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CHANGER L'ORDRE DB SUCCESSION

AU TRÔNE; SES PERSÉCUTIONS CON- TRE SA PROPRE FAMILLE ET CONTRE LES GRANDS DU ROYAUME. — 11 Semble que pendant la durée de son règne, Hunéric n'ait voulu manifester son autorité et sa puissance que contre ses parents et contre ses propres sujets. Sans tenir compte des nombreux dangers oui du dehors menaçaient les Vandales, il se plut à porter le désordre dans l'intérieur de son royaume, et à diminuer ses propres forces par un gouvernement tyrannique et par de sanglantes persécutions. Une chose le préoccupa avant tout, ce fut de changer l'ordre que Genséric avait établi pour la succession au trône. Le conquérant de l'Afrique avait voulu que la royauté appartînt, en cas de mort, non point suivant les lois ordinaires au fils du roi défunt, mais au membre le plus âgé de la famille royale. Il faut ajouter, toutefois, gue les flls du roi défunt étaient appelés aussi à succéder,

(*) M. Marcus ; Histoire des Vandales , etc., p. 3u et suiv.

L'UMVERS.

pourvu qu'ils remplissent cette condition d'âge que Genséric, par crainte des minorités et aussi peut-être pour légitimer sa propre élévation, avait posée dans son testament. Hunéric, pour favoriser ses enfants, voulut violer Tordre établi. Pour parvenir à son but, il se fit le persécuteur des autres membres de sa famille. Parmi ceux-ci , il craignait surtout la femme rusée et habile qu'avait épousée son frère Théodéric. Il l'accusa d'un crime imaginaire et la fit décapiter. Le fils aîné de Théodéric, jeune prince versé dans les belles-lettres, partagea le sort de sa mère; puis un autre fils encore en bas âge et deux filles furent abandonnés à la fureur des animaux sauvages; enfin Théodéric et Genzon, frères du roi, et Godagis, un de ses neveux , furent condamnés à l'exil. On ne laissa auprès d'eux aucun de ceux qui auraient pu les aider ou les consoler; on leur enleva même leurs serviteurs et leurs esclaves. Les comtes et les autres nobles soupçonnés d'être les partisans des opprimes furent étranglés.

Hunéric, gui frappait avec tant de rigueur ses frères et ses neveux, ne devait point, sans doute, se montrer scrupuleux et modéré à l'égard de ceux oui ne lui étaient pas unis par les liens du sang. Sans mémoire pour les services passés, sans respect pour les choses les plus saintes, il enveloppa également dans ses sanglantes persécutions et les vieux compagnons de son père , et les ministres de sa religion. D'abord il fit trancher la tête à Heldic , que Genséric avait nommé chancelier du royaume. Il fit saisir aussi la femme de Heldic , Teucarie , et la condamna au feu. Après l'exécution , les restes des deux époux furent traînés, durant un jour entier, sur toutes les places et dans les rues de Carthage. Le frère de ces infortunés , Cnmut , parvint à se soustraire au dernier supplice en se réfugiant dans un temple. Il fut arrêté néanmoins, et il ne put échapper à la torture ; on le jeta d'abord dans une fosse immonde, d'où il ne fut tiré que pour travailler

à la terre comme esclave; La colère du roi ne fut pas encore apaisée par tant de rigoureux châtiments : chaque mois , Camut était frappé de verges ; on mesurait l'eau qu'il buvait , et le pain qu'on lui donnait était à peine suffisant pour prolonger son existence.

Dès les premières exécutions, l'évêque arien de Carthage, Jocundus, avait essayé de porter au roi des paroles de pitié et de clémence. La pacifique et généreuse intervention du prélat fut mal récompensée : Hunéric irrité fit brûler Jocundus en présence de tout le peuple assemblé. Les catholiques virent peut-être avec joie cette fin tragique d'un évêque arien , mais le temps n'était pas éloigné où devait fondre sur eux une terrible persécution.

