‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 155 sur 246 · ORIGINE DES PEUPLES QUI ONT OC- CUPE LES CÔTES OCCIDENTALES DB · texte numérisé non relu

ORIGINE DES PEUPLES QUI ONT OC- CUPE LES CÔTES OCCIDENTALES DB

l'a FBi que du nobd. — Il est impossible , en traitant cette question, de s'occuper seulement des Numides ; car ce nom ne désigne pas une race particulière, mais quelques tribus de cette grande famille qui peupla le littoral septentrional de l'Afrique, depuis le lac Triton jusqu'aux rivages de PAtlantique. Les anciens avaient constaté les rapports de ressemblance qui existaient entre toutes ces tribus. « Les Maurusiens, et les Massésyliens qui les avoisinent, dit Strabon, et les Libyens pour la plupart, s'habillent de la même manière , et se ressemblent en tous les autres points (*). » Saint Augustin atteste la similitude du langage. On

(*) Strabon, liv. xvii, p. 1184.

L'UNIVERS

f>eut admettre comme un fait certain a communauté d'origine de ces tribus; mais il est plus difficile de se

Srononcer sur cette origine même, alluste, qui gouverna la Numidie, rapporte les traditions africaines relatives à cette question : «Après la mort d'Rercule , qui , selon les Africains , finit ses jours en Espagne, son armée, ■ composée de toutes sortes de nations, • se divisa par l'ambition des chefs, qui aspiraient tous au commandement.

: Entre autres peuples qui la composaient , les Perses , les Mèdes et les Arméniens passèrent en Afrique 6ur des vaisseaux, et vinrent s'établir sur les côtes de la Méditerranée. Les Perses s'étendirent du côté de l'Océan, et renversèrent leurs barques pour s'en servir comme de logement ; ear il n'y avait dans le pays ni matériaux propres aux bâtiments, ni facilité d'en tirer d'Espagne, la mer et l'ignorance des langues mettant obstacle au commerce. Peu à peu ils se mêlèrent aux Gétules par des alliances; et parce qu'ils allaient sans cesse ça et là cherchant les meilleurs pâturages, on les appela Numides, c'est-à-dire pasteurs.

De même que les Perses s'étaient alliés aux Gétutes , les Mèdes et les Arméniens se mêlèrent aux Libyens.

Ceux-ci étaient plus voisins de la mer Méditerranée que les Gétules, qui s'étendent davantage au midi. Ils bâtirent aussi plus tôt des villes, au moyen du commerce avec l'Espagne, dont ils ne sont séparés que par un bras de mer. La prononciation barbare changea leur nom de Mêdes en celui de Maures (*). » Salluste ajoute que les Numides s'agrandirent par la force des armes , et que toute la basse Afrique devint Numidie, les peuples vaincus ayant pris le nom et les mœurs des vainqueurs. Du reste, Saltuste n'accepte pas la responsabilité de ces traditions , qu'il avait trouvées dans les livres du roi Hiempsal ; et il faut lui savoir gré de sa réserve , cor de telles assertions ont peu d'authenticité , et

(*) Salluste, Bell. Jugurth., ch. ai;traduct. de de Brosses , t. I , p. 39.

ne tiennent guère devant la critique.

Le changement du nom de Mède en celui de Maure u'a rien de conforme à l'analogie, et nous indiquerons dans l'histoire de la Mauritanie une explication plus probable sur l'origine de cette dénomination. De plus, la vie nomade devait être antérieure à l'arrivée de ces Perses errants, qui ont plutôt subi eux-mêmes l'influence locale, qu'ils n'ont pu imposer leurs mœurs aux anciens habitants de la contrée.

Procope a conservé une autre tradition qui a plus de vraisemblance. I| assure qu'à l'époque de l'invasion de la Palestine par Jésus (Josue), fils de Navé , tous les peuples qui habitaient la région maritime, depuis Sidoiï jusqu'à l'Égypte, et qui obéissaient à un seul roi, les Gergéséens, les Jébuséens, et les autres tribus nommées dans les livres hébreux , abandonnèrent leur patrie pour échapper au glaive exterminateur des Israélites , et se portèrent, à travers l'Egypte, dans l'Afrique. Il dit qu'ils s'étendirent jusqu'aux colonnes d'Hercule , qu'ils occupèrent la région septentrionale tout entière , et qu'ils fondèrent dans ce pays d'adoption un grand nombre de villes dans lesquelles la langue phénicienne était encore en usage de son temps , c'est-à-dire, au sixième siècle de l'ère chrétienne (♦). Procope ajoute encore

H Procop. Vandal., R, 10. Il est bien certain que la question des origines des peuples u'est au fond qu'une question de langue et de philologie comparée. Les dénomination- géographiques d'un grand nombre de vijlés el aulres points ije l'Afrique septentrionale prouvent suffisamment que la race qui Pa peuplée était d'origine araméenne ou sémitique. Nous empruntons au président de Brosses les explications suivantes de certains noms par U 1 phénicienne.

