LA MAURITANIE AU CINQUIEME SIÈCLE; AU TEMPS DE LA DEUXIEME
guerre punique ; au temps de jugurtha; bocchus trahit jugurtha ; son expédition dans l'atlas ; ses deux fils. — On ne rapporte rien de remarquable sur la Mauritanie, depuis la lutte d'Hercule et d'Antée jusfpi'au temps où les Romains commencèrent à pénétrer en Afrique. Justin et Diodore de Sicile ne font mention des Maures que pour dire qu'ils servaient comme mercenaires dans les armées de Carthage, et qu'ils eurent, de même que les Numides, plusieurs démêlés avec cette république. Au cinquième siècle , le royaume de Mauritanie existait, puiser Art de vérifier les dates, t. II , p. 4 58, édit. de 1819.
6# Livraison. (Numidie et Mauritanie.)
Sue le Carthaginois Hannon fait al- Mauritanie tinçitane, et il légua ses
ance avec le roi de ce pays avant nouvelles acquisitions à Bocchus, son
d'exécuter la révolution qu'il médite, second fils; par conséquent, celui-ci
Au tcmpsde La seconde guerre punique, devint roi du pays qui formait plus
le royaume de Mauritanie reparaît dans tard la Mauritanie césarienne. Depuis
Tite-Live. Il bornait les États de Sy- ce partage des États de Bocchus en-
phax à l'ouest, et l'histoire romaine en tre ses deux enfants, dit M. Marcus,
nomme le roi Bocchar, qui donna une la Mauritanie tingitaue, si on ne l'ap-
escorte à Massinissa pour le conduire pelait pas Terre des Maures ou Mau~
dans ses États, mais qui lui refusa ses ritanie, fut surnommée Bogudiana,
secours pour la guerre. Les Romains et la Césarienne, si on ne la désignait
commencèrent à connaître la Mauri- pas par son, ancien nom , qui était
tanie d'une manière plus certaine, à Terre des Massésyliens , reçut Pépi-
partir de la guerre contre Jugurtha. thèle de Mauritanie de Bocchus. Le
Bocchus y régnait alors : on a vu, dans partage eut lieu entre les années 91 et
l'histoire de Jugurtha, comment Boc- 81 avant J. C. (*).
chus, après avoir quelque temps sou- expéditions dbsebtobius sua les
tenu son gendre , se déshonora en le côtes de la Mauritanie ; ascalis,
livrant aux Romains par une indigne fils diphtha (82 avant l'ère ebré-
trahison. En récompense de cet odieux tienne). — Un passage de la vie de
service, il reçut du sénat tout le terri- SertoriuS par Plutarque fait entrevoir
toire qui s'étendait depuis le fleuve qu'il n'y avait pas dans le royaume de
Mulucba jusqu'à la ville de Saldœ, et Mauritanie qu'un seul monarque, car
3ui devint la seconde Mauritanie. Loin il désigne d'autres princes que ceux de e rougir de sa lâcheté , il s'en Ut la famille de Bocchus , et dont aucun gloire aux yeux des Romains , et il écrivain n'a fait mention. Sertorius, consacra dans le Capitole, à Rome, attaqué en Espagne par Annius, lieute- Çlusieurs trophées représentant les nant de Sylla, s^tait embarqué à Carévénements les plus importants de son thagène, et avait navigué vers l'Afrirègne, et entre autres l'extradition de que. Étant arrivé sur la côte de Mau- Jugurtha. Strabon ajoute quelques dé- ritanie, il prit terre, et envoya ses gens tails sur ce prince. Avant de livrer pour renouveler les provisions des Jugurtha, il renforça son armée, sous équipages ; mais pendant qu'Us marpretexte d'en expédier une partie con- chaient sans défiance le long du ritre les Éthiopiens occidentaux, dont il vage , les barbares fondirent à l'imavait à se plaindre. 11 dirigea un corps proviste sur les compagnons de Serde troupes' vers les tribus cjui habitent torius, et en tuèrent un grand nombre. l'Atlas. Jugurtha , au sujet de cette Cette réception inhospitalière força le expédition , rapporte que les Maures fugitif à se confier de nouveau au hay virent des camélopardalis (girafes); sard des mers. Il croisa sur les cotes des serpents, appelés par les naturels d'Afrique et d'Espagne, en compagnie t/i ises, gros comme desJléphants (boa de pirates ciliciens, qui espéraient faire constrictor); des roseau! si gros (bam- de bonnes prises sous un si grandchef. bous), qu'un seul de leurs nœuds con- Mais quand ils apprirent que Sertotenait huit chénices d'eau ; et une es- rius , fatigué de cette vie errante et pèce d'asperge ou une liliacée incon- des agitations politiques sans cesse renue , qui n'était pas moins grande , naissantes, avait résolu d'achever douet dont Bocchus fit présent à sa cernent ses jours dans les îles Fortufemme(*). A sa mort, Bocchus plaça nées, ils l'abandonnèrent pour tenter son fils aîné Bogud sur le trône de la de nouvelles aventuresv Us firent voile
(*) Recherches sur l'Afrique septentrionale, par l'Académie des inscriptions, p. 9a, (*) Addition au texte de Mannert, iosé*ée
vers l'Afrique, et s'engagèrent au ser-
pote 3.