INTERVENTION DE HUNÉRIC DANS LES AFFAIRES RELIGIEUSES; LES MA- NICHÉENS ET LES CATHOLIQUBS

Dans les premiers temps qui suivirent son avènement, Hunéric se montra plus tolérant que son père envers les catholiques de son royaume. Il accabla d'abord de ses rigueurs les manichéens. Il ménageait alors les catholiques pour les lier en quelque sorte à ses projets. Il espérait sans doute qu'à l'aide de cette modération affectée , il les gagnerait à sa cause et à celle du fils qu'au mépris des lois il voulait placer sur le trône. Quand il s'aperçut qu'il ne pouvait réussir par la douceur, il eut recours à la sévérité et aux violences : il priva tous les catholiques de leurs emplois ; il poursuivit même les officiers de sa cour qui refusèrent d'embrasser l'arianisme; et , après les avoir dépouillés de leurs biens , il les fit déporter en Sardaigne. Il était naturel que la persécution frappât surtout les prêtres et les évé-

3ues. Hunéric ne se contenta point e leur ôter leurs biens ; dans la première moitié de l'année 483 , il en jeta

f>rès de cinq mille dans les déserts de 'Afrique , et les livra ainsi , sans défense, aux attaques et aux mauvais traitements des Maures. Néanmoins, malgré sa toute-puissance , le roi sen-

tit le besoin de donner à ces actes, d'une odieuse tyrannie, les apparences de la légalité. A cet effet, le 19 mai 483 , il poblia un édit qu'il fit lire , le jour de l'Ascension , dans toutes les églises de son royaume. Par cet édit , il ordonnait aux évêques ariens et catholiques de se réunir à Carthage le premier jour de février de l'année suivante 484 , pour discuter librement , disait-il, sur les points qui séparaient les deux églises.

CONC1LB DE CARTHAGE; ÉDIT. DU BOI HUNÉBIC CONTEE LES CATHOLI- QUES. — Tous les évéques de l'Afrique s'étant rendus à Carthage, au temps indiqué , les conférences commencèrent ; mais la discussion fut loin d'amener entre les deux partis un rapprochement et des concessions ; les catholiques demeurèrent inébranlables dans leur foi. Les ariens qui avaient prévu , sans doute , ce résultat , saisirent avidement l'occasion qui leur était offerte de frapper leurs ennemis, et Hunéric publia Tédit suivant (*) :

« Nous , Hunéric, roi des Vandales et des Alains , mandons les choses qui suivent à tous les peuples soumis à notre domination.

« C'est un des attributs de la ma-

(*) Nous ne devons point faire un récit détaillé des persécutions auxquelles furent exposés les catholiques sous la domination des Vandales. Tout ce qui tient a l'origine, aux progrès et aux luttes du christianisme en Afrique , trouvera place dans une autre partie de ce volume. Toutefois, nous sommes forcés de donner ici , dans son entier, l'édit promulgué par le roi Hunéric, en l'année 484. D'abord, cet édit contient plusieurs faits importants que nous ne pouvions passer sous silence , le concile de Carthage, par exemple; ensuite, il offre, quoiqu'en abrégé, un tableau complet des triomphes et des revers qui ont marqué les diverses périodes de la guerre que le catholicisme eut à soutenir en Afrique contre les hérésies. Nous nous dispensons, en outre, par la simple traduction de ce document , d'en* trer dans de longs développements. Il suffira de lire l edit de 484 pour connaître la cause et la nature de la grande persécution qui a signalé le règne de Hunéric.

jesté rovale de faire retomber le mal sur ceux qui ont voulu le mal. Le méchant ne doit s'en prendre qu'à luimême si le châtiment est le résultat de ses mauvaises intentions. En cela, notre clémence suit la marche de la justice divine, qui répand, par une équitable compensation, le bien et le mal sur chaque homme, suivant qu'il a mérité ou démérité. C'est pourquoi nous prenons aujourd'hui des mesures sévères contre les provocateurs qui ont cru pouvoir enfreindre les édits de notre père de glorieuse mémoire et nos propres édits. Nous avons déjà fait savoir par nos ordonnances, à tous les peuples qui nous obéissent, que nous nous opposions aux assemblées convoquées par les prêtres catholiques dans les terres échues en partage aux Vandales, et à la célébration de leurs mystères impies. Voyant que les catholiques ne tenaient point compte de nos injonctions, et ayant été informés d'ailleurs que plusieurs se vantaient d'être seuls en possession de la vraie doctrine, nous leur avons mandé, en leur fixant un délai de neuf mois , de venir sans crainte à Carthage pour une assemblée qui devait avoir lieu aux calendes de février de la huitième année de notre règne. Notre intention était d'examiner, dans cette nouvelle conférence, si l'on pouvait se rapprocher de leurs doctrines. Lorsqu'ils se furent rendus de toutes parts à Carthage pour l'époque désignée, nous leur accordâmes encore un délai de quelques jours. Au moment où les catholiques se montrèrent disposés à conférer, nos vénérables évêques les invitèrent à prouver nettement, à l'aide des divines Ecritures, ainsi que cela avait été réglé à l'avance, leur dogme de la consubstantialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ou bien a rejeter ce que les innombrables prélats, rassemblés de toutes les parties du monde, dans les deux conciles de Ri* mini et de Séleucie, avaient précédemment condamné. Mais loin de se prêter à ce qu'on leur demandait, ils poussèrent le peuple à la sédition. Ils firent plus : lorsque nous leur enjoi-

