‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 245 sur 246 · SOUS 4LA DOMINATION BYZANTINE · texte numérisé non relu

SOUS 4LA DOMINATION BYZANTINE

HISTOIRE DE L' AFRIQUE, DEPUIS LE DBPAJRT DE BÉLISAIBE JUSQU'A LA M O HT DE JUSTIN IKN (*). — BéH-

saire, après la victoire de Tricamara, s'était hâté de prendre possession, au nom de Justinien, de toutes les provinces qui avaient appartenu jadis a l'empire romain (v. p. 69). Il avait aussi placé des garnisons dans Tinté* rieur des terres , sur les frontières de la Byzacène et de la Numidie. Justi-

(*) Voyez, sur l'histoire de l'Afrique sous la domination byzantine : Papencordt (Geschichte der va/idalûchen Herrschaft in Afrika) , liv. III , ch. 9 , p. 309-334.

nien avait approuvé toutes les dispositions prises par son lieutenant , et il avait envoyé en Afrique des lettres où on lisait ces mots : « Que nos officiers s'efforcent avant tout de préserver nos sujets des incursions de l'ennemi etd'étendrenos provinces jusqu'au point où la république romaine, avant les invasions des Maures et des Vandales, avait fixé ses frontières ; qu'ils se hâtent également de se rendre maîtres et de réparer les fortifications des places où l'on tenait garnison au temps de l'empire romain. » Les ordres de Justinien furent promptement exécutés. Cepen-

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dant le vaisseau qui devait ramener à Constantinople le vainqueur de Gélimer n'avait point encore quitté le Mandracium , que déjà les Maures s'étaient levés en armes, et apparaissaient sur les frontières de la Numidie et de la Byzacène. Les soldats grecs étaient peu nombreux en Afrique, et Béltsaire se vit contraint de laisser une partie de ses gardes à Salomon , qui le remplaçait comme chef militaire. Archelaùs, le questeur, avait été déclaré, sous le titre de préfet du prétoire, chef civil des provinces nouvellement conquises. Bientôt Justinien fit passer à Salomon de nouveaux renforts sous les ordres de Théodore et d'Ildiger. Les Maures faisaient chaque jour de nouveaux progrès : ils portaient en tous lieux le pillage et la dévastation , et ils avaient massacré, en Byzacène, Aigan et Rufin , officiers renommés par leur habileté et leur bravoure. Il fallait se hâter, et Salomon marcha vers la Byzacène. Il rencontra les Maures dans la plaine de Mamma. Ils étaient au nombre de 50,000 , sous les ordres de Cuzinas et de trois autres chefs. Salomon remporta sur eux une victoire complète (536). Les Grecs célébraient encore à Carthage, par des fêtes publiques, l'heureux succès de la campagne , lorsqu'on apprit que les Maures, irrités plutôt qu'abattus par leur défaite, avaient repris les armes et ravageaient de nouveau, avec une espèce de rage, tous les cantons de la Byzacène. Salomon se remit en marche et battit encore l'ennemi au pied du Burgaon.

S'il faut en croire un contemporain, les Maures perdirent cette fois 50,000 hommes; ceux qui échappèrent au fer, du vainqueur se réfugièrent auprès d'Yabdas , qui était maître du mont Aurasius.

La Numidie était aussi en proie au ravage des Maures. Yabdas descendit plus d'une fois, pour la piller et la dévaster, de sa montagne, où la nature lui offrait des positions inexpugnables.

Mais il fut arrêté par la brillante valeur d'Althias , qui commandait la troupe des Huns. Salomon, cependant, voulut forcer les Maures dans leurs

retraites. Il gravit donc avec son armée le mont Aurasius; mais son expédition n'eut aucun résultat (*).

