‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 202 sur 246 · REQUÊTE DES DONATISTES A L'EM · texte numérisé non relu

REQUÊTE DES DONATISTES A L'EM

pbreur ; concile de bome. — « Constantin, dit Fleury, avait donné ordre à Anulin, proconsul d'Afrique, et à Patrice , vicaire du préfet du prétoire , de s'informer de ceux qui troublaient la paix de l'Église catholique, et qui s'efforçaient de corrompre le peuple par leurs erreurs : c'étaient les donatistes; et écrivant à Cécilien , évéque de Carthage, il lui marquait de s'adresser aux magistrats impériaux pour avoir justice de ces insensés. En exécution de cet ordre , Anulin exhorta les dissidents à la paix : mais peu de jours après, quelques-uns du parti contraire à Cécilien , ayant assemblé du peuple avec eux, vinrent présenter au proconsul un paquet cacheté et un mémoire ouvert, le priant instamment de les envoyer à la cour.

Le paquet portait pour titre : Mémoire de l'Église catholique touchant les crimes de Cécilien , présenté par le parti de Majorin. Le mémoire ouvert et attaché à ce paquet contenait ces mots :

« Nous vous prions, Constantin , très- « puissant empereur, vous qui êtes « d'une race juste , dont le père a été le « seul entre les empereurs qui n'ait « point exercé la persécution , que , « puisque la Gaule est exempte de ce « crime, vous nous fassiez donner 4es «juges de Gaule, pour les différends « que nous avons en Afrique avec les «autres évéques. Donné par Lucien, « Digne, Nassutius, Capiton, Fiden- « tius et les autres évéques du parti Ma- « jorin. » L'empereur ayant reçu ces mémoires avec la relation d' Anulin, lui écrivit d'envoyer Cécilien et ses adversaires, chacun avec dix clercs de son parti , pouf se trouver à Rome dans le

second jour d'octobre, et y être jugés par des évéques. Aoulin exécuta cet ordre t et en rendit compte à l'empereur, qui écrivit aussi au pape Miltiade et aux évéques de Gaule et d'Italie, pour s'assembler à Rome le même jour, et leur envoya tous les mémoires et les papiers qu'Anulin lui avait envoyés sur ce sujet. La lettre au pape est aussi adressée à Marc , que Ton croit être celui qui fut pape après saint Silvestre.

L'empereur y dit : J'ai jugé à propos que Ceci I lien aille à Rome avec dix evéques de ceux qui l'accusent, et dix autres qu'il croira nécessaires pour sa cause; afin qu'en présence de vous , de Réticius , de Materne et de Marin , vos collègues, à qui j'ai donné ordre de se rendre en diligence à Rome pour ce sujet, il puisse être entendu comme vous savez qu'il convient à la trèssainte loi. Reticius et les deux autres étaient les évéques de Gaule.

« Cécilien avec les dix évéques catholiques , et les dix de l'autre parti, qui avaient à leur tête Donat des Cases- Noires , se trouvèrent à Rome au jour nommé; et le concile s'assembla dans le palais de l'impératrice Fausta, nommé la maison de Latran, ce même jour, second d'octobre 313, oui était un vendredi. Le pape Miltiade présidait; ensuite étaient assis les trois évéques gaulois : Réticius d'Autun, Materne de Cologne, Marin d'Arles; puis quinze évéques italiens : Mérocles de Milan, Stemnius de Rimini, Félix de Florence, Gaudence de Pise, Proterius de Capoue , Théophile de Bénévent, Savin de Terracine, Second de Preneste , Maxime d'Ostie, et quelques autres, faisant en tout dix-neuf évéques , le pape compris. L'ordre de cette séance est remarquable, particulièrement en ce que les trois évéques gaulois y tiennent le premier rang, et ue, entre les Italiens, les évéques 'Ostie et de Preneste , quoique suffragants du pape, n'ont point de rang particulier. Ou travailla trois jours durant avec des notaires qui rédigeaient en même temps les actes, c'est-à-dire le procès- verbal. Le premier jour, les juges informèrent qui étaient les accusateurs et les témoins contre Cécilien.

Les évéques du parti de Majorin pré-

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sentèrent un mémoire d'accusations donné contre lui par ceux de son parti ; sous ce prétexte , ils prétendaient que tout le peuple de Carthage l'avait accusé. Mais les juges n'eurent point d'égard à ce mémoire , parce qu'il ne contenait que des cris confus d'une multitude, sans accusateur certain. Ils demandaient des témoins et des personnes qui voulussent soutenir l'accusation en leurs noms ; mais ceux que Donat et les autres évéques du parti de Majorin produisirent comme accusateurs et comme témoins , déclarèrent qu'ils n'avaient rien à dire contre Cécilien.

« Ensuite Cécilien accusa Donat d'avoir commencé le schisme à Carthage du vivant de Mensurius , d'avoir rebaptisé, d'avoir imposé de nouveau les mains à des évéques tombés dans la persécution. Enfin, dit-il, Donat et ses collègues ont soustrait les accusateurs et les témoins, qu'eux-mêmes avaient amenés d'Afrique contre moi, tant leur calomnie était évidente. Donat confessa qu'il avait rebaptisé et imposé les mains aux évéques tombés, et promit de représenter les personnes nécessaires à cette cause, qu'on l'accusait d'avoir soustraites. Mais après l'avoir promis deux fois, il se retira, et ifosa plus lui-même se présenter au concile, craignant que les crimes qu'il avait confessés ne le fissent condamner présent , lui qui était venu de si loin pour faire condamner Cécilien. Le second jour, quelques-uns donnèrent un libelle de dénonciation contre Cécilien. On examina les personnes qui l'avaient donné, et les chefs d'accusation qu'il contenait ; mais il ne se trouva rien de prouvé. Le troisième jour, on examina le concile tenu à Carthage par soixante-dix évéques qui avaient condamné Cécilien et ses ordinateurs. C'était le grand fort de ses adversaires : ils faisaient sonner bien haut ce grand nombre d'évéques; et qu'étant tous du pays, ils avaient jugé avec grande connaissance de cause.

