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LA PERSÉCUTION EN AFRIQUE

nombreux martyrs. — Quand l'édit de persécution fut apporté en Afrique et notifié aux magistrats impériaux, les hommes avides de faveurs et les partisans du polythéisme se montrèrent impitoyables pour les chrétiens. A Cirta, Vune des villes les plus considérables de la Numidie, ce fut

(I) Tillemont; Mémoires pour servir à Fhist. ecclés. des six premiers siècles; t V, p. 20 el suiv. — Fleury ; Hist. ecclésiast.; t.^I, p. 415 et suiv. — Du mont; Histoire romaine; t. III, p. 497 et suiv.; in- 12.

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un prêtre de la vieille religion , Munatius Félix, flamine perpétuel, qui se chargea de mettre à exécution l'ordonnance des empereurs. 11 fit démolir les églises et procéda avec un zèle infatigable à la recherche des livres sacrés.

Il s'empara non-seulement des vases, chandeliers , lampes et de tous les ornements qui servaient au culte proscrit, mais encore de certains objets que la charité des chrétiens destinait au soulagement des pauvres. Ce fut ainsi que sur l'inventaire de la saisie, on inscrivit quatre-vingt-deux tuniques de femmes , trente-huit voiles , seize tuniques d'hommes et soixante paires de chausses. L'Église de Cirta se montra faible en ces jours de persécution; ses prêtres et ses lecteurs se soumirent sans opposition aux ordres du flamine Félix et lui livrèrent les ornements du culte et tous leurs livres.

L'évéque de Tibiure (1), Félix, n'imita point la conduite des prêtres de Cirta. Quand le magistrat de la ville, Magnilien, lui dit : Évêque Félix, donnez-nous les livres et les parchemins de votre Église, il répondit : Je les ai, mais je ne les donnerai pas.

Pour ébranler sa résolution et reffraver, on le conduisit, chargé de chaînes, au tribunal du proconsul.

Là, il ne se démentit point et resta inébranlable. Le proconsul envoya Félix au préfet du prétoire et le fit passer en Italie. L'évéque devait com-

Earaître devant les empereurs. Mais i ville de Venusia, en Apulie, fut le terme de son voyage. Il y fut décapité. Jusqu'au dernier moment il répondit aux juges et aux bourreaux qui lui demandaient les livres de son Église: « Je les ai, mais je ne les donnerai pas. »

L'évéque d'Abitine (2), Fundanus , pour se soustraire au dernier supplice, se hâta, sur les injonctions des magistrats, de livrer les Écritures. Cet acte de faiblesse attrista sans doute les chrétiens de la ville, mais il ne les découragea pas. Quand ils eurent perdu leurs églises, ils se rassemblèrent dans des maisons particulières pour célé-

(I) Tibiure, en latin Tibiuray civitns Tibiurensium, Tibursicensium Burensium, était une petite ville de la Proconsulaire.

(2> Celait encore une ville delà Proconsulaire.

brer les saints mystères. Les magistrats les y surprirent une fois et les firent arrêter par leurs soldats. On les conduisit à Carthage au nombre de quarante-neuf.

Le danger qui les menaçait ne les effraya point et, saisis d'enthousiasme , ils ne cessèrent pendant toute la durée du voyage , de répéter des hymnes et des cantiques. A Carthage, ils ne se laissèrent gagner ni par les menaces , ni par les promesses du proconsul. Ils confessèrent hardiment le nom du Christ et, sans crainte des châtiments infligés à ceux qui violaient les édits impériaux, ils avouèrent sans hésiter qu'ils s'étaient réunis librement pour célébrer les saints mystères. Ils furent condamnés à souffrir et à périr. Parmi ces chrétiens que l'Église d'Afrique a mis au nombre de ses plus illustres martyrs, on comptait le prêtre Saturnin et ses fils, Dativus, Thelica, Emeritus, Félix, et la vierge Victoria.

