DÉNOMINATIONS DIVERSES DU
pays. — Le plateau culminant, partie principale de tout cet ensemble , constituait, à proprement parler, ce qu'on appela tour à tour Cyrénaïque, Pentapole, Libye supérieure; le reste formait la Marmarique, Libye aride ou inférieure, nommée aussi, dans sa partie la plus orientale , Libye maréotide. Il est superflu d'ajouter que, sous la domination de Cyrene , le nom de Cyrénaïque s'étendait à toute la contrée réunie sous ses lois.
Description de la Libye supérieure au Pentapole cyrénaïque.
* Territoire et villes de la Pentapolb.— Figurant une ellipse, le plateau verdoyant de Cyrène projetait à Test la grande Chersonnèse, à l'ouest le promontoire Borion , comme les deux pôles de son grand axe; tandis que sur le flanc septentrional, le promontoire de Phyconte marquait l'extrémité de son moindre diamètre : le flanc méridional s'abaissait vers les landes arides d'une grande terrasse qui s'étendait ellemême au loin jusqu'à Augiles et à l'oasis d'Ammon. Sur le plateau étaient assises Cyrène et Barké, ayant à leurs pieds , au fond de deux petites anses de la côte, les ports d'où elles expédiaient leurs navires; là c'était Apollonie, le port de Cyrène, connu plus tard sous le nom de Sozousa, que peut-être il avait primitivement porté, reconnaissable encore dans l'appellation arabe de Mersày-Sousah qu'il conserve encore aujourd'hui; de l'autre part , c'était Ptolémaïs , le port de Barké , d'abord appelé aussi Barké de même que la cité principale à la fortune de laquelle if était attaché. Plus loin, à l'ouest, se montrait, sur la côte, Teukhira, qui fut appelée Arsinoé sous les Ptolémées, mais qui reprit ensuite son nom indigène, qu7elle garde encore de nos jours ; puis enfin Bérénice, l'antique Hesperide, près des ruines de laquelle s'élève la moderne Ben-Ghâzy.
Villes, bourgades et autres
LIEUX DÉPENDANTS DE LA PeNTA-
polb. — Cyrène , A polio nie, Ptolémaïs, Arsinoé, Bérénice, telles furent les cinq cités qui constituèrent la florissante Pentapole : dans leur dépendance étaient comprises d'autres villes moins importantes , comme Adrianopolis , entre Bérénice et Arsinoé ; sur la route de Ptolémaïs à Cyrène;, Kélida , Kénopolis, Phalacra , dans l'intérieur ; et sur la côte, Ausigda, et le petit ternie d'Aptoukhos ; sans compter nomre de villages plus obscurs , répandus sur tout le plateau en tirant vers le sud.
A l'est d'Apollonie, s'ouvrait une baie spacieuse offrant un Naustathmos ou station navale, au sortir de laquelle on rencontrait, sur la droite, Érythron , puis Chersis voisine de la petite tle d'Aphrodisias , et sous l'abri du promontoire Zephyrion la cité de Darnis, dont le nom a persisté dans celui de la moderne Derneh; après Darnis on trouvait encore, sur la côte, Axilis, avant d'atteindre la grande Chersonnèse des Antides; et quand on avait doublé celle-ci , on voyait le Paliouros déboucher en face des îles Platée et Sidonie. A l'intérieur étaient Limniade, Hydrax, Leucon, et d'autres points plus obscurs.