Mais Miltiade et les autres évéques du concile de Rome n'eurent aucun égard au concile de Carthage, parce que Cécilien y avait été condamné absent et sans être entendu. Or, il rendait de bonnes raisons pour ne s'y être pas présenté. Il savait que ces évéques avaient été appe-

L'UNIVKRS.

lés à Carthage par ses adversaires, qu'ils logeaient chez eux , et concertaient tout avec eux. Il savait les menaces de Purpurins , évéque de Limate, dont la violence était connue. Les évêques du concile de Rome jugèrent donc que tout ce oui avait été traité en ce concile de Carthage était encore en son entier :

savoir, si Félix d'Aptonge était traditeur, ou quelque autre de ceux qui avaient ordonné Cécilien. Mais ils trouvèrent cette question difticile et inutile. Elle était difficile, parce qu'il y avait des témoins à interroger, des actes à examiner, et que Cécilien accusait ses accusateurs du même crime, <f avoir livré les saintes Écritures, à cause du concile de Cirta où ils l'avaient con* fessé. D'ailleurs, il était inutile d'examiner si Félix était traditeur, puisque, quand il Peut été, il ne s'ensuivait pas que l'ordination de Cécilien fut nulle : car la maxime était constante, qu'un évéque, tant qu'il était en place sans être condamné ni déposé par un jugement ecclésiastique , pouvait légitimement faire des ordinations et toutes les autres fonctions épiscopales. Les évêques du concile de Rome crurent donc ne devoir point toucher à cette question, de peur d'exciter de nouveaux troubles dans l'Kglise d'Afrique, au lieu de la pacifier. Ils déclarèrent Cécilien innocent et approuvèrent son ordination; mais ils ne séparèrent pas de leur communion les évétjues qui avaient condamné Cécilien , ni ceux oui avaient été envoyés pour l'accuser. Donat des Cases-Noires fut le seul qu'ils condamnèrent, comme auteur de tout le mal, convaincu de grands crimes, par sa ^propre confession. On laissa le choix aux autres de demeurer dans leurs sièges, quoique ordonnés par Majorin hors de l'Église, à la charge de renoncer au schisme. En sorte que dans tous les lieux où il se trouverait deux évêques , l'un ordonné par Cécilien , l'autre par Majorin , on conserverait celui qui serait ordonné le premier, et on pourvoirait l'autre d'une autre Église. Voilà le jugement du concile de Rome, où l'on voit une discrétion singulière et un exemple remarquablededispense contre la rigueur des règles pour le bien de la paix. En ce concile, chaque évéque dit

son avis , selon la coutume, et le papa Miltiade conclut l'action, disant le sien en ces termes : Puisqu'il est constant que Cécilien n'a point été accusé par ceux qui étaient venus avec Donat, comme ils l'avaient promis, et qu'il n'a été couvaincu par Donat sur aucun chef, je suis d'avis qu'il soit conservé en tous ses droits, dans la communion ecclésiastique. Nous n'avons pas le reste de la sentence sur les autres chefs. Le pape et les autres évêques rendirent compte à l'empereur Constantin de oe jugement, lui envoyant les actes du concile, et lui mandèrent que les accusateurs de Cécilien étaient aussitôt retournés en Afrique. Le pape Miltiade ou Melchiade mourut trois mois après, le dixième de janvier, l'an 314(1). »

RETOUR DE DONAT ET DE CÉCILIEN BN AFRIQUE; s'uiTK DES TROUBLES; LES DONATISTES DEMANDENT LA RÉ- VISION DU JUGEMENT QUI LES A CON- DAMNES a rome; décision de Constantin; concilb d'arles. — Après sa condamnation, Donat des Cases-Noires demanda l'autorisation de retourner en Afrique; il s'engageait à ne point rentrer dans Carthage. D'autre part, en vue de la paix, Cécilien reçut ordre de ne point quitter l'Italie et de séjourner à Brescia. Deux évêques4 furent envoyés alors comme commissaires à Carthage, pour notifier au clergé et au peuple la sentence que le concile de Rome avait promulguée. Ils étaient chargés en outre de faire une enquête et de transmettre à l'empereur le résultat de leurs observations. Optât, évéque catholique , qui écrivît plus tard l'histoire du schisme des donatistes, assure qu'après un lonç et mûr examen les commissaires Eunomius et Olympius donnèren tencore une fois gain de cause à Cécilien. Ce fut sur ces entrefaites que Donat, malgré ses promesses, revînt à Carthage; Cécilien, de son côté, se hâta de quitter Brescia, où on l'avait

(l) Fleury ; Htst. ecclésiast. liv. x lt. III. p. 28. — Tillemotit; mémoires pour servir à l'nisl. ecclès.% etc.. t VI, n. 31 et suiv. — Béraull- Bereastel; fiisl. de T Église; t. Il . p 13 et suiv. — Voy. aussi M. de Potier; HUl. du chrislianisme, etc., époq. I, liv. VI, ch 3; t. Il, p. 130 et suiv- — Morcelli (AJrica chrutAMMj;tdM. «13; t. Il, p. "

relégué et de reprendre possession de son siège épiscopal.

L'assemblée des évêques réunis à Rome n'avait rien terminé, et, à l'arrivée, en Afrique, des deux chefs de parti, les querelles recommencèrent. Les donatistes disaient qu'on les avait condamnés à Rome , sans avoir pris connaissance de tous les faits qu'ils avaient allégués, et avec une extrême précipitation. Ils rappelaient, pour exemple, que Félix, l'évêque d'Aptonge, traditeur suivant eux , n'avait point été mis en cause. Constantin, pour les satisfaire, ordonna aux magistrats de l'Afrique déjuger Félix. Ce fut Élien, le proconsul, qui présida à l'interrogatoire. Après de longues et minutieuses recherches, qui établirent dans tout son jour, au témoignage des écrivans catholiques, l'innocence de l'accusé, le juge impérial déclara que Félix n'était point un traditeur.

Les donatistes ne se laissèrent pas abattre par cette nouvelle sentence. Ils s'adressèrent encore à l'empereur, qui, pour pacifier une de ses plus belles provinces, usa de patience et soumit de nouveau l'affaire à un concile. Les lettres de convocation fixaient à Arles le lieu de l'assemblée. Cécilien et ses accusateurs n'étaient pas les seuls membres du clergé d'Afrique qui fussent appelés dans les Gaules. Ils devaient être assistés, aux termes des lettres impériales , d'un certain nombre d'évêques appelés de la Tripolitaine, de la Byzacène, de la Proconsulaire, de la Numidie et des Mauritanies. Nous savons que Chrestus, évêque de Syracuse, les accompagna.