NUMIDIE ET MAURITANIE
vice d'Ascalis, fils d'Iphtha , qu'ils devaient replacer sur le trône de Mauritanie. Quel était ce prétendant? Phistoire n'en sait pas davantage sur ce prince. (C'était probablement un rival des (ils de Bocchus. Sertorius, autant pour occuper ses soldats que pour se venger des corsaires qui l'avaient délaissé, se déclara pour le parti con* traire , vainquit Ascalis , et l'assiégea dans la ville de Tingis, où il s'était retiré. A cette nouvelle , Sylla envoya Paccianus au secours d'Ascalis : Sertorius fut de nouveau vainqueur , tua Paccianus, et obligea son armée à se réunir à lui. Puis il marcha contre Tingis , la prit d'assaut , et y Ot prisonniers Ascalis et ses frères/Une antique tradition, répandue chez les Maures, plaçait près de cette ville le tombeau d'Antée. Sertorius, pours'assurer de la vérité des bruits extraordinaires accrédités sur la grandeur de ce héros, fit ouvrir son sépulcre, et y trouva , à ce qu'on dit, un corps de soixante coudées de haut. Frappé d'une terreur religieuse, ajoute Plutarque, il immola des victimes, fit respectueusement refermer le tombeau , et par là il augmenta beaucoup le respect et la vénération qu'on avait pour ce géant dans toute la contrée, et confirma les récits qu'on en faisait.
Vers le même temps (81 ) , Pompée, après avoir vaincu Domitius jEnobarbus , dépouillait Hier tas ou Hiarbas, roi d'une partie de la Numidie. Il fut aidé dans cette guerre par Bocchus ou Bogud, l'un des fils de Bocchus 1er, qui fit marcher son fils Gauda, et envahit les États d'Hiertas (*).
IKTEBVBNTION DES BOIS MAUBES DANS LES TBOUBLES CIVILS DEBOMB, AU TEMPS DB CBS AH ET APRES SA MOBT; BOIS DES MAURITAME8 A
cette époque. — L'Afrique étant devenue un des principaux théâtres des luttes acharnées engagées entre les ambitieux qui se disputaient l'autorité dans Rome, la Mauritanie fut entraînée à jouer uu rôle dans ces guerres,
(*) Voyex plus haut, dans l'Histoire de la Numidie, p. 47*
et ses rois, comme ceux de la Numidie, se partagèrent entre les factions selon leurs intérêts ou leurs sympathies. L'an 46 avant notre ère, les deux rois de Mauritanie s'appelaient encore, au rapport de Dion Cassius, Bocchus et Bogud. Étaient-ce les fils de Bocchus Ier, ou de nouveaux princes du même nom ? C'est une question qu'on ne peut résoudre, car les historiens anciensse taisent absolument sur la Mauritanie pendant près de quarante ans. Dion ne dit pas dans quelle portion de ce pays régnait chacun de ces deux princes, mais on peut inférer des faits qui suivent que Bocchus était roi de la Tingitane et Bogud de la Césarienne. De là encore on peut conclure qu'ils n'étaient point les fils du beau-pere de Jugurtha , puisque celuici avait légué la Tingitane, a Bogud, et la Césarienne à Bocchus. Des deux princes qui régnaient en 46, à l'époque où César passa en Afrique pour combattre Scipion et Juba, l'un se déclara pour le vainqueur de Pharsale, l'autre resta fidèle aux pompéiens.Tite- Live et Hirtius appellent Bogud l'allié de César, mais Appien désigne Bocchus : l'accord des deux premiers auteurs est une raison suffisante pour préférer leur témoignage. Donc Bogud combattit pour César; il se ligua avec Sittius pour envahir les États de Juba. Ils attaquèrent à l'improviste Cirta, s'en emparèrent ainsi que de deux autres places, et furent très-utiles à César par cette diversion. Quelque temps après, Bogud fut attaqué dans son royaume par le jeune Cnéys Pompée, qui s'avança avec trente vaisseaux et une petite armée sur les cotes de la Mauritanie. Il crut surprendre la ville d'Ascurus (*) , où Bogud entretenait une garnison. Les gens d'Ascurus