Productions naturelles du plateau cyrénéen. — Le flanc septentrional du plateau offrait la plus admirable fertilité, et les récoltes, s'étaçeant en trois saisons successives depuis le pied jusqu'au sommet , occupaient les deux tiers de l'année. On commençait la moisson et la vendange sur le bord de la mer ; on passait ensuite à la région intermédiaire, celle des coteaux, où le blé et le raisin achevant de mûrir appelaient la main qui devait les couper; et pendant qu'on les cueillait sur cette zone moyenne, ils venaient aussi à maturité dans la dernière région , et voulaient à leur tour être moissonnés et vendangés. L'extrémité occidentale présentait surtout la plus délicieuse végétation1, et méritait à juste titre ce nom de Jardin des Hespérides, que
l'antiquité poétique lui avait décerné : c'étaient d'admirables vergers, de charmants bocages, où l'ombre et la fraîcheur s'étendaient sous l'épaisse verdure des lotiers , des pommiers de toute espèce , des grenadiers , des poiriers, des arbousiers, des mûriers, des vignes, des myrtes, des lauriers, des lierres , des oliviers , des oléastres, des amandiers , des noyers. Le iiguier et Je cornouiller, le lentisque , le genévrier odorant et le cyprès, étaient aussi répandus sur ce terroir fertile où la brise promenait un air pur et vivifiant, où des eaux fréquentes nourrissaient de verdoyants pâturages émaillés des fleurs du safran. Au delà de cette lisière littorale, sur les hautes plaines, depuis la grande Chersonnèse jusqu aux Hespérides, dans une longueur de 1500 stades sur une largeur de 300, naissait le précieux silphion aux ombelles d'or, aux vertus héroïques, produit sauvage des terres incultes , fuyant les soins de l'homme et disparaissant sous la dent des troupeaux, jadis abondant, nuis rare, puis disparu tout à fait du soi, et reparaissant après un long oubli , pour se laisser étudier par les botanistes modernes, sous le nom de deriah ou zerrah que lui donnent les Arabes nomades , maîtres actuels de l'antique région silphiophore.
Description de la Libye inférieure ou Marmarique.
Pbemibbe tebbasse, au-dessus du g fi and Catabathme — Descendons du plateau supérieur sur la vaste terrasse qui lui succède au sud, et qui s'étend d'est en ouest depuis le grand Catabathme jusqu'au fond de la grande Syrte , borné au midi , comme nous l'avons déjà indiqué , par les oasis d'Ammon et d'Augiles; ce n'était qu'un désert , parcouru par auelqucs nomades sans habitations fixes , et l'on n'y pouvait guère relever qu'un petit nombre de points sur la côte. A l'est , depuis l'embouchure du Paliouros , se succédaient les ports de Batrachos , du petit Pétras , d' Antipyrgos, de Skythranion, de Ménélas,
du grand Pétras et de Panormos , jusqu'au grand Catabathme ; quelques autres points, marqués à l'intérieur dans la direction d'Ammon et d'Au-
{;iles, n'étaient probablement que des ieux de campement. A l'ouest, au delà du cap Borion , on voyait se succéder les postes de Diachersis , d'Héraclion , de Sérapion , les ports de Diarrhoas et d'Apis, les châteaux de Kainon , de Borion , d'Automala , et enfin le bourg et les Autels des Philènes. Si , de cette limite , on voulait suivre plus loin le rivage, on rencontrait le petit port d'Épèros , celui de Charax où l'on croit que naquit Denys le Périégète, et enfin la tour Euphranta , dernière borne de la Cyrénaïque sous les Ptolémées.
Seconde tebbasse , au-dessous du gband Catabathme. — En descendant à l'est le grand Catabathme , on arrivait à une seconde terrasse, non moins aride et nue que la première , s'étendant vers l'orient jusqu'au petit Catabathme, et offrant, sur la côte, Zygris, Zagylis, Plynos, Apis, Parétonion, et autres lieux de moindre importance , sans parler de nombreuses stations plus écartées de la mer. Et lorsqu'on avait encore descendu ce deuxième Catabathme, on trouvait, sur le littoral, Pédonia, Antiphra, Leucaspis , et enfin Plinthine où la Libye venait expirer devant l'Égypte , outre quelques autres points moins immédiatement rapprochés du rivage.
'Tel est le théâtre sur lequel nous avons à distribuer les populations qui se partageaient la possession du sol.