Le concile s'ouvrit le premier du mois d'aoûtde l'année314. On comptait dans l'assemblée seize évéques gaulois, deux Bretons (ceux d'York et de Londres), et plusieurs qui étaient venus de l'Italie et de l'Espagne. L'évêque de Rome , saintSylvestre, était représenté par deux prêtres, Claudien et Vitus , et deux diacres, Eugène et Cyriaque. On examina d'abord l'affaire de Cécilien. Les deux faits qu'on ne cessait de lui reprocher, à savoir, de s'être opposé par violence, à l'époque de la persécution, aux chrétiens qui portaieut de la nourriture aux martyrs emprisonnés, et d'avoir été

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consacré par des évêques traditeurs , ne furent point établis sur des preuves. Les Pères du concile d'Arles prononcèrent donc en faveur de Cécilien une sentence d'absolution. Avant de se séparer, ils adressèrent à l'évêque de Rome une lettre où on lisait ces mots : « Au bien-aimépape Sylvestre, tous les évéques, salut éternel dans le Seigneur. Unis ensemble par. le lien de la charité et par l'unité ae notre mère l'Église catholique, après avoir été amenés en la ville d'Arles par la volonté du très-

Ïrieux empereur, nous vous saluons de à, très-glorieux Père, avec la vénération qui vous est due. Nous y avons eu à supporter des hommes emportés et pernicieux à notre loi et à la tradition; mais l'autorité présente de notre Dieu, la tradition et la règle de la vérité les ont repoussés de telle sorte, qu'il n'y avait de consistance et d'accord , ni dans leurs discours, ni dans leurs accusations, ni dans leurs preuves. C'est pourquoi, par le jugement de Dieu et de 1 Église, notre mère, laquelle connaît les siens et les approuve, ils ont été ou condamnés ou repoussés. Et plût à Dieu, bien-aimé frère, que vous eussiez assisté à ce grand spectacle: vous-même jugeant avec nous, leur condamnation en eût été plus sévère, et notre joie plus grande (1). » Les membres du concile ne s'étaient point seulement occupés de Cécilien etdesesaccusateurs, ils avaient encore fait divers règlements relatifs à la discipline générale de l'Église. Néanmoins, parmi ces règlements, il en est plusieurs qui montrent que les évêques étaient vivement émus par le grand débat auquel ils avaient assisté et oui font une allusion directe aux querelles qui agitaient l'Afrique : « Ceux, dit le concile , qui sont coupables d'avoir livré les Écritures ou les vases sacrés , ou dénoncé leurs frères, seront dénosés de l'ordre du clergé , pourvu qu'ils soient convaincus par des actes publics, non par de simples paroles. S'ils ont conféré les ordres a un homme digne d'ailleurs , l'ordination sera valable. » Et plus loin : « Parce que plusieurs résistent à la règle de l'Église, et prétendent être

(I) RohrUaclier; Hist. univers, de VÊgl. cathol.\ t. VI, P. 226

L'UNIVERS

admis à accuser avec des témoins corrompus par argent, qu'ils ne soient point reçus en leurs demandes. Ils devront prouver, au préalable, par des actes publics, ce qu'ils ont avancé. » Enfin on lit dans les actes du concile : « Ceux qui accuseront faussement leurs frères ne recevront la communion qu'à la mort (1). » '«I Le concile d'Arles n'éteignit point, en Afrique, les passions et les haines. Le schisme continua. Lesdonatistes, persévérant à se croire mal jugés, iuterietèrent appel des deux sentences qui les avaient condamnés ; ils s'adressèrent directement à l'empereur, le priant d'examiner lui-même et de prononcer dans leur cause. Vivement irrité de cette demande, qui tendait à prolonger la discussion et les querelles, Constantin s'emporta contre les donatistes, et leur reprocha leur opiniâtreté et leur audace. Néanmoins , il résolut de tenter encore une fois la voie des conciliations. Il évoqua à son tribunal la cause qui lui était soumise,. et par un jugement prononcé à Milan, en 315, il confirma l'arrêt porté contre les donatistes dans les concilesde Rome et d'Arles (2).

MESUBES BIGOUREUSES PB1SBS PAR CONSTANTIN CONTRE LES DONATIS- TES ; LUTTES et révoltes; les circoncellions. — Constantin, comme nous l'avons dit, même en promettant aux donatistes d'écouter leur plainte et de les juger , avait donné un libre cours à sa colère. Son emportement avait dû faire prévoir aux ennemis de Cécilien une nouvelle condamnation.

Néanmoins, quand l'empereur eut pro-

(1) Labbe; Coneil.. 1. 1 , col. 1727 et 1728. On trouve dans ce recueil non-seulement les canons du concile d'Arles , mais encore les lettres de Constantin.

(2) Voy. sur le concile d'Arles et sur les événements qui le procédèrent et le suivirent jusqu'en l'année 416 , indépendamment des conciles et des auteurs anciens , saint Optât, saint .Augustin et Eusèbe (Optât, milev. de schism.

Don. 1 , 26 et sqq. — S. Aug. epist. 60 ad Bon.; epist. 162 ad Glor. Eleus.; epist 166 ad Gêner.; epist. 166 ad Donat.; etc., etc.— Euseb. Hist. eccfe$., X, 6); Tillemont; Mémoires pour servirà Chut, ecclésiast., elc. , t. VI, p. 60 et suiv. — Fleury; Hi»t. eccles., 1. 1 II, jp. 32 et suiv. — Bérault-Bercastel; Hist. de V Eglise; t. II, p. 19 et suiv. — Rohrbacher; 1. c. — Potter; t. II, p. 136; — et surtout Morcelli, ad an. 3 1 3, 314. 315 et 3IB. C'est Morcelli que nous avons suivi pour la date du jugement rendu à Milan; voy. Afr. christ., t. Il , p. 216 et 217.

noncé , ils protestèrent contre sa sentence. Constantin répondit cette fois à leurs protestations par la menace des peines les plus sévères. Déjà, il avait reoommandé à Celsus, son vicaire, dans une lettre que saint Optât nous a conservée , de procéder à l'égard des donatistes avec une extrême sévérité. Il avait annoncé, en même temps , que lui-même se disposait à passer en Afrique pour trancher toutes les difficultés et opérer, s'il en était besoin , par la force, la pacification d'une des portions les plus importantes de son empire.

Celsus se conforma aux ordres qu'il avait reçus. Il poursuivit les donatistes et bannit d'Afrique les hommes les plus marquants du parti (I).

