LANGUES AFRICAINES CONSIDEREES SOUS UN POINT DE VUE COHÉSIF
L'espèce de fonction cohésive qu'il est utile de considérer dans les unes est particulièrement frappante dans la langue berbère ou amazygh , qui réunît en un seul faisceau, ramène à une souche unique de nombreux rameaux dispersés sur une immense étendue :
ses dialectes sont parlés dans toutes les ramifications de l'Atlas, dans toute la ligne d'oases qui s'étend , derrière ces montagnes, depuis El-Ouahh el- Bahharyeh confinant à l'Égypte, jusqu'au Ouâdy Dara'h qui s'approche de 1 Atlantique, et dans toute cette vaste partie du Ssahhrâ comprise entre Soqnâ et Genv , entre Touât et Bornou ; montrant la parenté intime de l'habitant de Syouah avec le Schelahh de Marok, même avec l'ancien Guanche des Canaries, et celle du Qabâyly d'Alger avec le Sourqâ des bords du Niger ; réunissant aussi avec eux des débris des races blanches du Nord, reconnaissables encore à leur téte carrée, leurs cheveux blonds et leurs yeux bleus; et des rameaux égarés de la race kouschyte, tels que les Erouâghah, encore noirs au milieu des blancs, encore doux et bons au milieu de peuples farouches et cruels ; et d'autres éléments que signalent des différences physiques tranchées, mais qu'on ne sait à quel type rapporter, tels que le Beskery aux'traits heurtés, Auvergnat
de l'Atlas, qui naguère parlait aussi le berber, oublié aujourd'hui pour l'arabe, et chez lequel ou retrouverait peut-être encore, à travers l'arabe et le berber, les vestiges d'une grammaire antérieure.
Dans un voisinage immédiat, et sur une étendue non moins vaste , divers dialectes, philologiquement rattachés à la souche araméenne, réunissent en un seul groupe tous les éléments de race sémitique répandus sur le sol africain , puis à ceux-ci presque tout ce qui subsiste encore de la race copte ,
f>uis encore les seuls restes intacts de a race kouschyte, et avec ces derniers quelques débris étrangers que la juxtaposition ou l'enclavement a ramenés à la communauté de langage. Et si l'on tranche la séparation des deux dialectes principaux, l'arabe d'une part avec toutes ses variétés, et, d'autre part, le g'ez et ses annexes, il faudra tenir compte , dans la division arabe , indépendamment de la fusion des deux familles qahhthanyte et ismaylvte , de l'immixtion à celles-ci des Coptes, de quelques débris des Hébreux palestins , et d'autres éléments moins distincts : peut-être lesKaldéo Nabathéens nous sont-ils révélés par les formes syriaques qu'affectent tant de noms propres de la topographie africaine. Il faudra reconnaître aussi dans la division kouschyte l'intromission de quelques rameaux hhomayrytes , que leur peau blanche signale encore sur les montagnes de Samen et d'Énarya, et que l'on a identifiés aventureusement, sur la foi de leur culte, à des juifs de Palestine, ou, d'après le nom de leur
Srovince, aux Schamyyn ou Syriens e Damas.
En continuant d'envisager les indications linguistiques sous le même point de vue d'assimilation ethnologique, nous rattacherions à la race copte les peuples qui habitent, au sud du golfe de QAbes , les montagnes de Mathmâthah et de Naouavi, et dont le langage, au rapport d'un voyageur maghrébin assez récent, n'est ni berber, ni turk, ni arabe, mais copte.
De même, la langue peule ou fel-
L'UNIVERS
lâne a fait reconnaître , avant que les
caractères physiques l'eussent confirmée, l'homogénéité des tribus qui habitent, dans l'ouest, le Toro, leFouta, le Bondou, le Kassou , le Fouta- Gjalon, le Sangaran, le Fouladou, le Brouko, le Massina, avec les Fellâtahs dont le puissant empire presse le Bornou par l'ouest et le sud , et envoie des colonies vers les bords inférieurs du Niger.
Et pareillement le Malai de Madagascar est rattaché par son idiome aussi bien que par sa physionomie native, à la grande famille malaie de l'Océanie.