Rentré à Carthage, il s'apprêtait à réprimer les désordres qui avaient lieu en Sardaigne, lorsqu'il eut à se défendre contre ses propres soldats. Ceuxci, excités par les femmes vandales qu'ils avaient épousées, et aussi par les exhortations secrètes des prêtres ariens , réclamèrent comme leurs propriétés les terres conquises qu'ils exploitaient seulement comme fermiers.

Salomon n'échappa qu'avec peine à la mort, et il se sauva, accompagné de l'historien Procope , auprès de Bélisaire, qui se trouvait alors en Sicile. Les insurgés prirent pour chef un soldat audacieux appelé Stozas, qui donna des armes aux esclaves et aux Vandales qui étaient restés en Afrique. Puis, tous ensemble , ils quittèrent la plaine de Bulla, où ils s'étaient réunis , pour s'emparer de Carthage. BéVisaire arriva à temps pour sauver la ville. Avec le petit nombre de guerriers qui l'avaient accompagné, et avec ceux qui, à Carthage , étaient restés fidèles à l'empereur, il s'avança contre les rebelles, qu'il atteignit et battit près de Merabresa. Il crut alors avoir donné le repos à l'Afrique, et il revint en Sicile; mais il se trompait. Stozas réorganisa son armée, attira de nouveaux soldats dans son parti , et massacra par trahison, en Numidie, Marcellus , Cyrille, Barbatus, Térentius et Sarapis, qui étaient comptés parmi les meilleurs officiers de 1 empereur (536).

A cette nouvelle, Justinien envoya en Afrique son neveu Germain pour rem* placer dans le commandement suprême Théodore et Ildiger , qui étaient restés comme chefs à Carthage après le départ de Salomon. Germain était un général brave et habile. Dès son arrivée (537), il rétablit la discipline parmi les troupes restées fidèles à l'empire, et, par ses promesses et sa douceur, il attira dans ses rangs un grand nom-

(*) Voyez, sur les diverses expéditioos de Salomon : Recherches sur thist. de /* Afrique septentrionale, etc., par l'Académie dei inscript., 1. 1, p. ii3-i4g.

bre de ceux qui , sous les ordres de Stozas , avaient combattu jusqu'alors pour l'indépendance de l'Afrique.

Quand il se crut assez fort, il s'avança contre l'ennemi. II l'atteignit en Numidie, dans la plaine appelée Scalx Veteres, et là , il lui livra un sanglant combat. Stozas fut vaincu, et les Maures , commandés par Yabdas , qui étaient accourus pour l'aider , en se tournant subitement du côté de Germain, achevèrent sa défaite. Stozas se sauva en Mauritanie. Un certain Maximi n voulut le remplacer comme chef de parti. Germain, après l'avoir convaincu de trahison , le fit pendre aux portes de Carthage. Germain gouverna l'Afrique pendant deux ans avec une grande douceur. En 539, il fut remplacé par Salomon, qui, débarrassé cette fois des complots et des séditions, songea à enlever aux Maures leurs positions de l'Aurasius. Il se mit donc en marche, et, plus heureux que dans sa première tentative, il prit à Yabdas ses places de Zerbulle et de Tumar, et la tour de Géminianus, oiMe chef maure avait enfermé ses femmes et ses trésors. Salomon plaça des garnisons sur plusieurs points de l'Aurasius , et , maître de la Numidie, il se dirigea vers la Mauritanie sitiûenne , qui se soumit à l'empereur. Un chef indigène possédait la Mauritanie césarienne, à l'exception de la capitale, Césarée, où Bélisaire, après sa dernière victoire sur les Vandales, avait envoyé une garnison.

Depuis quatre ans, l'Afrique jouissait d'un grand repos, lorsque la mauvaise conduite et la perfidie des neveux de Salomon la replongèrent dans une nouvelle série de calamités. Sergius, gouverneur de la Tripolitaine, ayant fait assassiner par trahison quatre-vingts Maures qui s'étaient rendus à Leptis sur sa parole, toutes les tribus prirent les armes (543). Trop faibles pour résister, Sergius, et son frère Cyrus qui commandait dans la Pentapoie, se retirèrent à Carthage auprès de Salomon. Celui-ci, accom-

(>agné de ses neveux, marcha contre es Maures, qu'il rencontra à Theveste.