. .Les dispositions de l'empereur incitèrent sans doute les catholiques à la persécution , et, plus d'une fois , ils eurent recours pour combattre leurs adversaires, non plus à la discussion, mais à la violence. Les magistrats, de leur côté, essayèrent , en usant de rigueur, de complaire à Constantin. Cette conduite, loin d'étouffer le schisme, ne fit que raviver les haines. Les donatistes se laissèrent emporter par le désir delà vengeance ; sous des chefs énergiques, sous Mena I i us et Silvanus, par exemple, ils opposèrent la force à la force; Us s'emparèrent, comme à Constanttne (2), des églises et résistèrent ouvertement aux catholiques et à l'empereur. La sévérité des edits portés contre eux ne les arrêta point; leur zèle ne fit que s'accroître, et bientôt dans les classes inférieures qui embrassèrent, en général , la cause du schisme, ce zèle prit le caractère d'un violent et sombre enhousiasme.

Ce fut alors que se montrèrent les premières bandes de circoiwellions (3).

(1) En 321, sur la requête des donatistes, ceux

3ui avalent été bannis à cause du schisme et es troubles qui levaient suivi, furent autorisés à rentrer en Afrique. Constantin promit même, aur la demande qui lui en avait été faite , de ne point contraindre les dissidents à communier avec Cécilien. Vov. Eleury ; Hist. scclcs., III, p. 76, et Morcelli ad an. 321.

(2) C'était Cirta. Elle quitta aton son ancien nom pour celui de CoAêtanline.

(3) Morcelli ( AJric. christ., t. II, p. 21») dit, à propos des événements qui s'accomplirent en SI7 : ortum habuere ctrcHtncsllioncs, furiosi illi donatistarum satellites , perditissima fex populi et aarestium latronum multitudo ad omne facmus çongregata. — Eû

AFRIQUE CHRÉTIENNE

La querelle entre Cécilien et ses ennemis avait eu, dans toute l'Afrique, un grand retentissement. Les populations s'étaient divisées. Les classes inférieures, excitées par d'ardentes prédications, se rangèrent volontiers du côté de ceux qui se vantaient d'avoir seuls traversé, avec courage , les temps de la persécution et d'être sortis de la lutte sans souillure; et par une conséquence nécessaire , elles déclarèrent une guerre à mort aux catholiques qu'on leur désignait comme impurs, comme traditeurs.

Les chefs donatistes réglèrent sans doute les premiers mouvements des hommes

?[u'iis avaient soulevés. Mais bientôt ils urent dépassés : les esclaves, les colons, les petits propriétaires ruinés par le ûsc que, pour leur vagabondage autour des lieux habités, on appela circoncellionst , formèrent des bandes semblables à celles qui parcoururent, au moyen âge, sous des noms divers, l'Allemagne, la France, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie. Ces circoncellions ne s inquiétèrent point seulement , il faut le dire, de la querelle qui séparait Donat de Cécilien; comme ils appartenaient presque tous à la classe opprimée et souffrante, ils voulurent une réorganisation sociale et tentèrent d'établir, en ce monde, ce que, sous le fouet du maître et au milieu des plus rudes travaux, ils avaient appelé si souvent de leurs vœux , à savoir, le rèijne d'une parfaite égalité. Cependant , c'est le côté religieux qui domi ne dans cette grande insurrection. Les circoncellions, qui sg donnaient le nom de saints, se crurent chargés d'une mission divine. S'opposer à eux,c'était, dans leurs idées, résister à Dieu même; donc, périr dans la lutte, c'était acquérir des droits à la félicité éternelle. Dans leur farouche enthousiasme , ils recherchèrent avidement le martyre. Ils s'offraient, par troupes, au fer de leurs ennemis, et quand on refusait de les frapper, ils se tuaient eux-mêmes. La rigidité de leur doctrine ne les empêcha point , sous Maxida et Fasir , les plus

effet , l'insurrection dut s'organiser au moment même ou, pour obéir aux ordres de Constantin, les magistrats de l'Afrique commencèrent à sévir contre les donatistes. Fleury ( t. III, p. 217 ) et quelques autres historiens ont reporté à l'année 32tf et même plus tard , à tort suivant nous, l'apparition des circoncellions.

célèbres de leurs chefs , de se livrer à de graves désordres. Ils s'abandonnaient ( et cela est inévitable dans les grandes réunions où l'on ne trouve ni frein, ni règle ) à la débauche et à tous les excès. Ils pillaient, brûlaient, massacraient.

Les choses en vinrent à ce point que les donatistes eux-mêmes qui les avaient suscités implorèrent, pour les réprimer, l'assistance des officiers impériaux. On envoya des troupes contre les circoncellions; mais il s'écoula bien des années avant le retour de l'ordre et la soumission complète, en Afrique, des populations insurgées (1).

CÀ1UCTÈRB DU SCHISME DBS DO- NATISTES ET DU SOU1 ÈYBMENT DES

circoncellions. — « Ledonatisme, dit M. Saint-Marc Girardin (2), n'est point une hérésie, c'est un schisme; car les donatistes croient ce que croit l'Église catholique; seulement, selon eux , les traditeurs ont souillé la pureté du caractère épiscopal; ils ont interrompu la descendance spirituelle des apôtres. Ne cherchez ici aucune des subtilités familières aux hérésies de la Grèce ou de l'Orient. L'esprit africain est à la fois simple et violent, et il ne va pas jusqu'à l'hérésie : il s'arrête au schisme; mais il met dans le schisme un acharnement singulier. Il y a peu d'hérésies qui soient nées en Afrique. L'arianisme n'y vint qu'avec les Vandales , et encore l'arianisme, tel que le professaient les Goths et les Vandales, n'était pas l'arianisme subtil , tel que l'Orient l'avait connu , disputant sur la consubstautialité du

(I) Les circoncellions se dissipèrent, il est vrai; mais les croyances qui avaient soulevé les populations devaient survivre à l'insurrection armée. Pendant longtemps on vit en Afrique des hommes errer çà et là , dans les campagnes, pour perpétuer, au sein des classes opprimées, la doctrine sociale et religieuse qui les avait si vivement agitées. Ces hommes, pour la plupart, étaient engagés dans les ordres, et tous, ils appartenaient au parti donatiste. C'est à ces prédicateurs errants , appelés aussi circoncellions, que s'applique la noie insère* à la page 34 de notre Histoire de la domination des Vandales en Afrique.

Nous renvoyons encore ici, pour ce qui concerne les donatistes et les circoncellions, aux renseignements bibliographiques rassemblés par i C. Ludw. Gieseler. Voy. Lchrbnch des kirchengeschichte ; t. I , p. 323, 32* et 325;

4 17 et sui v.