l'évbqub db cabthagb mensubius; sa moht. — A Carthage, s'il faut en croire les documents contemporains , la persécution ne sévit point avec autant de violence que dans les autres villes de l'Afrique. Soit par crainte d'une sédition dans cette populeuse cité, soit que ces ménagements lui fussent imposés par la conduite pleine de mesure et de sagesse de l'évéque Mensurius, le proconsul atténua la rigueur des édits impériaux. Mensurius avait caché les livres de son Église; on pressait le proconsul d'ordonner à ses officiers de faire une perquisition dans la maison de l'évéque; il s'y refusa. Mensurius, de son côté, était un homme plein de modération; il usa" de l'autorité morale que lui donnait sa haute position dans l'Église d'Afrique pour conseiller, par lettres, aux évêques ses frères, aux prêtres, à touffes chrétiens, de ne point irriter p$|£an zèle inconsidéré les magistrats des villes et* des provinces. Il blâmait, avec raison, ceux qui n'étant point recherchés venaient d'eux-mêmes s'offrir aux juges et aux bourreaux. Mensurius cependant n'était pas un homme timide, et il se dévouait volontiers pour ses frères. C'est ainsi qu'il sauva Félix , un des diacres de son Église. Celui-ci

AFRIQUE CHRÉTIENNE

était poursuivi pour avoir écrit un libelle contre l'empereur. L'évéque, au péril de ses jours , l'accueillit dans sa maison, et le cacha. Puis, quand on vint auprès de lui réclamer le coupable, il rerusa de découvrir le lieu où il était caché. Mensurius, à cause dt la gravité du cas , £t pour sa résistance obstinée, fut mandé a la cour impériale. Il s'y rendit après avoir réglé les affaires de son Église ; là , il plaida si bien sa cause qu'il fijt absous et renvoyé. Mais ce sage et courageux évéque ne devait point revoir Cartilage; il mourut avant d'y arriver.

àhhobk. — Ce fut au temps de la persécution qu'un auteur célèbre, Arnobe, qui avait enseigné la rhétorique dans la ville de Sicca, écrivit un ouvrage pour défendre les chrétiens. C'était, clans ces jours de péril , un acte de courage. Arnobe avait été païen, et l'on voit que, dans son ouvrage, il a voulu prouver à ses nouveaux frères que sa conversion avait été sincère, il se flt dans ses idées une vive réaction. Après avoir longtemps expliqué et commenté avec amour les chefs- d'oeuvre littéraires de la vieille civilisation, il se laissa emporter par son ardeur de néophyte ; H demanda la destruction des théâtres, et voua aux flammes les œuvres des poètes jadis l'objet deson admiration (1).

lbs TBADiTBUBS. — Les spoliations injustes, les tortures, les supplices ne furent point les plus grands des maux u'entraîna à sa suite, pour l'Église 'Afrique, l'édit deNicomédie. Parmi les chrétiens persécutés, il y en avait plusieurs qui, comme nous l'avons dit, s'étaient signalés par leur héroïsme.

Mais d'autres s'étaient laissé entral1ner, par surprise peut-être, à des actes d'une déplorable faiblesse. On avait vu des évêques et des prêtres se soumettre sans résistance à la loi de César, et livrer à ses exécuteurs les biens de leurs Églises et leurs livres sacrés. Quand la persécution se ralentit, ceux qui s'étaient montrés forts dans le danger s'exaltèrent et poursuivirent de leur mépris et de leur haine les hommes nui par crainte s'étaient dessaisis , dans les mains des

„ 0) Voy. sur Arnobe, Y Histoire univerulU de l Eg lit* cal/iolique , par l'abbé Rohrbacber, t. ▼1, p. 55 etsulv.

bourreaux , du dépôt sacré qui leur avait été confié. Ils leur appliquèrent, comme une note d'infamie, le nom de trad»

tours. Cette qualification injurieuse, employée par des hommes violents et passionnés , ne devait pas tarder à soulever dans les Églises chrétiennes dt nombreux orages. Elle servit, pour ainsi dire , de mot de ralliement à ceux qui opérèrent , au moment même où cessait la persécution , un schisme qui devait être pour l'Afrique la cause et l'origine des plus grandes calamités.

