‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 211 sur 246 · L'ARIANISHB EN AFRIQUE ; RÈGNE · texte numérisé non relu

L'ARIANISHB EN AFRIQUE ; RÈGNE

DE GENsÉRic. — La marche de Gensérie en Afrique , comme nous Pavons dit, fut marquée par d'effroyables dévastations. La soif du butin ou de la vengeance, les passions religieuses qui animaient les Vandales et leurs allies, couvrirent de sang et de ruines, en moins d'un an, les trois Mauritanies et une graude partie de la Numidie. Les églises tombèrent; les évéques et les prêtres furent massacrés ou obliges de chercher un asile sur les terres encore soumises à la domination romaine (1).

La furie de l'invasion qui atteiguit

(I) Nous n'avons pas besoin de dire, que pour le récit qui va suivre, itous n'avons Jamais cesse d'avoir sous les yeux ce que Ruioart a écrit sur la persécution vaudale.

surtout la population catholique ne fut point de courte durée. Elle ne perdit rien de sa force pendant dix ans. En 439, le premier soin de Genséric, maître de Carthage , fut de persécuter les catholiques et de dépouiller les églises de la ville de leurs vases sacrés et de leurs riches ornements. Toutefois, ce fut au moment même où Carthage tomba au pouvoir des Vandales que cessèrent , au moins en partie , les violences et les immenses désordres qui avaient désolé, depuis 429, l'Afrique chrétienne et civilisée. Dès lors, en eftet, Genséric contint ses soldats pour ne point épuiser le pays où, après avoir anéanti toute résistance , il avait résolu de se fixer.

L'intérêt donc et le changement qui se fit, de 439 à 442, dans l'état social des Vandales empêchèrent le pillage, le meurtre et la dévastation; mais ils ne mirent point un terme à la persécution contre les catholiques. Deux choses principalement devaient, en quelque sorte, perpétuer en Afrique cette persécution. C'était 4 d'une part, l'esprit de secte qui animait les conquérants barbares; de l'autre, l'état de guerre dans lequel la nation vandale, sous Geuséric, fut obligée de se maintenir pour résister aux attaques de l'empire.

Les Vandales, suivant certains historiens, avaient adopté l'arianisme pendant leur séjour en Espagne; suivant d'autres (et nous partageons l'opinion de ces derniers), ils avaient été gagnés à l'hérésie, avant la grande invasion de 406, à l'époque où ils cam-

S aient sur les frontières de l'empire Orient, dans les provinces qui avoisinent le Danube. Dès l'instant où ils parurent en Afrique, ils ne se déclarèrent point seulement ennemis de l'empire , mais encore ennemis des catholiques et, par là, ils doublèrent leurs forces et assurèrent le succès de leur audacieuse entreprise. Ils virent accourir dans leurs rangs, nous l'avons dit aussi , tous ceux qui avaient souffert pour leurs croyances sous le règne d'Honorius ; les donatistes surtout, qui, Ppur se venger de leurs persécuteurs, n hésitèrent point sans doute à passer eP grand nombre du schisme à l'hérésie. Cette alliance donna une nouvelle

force aux haines religieuses qui animaient les Vandales et attira sur les Mauritanies et la Numidie les affreux ravages dont nous avous déjà parlé.

Ce ne fut pas seulement au moment des expéditions, dans les instants de péril et de guerre, mais encore pendant la paix, quel esprit de secte poussa à la persécution et a la cruauté les conquérants barbares. Ainsi, dans les années qui séparent la prise d'Hippone de celle de Carthage , en 437 , à une époque où il v avait trêve entre l'empire et les Vandales, Genséric traita les catholiques, dans les provinces soumises à sa domination , avec une excessive rigueur. Il ne se borna pas à chasser de leurs églises les évéques et les prêtres ; il sévit même contre les laïques, et il en fit mourir plusieurs qui n'avaient pas voulu embrasser l'arianisme. Plus tard ( il était déjà maître de Carthage), on saisit par son ordre l'évê-

aue Quodvultdeus et un grand nombre e clercs ; on les dépouilla d'abord de leurs vêtements , puis on les plaça sur des vaisseaux à moitié brisés qui furent lancés à la mer et abandonnés à la fureur des vents (1).