(3) M. Saint-Marc Girardin; Y Afrique sou* saint Augustin. Voy. la Revue des Deux Mondes; 15 septembre 1842; p. 987.

L'UNIVERS

Père et du Fils : c'était un arianisme plus simple et plus a la portée de l'esprit des barbares, qui faisait du Père et du Fils deux dieux., dont l'un était plus grand et plus puissant que l'autre. Les liérésies africaines, et elles sont en petit nombre , n'ont jamais rien de subtil et de raffiné. Les célicoles , dont saint Augustin parle quelque part, ne sont qu'une secte qui penche vers le déisme primitif des Juifs, et semblent être en Afrique les précurseurs lointains du mahométisme.

« Les donatistes africains n'ont ni avec le judaïsme, ni avec le mahométisme aucune analogie de dogmes , car ils ne contestent aucune des croyances chrétiennes ; mais ils ont avec ces deux religions une grande ressemblance extérieure. C'est la même allure de fanatisme, c'est le même goût pour la force matérielle. Les donatistes ont, comme tous les partis , leurs modérés et leurs zélés; les modérés, qui s'appellent surtout les donatistes; les zélés, qui sont les circonceliions. Les donatistes sont les docteurs et les diplomates du parti; ils désavouent l'usage de la violence; ils font des requêtes aux empereurs; ils inventent d habiles chicanes pour échapper aux arrêts rendus contre leur schisme; ils écrivent contre les docteuc6 catholiques; ils les calomnient et les insultent. Ils ne sont du reste ni moins obstinés , ni moins ardents que les circonceliions. Ils se déclarent les seuls saints, les seuls purs, les seuls catholiques. Les circonceliions sont l'armée et le peuple du parti , et ils représentent, dans le donaUsme, l'Afrique barbare, comme les donatistes représentent l'Afrique civilisée. Les circonceliions sont des bandes nomades qui se mettent sous un chef et parcourent le pays. Ils font profession de continence; mais le vagabondage amène, la débauche dans leurs bandes. Le but de leurs courses est de faire reconnaître ta sainteté de leur Église; aussi leur cri de guerre est : Louanges à Dieu ( Laudes Deo ) , cri redouté , car, partout où il retentit, il annonce le pillage et la mort. Comme les circonceliions sont la plupart des esclaves fugitifs ou des laboureurs qui ont renoncé au travail pour s'enfuir au désert, ils ont les haines

qui sont naturelles à cette sorte d'hommes. Ils haïssent les maîtres et les riches, et quand ils rencontrent un maître monte sur son chariot et entouré de ses esclaves, ils le font descendre, font monter les esclaves dans le char et forcent le maître à courir à pied ; car ils se vantent d'être venus pour rétablir l'égalité sur la terre, et ilr appellent les esclaves à la liberté : tout cela ,. au nom, disent-ils, des principes du christianisme, qu'ils dénaturent en l'exagérant , et dont surtout ils n'ont pas Tes mœurs. (3 tez- leur le fanatisme, oesont les Bagaudes de la Gaule , oe sont les ancêtres de la Jacquerie ;.c'est la vieille guerre entre l'esclave et le maître, entre le riche et le pauvre; seulement cette guerre a pris la marque de l'Afrique : ce sont des nomades; — et la marque du temps : ce sont des bandes fanatiques. C'est le fanatisme, en effet, qui leur donne un caractère à part. Ils sont cruels contre eux-mêmes et contre les autres; ils se tuent avec une facilité incroyable , afin , disent-ils, d'être martyrs et de monter au ciel. Ils tuent les autres sans plus de scrupule, en combinant d'affreuses tortures , pleines des raffinements de la cruauté africaine.

Parfois cependant, ils s'inquiètent de savoir s'ils ont le droit de se tuer, et alors ils forcent le premier venu à les frapper, afin de ne pas compromettre le mérite du martyre par le péché du suicide. Malheur, du reste, au voyageur qui refuserait de leur prêter sa main pour les tuer! Il périrait lui-même sous les coups de leurs longs bâtons , qu'ils appellent des Israélites, à moins qu'il n'ait la présence d'esprit d'un jeune homme de la ville de Madaure, oui rencontra un jour une de leurs bandes. Ces fanatiques avaient résolu depuis plusieurs jours d'être martyrs , et , selon leur usage, imité des gladiateurs, ils s'étaient, avant leur mort, livrés à tous les plaisirs de la vie, et surtout aux plaisirs de la table. Ils cherchaient donc avec impatience quelqu'un qui les voulut tuer. A l'aspect de cejeune homme, Ils coururent à lui avec de grands cris, et lui présentèrent uneénée nue. le menaçant de l'en percer s'il ne voulait pas les en percer eux-mêmes. * Mais , dit le jeune homme, qui me répond, quand

AFRIQUE CHRÉTIENNE

j'aurai tué deux ou trois d'entre vous , que les autres ne changeront pas d'idée, et ne me tueront pas? Il faut donc que vous vous laissiez lier. » lis y consentirent, et, une fois bien liés, il les laisse sur le chemin et s'enfuit.

a Les circoncellions représentent, dans le donatisme, les mœurs de l'Afrique barbare; mais il y a dans le donatisme quelque chose qui caractérise l'Afrique en général : c'est l'esprit d'indépendance à l'égard des empereurs; c'est la haine de l'unité, soit de l'unité temporelle de l'empire, soit de l'unité religieuse de l'Église »

Plusloin, M. Saint-Marc Girardin dit encore (1) : • Quand on écarte de la discussion entre les donatistes et les orthodoxes tout ce qui est déclamation et injure, on voit que le principal grief contre le donatisme , c'est qu'il a rompu l'unité catholique. De ce côté, le refrain du chant rimé de saint Augustin résume fort bien les reproches qu'il fait aux donatistes :

Omnes qui gaudetis de pace, Modo verum judicate.

La paix, c'est-à-dire l'unité, voilà le sentiment et le principe que saint Augustin atteste contre les donatistes. C'est là en effet le sentiment qui leur répugne, c'est par là qu'ils sont rebelles; ils n'ont avec les orthodoxes aucun dissentiment dogmatique; seulement ils veulent faire une fcglise à part. Il n'y a point avec eux de controverse théologique, car ils disputent sur des faits plutôt que sur des opinions. Dans le donatisme , ce nest point comme dans la nlupart des hérésies, l'indépendqncede l'esprit humain qui en est cause, c'est l'mdé-

Sendance de l'Afrique; et, ce qui achève e le prouver, c'est que les tentatives de révolte que font quelques gouverneurs d'Afrique, entre autres le comte Geldon en 397 , sont appuyées par les donatistes. Us sont les ajliés naturels de quiconque veut rompre l'unité de l'empire dans l'ordre politique, comme ils veulent la rompre daus l'ordre religieux n

Enfin il ajoute (2) : • Le donatisme est, au quatrième et au cinquième siècle, un témoignageexpressifde l'originalité que

(1) M. Saint-Marc Girardin ; lbid. p. 990.