II leur livra bataille; mais, mal secondé par ses troupes, il fut vaincu et tué. Justinien donna pour successeur à cet habile et brave officier, Sergius son neveu, qui avait allumé la guerre. Ce choix excita un vif mécontentement dans toute l'Afrique. Stozas sortit de sa retraite, et se joignit à Antalas, le chef des Maures de la Byzacène. La valeur de Jean, fils de Sisinniolus, ne put arrêter les progrès de l'ennemi.

Dans cette extrémité, Justinien envoya pour collègue à Sergius le sénateur Aréobinde. Mais la mésintelligence ayant éclaté entre les deux gouverneurs, les désastres se multiplièrent pour l'armée impériale. Gontharis, qui commandait en Numidie, essaya alors de se faire roi. Sergius avait été rappelé, et Aréobinde était resté chef unique des provinces africaines. Gontharis, aidé secrètement par les Maures, se rendit maître de Carthage. Il excita une sédition parmi les troupes, et fit massacrer Aréobinde. Mais il ne jouit pas longtemps du pouvoir qu'il avait usurpé; il fut tué à son tour par Artaban, officier arménien, que Justinien nomma gouverneur de 1 Afrique (546). Rappelé sur sa demande, Artaban remit son commandement à Jean Troglita.

Jean Troglita, qui avait servi avec distinction dans les guerres contre les Perses, était destiné à réparer en Afrique, par d'éclatants succès, les échecs subis jusqu'alors par les armées romaines (*). Dès son arrivée, il eut à combattre une confédération de toutes les tribus maures qui s'étaient réunies dans la Byzacène. Antalas, le chef suprême, avait sous ses ordres toutes les hordes du désert, parmi lesquelles

(*) Les détails des guerres que Jean Troglita cul à soutenir contre les Maures nous ont été conservés dans un poème de Flavius Cresconius Corippus. C'est à l'aide de ce poème, publié à Milan, en 1820, par Mazzucchelli, que Saint-Martin a composé le curieux récit qui se trouve dans son édition de Y Histoire du Bas-Empire de Lebeau (t. IX, p. 92-119). Saint-Martin a donné dans ses notes de nombreux fragments de Corippus.