Une chose encore, dès les premiers temps de la conquête , aggrava les souffrances des catholiques , ce fut la crainte qu'ils inspirèrent a Genséric. Le roi barbare n'ignorait pas qu'ils désiraient ardemment le rétablissement de l'autorité impériale; que leurs regards étaient sans cesse tournés vers l'Italit ou versByzance; qu'ils le haïssaiene comme arien et comme barbare, et qu'ils étaient prêts à soutenir toute armée qui viendrait sur les cotes de l'Afrique pour les rattacher à l'un des deux empires. H les persécuta donc aussi pour des raisons politiques, parce qu'ils se défiaient d'eux; et sa sévérité à leur égard, il faut le croire, augmenta toutes les fois qu'une expédition fut dirigée par les Romains vers les provinces qu'il avait conquises.

(f ) L'évéque de Carthage Quodvultdeus et ses compagnons échappèrent à la mort. Ils furent poussés par le vent sur la côte de Naples. Gensericus, Quodvultdeum et maximam turbam clericontm, navibus f radis ivipositos , nudos atque expoliatos expelli preecepit : quos Deusf mtseratione bonitatissuœ, prospéra navigation? Neupolim Campaniœ perducere digmtus est civitatem. Victor de Vîta; I, 5.

L'UNIVEUS.

Toutefois, il semble que, vers la fin de sa vie, Geoséric se soit relâché de sa rigueur. Cest qu'alors nul ennemi ne lut faisait ombrage. Il avait conduit à sa chute l'empire d'Occident, ruiné la marine des Byzantins, et il dominait, par ses flottes, sur toute la Méditerranée.

Rien ne lui résistait en Afrique. En 476, sur la prière de l'empereur Zénon, il permit aux catholigues de rouvrir leurs églises et il (rappela les évéques qu'il avait exilés. On pourrait induire de ce fait, qu'en général, il les persécuta, non comme dissidents religieux, en haine de leurs croyances , mais comme ennemis de sa domination (1).

ÉDIT DK 484 CONTRE LES CATHOLI- QUES ; état de l'église d'Afrique sous les rois hunéric, gunthamund et thrasamund. - Hunéric, fils et successeur de Genséric , ne persécuta point les catholiques dans les premières années de son règne. Il ne fut cruel alors que pour les membres de sa propre famille et pour les hommes les plus illustres de la nation vandale. Ce fut seulement en 483 , qu'entraîné par l'esprit de secte, il tourna ses fureurs contre les catholiques. Il voulut les contraindre à embrasser l'arianisme. Ceux qui résistèrent furent dépouillés de leurs biens et exilés. Les prêtres surtout eurent à souffrir du zèle intolérant de Hunéric; ils furent déportés par milliers , sans défense et sans ressources , dans les déserts de l'Afrique.

Pour se donner sans doute un prétexte de sévir, le roi convoqua un grand concile à Carthage. Ariens et catholiques se réunirent dans cette ville en 484 ; mais à la suite de désordres provoqués peut-être par Hunéric lui-même et par tes évéques qui l'environnaient, les conférences furent interrompues. La sentence de condamnation avait été préparée à l'avance. Le roi, accusant les catholiques d'avoir mis obstacle à ,1a discussion, publia un édit qui les privait de leurs églises et prononçait contre eux les châtiments les plus sévères, à savoir : les amendes, les confiscations , les peines corporelles, l'exil, et même la

(I) Voy. sur l'état de l'Église d'Afrique, au temps de Genséric, notre Histoire de ta domination des Vandales en Afrique , p. 10 et suiv.: 26ctsuiv.

mort. Cet édit reproduisait, dans leurs principales dispositions, toutes les lois promulguées jadis par Honorius contre le schisme ou l'hérésie.

L'édit de Hunéric ne contenait point de vaines menaces ; il fut bientôt exécuté avec rigueur dans toutes les parties de l'empire vandale , et alors commença une persécution qui fut marquée par des supplices et de sanglantes exécutions. Ce fut d'abord sur les évéques qui s'étaient rendus à la conférence de Carthage que tomba la colère du roi. Il ne se borna point à les dépouiller de leurs églises; il les fit tous arrêter : puis, il condamna les uns à cultiver la terre , comme esclaves, les autres à couper et à préparer , dans l'île de Corse , les bois qui devaient servir à la construction de ses vaisseaux (1 ).