Tongtr, le marché, la foira.

Cirtkm, la villa.

t-raeca, I a yseberie.

1« vi|>e serré* entre Tabraea, la fouillée.

Sttlhul, la «illr des aigles.

* Calama, la colline.

Sicca, 1« tentes.

Zama. la fontaine da tt le désert.

NUMIDIE ET MAURITANIE

ce fait précis et positif : « Ces émigrés ont construit un château fort dans une ville de Numîdie, au lieu où est la ville maintenant appelée Tigisis. Là, près d'une source très - abondante , sont deux stèles de marbre blanc portant une inscription en lettres phénir ciennes gravées , et qui , dans cette langue, exprime ces mots : ■ Nous sommes ceux qui ont fui loin de la face du brigand Jésus, fils de Navé...» Suidas atteste aussi l'existence de ces monuments. Certes , voilà de graves témoignages qu'il est difficile de récuser. Ils ont pourtant trouvé des incrédules. Gibbon croit aux colonnes, mais il doute des inscriptions. Mannert (*) réfute le passage entier de Procope. Il ne veut nullement des émigrations chananéennes, qui lui paraissent impossibl s: comme si ce voyage d'un peuple fugitif d'un rivage de la Méditerranée à un autre était une chose invraisemblable , et sans exemple. Il dit que parmi les anciens auteurs, il n'en est pas un seul à qui il soit venu dans l'Idée de donner les Phéniciens pour aïeux aux Numides indigènes, et que cette belle découverte était réservée au sixième siècle, tandis que Procope s'appuie formellement sur le témoignage unanime des plus anciens écrivains de la Phénicie.

Enfin il raille agréablement sur l'existencedes deux colonnes, dont il souhaite la découverte aux voyageurs futurs , ce qui est faire grand tort à Procope; si exact et si judicieux, et cela sans convaincre personne. La savante commission de l'Académie des inscriptions

Jmpi*ga, la rivière larg«.

Sitar», la rivière rouge.

Cjuipb, l.i rivière «les hérissons.

Bagwda, la rivière tente.

Uulucha, le fleuve royal.

Tu»a, U rivière.

Aluuin!, Ja rivière de la mort, etc.

Il fan t bien que les peuples qui ont nommé ces lieux aient parlé la langue par laquelle ces noms s'expliquent. De tels rapprochements sont plus que des présomptions en laveur de Popinion qui donne aux peuples de 1 A ti ique septentrionale une 01 igine sémitique, -é ■

(•) Géogr. anc. des États barb., p. a44.

et belles-lettres, dont nous avons cité plus haut l'ouvrage, pensait bien différemment , et avec plus de sagesse , quand elle disait : « Certes, l'espoir de retrouver des stèles aussi curieuses pour l'histoire , et qui sont indiquées avec tant de précision par un auteur véridique, par un témoin oculaire, mérite qu'on dirige des explorations et des fouilles entre Lambasa (Tezzoute) et Tamugadis, où était placée Tigisis ( *); » et quand elle reproduit le passage entier de Procope sur l'origine des divers peuples qui habitent l'Afrique, parce qu'il lui a semblé un modèle de raison , de jugement et de s. une critique. Pour nous, nous ne pensons pas que l'Afrique septentrion nale ait été peuplée en une seule fois, et définitivement, par l'arrivée des fugitifs de la Palestine ; mais, en considérant la tendance des races phéniciennes et arabes à se répandre sur le rivage africain, la facilité avec laquelle elles s'y établissent , les nombreuses affinités que l'on découvre entre elles et les tribus dont nous faisons l'histoire, nous croyons non-seulement à l'émigration qu'atteste Procope, mais encore à beaucoup d'autres des mêmes peuples dans les mêmes contrées, en sorte que pour nous le fond de la population numide et mauritanienne doit être rattaché à la race sémitique.