(2) Id. Ibid. p. m»

l'Afrique a gardée sous toutes les doi minations. Dans le donatisme, cette originalité a été jusqu'au schisme en religion ; et elle se ralliait volontiers à la révolte en politique (1). »

SUITE DES TBODBLBS; VAINES TEN- TATIVES DE conciliation; CONCILE de carthagk. — Dans cette lutte acharnée des donatistes contre les catholiques ou, comme disaient les dissidents, contre les iraditeurs, il y eut, par un accord tacite, des instants de ré-

Sit et des trêves. Le rappel des exilés onatistes, en 321, semble indiquer un ralentissement dans la lutte et un affaiblissement dans les haines. Cet état de choses dura d'abord jusqu'en 326, année où, suivant Morcelli (2), finit l'épiscopat de Cécilien. On put croire un instant que la guerre allait recommencer; mais le repos de l'Afrique ne fut pas troublé. Les catholiques choisirent Rufus pour évêque ; ce fut probablement à la même époque que les dissidents procédèrent à l'élection de Donat (3). On serait tenté de croire que

m Cette appréciation du schisme des donalistes et du soulèvement des circoucellions nous semble profondément vraie. Cependant nous devons dire que nous n'acceptons point sans réserve toutes les opinions de M. Saint-

jugement trop absolu. Nous pensons, — et ici nous invoquons l'autorité de tous les

historiens ecclésiastiques, — que les hérésies ont eu sur l'Afrique, si l'on peut sex-

B rimer ainsi, plu» de prise que ne Je croit [. Saint-Marc Girardin. D'autre part, l esprit africain , suivant nous, se prêtait volontiers aux profondes méditation* et à la controverse; et dans ta discussion il se distinguait tour a tour par la force de la dialectique et par la Subtilité. C'est un fait que l'on peut constater dans les ouvrages de tous les Africains, oui écrivirent depuis Tertullien jusqu'à saint Au'Hislin. Seulement, dans ces ouvrages, ce au'il y a de logique, d'ingénieux , de délié, de subtiï, disparaît sous l'exagération de la forme, sous l'enflure des mots. Il semble même que l'Afrique ait communique l'esprit de$ discusbions habiles au x étrangers, aux barbares, par exemple, qui fréquentèrent ses écoles et qui étudièrent ses œuvres littéraires, historiques et philosophiques. Nous rappellerons ici, comme preuve, le nom de Thrasamund , de ce roi vandale qui était théologien , non point à la manière du fameux roi des Franks, Hilpéric, mais à la manière des Byzantins.

(2) Africa christiaw ; ad an. 326 et 327. Vov. t. IL p. 230 et 231.

(3) Ce fut cet évôque et Donat des

les deux nouveaux élus songèrent d'abord à remédier aux maux de l'Église et que leurs premiers soins eurent pour but d'opérer entre les deux partis un sincère rapprochement. Cest, à notre sens , l'explication du concile que, suivant le témoignage de saint Augustin, les donatistes ouvrirent à Carthage, en l'année 328(1). Ce qui prouvela force du schisme, c'est que Von vit accourir, de divers lieux, dans ce concile, deux cent soixante-dix évoques.

Les membres de cette grande réunion tentèrent les voies de la conciliation.

Ils se relâchèrent de leur rigorisme et déclarèrent qu'à l'avenir ils communiqueraient volontiers avec les traditeurs, sans les soumettre à un second baptême. On en vit plusieurs qui , comme l'évéque Deuterius, de la Mauritanie sitifienne, observèrent fidèlement ce qui avait été décrété; et ce fut à ces hommes que l'Afrique dut la paix dont elle jeuit encore pendant quelques années.

LA. LUTTE RECOMMENCE; PERSÉCU- TION mac arienne. — Vers l'année 348 , la lutte recommença. Quelle fut la cause de cette guerre 'nouvelle? on l'ignore. Les écrivains catholiques prétendent que l'obstination et les violences de Donat, évêque schismatique de Carthage, et d'un autre Donat, évéque de Bagaïa, ranimèrent les anciennes discordes (2). L'empereur Constant avait envoyé en Afrique deux officiers, Paul et Macaire, qui avaient pour mission d'apaiser dans cette contrée les querelles religieuses. Les dissidents connaissaient sans doute à l'avance les dispositions des deux délégués impériaux et leurs rapports avec Gratus, évéque catholique de Carthage. Paul et Macaire avaient à-peine touché les côtes de l'Afrique que les donatistes se soulevèrent contre eux de toutes parts. Donat de Carthage, .suivant saint Optât, se laissa

Noires qui, comme nous l'avons vu plus haut, donnèrent leur nom aux dissidents.

(1) Morcelli ( AJric. christ. ); ad an. 328. Voy. t. II , p. 232.

(2) Il ne faut pas oublier qu'il ne nous resta sur les querelles religieuses de l'Afrique que les écrits des catholiques. Le devoir d'un historien impartial est de n'admettre qu'avec une extrême réserve 1rs accusations portées contre les dissidents, même par saint Optât et saint Augustin. Les donatistes ont beaucoup écrit dans le cours du IVe siècle ; mais leurs livres ne sont pas arrivés jusqu'à nous.

entraîner par la colère jusqu'à proférer des injures contre l'empereur devant ses deux représentants. Donat de Bagaïa fit plus encore : il appela à son aide les bandes non encore anéanties des circoncellions , souleva la population des villes et des campagnes, et s'apprêta à résister par la force aux ordres de Constant. Paul et Macaire n'hésitèrent

ftotnt : ils s'adressèrent, en vertu de eurs instructions, au comte Sylvestre, qui mit des soldats à leur disposition. Des scènes de violence ne tardèrent pas à éclater de toutes parts, et la guerre commença ; mais elle ne fut pas de longue durée. La victoire resta bientôt aux délégués impériaux. Ceux-ci ne trouvant plus de résistance poursuivirent les dissidents avec une grande rigueur. Les évéques donatistes furent chassés de leurs sièges , exilés ou tués. Les persécuteurs , que du nom du plus violent de leurs chefs on appela Macariens , ne s'arrêtèrent que sous le règne de l'empereur Julien.