CECIL1BN SUCCEDE A KBKSUBIUS;

donàt des c a8bs-iv0ibes ; troubles dans l'bglisb db cabthagb; obi* giw b du schisme des donatistes. — Après la mort de Mensurius (31 1) , les chrétiens de Carthage procédèrent à l'élection d'un nouvel evéque. Ils se réunirent, prêtres et peuple, et tous, d'un commun accord, ils proclamé* rent le diacre Cécilien. Ce tut Félix, évéque d'Aptonge, qui, lui imposa les mains. Mais bientôt une vive opposition se manifesta contre cette élec* tion. Mensurius, avant son départ, avait remis, par prudence, aux anciens de Carthage , les vases d'or et d'argent de son Église. Cécilien, à peine assis sur le siège épiscopal, s'adressa aux dépositaires choisis par son prédécesseur et réclama les richesses qui leur avaient été confiées. Ils s'irritèrent de cette demande et se refusèrent à une restitution. Ils se joignirent, dans leur dépit, à Botrus et a Celeusius, qui se plaignaient vivement de ne l'avoir point emporté sur Cécilien. Puis, se liguant encore avec Lucilla , femme riche et puissante, ennemie de l'évéque qui, simple diacre , l'avait jadis offensée par de justes et sévères remontrances, ils formèrent un parti qui s'enhardit enfin jusqu'à protester hautement contre la récente élection. L'âme et le chef de ce parti était Donat des Cases-Noires.

Pour arriver à leurs fins, ils s'adressèrent aux évéquesde la Numidie, qui, vivement blessés de n'avoir point été appelés à l'ordination de Cécilien , se rendirent en toute hâte à Carthiga pour prêter aide et appui aux ennemse du nouvel élu. A leur tête se trouvait Secundus de Tigisi, le premier évéque de la Numidie. Ils étaient au nombre

L'UNIVERS

de soixante-dix. Parmi eux on voyait les douze évéques qui , réunis à Girta , en 305, s'étaient avoués traditeurs , à la suite de vives et mutuelles récriminations. Les ennenûs de Céci lien n'osèrent point , à cause des manifestations du peuple, se rendre dans la basilique qu'avaît illustrée Cyprien et où se trouvait la chaire épiscopale. Ils se réunirent probablement dans une autre basilique et s'organisèrent en concile. Ils citèrent d'abord Céci lien à comparaître devant eux. Mais il fit bonne contenance et répondit : J'attends mon accusateur. Ce n'est point par les fautes de Cécilien, dirent ensuite les évéques rassemblés , que l'élection est nulle, mais par celles «les évéques qui l'ont sacré. Félix d'Antonge est un traditeur. — Que ceux-là donc , repartit Cécilien , qui n'ont rien à se reprocher, viennent de nouveau m'imposer les mains. Cette fermeté irrita les évéques , et l'un d'eux , Marcien , proposa de recourir à l'excommunication. Un autre, Purpurius , de Lîmate, s'écria dans sa fureur homicide : « Qu'il Tienne recevoir l'imposition des mains, et on lui cassera la téte pour pénitence. » C'était le même évéque qui , dans la réunion de Cirta, avait répondu à ceux qui l'accusaient d'avoir fait périr ses neveux : « J'ai tué et je tue ceux qui sont contre moi. »

Enfin les évéques prononcèrent une sentence de condamnation en se fondant sur les trois chefs suivants : Cécilien n'avait point voulu se rendre dans leur réunion ; il avait été sacré par des traditeurs; enfin (ce qui ne fut jamais prouvé ) , il avait empêché les fidèles, au temps de la persécution, de porter secours aux martyrs qui avaient été jetés dans les prisons.

Ayant donc déclaré que le siège épiscopal de Carthage était vacant, les membres du concile procédèrent à une nouvelle élection. Il choisirent pour évéque Majorin , attaché à la maison de Lucilla , et qui n'avait jamais rempli dans l'Église que les fonctions de lecteur. Pour favoriser cette élection, Lucilla distribua de grosses sommes d'argent, qui ne furent point données aux pauvres, commeon le prétendit alors, mais à tous les ennemis de Cécilien. A partir de cet instant, il y eut donc deux

Églises à Cartnage. « Telle fut, disent les historiens ecclésiastiques , l'origine du schisme des Donatistes; car on leur donna ce nom , à cause de Donat des Cases-Noires, et d'un autre Donat, plus fameux, qui succéda à Majorin clans le titre d'évéque de Carthage. »

Cette dissidence devait bientôt avoir, non point seulement dans la capitale de l'Afrique, mais encore dans toutes les provinces, de graves résultats. Elle engendra des désordres sans; nombre, qui ne tardèrent point à attirer l'attention de l'empereur.

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