II L'UNIVERS

te distinguait celle des Ilasguas, qui échoua dans cette entreprise; mais

était venue avec son chef Ierna et Pi- cette expédition lointaine atteste sa

mage de son dieu Gurzil (Jupiter) de puissance ; et ce fait curieux pour

l'oasis d'Ammon. Jean remporta sur l'histoire du Bas-Empire, pour l'his-

les tribus réunies une victoire signalée toire de l'Afrique et celle de notre

et les mit en fuite. Mais les Maures ne pays, méritait d être recueilli par deux

tardèrent point à se rallier sous les écrivains français très-érudits, Lebeau

ordres de Carcasan. Jean entreprit et Saint-Martin, qui l'ont entièrement

contre eux une nouvelle expédition, laissé dans l'oubli. Tibère succède au

Cette fois, entraîné trop loin dans les faible Justin tombé en démence; il

déserts qui se trouvent au midi de la choisit pour vice-roi de l'Afrique (yen*

Byzacène, il se vit obligé de revenir nadius, habile général et soldat intré-

sur ses pas sans avoir vaincu l'ennemi pide. Ce guerrier reproduit dans cette

qu'il poursuivait. Encouragés par la contrée l'exemple des hauts faits d'ar-

retraite des Romains, les Maures d'An- mes de Probus. Il défie en combat

tains et ceux de Carcasan se réunirent, singulier Gasmul , roi des Maures , re-

et ils portèrent leurs ravages jus- marquable par sa force, son courage

qu'aux bords de la mer. Ils rencontre- et son expérience dans les armes; il le

rent Jean Troglita dans les champs tue de sa propre main, remporte une

de Caton. Là , ils éprouvèrent une san- victoire complète sur les Maures , ex*

glante défaite. Carcasan fut tué, An- termine leur race, et leur reprend

talas se soumit, et l'Afrique entière toutes les conquêtes qu'ils avaient fai-

fut pacifiée (550). tes sur les Romains. A partir de cette

En 564, les Maures des frontières époque, pendant les règnes de Tibère,

de la Numidie se soulevèrent pour de Maurice et de Phocas, l'histoire se

venger un de leurs chefs, Cuzinas, qui tait sur l'Afrique. Ce silence est pres-

avait été assassiné à Carthage, par les que une preuve du calme et de la

ordres du gouverneur, Jean Rogathi- tranquillité uniforme dont jouit alors

nus. Marcien, neveu de l'empereur, cette contrée. Les époques stériles

s'avança contre eux , et la révolte fut pour les historiens sont généralement

promptement réprimée. heureuses pour les peuples. Sous l'em-

histoire de l' afrtque , depuis pire d'Héraclius, l'Afrique septeotriola. mort de justin jew jusqu'à la nale tout entière, depuis l'océan At- PRISE DE CARTHAGE PAR LES ara- lantique jusqu'à l' Egypte, était soumise bes. — «Après la mort de Justi- au trône de Byzance (*), car ce prince nien (565), dit l'Académie des ins- en tire de grandes forces pour sa criptions il y eut quelques sou- guerre contre les Perses. Suinthilas, lèv ornent s des Maures, quoique ces roi des Goths espagnols, profite du peuples eussent alors embrassé volon- moment pour s'emparer de plusieurs tairement le christianisme. Deux exar- villes situées sur le détroit de Cadix, ques d'Afrique furent vaincus et massa- qui faisaient partie de l'empire romain, crés par leur roi Gasmul, gui, devenu Ce fait, qui nous a été conservé par tout-puissant par ses victoires, donna Isidore, a encore été négligé par Leà ses tribus errantes des établissements beau, Gibbon et Saint-Martin. Il niefixes, et s'empara peut-être de Césarée, ritait, à ce qu'il nous semble, d'être soumise aux Romains depuis la con- consigné dans leurs écrits, puisqu'il quête de Bélisaire. Ce roi maure sem- nous montre l'étendue des limites ocble même avoir été un conquérant n Noufi devons dire ^ compiéter ambitieux et assez entreprenant, car, Ie résumc que nous emprun,ons à l'Acadé- 1 année suivante, nous le voyons mar- inscriptions, que ce fut de l'Afrique, Cher contre les Francs et tenter lin- 0ù son père commandait en qualité d'exarvasion de la Gaule. A la vérité, il que, que partit Héraclius pour renverser

(*) Recherches sur l'histoire de C Afrique Phocas qu'il devait remplacer sur le trône

septentrionale, etc., 1. 1, p. 43 et suiv. impérial.

cidentales de l'empire à une époque fameuse par la fondation de l'islamisme, qui devait bientôt ébranler le trône de Byzance, et lui arracher ses

Elus belles provinces. Ën 647, les Araes s'emparent de la Cyrénaïque et de la ïripolitaine (*). En 658, un traité

Sarlage l'Afrique entre Constant et loawiah, qui se soumet, disent les Grecs, à payer un faible tribut. En 666 ou 670, ce même Moawiah fonde la ville de Kairouan, qui devient le siège de la domination musulmane en Afrique. Enfin, en 697 (**), Carthage est prise et détruite par Hassau , et le nom grec et romain effacé de l'Afrique.

l'administration byzantine bn a phique; ses résultats (***). — Devenu maître, par les victoires de fiélisaire, des provinces soumises aux Vandales, Justinien voulut d'abord, comme nous Pavons dit, que les frontières de ses nouvelles possessions fussent celles que Rome avait fixées dans les derniers jours de la république et sous l'empire. Puis, comme l'attestent 4es actes nombreux, il s'occupa de rendre à l'Afrique , sauf quelques mo-

(•) Nous devons ajouter aussi que le patrice Grégoire qui lutta, en 647 contre les Arabes , est le dernier qui ait été revêtu en Afrique de la dignité de préfet du prétoire. Voy. Morcelli ; Africa c/iristiana; L I , p. ag.