Au moment même (349) où Paul et Macaire venaient de vaincre les scliismatiques par la force des armes, Gratus assembla à Carthage un concile , où siégèrent les évéques catholiques de toutes les provinces de l'Afrique. Le but des Pères qui vinrent à ce concile était principalement de condamner les donatistes (1). •

l'empereur julien; réaction. — Julien voyait avec joie les schismes et les hérésies qui déchiraient l'Église. Il ne cherchait point à terminer les différends , à étouffer les haines. Il laissait pleine et entière liberté à tous les agitateurs, persuadé qu'en définitive les querelles entre chrétiens nuiraient plus au christianisme que la plus rigoureuse et la plus sanglante des persécutions.

En Afrique, Julien devait donc reconstituer contre l'orthodoxie le parti puissant que les macariens avaient presque anéanti. Il rendit la paix aux donatistes persécutés depuis quatorze ans,

(l) Cest le premier concile de Carthage dont nous ayons les canons. — Morcelli a rassemblé avec un grand soin , sur cette période de l'histoire du schisme, tous les renseignements contenus dans les anciens documents , et princi-' paiement dans les ouvrages de saint Optât et de saint Augustin. Voy. A fric, christ, (ad an. 318 et sqq.); t. II, p. 247 et suiv.

et, par cette mesure seule, il les releva. Les schismatiques obtinrent de rappeler leurs évéques qui avaient été bannis et de rentrer en possession de leurs églises. On peut à peine se faire une idée de la réaction qui se fit alors. Les évéques et les prêtres donatistes , accompagnés de nombreux soldats, se jetèrent sur les églises , s'en emparèrent de vive force et massacrèrent ceux qui voulaient les défendre. Ils se portèrent aux plus odieux excès , pillant et tuant, et n épargnant pas même les vieillards, les femmes et les enfants qui tenaient au parti de leurs persécuteurs. Tout ce qui avait .servi au culte des catholiques, ils le repoussèrent et, dans leur fureur, ils n'hésitèrent point à jeter l'Eucharistie aux chiens. Le désordre fut porté au comble , non point seulement dans le pays qui avoisinait Carthage, mais encore dans la Numidie et dans les Mauritanies.

A la nouvelle de tant de violences, Julien et ceux qui dans les diverses parties de l'empire n'avaient point abandonné les doctrines du polythéisme, durent éprouver une granae joie ; mais le triomphe des donatistes fut court.

Les édits de Valentinien ramenèrent bientôt pour les schismatiques de l'Afrique le temps de l'exil et de la persécution (l).

SAINT OPTAT, ÉVÊQUE DE MILEVE ; POLÉMIQUE ENTRE LES ÉCRIVAINS CATHOLIQUES ET LES ÉCRIVAINS DO- NATISTES ; LOI DE VALENTINIEN. —

Depuis l'origine du schisme, une polémique vive, ardente, s'était engagée entre les écrivains des deux Églises. Elle dura pendant près d'un siècle sans interruption. Presque tous les ouvrages qui furent composés alors et qui se rapportent aux querelles religieuses de l'Afrique sont perdus aujourd'hui.

Nous n'avons rien des donatistes.

Nous ne connaissons les opinions des schismatiques africains et les arguments qu'ils employaient dans la discussion que parles ouvrages de leurs adversaires. Parmi les plus vigoureux et les plus

(I) Indépendamment des ouvrages de saint 0 ptat ( de Schism. Donat. 1 1 , 1 9 ; V 1, 2 et sqq ) et de saint Augustin (nous faisons surtout allusion ici à la lettre 160, a/. 105, ad DonatisL), voy. sur cette réaction : Fleury, t. IV , p. 67 et suiv; Potter.t. II, p. 142.

illustres de ces adversaires, il faut com pter assurément Optât, évêque de Milève. « Parménien , évêque donatiste de Carthage et successeur de Donat , dit Fleury , ayant écrit contre l'Église , plusieurs catholiques avaient désiré une conférence des deux partis : mais les donatistes l'avaient rerusée , ne voulant pas même parler aux catholiques ni approcher d'eux , sous prétexte de ne pas communiquer avec les pécheurs. Optât répondit donc par écrit à Parménien , ne le pouvant faire autrement. » Dans les sept livres de son ouvrage (1), Pévêque de Mi lève se propose de défendre contre les schismatiques l'unité de l'Église et de repousser toutes les accusations portées par les donatistes contre les catholiques, qu'à la lin du IVe siècle ils appelaient encore traditeurs. Optât ne se borne pas à discuter : comme le schisme des donatistes reposait tout entier , en quelque sorte , sur cette question de fait : Cécilien et les évéques catholiques, ses partisans , ont-ils livré les Écritures , au temps des persécutions ?

sont-ils traditeurs? il remonte à l'origine des dissensions et raconte. Il oppose des faits aux faits allégués par ses adversaires. C'est ainsi qu en combattant Parménien , il mêle la narration à la discussion et suit , jusqu'à son temps, l'histoire des luttes religieuses de l'Afrique. Suivant Fleury (2), Optât écrivit son ouvrage sous Valentinien (364-375).

Comme nous l'avons dit , la violente réaction des donatistes contre les catholiques cessa avec le règne de Julien. Les schismatiques ne pouvaient désormais espérer l'impunité pour leurs excès. Les empereurs qui succédèrent à Julien n'auraient pas tardé à réprimer en Afrique les désordres que, par un sentiment de haine contre toutes les communions chrétiennes , le restaurateur du paganisme pouvait seul tolérer.

Mais les donatistes avaient à peine mis un terme à leurs vengeances , que les catholiuues, à leur tour, se relevèrent et réclamèrent l'assistance du pouvoir impérial pour vaincre leurs adversaires.

(t) Quelques auteurs ont pensé que le septième livre n'avait pas été écrit par Optai.

(2) Fleury; Ilist. ecclés. t. IV, p. 22C et suiv. — Voy. aussi sur saint Optai : Rohrbarher; Hist. umven. de l'Eglise catholique, t. Vil, p. 102 et suiv.

Valêntinien leur vint en aide; cependant ce ne fut qu'au mois de février de Tannée 873 qu'il promulgua , à Trêves , une loi par laquelle quiconque , parmi les évêques ou les prêtres , rebaptisait , était condamné et déclaré indigne du sacerdoce : cette loi , qui atteignait les donatistes , fut adressée au proconsul d'Afrique , Julien. Il est vraisemblable toutefois que, dans les intentions de l'empereur, elle était applicable aussi aux partisans que les schismatiques africains avaient rencontrés à Home et en Espagne. Les donatistes ne se laissèrent point abattre parle décret de Valêntinien ; la sévérité des lois impériales ne fit sans doute que raviver leur haine contre les catholiques et les affermir dans le schisme.