(*) Les savants académiciens auteurs des Recherches sur l'Afrique septentrionale retrouvent Ascurus dans Askoure, petite ville située à dix lieues sud-ouest de Bone, entre ce port et Constantine, et qui , selon Shaw, est assise sur un monceau de ruines romaines , p. 71. Ils appellent Bocchus le roi allié de César. Nous ue sommes pas en cela de leur avis. Au reste, ce point est insoluble,
L'UNIVERS
laissèrent la troupe de Pompée approcher des murailles. Rien ne bougea |usqu*à ce que l'ennemi fût près des portes ; mais alors la garnison fit une vive sortie, dispersa les pompéiens, et en fit un grand carnage. Cnéus , déconcerté par cet échec, quitta la côte, et se retira vers les îles Baléares.
Les services de Bogud méritaient une récompense. D'ailleurs, ce n'était pas la première fois qu'il signalait son attachement à la cause de César. Déjà,en 48, ce prince avait passé en Espagne, sur l'invitation de Cassius, et il avait aidé le lieutenant de César à vaincre Marcellus , qui défendait la province au nom de Pompée. Après la victoire de Thapsus , César donna à Bogud une partie des États de Manassès, chef numide , qui avait combattu avec Juba : cette donation ajouta au royaume de Bogud tout le territoire compris entre le méridien de Saldœ à l'ouest , et le cours de l'Ampsaga à l'est. Voilà ce que raconte Hirtius touchant Bogud ; mais Suétone ajoute que César aima Eunoé , femme de ce prince, et il semble expliquer par là sa générosité envers Bogud.
L'année suivante, en 45, Bogud reparaît en Espagne pour aider César à écraser les restes du parti aristocratique , groupés autour de Sextus et de Cnéus Pompée. Les fils de Bocchus, roi de la Tingitane, combattirent pour ces derniers a Munda.
Ces deux princes persistèrent jusqu'à la fin dans le parti qu'ils avaient adopté. Après le meurtre de César, le roi de la Tingitane montra le même éloignement pour son fils adoptif Octave , et il essaya , en 40 , d'enlever l'Espagne à Cannas , qui la gouvernait pour le jeune triumvir.
De son côté, le (Ils de Bogud souffrait pour la cause que son père avait si vivement soutenue. Ce prince, qui était encore un Bocchus, fut attaqué par Arabion, fils de Manassès, qui réclama l'héritage paternel dont César l'avait dépouillé en faveur de Bogud.
César n'était plus; Octave avait sur les bras bien d'autres affaires que le soin de soutenir son allié en Afrique.
Bocchus fut contraint de céder a Arabion le pays qu'il revendiquait. Arabion réussit même à faire périr l'aventurier Sittius , dont la munificence de César avait fait un puissant personnage en Afrique. Mais les possessions de Sittius restèrent au pouvoir de ses parents et de ses compagnons d'armes/ Arabion réussit à prendre rang en Afrique tant qu'il fut soutenu par Sestius , partisan d'Antoine, et gouverneur de la Numidie; mais son perfide allié l'assassina , et réunit ses Etats à la province romaine. Ils ne furent pas rendus à Bocchus, fils de Bogud.
