‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 229 sur 246 · DES TROUPES GRECQUES A SYLLEC · texte numérisé non relu

DES TROUPES GRECQUES A SYLLEC

tum.— On avait appris au général qu'à une journée de marche environ de son camp, sur la route qui conduit à Cartilage, et au bord de la mer, se trouvait une ville appelée Syllectum (*). Cette ville avait perdu ses anciens remparts ; mais comme les habitants, pour se défendre contre les irruptions subites des Maures, avaient joint leurs maisons entre elles par d'épaisses murailles, elle présentait encore l'aspect d'une place fortifiée. Bélisaire résolut de s'en emparer. Il confia un détachement à Moraïde, l'un des officiers de sa garde, et lui donna ordre de marcher en avant. « Il faut essayer, dit-il, en s'adressant aux soldats qui partaient, d'entrer dans la ville par surprise. Si vous obtenez un plein succès, gardez -vous de piller. Que les habitants n'aient point à se plaindre de vos désordres. Déclarez hautement et montrez que vous êtes les libérateurs de l'Afrique. Enfin, préparez les habitants à recevoir l'armée.» Le détachement arriva vers le soir dans un vallon qui n'est pas éloigné 'de la ville. Il fit halte en cet endroit pour y passer la nuit. Le lendemain, au moment où l'aurore commençait à poindre , il se remit eu marche, et il suivit dans le plus grand ordre, ei en silence, les paysans des campagnes avoisinantes qui se rendaient à Syllectum avec leurs

H Syllectum est peut-être la Turris Annibalis. Il reste de cette ville un vieil édifice qui est encore aujourd'hui aussi grand que la tour de Londres. La campagne de César (Hirtius; de Bello africano), avec l'analyse de Guichard et les voyages de Shaw dans le même pays (p. 109-110, etc.), jettent du jour sur la marche de Bélisaire vers Leptis minor, Adrumetum, etc. (Noie de Gibbon.) — L'Académie des inscriptions adopte sans hésiter pour Syllectum ( Siillecto ) la conjecture de Gibbon. Voy. RechercJies sur t histoire de C Afrique septentrionale , etc., 1 1,0.98.

chariots. Il y entra avec eux. Ce fut

ainsi que la place fut occupée sans combat. Quand il fit grand jour, Moraïde fit appeler, sans bruit, l'évéque et les citoyens les plus notables , et il leur exposa les projets de Bélisaire.

Nul ne songea à lui résister, et on lui remit, pour son général, les clefs oui ouvraient les diverses issues de la ville.

Le même jour, le directeur des postes livra aux Grecs tous les chevaux qui appartenaient à l'État. On arrêta aussi un de ces courriers appelés / eredarii, qui portait les ordres et les lettres du roi , et on le conduisit à Bélisaire. Le général lui fit bon accueil, et lui compta une grosse somme d'argent. Il lui fit jurer de remettre aux chefs et aux hommes les plus illustres de la nation vandale plusieurs exemplaires des lettres que l'empereur Justinien leur avait adressées. Ces lettres contenaient un manifeste qui était ainsi conçu : « Je ne déclare point la guerre aux Vandales. Je ne viole point les serments de paix qui ont été prétés par mon prédécesseur Zenon. J'attaque le tyran qui, au mépris du testament de Genséric, a jeté votre roi légitime dans les, fers, a tué ses proches ou leur a fa jt arracher les yeux. Venez à mon aide, et unissons nos efforts pour renverser l'odieuse tyrannie qui pèse sur vous. C'est au nom de Dieu que je vous promets la paix et la liberté. » Celui à qui on avait confié ces lettres n'osa point les répandre. Il les fit lire seulement à un etit nombre d'amis, ce qui ne prouisit aucun effet sur l'esprit public, et n'amena point les résultats sur lesquels avaient compté Justinien et le chef de l'expéditiou. Enfin, Bélisaire se porta avec son armée sur Syllectum.