SAINT AUGUSTIN ; SES COMMENCE- MENTS ; IL QUITTE L'AFRIQUE ; SEJOUR A HOME ET A MILAN ; SA CONVER- SION (t). — Au moment même où l'évéquede Milève, Optât , achevait son ouvrage, saint Augustin, qui devait être l'adversaire le plus redoutable des donatistes, commençait a paraître avec éclat dans les écoles de l'Afrique. Il naquit en 354, à Tagaste, petite ville* de ta Numidie. Patrice , son père , était un des hommes notables de la cité ; il faisait partie du corps des décurions.

Sa mère, qui exerça une si grande in* fluence sur sa vie, et qui tint une si grande place dans ses affections , s'ap-

Kelait Monique. Il étudia d'abord à ladaure; puis, il revint à Tagaste; de là il serehdità Carthage, où il acheva ses études. Ce fut dans les écoles justement renommées de la capitale de l'Afrique, qu'en lisant les traités de Cieéron , il se prit d'un vif amour pour la philosophie. Il se mit dès lors avec une ardeur sans égale à la recherche de la vérité. Il voulut connaître les ouvrages où sont exposés les dogmes fondamentaux du christianisme; mais le style des saintes Écritures devait rebuter un homme qui étudiait assidûment Cieéron et les auteurs qui avaient vécu à la belle époque de la latinité. Il laissa donc de côté les livres chrétiens.

(1) Pour toute cette partie biographique "de notre travail nous avons toujours eu s/>us les yeux les Confessions et la Fie de saint .Augustin écrite par Possidius.

Ce fut aussi vers ce temps qu'il se laissa séduire par la doctrine des manichéens.

Augustin, après avoir achevé ses études , revint encore à Tagaste , où il enseigna successivement la grammaire et la rhétorique. Mais la petite ville où il avait pris naissance n'était pas à ses jeux un théâtre où il pût se produire avec éclat et acquérir, comme maître, la gloire que sans doute il avait rêvée. Il quitta donc Tagaste et reprit Je chemin de Carthage. Il reparut comme professeur dans les écoles de cette ville; mais il n'y fit pas un long séjour. Il se décida à passer la mer, et, trompant la vigilante tendresse de sa mère, il s'embarqua pour l'Italie et vintà Rome.

Là, il continuaità étudier les philosophes, lorsque la ville de Milan demanda au préfet Symmaque un professeur de rhétorique. Sur la puissante recommandation des manichéens , et après avoir, au préalable , prouvé sa capacité par un discours , Augustin fut désigné aux citoyens de Milan. Nous devons remarquer ici que , déjà à cette époque, Augustin n'avait plus confiance en la doctrine des manichéens ; ses rapports et ses discussions avec les hommes les plus influents de la secte , avec l'évêque Fa us te surtout, avaient jeté le doute dans son esprit; toutefois il ne s'était

Sas encore séparé ouvertement de ceux ont il avait été pendant plusieurs années le sincère partisan.

En 384, il se rendit à Milan, où arrivèrent bientôt Monique sa mère et deux hommes, comme lui originaires de l'Afrique, et qu'il chérissait entre tous, Alvpius etNebridius. C'était dans cette ville que devait commencer pour Augustin une vie nouvelle.

. Son esprit, en proie depuis- si longtemps à 1 incertitude, et qui avait cherché en vain la vérité, soit dans les livres de Cieéron et des académiciens, soit dans le système des manichéens, se fixa. Les vœux ardents de Monique , les sermons de saint Ambroise, et plus encore les ouvrages de Platon, qu'il lut dans une traduction latine , mirent fin à toutes ses irrésolutions. 'Platon, comme il l'avoue, lui lit entrevoir la vérité tant désirée. Puis, les saintes Écritures, qu'il étudia alors avec attention et avec ardeur, achevèrent de lui dévoiler ce qui

n'apparaissait encore que d'une manière vague et confuse , même dans la plus sublime des doctrines de la philosophie grecque. Il voulut être sincèrement chrétien.

Pour se préparer avec plus de recueillement au baptême , Augustin cessa d'enseigner et se retira dans une maison de campagne avec sa mère et Adéodat, fils de I une des femmes nombreuses qu'il avait aimées. Il fut suivi dans sa retraite par ses amis les plus chers. Ce fut là qu'à la suite de doux et graves entretiens, il composa plusieurs ouvrages qui sont parvenus jusqu'à nous. Il écrivit d'abord contre les académiciens; puis il fit les deux traités de la fie heureuse et de r Ordre. Il commença aussi les Soliloques, qu'il compléta plus tard par le traité de / Immortalité de ïâme. Peu de temps après, il composa encore deux traités : celui de la Grammaire^ qui n'est point arrivé jusqu'à nous , et celui de la Musique , qui ne fut achevé qu'en Afrique. Au printemps de l'année 387, il revint à Milan , où il fut baptisé avec Adéodat, son fils, et Alypius, son ami, par saint Ambroise.

AUGUSTIN QUITTE MILAN; IL PERD SA If BUE ; SÉJOUR A ROME ; IL REVIENT EN AFRIQUE; LUTTES CONTRE LES MANICHÉENS ET LES DONATISTES; SA

betbaite; il est nommé successivement PRETEE ET ÉVÈQUE DE l'É-

glise d'hippone. — Augustin , après son baptême, prit la résolution de retourner en Afrique. Il quitta Milan, et accompagné de sa mère et de son (ils, il se dirigea vers le port d'Ostie. Il attendait le moment de s'embarquer, lorsque Monique fut prise d'une fièvre qui I emporta en neuf jours. Augustin ressentit à fa mort de sa mère une violente douleur qui bouleversa pour un instant tous ses projets. Il ne songea plus à l'Afrique et, d'Ostie, il vint à Rome, ou il séjourna pendant plus d'une année. Il ne cherchait plus alors à briller dans les écoles; il voulait, avant tout, mettre au service de la doctrine qu'il venait d'embrasser les connaissances qu'il avait acquises et son éloquence. Il attaqua l'hérésie avec force, et par une réaction naturelle chez un nouveau converti , il combattit d'abord ceux dont il avait partagé les erreurs. Il composa

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