EXPÉDITION DU DERNIER BOGUD EN ESPAGNE ; IL EST DÉTRÔNÉ ; BOC- CHUS RÉUNIT LES DEUX MAURITA-
nies (31 avant notre ère).— Les efforts des rois de la Tingitane se dirigeaient de préférence du côté de l'Espagne, avec laquelle la pointe occidentale de l'Afrique a une si grande communauté d'intérêts. Après Bocchus , qui était mort vers l'an 40 , c'était son fils Bogud qui régnait à Tingis. En 38 , ce prince, fidèlement attaché au parti que son père avait préféré, fit de nouveaux efforts pour enlever l'Espagne à Octave.Lucius Antonius, après la ridicule guerre de Pérouse, avait été envoyé en Espagne en qualité de proconsul. Mais Octave s'était bien gardé de lui conférer toute la puissance attachée à ce titre : l'autorité restait entre les mains de ses légats. Lucius, irrité de la nullité à laquelle il était réduit , détermina Bogud à faire une invasion en Espagne pour déposséder les lieutenants d'Octave. L'issue de cette tentative fut désastreuse pour le roi de la Tingitane. Le roi de la Césarienne, Bocchus , fit une invasion dans ses États ; les habitants de Tingis se révoltèrent, et se constituèrent en république. Bogud ne put rentrer dans son royaume , et il s'enfuit auprès d'Antoine à Alexandrie. Antoine lui donna un commandement dans son armée quand il concentra toutes ses forces sur la Grèce, après sa dernière rupture avec Octave. Mais au moment où il débarquait à Méthone , ville de Messénie, il fut surpris par Agrippa,
KUMIDIE ET MAURITANIE.
qui s'empara de sa personne, et lui fit trancher la tête (31 avant J. C.).
Après la fuite de Bogud , Bocchus reçut d'Octave l'investiture de la Tingitane , et régna pendant cinq ans sur les deux M auritanies ; seulement Tingis fut séparée de son royaume et déclarée cité libre. Bocchus établit sa résidence à Jol, appelée plus tard Césarée et aujourd'hui Tennès. Il y mourut en Tan 33.
« Après sa mort , Octave jugea à propos de ne pas lui donner de successeur. Par ses ordres, des colonies furent établies dans les régions des deux royaumes voisines de la côte. Du reste, le pays ne fut pas entièrement transformé en province romaine, bien u'on datât les années depuis le décès e Bocchus d'après l'ère de la province, sur les monnaies et dans les actes publics et privés, témoin plusieurs inscriptions qu'on a découvertes dans les provinces occidentales de l'Algérie (*). »
BÈGNE DE JURA II', GUERRE CONTRE LES GÉTULES; TRAVAUX LITTERAI- RES de ce prince ( de l'an 25 avant J. C. à l'an 23 de l'ère chrétienne ). — Pendant plusieurs années, l'Afrique occidentale fut administrée par des gouverneurs romains; mais la difficulté de régir ces contrées, encore à demi barbares, détermina Auguste à leur rendre un roi national. Il y avait alors à Rome un jeune prince numide appelé Juba, fils de celui que César avait vaincu à Thapsus. Après avoir orné le triomphe du dictateur, et avoir été frappe de verges, selon le rapport douteux de Suidas, le jeune Juba avait été mis en liberté par César. On lui donna une éducation distinguée; et ce prince, doué d'un heureux naturel et d'une intelligence peu commune, acquit de vastes connaissances qui le rendirent bientôt l'égal des savants les plus célèbres de la Grèce et de l'Italie. Il plut à Auguste, qui l'attacha à sa personne, et qui apprécia sa valeur dans les guerres où il l'employa. En l'an 25, Juba
(*) Addition au texte de Mannert, par M. Marcus, p. *6r.
obtint la main de CléopâtreSélène, fille d'Antoine et de la fameuse^léopâtre, et reçut un établissement conforme à cette* alliance. Auguste lui rendit les Etats de son père. Il comptait sur l'influence d'un prince descendant de Massinissa, habitué à l'obéissance, imbu des mœurs romaines , pour contenir les barbares , toujours rebelles à l'action immédiate des agents de Rome.