(**) Illud certe constat anno 691 , ab Hasano Saraccnorum duce qui Occidentem occuparont, Carthaginem ipsam eversam esse, dit Morcelli (Africa christiana ; t. III , p. 393). L'Académie des inscriptions place en 697 , comme Y Art de vérifier les dates , la prise et la destruction de Carthage.

(***) Voyez sur ce point : Cod. Ub. I, tit. 37 et Novel. 36, 37, i3i. — Ludvvig; Vit, Justinian., p. 349-377. — Gibbon; Histoire de la décadence , etc., ch. 41 et 43. — Lebeau ; Histoire du Bas-Empire; t. VIII, p. 264 et suiv., éd. Saint-Martin. — Réciterehes sur Chist. de l'Afrique septentrionale , etc., par une commission de l'Académie des inscriptions, t.I, p. 43. — Papencordt (Geschic/tte dervandaliscfien Herrscliaft in Afrika) ; liv. III, ch. 9 , p. 309-334. — V Africa christiana de Morcelli (t. I, p. 27, a8 et 39) contient aussi sur ce sujet un excellent résumé.

difications amenées par les circonstances et le temps, les anciennes formes de son administration et le gouvernement romain. Dès Tannée 534, par des ordonnances adressées à Bélisaire et au questeur de son armée , Archelaùs, Justinien organisa le pays conquis de la manière suivante. Il divisa l'Afrique en sept provinces : 1° celle de Tingi; 2° celle de Carthage (l'ancienne proconsulaire) ; 3° celle de Byzacium ; 4° celle de Tripolis; 5° la Numidie; 6° la Mauritanie; 7° la Sardaigne.

Les quatre premières devaient avoir pour gouverneurs des personnages consulaires ; les trois dernières des présidents. Depuis Constantin jusqu'à l'invasion des barbares, l'Afrique avait été placée dans la préfecture d'Italie.

Justinien créa , pour sa nouvelle conquête , une préfecture spéciale dont le chef-lieu fut Carthage. Archelaùs fut nommé préfet du prétoire. Apres avoir organise le gouvernement de l'Afrique et pourvu aux grandes charges, l'empereur régla les attributions et les appointements de tous ceux qu'il mit en exercice, non point seulement des plus haut placés , mais encore des 396 secrétaires ou employés qui servaient, à Carthage , dans les bureaux du préfet du prétoire et de ceux qui étaient attachés à chacun des gouverneurs des sept provinces. Pour mieux assimiler encore l'Afrique aux provinces qu'il possédait en Europe et en Asie et pour effacer les distinctions qu'avait pu laisser , même après la chute de Gélimer, la conquête des Vandales, Justinien imposa à tous ceux qui habitaient dans les limites de sa nouvelle préfecture, les lois romaines que ses jurisconsultes compilaient à Byzance.