3* Livraison. (Hist. DBS Vandales.)

34 L'UNIVERS

gnîmes, le second jour, de nous éclai- du droit de donner, de tester, et aussi rer, suivant l'engagement pris, sur de recueillir une donation ou une sucleurs croyances, ils eurent recours, cession, soit à titre de fidéi*commis, avec leur audace accoutumée, à une de legs ou de donation, et cela quand nouvelle sédition et aux clameurs, et bien même ils eussent été héritiers léles débats ne purent commencer. Sur gitimes, ou simplement héritiers déleurs provocations , nous ordonnâmes signés par codicille et autres actes de ce que leurs églises restassent fermées genre. La persécution en était venue à tant qu'ils ne voudraient pas se pré- ce point que lesofticiers même du palais senter à la conférence indiquée. Avec étaient soumis, pour le seul fut de une mauvaise volonté bien arrêtée, ils dissidence, aux peines les plus sévères, persistèrent dans leur résolution. Nous Ainsi privés de leurs dignités et des avons donc cru nécessaire et juste de privilèges de leurs charges, ils se tourner contre eux les mesures près- voyaient assimilés aux criminels d'Écrites dans les lois qu'ils ont fait pro- tat. Les employés subalternes des mulguer à différentes époques par les divers fonctionnaires civils étaient pasempereurs qui partageaient leurs er- sibles, pour le même fait, d'une amende reurs. Voici quelques dispositions de de trente livres pesant d'argent. S'ils ces lois : « II n'y aura point d'autres encouraient une sixième fois la conéglises que celles qui sont desservie.» damnation, on ajoutait au châtiment por des prêtres catholiques; il ne sera prescrit les verges et l'exil. En outre, pas permis aux dissidents de se réunir les empereurs avaient ordonné de pour vivre sous une règle commune, brûler tous les livres des prêtres qu'ils de convoquer des assemblées, de se poursuivaient pour hérésie. Semblafaire donner ou d'élever des églises Elément, nous ordonnons de brûler dans les villes ou dans tout autre lieu , * les livres qui contiennent les doctrines quelque petit qu'il soit. Toutes les impies des catholiques. Voici, en choses qui auront servi au cuite non outre, quelles étaient les mesures priautorisé seront la propriété du fisc, ses, au temps des empereurs catholi- Les biens de l'église condamnée re- ques, contre les individus de chacune viendront aux prêtres catholiques. Les1 aes classes dont se compose la popudissidents ne pourront se déplacer; tion de l'empire : les illustres payaient s'ils essayent de changer de pays, ils pour le fait de dissidence, cinquante seront livrés par les villes et localités livres pesant d'or; les spectabiles, oh ils auront cherché refuge; ils ne quarante; les sénateurs, trente; les pourront ni baptiser, ni se livrer à la dédirions, cinq ; les marchands, cinq ; controverse sur des matières reli- chaque komme du peuple, cinq-, enfin gieuses ; défense leur est faite de sa- les circumcelliones, c'est-a-dire les increr les évêques, de conférer les ordres dividus n'avant point de domicile aux prêtres et aux membres du clergé, fixe (*), payaient dix livres pesant d'ar- Les délinquants, à savoir, celui qui

conférera les ordres et celui qui les (*) Dans l'opinion de M. Louis Marcus ,

recevra, seront Condamnés, chacun ?■ circumcelliones pétaient Us habitants de

séparément, à une amende de dix li- la ?«»>P«g™ <* <*« F^js omlny a^t

vres d'or; en sus, ils ne pourront ap- Point de cune °" '/"«^Suivant nous, c est

peler de la sentence. On ne tiendra "JL?