Voici comment la politique d'Auguste est appréciée dans un ouvrage souvent cité dans cette histoire : « Juba est le modèle de ces reges inservientes , ces rois esclaves , si bien peints par Tacite. Juba est chargé de façonner son peuple à la crainte de Rome et à la soumission. Quand Bocchus et Bogud sont morts, laissant leurs États au peuple , ou plutôt à l'empire romain , Auguste reprend à son élève la Numidie romanisée, si l'on peut hasarder ce mot , par ses soins et par son exemple ; il la réduit en province, et donne a Juba les Maures farouches , les Gétules indomptés, pour apprivoiser lentement ces bêtes sauvages des déserts africains. Ce n'est enfin aue lorsque ces rois esclaves ont rempli leur mission, lorsque deux règnes successifs de , princes mariés à des Romaines, lorsque des colonies civiles ou militaires, formées de Romains , de Latins , d'Italiens, ont infiltré de plus en plus dans le pays l'usage de la langue , le désir des lois, le goût des mœurs, des habitudes , des vertus , et même des vices du peuple conquérant ; ce n'est qu'après avoir si bien préparé les voies, que le sénat décrète la réunion à l'empire , que les deux Mauritanies sont à jamais réduites en provinces sujettes et tributaires (*). »
Ce fut l'an 17av. J.C. qu'Auguste jugea à propos de déplacer le trône de Juba, et de lui donner, au lieu de l'héritage paternel, la souveraineté des deux Mauritanies et du pays des Gétules.
Ce nouveau royaume comprenait tout ce qui s'étendait à l'occident du port de
(*) Recherches sur l'histoire de l'Afrique septentrionale, par l'Académie des inscriptions, p. 6.
L'UNIVERS
Salda. Dans les commencements, Juba fut inquiété par les incursions des Gétules. Ces turbulents sujets, ne voulant pas d'un maître dont les qualités étaient des défauts à leurs yeux , prirent les armes, et envahirent les provinces soumises à Juba. En vain ce prince fit marcher ses troupes et ses généraux ; il éprouva de grandes pertes, et Auguste fut contraint d'envoyer à son secours des légions romaines. Cornélius Cossus, qui les commandait, fut vainqueur, et prit ie surnom de Gétulicus (an 6 de notre ère). Du reste, Juba eut un règne très -paisible. Il établit sa résidence à Jol , où le dernier Bocchus avait aussi demeuré ; il embellitcette ville de magnifiques constructions, et pour complaire a Auguste lui donna le nom de Csesarea , qui lui est resté. Les peuples qu'il rendit heureux par ses soins et son amour de 4a paix conçurent pour leur roi une vive affection , et à sa mort ils le placèrent au nombre de leurs dieux, comme le témoignent Lactance et Minutius Félix. Les étrangers même partagèrent cette espèce de vénération pour Juba. Les habitants de Carthagène lui élevèrent un monument avec une inscription où ils s'exprimèrent en termes très -honorables pour ce prince; la viile de Cadix l'élut duumvir; Athènes lui dressa une statue. Il fut roi pendant près d'un demi-siècle, et on a retrouvé des médailles datant de la quarante-cinquième année de son règne. Après la mort de Cléopâtre il épousa Glaphyre, yeuve d'Alexandre, fils d'Hérode. Josèphe est le seul historien qui mentionne ce fait.
Juba fut surtout célèbre par son immense savoir. H composa un grand nombre d'ouvrages cités souvent dans l'antiquité, et dont il reste quelques fragments épars çà et là dans les auteurs qui nous sont parvenus. L'abbé Sévin a consacré à ce prince une notice historique et littéraire où il dresse le catalogue de ses ouvrages. Juba avait composé : 1° une Histoire d'Arabie, destinée à instruire le jeune Caïus César de l'état de cette contrée. Pline en reproduit quelques passages; 2°
une Histoire d Assyrie , où, selon Tatien et Clément d'Alexandrie, il avait pris Bérose pour guide ; 3° des Antiquités romaines, dont Etienne de Byzanoe cite le premier et ie deuxième volume ; 4° une Histoire des théâtres.
On en trouve des fragments dans Athénée et Hésychius, où il traite des danses, des instruments de musique et de leurs inventeurs; 6° une Histoire d* la peinture et des peintres ; 6° des ouvrages de grammaire et de botanique, savoir, un Traité de la corruption de la diction, un Traité des mètres, et une description de la plante appelée euphorbia >• 7° enfin un Traité sur les sources du Ai/, et d'autres écrits dont les titres même ne sont pas connus. Il est probable que ce prince avait plus de science que de critique, car dans un île ses livres il raconte sérieusement qu'un homme mort fut ressuscité par la vertu de certaines plantes d'Arabie; et dans son Traité sur tes sources du Nil, il faisait sortir ce fleuve d'une montagne de Mauritanie voisine de l'Océan , se fondant, dit AmmienMar* cellin, sur ce que les poissons, les herbes et les animaux de cet endroit ressemblent à ceux qu'on voit sur les bords du Nil (*). Juba mourut vers l'an 23 de l'ère chrétienne (**).