L Afrique dut se réjouir d'abord de la brusque révolution qui l'avait placée sous la domination des empereurs de Constantinople. Pour attacher les Africains à son empire par de forts liens, Justinien les autorisa à reprendre les propriétés qui avaient été enlevées à leurs aïeux, il y avait un siècle , par Genséric et ses compagnons. Il leur accorda , pour les réclamations, un délai de cinq ans. L'expropriation s'accomplit. Cette mesure

L'UNIVERS

violente enleva aux Vandales, qui étaient restés en Zeugitane, leurs dernières ressources et tous les moyens de rébellion; et, d'autre part, comme l'empereur l'avait prévu , elle mit en quelque sorte les nouveaux possesseurs de terres dans la nécessité de défendre et de maintenir la domination byzantine. D'ailleurs, après les premières victoires de Bélisaire, l'Afrique put croire un instant que Justinien avait le désir sincère de porter remède à ses maux et de la rendre florissante. Il s'était empressé , en effet , de relever les murailles des villes, de réparer et d'agrandir les ports et d'embellir chaque localité, Carthage surtout, qu'il appelait Justiniana , par d'utiles et somptueux édifices.

Mais c'étaient là de trompeuses apparences, et l'Afrique romaine ne tarda pas à sentir que le gouvernement des Byzantins était plus oppressif que celui des Vandales. D'abord elle ne trouva pas, dans les affaires religieuses, cette tolérance qui, après ses longs désastres et ses agitations , devait surtout contribuer a lui rendre la paix intérieure dont elle avait tant besoin.

Les catholiques , qui avaient changé de rôle avec les ariens, étaient devenus persécuteurs à leur tour. Puis, elle fut livrée de nouveau, comme une proie, à cette effrayante fiscalité qui jadis, au temps de Genséric, lui avait rendu sup-

Kortable l'invasion barbare. Les Vanda- ;s étaient vaincus à peine que déjà Justinien songea à exploiter, par ses agents, sa nouvelle conquête. « On ne savait plus, dit un contemporain, ce que l'Atrique payait à l'ancien empire romain, parce que Genséric, au commencement de son règne , avait anéanti les rôles des contributions. C'est pourquoi Justinien envoya en Afrique Tryphon et Eustratius pour faire un cadastre et dresser de nouveaux rôles.

Cette mesure parut odieuse et intolérable aux Africains (Procop. , de Bel.

Fand., II, 8).» Les agents du fisc impérial ne tardèrent pas à se mettre à l'oeuvre. Ils se montrèrent impitoyables , et le pays en proie sur toutes les

frontières aux dévastations des Maures et théâtre de nombreuses séditions se trouva bientôt appauvri, ruiné, et complètement épuisé. « Justin jen , dit Procope (Hist. arcan. , 18), a ravagé l'Afrique de telle sorte que l'on parcourt aujourd'hui cette contrée, pendant plusieurs jours , sans rencontrer un seul homme. Les Vandales, dans les derniers temps de leur puissance , comptaient 160,000 guerriers. Qui pourrait dire le nombre de leurs femmes , de leurs enfants et dt leurs serviteurs ? Qui pourrait énumérer aussi les Africains qui , à l'arrivée de Bélisaire , étaient répandus en foule dans les villes et dans les campagnes? J'ai vu de mes yeux cette forte et nombreuse population; maintenant elle a disparu. Si l'on joint aux Vandales et aux indigènes qui habitaient les côtes, des familles maures sans nombre et tous les soldats qui ont perdu la vie sous les drapeaux de l'empire, on ne saurait être accusé d'exagération en disant que l'Afrique, sous le règne de Justinien, a perdu cinq millions d'hommes. »

L'Afrique resta soumise un siècle et plus au gouvernement byzantin.

Cependant il est vraisemblable qu'à la fin elle eût secoué le joug qui pesait sur elle et se fût constituée , à l'égard de l'empire qui s'amoindrissait chaque jour et penchait vers sa ruine, dans un état de complète indépendance.

Alors, peut-être, en demeurant en

{>ossession de toutes les traditions de 'antiquité, elle eût contribué, par des relations fréquentes , au développement moral et intellectuel de l'Europe et abrégé, pour notre continent, la durée du moyen âge. Mais l'invasion des Arabes vint* lui porter le dernier coup. Dans la seconde moitié du septième siècle, l'Afrique perdit une nouvelle part de sa population, ses villes tombèrent, ses déserts s'agrandirent, et elle vit disparaître jusqu'au dernier vestige de cette civilisation qu'avaient apportée tour à tour, sur ses côtes, depuis l'Egypte jusqu'à l'Atlantique, les Phéniciens, les Grecs, et les Romains.

