LA MAURITANIE DEVIENT PBO
vincb bomaine (42 de notre ère). — Le règne de Claude complète la conquête de l'Afrique septentrionale, en effectuant la réunion de la Mauritanie.
Les deux nouvelles provinces formées alors , la Tingitane et la Césarienne, furent au nombre de celles qui dépendaient de l'empereur, car il y fallait entretenir des forces considérables.
Chacune était gouvernée par un procurateur. Elles étaient séparées l'une de l'autre par le fleuve Mulucha. Plus, tard, à une époque où les empereurs adoptèrent le système de subdiviser les provinces, la Mauritanie eésarienne fut partagée en deux régions. Tout ce gui était a l'ouest du port de Saldae jusqu'au Mulucha, conserva le nom de Cxsariensis ; depuis Saldae jusqu'à l'Ampsaga , on créa la province de Mauritania Sitifetisù, ainsi appelée deSitifis (Sétif), sa capitale (*). Ce
(*) Sttifis (Sétif) n'avait point eu. d'importance sous les rois numides ; c'était une ville de l'intérieur. Les empereurs en firent un centre considérable, l'agriculture y de-
changement est rapporté aux temps de
Dioclétien ; mais il n'en est fait mention la première fois que dans la notice de l'empire d'Occident
ÉTAT DB LA IffJMIDIB BT DE LA MAUBITANIB SOUS LBS ANT0N1N& ; INCURSIONS DB8 GETULEB BT DES MAUBES ; CHANGEMENTS DANS L'AD»
ministration.— L'histoire de la Numidie et de la Mauritanie, dans les deux premiers siècles de l'empire, se résume en deux faits : efforts des princes pour acclimater sur le sol africain la civilisation romaine; défense des frontières eontre les barbares du sud, qui les franchissaient fré-
?uemment. Déjà , au temps de Pline, état social des anciens royaumes de Juba et de Bocchus était grandement modifié. La Mauritanie césarienne renfermait au moins treixe colonies romaines , trois municipes libres , deux colonies en possession du droit latin, et une jouissant du droit italique. Toutes les autres villes étaient des villes libres ou tributaites. La Nuraidie avait douze colonies romaines ou italiques, cinq municipes, et trente et une villes libres : les autres étaient soumises au tribut (*).
Les incursions des Musulans, des Gétules et des autres tribus du désert, avaient commencé dès le principat d'Auguste , et rarement les possessions romaines furent en repos par le voisinage de ces barbares. On manque de documents sur les actes d'hostilités qui avaient lieu continuellement de part et d'autre. Seulement, on rencontre par intervalles, dans les historiens, de rares et courtes indications.
Ainsi on sait, par le biographe d'Adrien , Spartianus , qu'un certain Lusius Quiétus ayant soulevé plusieurs tribus de la Mauritanie , dont il avait le commandement, l'empereur chargea Martius Turbo de Dacirier la province.
Ce général, formé a l'école de Trajan, quitta la Palestine, où il avait réprimé la turbulence des Juifs, et calma t'agi-
\int très-prospère; des routes y aboutissaient de touies les directions.
(*) Recherches sur l'Afrique sept, p. 14;
BO
L'UMVERS.
tation de la Mauritanie. Une statue fut élevée en son honneur.
Antonin força aussi les Maures rebelles à demander la paix. Voici comment Pausanias parle de cette guerre: «L'empire, dit-il, fut attaqué parles Maures, peuplade la plus considérable des Libyens indépendants. Ces Maures, nomades comme les Scythes, sont bien plus difficiles à vaincre que ces peuples, puisqu'ils voyagent a cheval , eux et leurs femmes , et non sur des chariots. Antonin les ayant chassés de toute la partie de l'Afrique soumise aux Romains, les repoussa aux extrémités de la Libye, dans le mont Atlas, et sur les peuples voisins de cette chaîne.»
Sous le règne de Marc-Aurèle, les dangers de l'empire devinrent plus graves. Les barbares, comprenant que ce grand corps s'affaiblissait enfin, l'attaquèrent avec un acharnement incroyable. Depuis ce temps , Rome ne songea plus à envahir, s'estimant heureuse de pouvoir préserver ses frontières. Les Maures (et par ce mot il faut entendre les peuples indomptés voisins de l'Atlas) ne furent pas les moins ardents ni les moins dangereux.
Julius Capitolinus, dans la vie de Marc-Aurele, nous révèle sur leurs tentatives un fait important et curieux : « Ni les garnisons romaines, ni le détroit de Gadès, n'empêchèrent les hordes de l'Atlas de prendre l'offensive, de pénétrer en Europe, et de ravager une grande partie de l'Espagne.
Tel est du moins le sens qui semble ressortir des paroles un peu vagues de Jules Capitohn (*) , à moins qu'on ne veuille supposer que ces hostilités, ré-
Jirimées enfin par les lieutenants de 'empereur, s'exerçaient par mer, et
au'il y avait déjà alors sur les côtes 'Afrique des corsaires ou des pirates, comme de nos jours nous en avons vu sortir des ports d'Alger.
«Les inscriptions découvertes en 1829, à Tarquinies, prouvent qu'il y eut des mouvements sérieux en Afn-
(*) Jul. Capit, Ant. Philos., xxt : « Cum Mauri Hispanias prope omnes vastarent, res per legatoa b«nc gesi» sunl. »
que et dans la Bétique. En effet, dans cette province sénatoriale, nous voyons un P. Tullius Varro procurateur de la Bétique, c'est-à-dire gouverneur de la Bétique au nom de l'empereur. Dans ces inscriptions, où l'ordre de prééminence des titres est très-régulier, le mot procurateur succède à celui de légat propréteur, et précède celui de préteur. Or, Capitolin nous apprend que Marc-Aurèle fut contraint, par les nécessités de la guerre, de changer la hiérarchie établie pour les provinces.
« De même l'Afrique , province sénatoriale dont ce même Varron avait été proconsul, s'était révoltée plus tard, ou avait été attaquée par les Maures, puisque Marc-Aurèle y envoya des troupes et la rendit province impériale : le gouverneur Dasumius n'eut plus dès lors que le titre seul de légat, ou celui de légat propréteur.» Ainsi, le danger de l'empire et l'intérêt public forcèrent Marc-Aurèle à compléter ces usurpations sur les droits du sénat, que les premiers empereurs avaient commencées par défiance et par tyrannie.