Quand il fut entré dans la ville, il maintint parmi ses soldats une discipline sévère , et il n'eut à réprimer ni excès, ni violences. La douceur du général , la modération des troupes gagnèrent tous les cœurs. Dès lors l'armée marcha en Afrique comme si elle eût été au sein de l'empire. Nul ne prenait la fuite à son approche. Tous, au contraire , venaient a sa rencontre

et s'empressaient de lui donner des renseignements ou de renouveler ses provisions.

M ABC H B DB SYLLECTUM A GRAS- SE; PBUDBNCB DE BBLISAIBE \ SES

dispositions. — En sortant de Syllectum , l'armée grecque se mit en Bataille, et prit la route de Carthage.

Belisaire forma deux avant- gardes.

Dans la première , qui était commandée par un officier renommé pour son habileté et sa bravoure , Jean l'Arménien , on comptait trois cents soldats d'élite. La seconde se composait des cavaliers huns , qui s'étaient mis au service de l'empire. Celle-ci marchait sur la gauche. L'une et l'autre avaient ordre de garder, entre elles et l'armée , une distance de vingt stades environ. Bélisaire s'avançait avec le corps principal. Il surveillait ses derrières avec soin, parce qu'il supposait que Gélimer l'attaquerait en revenant d'Hermione. La droite de l'armée s'appuyait à la mer, et, de ce côté, il ny avait pas même l'apparence du danger. Lie général ordonna aux commandants de sa flotte de suivre tous les mouvements des troupes, et de ne jamais perdre de vue le rivage. Quand le vent soufflait avec force, ils devaient plier les grandes voiles et ne se servir que des petites, et, dans les temps de calme, employer les bras des rameurs.

C'est ainsi que l'armée s'avançait en bel ordre , parcourant chaque jour, dans sa marche, quatre-vingts stades.

A l'approche de la nuit, elle s'arrêtait. Alors, suivant la disposition des lieux, elle se livrait au repos, soit dans les villes, soit dans un camp retranché.

Après avoir traversé Leptis- la-Petite et Ad ru me tu m, l'armée impériale arriva enfin à Grasse, ville qui n'était éloignée de Carthage que de trois cent cinquante stades. Là se trouvait un palais qui appartenait au roi des Vandales. Il était environné par des jardins les plus beaux et les plus agréables que les soldats grecs eussent jamais vus (*).

(*) Gibbon en rappelant les impressions de Procope, accuse l'historien byzantin d'exagération. Il a tort. Certaines provinces

IQUE. €l

On y rencontrait de claires fontaines et une foule d'arbres qui portaient des fruits exquis. Les soldats dressèrent leurs tentes dans ces jardins; ils cueillirent les fruits mûrs et s'en rassasièrent. Cependant, au départ de l'armée, les arbres étaient encore tellement chargés, dit Procope, que l'on eût été loin de s'imaginer que d'innombrables mains les avaient dépouillés.

GÉLIMER APPREND L' ARRIVEE DES TROUPES IMPÉRIALES; 8ES MESU- RES; IL FAIT TCJBB HILDBBIC ET SES PARTISANS; L'ARMÉE GRECQDB

continue sa marche. — Quand Gélimer apprit, dans sa résidence d'Hermione , l'arrivée des troupes impériales, il essaya de détourner, par de promptes et vigoureuses mesures, le danger qui le menaçait. Il écrivit à son frère Ammatas, qui se trouvait à Carthage, une lettre dans laquelle il lui ordonnait de faire périr, sans retard, Hildéric et ses partisansj et de rassembler tous les Vandales qui étaient en âge de porter les armes.

Ammatas obéit à Gélimer. Il fit tuer Hildéric, Euagis et tous leurs amis.

Oamer était déjà mort. Puis il se disposa, avec les troupes qu'il avait ras* semblées, à se porter à la rencontre de l'armée grecque. Il devait l'attendre, à soixante et dix stades de Carthage, dans les gorges de Décimum(*). Géli-

de l'Afrique ont toujours excité l'admiration des voyageurs par leur merveilleuse fécondité. Jadis à la vue des riants et fertiles jardins qui avoisinaient Carthage , les impressions des mercenaires d'Agalhocle avaient été aussi vives que celles des soldats de Juslinien. Nous avons cité, à ce propos, dans une autre partie de ce volume ( Histoire de Carthaçc, p. i35), un passage de Diodore que Ton peut rapprocher des phrases que nous avons empruntées à Procope. (Voy. de Bel. VandaL, I, 17.)