MW» »»«.».»» ........... . ....... ....... .......... . ... . .M ..*«.«..«».

APPENDICE

A L'HISTOIRE D'AFaïaiTK

SOIS L\ DOMINATION ItYZWTIMi.

Nous avons parlé, en deux mots lans notre Histoire de V Afrique sons >a domination byzantine (p. 93), de.-> guerres que Jean Troçlita eut à soutenir contre les tribus indigènes. Nous ne pouvions, dans les étroites limites qui nous étaient assignées , raconter ••es guerres nv.-».* éteniuc. Non* avons •r.j miie d* rcj'. :. r ici, en apnendiee, •. curieux récit nue Saint- Martin a invùré dans son édition de V Histoire du fias- Empire par Lebeau (*). On no lira fias sans intérêt les curieux détails que notre célèbre érudit a emprunte»

a la Johannide. de Flavius C.revcnn'ms Porippus '♦•). Au reste. 1rs pages qui vont suivre forment le complément de tout ce que nous avons dit , dans ce volume, sur les guerres de l'Afri que, depuis les temps les plus anciens jusqu'à l'invasion des Arabes.

HRCIT DF.S CiTIF.linF.S DR JRA.N TltO- OI ITA RM AFUIQUE, PAR M. DF SAÏNT-M ART1N.

Jean , qui venait réparer les malheurs de l'Afrique, au moment où eHe semblait encore une fois vouloir se soustraire à la domination romaine, connaissait bien le pays où il devait commander. Il y avait conduit un corps de cavalerie lors d* l'expédition deBélisaire ; et , depuis, il s'y était distingué sous les ordres de Germain.

Justinien avait pu reconnaître que le

(•) T. IX , p. 91-119. Didnl, 1828.

(**) Le poëme de Corippu*. comme nous l'avons déjà dit, a élé découvert et publié à Milan, en 1810, par Mazzuccliclli.

7* l ivraison. (Uisr. de i/Afiu

partage du commandement et la -\\\'.sion des chefs étaient les seules causes des troubles et des malheurs qui tourmentaient l'Afrique depuis la destruction de la monarchie vandale; ainsi donna t-il à Jean une autorité sa is partage. Ce général était employé depuis plusieurs années sur les frontières orientales de l'empire. Lorsqu'il apprit la décision de son souverain, sa v.d-']»était occupée smis les murs de \isine, u:i il < onl< n.ul les efforts de \lermero?s , le. nlu^ n dnk- des généraux du roi de Perse . cj i'il avait défait devant TheodosiopolU et devant Dara , dans la Mésopotamie. Jean obéit sans larder aux ordres qui l'appelaient à Constantinople, ou une flotte et des soldats l'attendaient. Justinien , qui \? regardait comme le seul homme capable de délivrer rAfri(|ue,sc hâta de lui don ner ses dernières instructions, en lui prescrivant surtout de dompter les Languantans, les rebelles de la Tripolitaine. Il mit bientôt à la voile . et il fut en peu de temps hors de niellespont; il traversa la mer fcgee sans s'arrêter, et bientôt il toucha aux côtes de la Sicile, où, tomme Bélisaire, seize ans avant lui , il prit terre auprès ;!e Caucane. Après une assez cou rie relâche, il se dirigea, malgré les tempêtesvers la côte d'Afrique, et il y jeta l'ancre à Caput fada, au lieu où Bélisaire était débarqué lorsqu'il vint détruire la puissance des Vandales Trois jours après, il entra dans Cartilage. Sans perdre de temps , il y appelle toutes les troupes dispersées' dan l'Afrique romaine; il les joint aux soldats qui formaient la sarnison dans

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