ANTIQUITES DE LA ftUMIDIB. TE1IPS

fabuleux. — L'histoire de la Numidie est , pendant plusieurs siècles , environnée de la nuit la plus obscure.

Les premiers faits dont cette contrée a été le théâtre sont du domaine de la tnvthologie, autant et encore plus que de celui de l'histoire. Eusèbe affirme qu'Hercule se couvrit de gloire en Afrique, après avoir vaincu le géant Antée dans la partie la plus reculée de la Mauritanie, environ 50 ans avant la fondation d'Utique, qui elle-même, au rapport des historiens phéniciens, précéda de 287 ans celle de Carthage. Sa. I uste, Florus et Orose nous apprennent que cet Hercule , qui est le

(*) Recherches sur l'histoire de la ré* gence d'Alger, t. I, p. iiô.

L'UNIVERS

béros phénicien , fonda la ville de Capsa , ce qui prouve qu'il porta ses armes dans la Numidie après avoir soumis la Mauritanie où régnait Antée, ou bien que le royaume de ce prince comprenait aussi le pays appelé Numidie plus tard. Nous reviendrons sur ces deux personnages d'Antée et d'Hercule à propos de la Mauritanie, à laquelle ces faits se rattachent plus particulièrement. A l'époque de la tondation de Carthage, Iarbas régnait sur les Libyens nomades ou Numides. On sait les démêlés de ce prince avec Didon ; nous ne reviendrons pas sur ces faits peu constatés , qui d'ailleurs ont trouvé leur place dans l'histoire de Carthage. Remarquons seulement que les députés carthaginois envoyés par Didon à Iarbas , n'osant rapporter à la reine que le roi barbare la demandait pour épouse, lui dirent qu'il souhaitait qu on lui envoyât quelqu'un capable de le civiliser lui et ses sujets, mais qu'aucun des Phéniciens venus avec Didon ne consentit à aller vivre parmi les barbares. Ce fait, rapporté par Justin, fait entrevoir (ce qui arriva plus tard) que le nouvel établissement des Ty riens en Afrique devait y introduire des germes de civilisation qui en modifièrent la barbarie, et qui préparèrent le florissant état social que l'on y trouve au temps des Romains. En effet, les Numides ne se civilisèrent pas par eux-mêmes, ils furent toujours dominés par la supériorité des peuples qui leur firent la guerre pour les asservir, et la suite démontrera suffisamment cette assertion.

Si l'histoire de Carthage n'avait pas elle-même disparu , nous aurions sur ces temps reculés de la Numidie de précieux détails ; car il y eut de fréquentes guerres entre les Carthaginois et les Numides. Justin nous apprend que Carthage dissipa toutes les ligues formées par les tribus maures et numides contre sa puissance, et qu'après s'être affranchie de tout tribut, elle étendit peu à peu sa domination à l'occident. Elle sut même se servir des barbares africains au proCt de sa grandeur , et elle en composa ses ar-

mées , secours qui lui fut souvent funeste. Au temps de ses guerres contre Denys , les mercenaires africains se révoltent ; ils prennent Tunis , mais leur désunion et le manque de vivres les empêchent d'emporter Carthage.

Ces révoltes se renouvelèrent fréquemment dans le cours de ces luttes de Carthage avec les Grecs de Sicile ; et Agathocle, qui connaissait bien les dispositions des Numides, en profita dans son invasion en Afrique, et en fit le fonds principal de ses espérances. Il prit le titre de roi d'Afrique, et Diodore nous apprend que plusieurs des chefs de tribus nomades firent avec lui des traités par lesquels ils reconnaissaient sa souveraineté. Eumaque, un de ses généraux, soumit plusieurs peuples qui refusaient son alliance , et pénétra même chez des nations plus méridionales et entièrement noires, selon Diodore de Sicile.

Nul doute que les expéditions d'Agathocle en Afrique n'aient rendu la liberté à plusieurs peuplades assujetties par Carthage, en sorte qu'après lui le pouvoir resta entre les mains des naturels du pays. C'est alors que se forment les royaumes des Massyliens et des Massésyliens, et que s'affermissent les dynasties barbares d'où sortirent Syphax et Massinissa.