(*) « Décimum était situé à soixante-dix stades de Carthage au milieu des collines d'Arriana , hautes de cinq cents pieds et éloignées de quarante stades des plaines salées de la Sebka de Soukara. » M. Marcus a reproduit, dans cette phrase, l'opinion de l'Académie des inscriptions; voy. Réciter* ches, etc., 1. 1, p. 10 1.

L'UNIVERS

mer s'avançait de son côté, à l'insu de Bélisaire. Seulement, l'armée impériale fut avertie à Grasse, pendant la nuit, de l'approche des Vandales. Ses éclaireurs avaient rencontré ceux de l'ennemi , et il y avait eu entre eux un engagement. Bélisaire ne se troubla point à cette nouvelle: il redoubla de surveillance, et le lendemain il se remit en marche. A partir de Grasse, la flotte fut obligée de s'éloigner de la côte, et dès lors on la perdit de vue. Elle tint la pleine mer a cause des récifs, et d'ailleurs elle se trouva dans la nécessité d'accélérer sa marche pour doubler le cap de Mercure. Archelaûs la dirigeait. Avant de s'éloigner, le questeur prit les ordres de Bélisaire, qui lui recommanda de ne point se porter directement sur Carthace, mais de s'arrêter à vingt stades de la ville, et d'attendre, pour agir, de nouvelles instructions. L'armée mit quatre jours pour aller de Grasse à Décimum.

plan de gélimer; imprudence d'ammatas; les vandales épbou-

VENT UN PBEHIER ÉCHEC. — Le plan

de Gélimer était sagement conçu. Ammatas, qui venait de Garthage, devait marcher à la rencontre de 1 armée grecque et la prendre en tête; Gélimer, de son côté, se proposait de se jeter sur elle au moment ae l'engagement et de l'attaquer par derrière; enfin Gibamund, neveu du roi , avait été détaché, avec deux mille Vandales, pour se précipiter en temps opportun sur l'aile gauche. Procope, qui se fait ici l'interprète des pensées de Bélisaire, déclare que si les ordres de Gélimer avaient été parfaitement exécutés, et les mouvements de ses troupes bien concertés, l'armée grecque eût éprouvé un grand désastre. Mais l'imprudence du frère du roi, et aussi, il faut le dire, des circonstances imprévues, amenèrent la ruine des Vandales.

Ammatas s'était porté, vers midi, à Décimum; il avait ainsi devancé de beaucoup l'arrivée de l'armée impériale. Il avait agi avec tant de précipitation, que, lorsqu'il se rendit à son poste, il ne put emmener avec lui qu'un petit nombre de mauvais soldats.

Il avait laissé à Garthage la meilleure partie de ses forces, se bornant à donner ordre aux troupes qui restaient de le rejoindre dans un bref délai. Quand il arriva à Décimum, il rencontra l'avant-garde commandée par Jean l'Arménien. Alors les Grecs et les Vandales se chargèrent. Ammatas déploya dans le combat un courage héroïque, et tua douze hommes de sa main ; mais enfin il tomba percé d'un coup mortel. Après avoir perdu leur chef, les Vandales se sauvèrent, et Jean se mit à leur poursuite. Les Grecs rencontrèrent dans leur course les soldats qui, obéissant aux ordres d' Ammatas, se rendaient de Carthage à Décimum. Ils ne savaient point qu'un combat eût été livré, et ils marchaient en désordre, par troupes de vingt ou trente hommes seulement.

Les vaincus, en se sauvant, jetèrent le trouble parmi eux et les entraînèrent dans leur fuite. Ils ne songèrent point à compter le petit nombre de leurs vainqueurs. Aussi Jean les poursuivit jusqu'aux portes de Garthage, et, dans un espace de soixante et dix stades, il tua tant d'ennemis, dit Procope avec une certaine exagération, qu'à voir le champ du carnage, on eût dit que vingt mille combattants l'avaient parcouru.

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