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très particuliers qu ils pourraient faire sorte le milieu entTeHles membres dlJ çhlr?é

valoir. Enfin , dans le cas ou il y aurait et Ies laïques el qui sous un costume par-

recidive, les coupables seront enlevés ticulier et comme moines, erraient ça et là*

de leurs demeures, conduits en exil et sans avoir un domicile fixe. Les nombreux

soumis à la surveillance. » Les mêmes exemples empruntes par du Cange à saint

empereurs ont également sévi contre Augustin , à Isidore , au Moine de Saint-

Jes dissidents laïques, en les privant Gall et a bien d'autres encore, ne nous lai*.

gent; et de plus, ceux qui persévéraient dans ce qu'on appelait leurs erreurs, perdaient leurs biens et étaient condamnés à l'exil. Si les habitants de tout rang, dans les villes, si les régisseurs et fermiers des biens d'autrui essayaient de cacher un délinquant, ne le dénonçaient pas, ou tentaient de soustraire un prévenu au jugement, ils encouraient les mêmes peines que les coupables. Les fermiers des domaines royaux donnaient au fisc, à titre d'amende, une somme égale à celle qu'ils payaient pour la ferme.

C'était la mesure qui était généralement adoptée à l'égard des régisseurs de biens particuliers, ou des possesseurs d'immeubles, quand ils refusaient d'abandonner leurs croyances. Les gouverneurs civils des provinces qui ne tenaient pas la main à l'exécution de ces lois encouraient la peine de mort; il en était de même des trois employés supérieurs des bureaux du gouverneur civil; mjant aux employés inférieurs, ils étaient passibles chacun d'une amende de vingt livres d'or.

C'est pourquoi nous croyons nécessaire d'appliquer à notre tour toutes les mesures précédemment indiquées à ceux qui sont convaincus d'avoir été et d'être encore catholiques. Nous leur ordonnons de renoncer à leurs anciennes erreurs. S'ils résistent, on les poursuivra devant les tribunaux de toutes les villes, et on poursuivra aussi les juges oui, sans tenir compte de nos volontés, auront négligé d'infliger aux coupables de rigoureux châtiments. Nous voulons donc que les partisans de la doctrine de la consubstantialitédu Père, du Fils et du Saint- Esprit, doctrine déclarée fausse dans une assemblée où ont figuré tant et de si grands prélats, s'abstiennent de

sent aucun doute à cet égard. En général, ils appartenaient à la secte des donaiistes. Il nous semble que le dernier et très-savant éditeur du Glossarium aurait pu rapprocher ces circumcellîones des presbyteri vagantes , dont il est fait mention dans les Capitulaires. Voy. dtt Gange, S. V. Circumcellîones.

toutes les choses condamnées ci-dessus. Qu'ils sachent bien qu'il sera procédé à leur égard sans nulle tolérance.

Les châtiments atteindront indistinctement tous ceux qui , aux calendes de juin de la huitième année de notre règne, ne se seront point convertis à la vraie religion , celle que nous pratiquons et vénérons. Notre piété a fixé ce délai pour ouvrir la voie de l'indulgence à ceux qui se rétracteront, et, d'autre part, pour enlever tout prétexte de plaintes à ceux qui ne se rétracteront point. Les individus qui persévéreront dans leur erreur, qu'ils soient officiers du palais ou fonctionnaires publics, seront passibles d'une amende, chacun en raison de son rang, et d'après le tableau qui a été dressé précédemment. Nous voulons en outre , par cet édit , que pour la punition des délits , on consulte avec soin le texte des lois que nous avons citées, afin qu'on ne puisse commettre d'erreurs dans l'application des peines. Quant aux gouverneurs des provinces, nous ordonnons qu'on leur inflige les châtiments prononcés contre eux quand ils négligeront d'obéir à nos commandements. Que les vénérables serviteurs de la Majesté divine , à savoir nos prêtres, soient mis en possession de toutes les églises des catholiques et de leurs dépendances, en quelques lieux et contrées de notre royaume que ces églises se trouvent situées. C'est là notre vo- 9 lonté. Les pauvres profiteront, nous n'en doutons pas, de ce que nous donnons si légitimement aux ministres sacrés de notre religion. Nous ordonnons que cette loi, fondée sur l'équité naturelle, soit portée à la connaissance de tous, afin que nul désormais ne puisse se prévaloir d'avoir ignoré ses dispositions.

« A tous les peuples soumis à notre domination, salut.

« Donné à Carthage , le sixième jour des calendes de mars(*). »

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