villes nombreuses, et le sol fut embelli et fertilisé par une savante agriculture. Indépendamment des peuples sédentaires qui s'étaient presque assimilés aux Phéniciens, il y avait encore des nomades qui s'étaient soumis à la puissance carthaginoise. A l'ouest, quelques-unes des peuplades de la INumidie payaient un tribut. Au midi, jusqu'au lac Triton, et à l'est, jusqu'à la grande Syrte, on distinguait parmi les tributaires de Carthage les Aasenses, les Maxyes, les Machlyes, les Lotophages et "les Nasamons. La soumission ou l'alliance de toutes ces tribus était précieuse à la république; les unes lui servaient de barrière contre les invasions, et les autres, en transportant ses denrées jusqu'aux rives du Niger, facilitaient son commerce dans l'intérieur de l'Afrique.

Colonies. — Il ne faut pas ranger

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au nombre des colonies carthaginoises certaines villes qui peut-être, bien avant Carthage elle-même , avaient été fondées par des Phéniciens sur les côtes de l'Afrique. Salluste nous apprend que la plupart des villes du littoral , aux environs de Carthage, telles qu'Adrumète?Hippo-Zarytes, la petite Leptis, devaient leur origine à des émigrations phéniciennes, lien était de même pour Utique et la grande Leptis. La ville d'Utique formait un Etat indépendant et n'était point soumise à Carthage. Dans deux traités que Polvbe nous a conservés et qui furent faits avec les Romains (509 et 348 avant notre ère), et encore dans un autre traité qui fut conclu avec Philippe, roi de Macédoine, à l'époque de la seconde guerre punique, les Carthaginois mentionnèrent Utique comme ville alliée et non point comme ville tributaire. Il semble même , d'après ces traités , qu'ils la placèrent sur le même rang que Carthage.

Apres avoir donné une nomenclature des villes et des ports qui se trouvent sur la côte septentrionale de l'Afrique jusqu'aux colonnes d'Hercule, Scylax ajoute: «Les villes et places commerçantes , depuis les Hespérides (la grande Syrte) jusqu'aux colonnes d'Hercule appartiennent toutes aux Carthaginois. » Carthage en effet, dans un but commercial, avait fondé des établissements nombreux sur le littoral africain, ou bien encore elle avait placé des comptoirs dans les villes qui ne lui devaient point leur origine. Carthage, par sa position et par la nature de ses entreprises, était animée de l'esprit de conquête. Il fallait pour les intérêts de son commerce, qui recevait chaque jour de nouveaux développements , qu'elle accrût et multipliât ses possessions dans l'intérieur des terres et au delà des mers. Elle combattait sans cesse pour acquérir, dans les provinces qui l'a voisinaient, de nouveaux territoires et de nouveaux alliés, et pour placer, dans les contrées lointaines explorées par ses navigateurs , des colonies ou des comptoirs.

Cette nécessité de s'agrandir ta jeta

dans mille entreprises diverses qui toutes eurent un plein succès , jusqu'au moment où elle se trouva en contact avec les Romains.

Sabdaignb. — Justin parle d'une expédition des Carthaginois contre la Sardaigne. Cette expédition, qui eut lieu vraisemblablement entre 600 et 550 , est une des premières que Carthage ait dirigées contre cette Ile. La Sardaigne était, sans contredit, une des possessions les plus importantes des Carthaginois dans la Méditerranée Tous les peuples de l'île furent soumis , à l'exception de quelques indigènes qui se retirèrent dans les montagnes. Les Carthaginois, pour assurer leurs établissements dans ce pays qui leur offrait de précieuses ressources, fondèrent deux villes, Caralis et Sulchi.

La Sardaigne est mentionnée expressément dans les deux premiers traités que Carthage fit avec Rome. Par l'un de ces traités, les Romains peuvent entretenir des relations commerciales avec la Libye, c'est-à-dire, avec les habitants du territoire carthaginois en Afrique, et avec la Sardaigne; par l'autre , Carthage leur défend de naviguer vers ces deux pays. La Sardaigne, nous le répétons , était pour les Carthaginois une précieuse acquisition , car elle leur fournissait du blé en abondance, et, dans les temps de guerre, elle fut plus d'une fois le grenier de Carthage.

Corse. — La possession de la Corse n'offrait pas les mêmes avantages.

Toutefois, les Carthaginois, sans trop se soucier d'une contrée qui ne devait pas leur rapporter de grands profits , ne se montrèrent point indifférents lorsqu'il s'agit de savoir à qui appartiendraient les côtes de la Corse. Ainsi , quand les Phocéens, fuyant la domination des Perses, vinrent chercher dans l'île une nouvelle patrie et y fondèrent Alalia, les Carthaginois s'unirent aux Etrusques pour les expulser.

Les Phocéens cédèrent à une coalition si puissante, et ils se dirigèrent vers un autre pays pour trouver enfin un asile et un durable établissement. La Sardaigne et la Corse appartenaient à Carthage, lorsque les Romains se reo-

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