FORMATION DES BOYAUM ES ET DES DYNASTIES NUMIDES. — C'est alors

aussi que la Numidie se divise bien nettement en massylienne et en massésylienne. Les rois des Massésyliens résidaient à Siga, vers l'occident, près du fleuve de ce nom; les autres à Zama , beaucoup plus voisine de Carthage. Le plus ancien de ces princes est celui que Polybe appelle Narva ou Naravase, qui , entraîné par son admiration pour le grand Amilcar , mit toutes ses forces au service de Carthage pendant la guerre des mercenaires, et contribua puissamment à la sauver. Il fut père de Gala ou Gula, qui eut pour fils Massinissa. Avant de raconter l'histoire des princes de cette famille, nous en présenterons le tableau généalogique.

NUMIDIE ET MAURITANIE

Tableau généalogique des rois de Numidie.

Naratase , roi des Namides massyliens , épouse une sœur d'Annibal , 611e d'Atnilcar Barea.

Gula, roi de Numidie.

UK*alcès, roi de Numidie, ép. une nièce d'Annibal.

Massinissa, roi de Numidie, Une fille mariée Capusa, roi de Lucuraacès, roi de Nnmidie,

ép.Sophonisba.filled'Asdrubal, à un prince nu- Numidie, tué par

plusieurs autres femmes et con> mide. MeseluL de Méaetul.

eu bines.

roi.

icipsa , roi de Numidie.

Adberbal- Hirmpsal, Jaguuba.ép. Gauda.

roi d'une une fille panie de la de Becchus.

i, roi. Une fille, Masgaba.

mariée à | Asdrubal.

at. Stemba. Misagénes.

en tout 44 enfants de Massinissa.

Hiempsal, roi de Numidie, cbei qui le jeune Marius se réfugia.

Massira, tué ptr

Hiarbas, détrdné par Pompée.

Masintba ou Oxintba. pris arec son père et captif à Home.

Hiouba ou Jnba, roi de Numidie et de Mauritanie, tué après la bataille de Tapsus.

Juba, roi de Numidie, de Mauritanie, de Gétulie, ép. Cléopitre, fille d'An* toine et de Cléopitre, et Glapbyre, fille d'Arcbébms. roi de Cappadoce.

Ptolémée, roi de Mauritanie.

Drusilla.

Quant à Syphax , les historiens ne parlent pas de ses ancêtres, et ne mentionnent que son fils Vermina et son petit-Gls Arc-Bar-Zan ou Arcbobarzane ; en sorte qu'il apparaît presque isolé dans l'histoire , et que nous n'avons pas à dresser la liste de ses aïeux, ni de sa postérité.

PREMIÈRES RELATIONS DES RO- MAINS AVEC LES NUMIDES ; LEUR ALLIANCE AVEC SYPHAX (213 ans av.

notre ère). La seconde guerre punique, qui avait commencé Tan 219 avant Jésus-Christ , ne s'était pas, comme la première, concentrée dans la Sicile et dans les mers qui l'environnent , mais elle avait embrasé en un instant toutes les contrées qui bordent la Méditerranée occidentale. Les rois des Numides massy liens et massésyliens étaient des alliés trop importants pour que Rome et Carthage ne songeassent pas à se les attacher.

Ce fut l'an 213 , sous le consulat de Fabius Maxim us, fils de Fabius Cunctator, et de Sempronius Gracchus, que les deux Scipions Publius et Cnéus , animés par les succès considérables

qu'ils avaient remportés en Espagne , résolurent de susciter des embarras à Carthage dans l'Afrique même, pour soulager autant que possible Rome et l'Italie , gémissant encore sous Annibal. Attentifs à tous les événements qui pouvaient survenir , ils saisirent la première occasion favorable qui se présenta. Ils surent que Syphax , roi des Numides occidentaux, avec cette mobilité qui caractérise ce peuple, était tout à coup devenu ennemi de Carthage. Ils lui envoyèrent comme députés trois centurions qui firent alliance et amitié avec lui. Dans les entrevues qu'ils eurent avec le roi barbare, les députés romains l'engagèrent à faire aux Carthaginois une guerre pressante, lui promettant que la république, à qui il rendrait un service signalé, ne négligerait rien pour lui en témoigner une entière reconnaissance.

Syphax reçut cette ambassade avec satisfaction*. Dans les entretiens qu'il eut avec ces centurions , qui connaissaient parfaitement la guerre, il apprit d'eux des choses qui l'étonnèrent sur l'art militaire, et il vit, par la compa-

I/UN1VERS

raison de la tactique romaine avec la méthode barbare, combien il avait encore à apprendre dans ce métier.

Page 1