Sous le règne de Gunthamund , les catholiques jouirent de quelques ins, tants de repos. Alors les évéques exilérevinrent de toutes parts et, parmi euxs Eugène, qui, en 487, reprit possession du siège épiscopal de Carthage (2). Mais ce repos ne devait pas être de longue dorée. Thrasamund, qui devint roi en 496, persécuta de nouveau les catholiques.

C'était un homme lettré, d'un esprit subtil , qui aimait la controverse et se plaisait aux discussions théologiques. Il traita les ennemis de sa croyance à la manière de Julien. Il les attaqua par les railleries, le mépris et l'outrage. Cependant, il ne put toujours soutenir son rôle; plus d'une fois, renonçant à feindre la modération et la tolérance , il laissa librement éclater sa haine contre ceux qui ne partageaient point ses opinions religieuses. Ce fut ainsi qu'il força Eugène à quitter encore son siège épiscopal et à s'exiler de Carthage , et que , dans l'année 507, il fit déporter en Sardaigne les évéques de la Byzacène.

L'Église d'Afrique ne souffrait pas seulement alors de l'intolérance des rois vandales , elle était encore attaquée et affaiblie parles tribus du désert. Cellesci , profitant de la faiblesse des successeurs de Censéric , avaient recommencé

(1) Nous avons déjà donné, dans ce volume, l'édit de 484. et raconté, avec quelque étendue, la persécution qui le suivit. Voy. notre Histoire de la domination des Vandales en Afrique , p. 33 et suiv.

(2) Morcelli ( .ifric. christ. ) ; t. I , p. 6fc

la guerre contre la civilisation. Elles s'étaient jetées sur l'empire vandale et elles avaient rapporté le paganisme dans les contrées qu elles avaient envahies.

là tolerance du boi hildéric amène une révolution î gblimeb ; l'église catholique triomphe par eélisaire. — Thrasamund mourut en 523. Il laissait le trône à Hildéric , qui avait longtemps vécu à Constantinople et qui était peut-être catholique. A I avénement de ce prince, la persécution cessa. Tous les exilés pour cause de religion furent rappelés. Les supplices ou I exil avaient fait de grands vides dans l'épiscopat, Hildéric ne s'opposa point , comme son prédécesseur, à ce qu'ils fussent remplis. Dans toutes les provinces, les catholiques furent remis en possession des églises qui leur avaient été enlevées. Ils jouirent dès lor3 d'une telle liberté que leurs évéques n'hésitèrent point à se rassembler, à Carthage même , pour délibérer publiquement sur les besoins de l'Église. Ce fut là, en effet, sous les yeux du roi, qu'ils tinrent, en 524 ou 525, un concile présidé par le primat de l'Afrique, Bomface (1).

Mais les hommes de race vandale et même les Romains qui avaient embrassé l'arianisme blâmaient la tolérance et la modération de Hildéric. Ils n'avaient point cessé , avec raison, de considérer les catholiques comme de mortels ennemis. Ils les accusaient de chercher, par leurs relations secrètes avec l'empire, le renversement de la domination vandale. A la fin, Hildéric lui-même, qui entretenait avec la cour de Constantinople de fréquents rapports, etqui avait eu l'imprudence de placer sur ses monnaies 1 effigie de Justinien, fut soupçonné de partager, contre sa nation et sa propre famille, les haines des catholiques. Une révolte éclata; Hildéric fut renversé du trône et Gélimer le remplaça.

Cette réaction de l'arianisme ne fut pas de longue durée. Justinien leva une armée pour soutenir le roi déchu. Ce fut en 533 que Bélisaire mit fin à la domination des Vandales et que , Hildéric étant mort, il prit possession de l'A-

(I) On compta 59 évéques dans ce concile. Voy. Hardouio; Conc. t. II, p, 1154.

lUETIEririE. 53

frique au nom de l'empereur. Les rapides et brillants succès du général byzantin donnèrent enfin la victoire et la paix à l'Église catholique.

Page 1