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II. LES HABITANTS

C'étaient , nous le savons , des races indigènes, des Libyens nomades, au nord desquels s'étaient juxtaposés , sur la côte , des colons grecs , hôtes d'abord , puis maîtres du pays.

La plus ancienne description que nous ayons de ces divers peuples , est celle que nous devons à Hérodote : et nous ne pouvons mieux faire que de la transcrire ici , telle à peu près qu'il nous Ta laissée.

QmtipUçn des populations ir«&aènes au cinquième siècle avant fère vulgaire.

Adyrmàchidbs, Giaigambs, AS- BYSTES, AUSKHISBS. — « Voici »,

dit Hérodote, « Tordre dans lequel on trouve les peuples de la Libye, à commencer depuis r Egypte.

« Les premiers qu'on rencontre sont les Adyrmachides. Us ont presque les mêmes usages que les Égyptiens ; mais ils s'habillent comme le reste des Libyens, et leurs femmes portent à chaque jambe un anneau de cuivre. Elles laissent croître leurs cheveux, et si elles sont incommodées par les poux, elles les prennent, les tuent avec les dents, et s'en débarrassent de cette manière ; ils sont, au surplus, les seuls d entre les Libyens qui en agissent ainsi. Ce sontegalement les seuls qui montrent au roi leurs filles nubiles afin qu'il choisisse celle qui lui plait. Ces Adyrmachides habitent depuis PÉçypte jusqu'au port appelé Plynos (voisin du grand Catabathme).

« Ils ont auprès d'eux les Gigames ou Giligames, qui occupent la contrée à l'occident, jusqu'à l'île Aphrodisias. Dans cet intervalle est l'île de Platée, où les Grecs fondateurs de Cyrène s'étaient d'abord établis, et sur le continent est le port de Menélas , et Aziris où les Cyrénéens habitèrent aussi. Là commence le silphion , car c'est depuis l'île de Platée jusqu'à l'entrée de la Syrte que croît cette plante. Ces peuples ont à

|>eu près les mêmes coutumes que eurs voisins.

«Après les Gigames, du côté du couchant, sont les Asbystes, qui habitent le pays au-dessus de Cyrène; ils ne s'étendent pas jusqu'à la mer, attendu que le littoral est occupé par les Cyrénéens. Us sont fort habiles, ce sont même les plus habiles des Libyens à conduire les quadriges; ils s'étudient à imiter la plupart des coutumes des Cyrénéens.

« Au couchant des Asbystes confinent les Auskhises, qui occupent lepays au-dessus de Barké , et s'étendent jus-

qu'à la mer près des Hespérides. Vers fe milieu du territoire des Auskhises sort cantonnés les Cabales, petite nation qui s'étend jusqu'à la mer vers Taukhira , ville dépendante de Barkè.

Ces peuples ont les mêmes mœurs que ceux qui habitent au-dessus de Cyrène.

Nasamons, Psylles. — « Aux terres des Auskhises confinent, à l'ouest, les Nasamons, peuple considérable, qui, laissant pendant Tété leurs troupeaux au bord de la mer, s'avancent jusqu'au canton d'Augiles, pour y récolter des dattes, parce que les palmiers y sont abondants „ vigoureux et tous féconds : on les cueille à peine mûres (*) , on les fait sécher au soleil, et on les moud ensuite; on les détrempe dans du lait pour les manger. Chacun a d'ordinaire plusieurs lemmes, et il les voit publiquement, à peu près comme les Massaeètes, après avoir planté en terre son bâton. Lorsqu'un Nasamon se marie pour la première fois , la coutume est , la première nuit des noces , que la mariée reçoive les embrassements de tous les convives, qui lui font un cadeau apporté tout exprès de chez eux. Voici leur manière de faire des serments et d'exercer la divination : ils mettent la main sur les tombeaux des hommes oui ont parmi eux la réputation d'avoir été les plus justes et le plus gens de bien, et jurent par eux. Pour exercer la divination, ils vont aux tombeaux de leurs ancêtres, y font leurs prières, et y dorment ensuite : si pendant leur sommeil ils ont quelque songe, ils en font usage dans leur conduite. Us s'engagent mutuellement leur foi en

(*) Le texte d'Hérodote est eo cet endroit équivoque à tel point, que les uns y ont vu des hannetons, d'autres des sauterelles, et peut-être ceux-ci ont-ils raison; cependant nous avons préféré interpréter tovç 5è àrreXéêov; èneàv ÔYjpefowai par une cueillette de (dattes) à peine mûres, plutôt que par une chasse aux sauterelles , nous consolant d'avance, si nous nous trompons, de le faire en compagnie du savant Henri Estienne , réviseur et éditeur de la version latine de Laurent Valla.

bavant réciproquement dans la main l'un de l'autre; à défaut de liquide, ils ramassent à terre de la poussière et la lèchent.

« Aux Nasamons continent les Psylles, lesquels périrent de la manière que voici : le vent du midi avait, de son souffle, desséché leurs citernes, et toute leur contrée, située en dedans delà Syrte, est dépourvue d'eau : ayant tenu conseil entre eux, ils résolurent, d'un consentement unanime, d'aller faire la guerre au vent du midi : je répète le récit des Libyens eux-mêmes.

Lorsqu'ils furent arrivés au milieu des sables , l'autan déchaîné les y ensevelit. Quand ils eurent péri , les Nasaroons s'emparèrent de leurs terres.

Populations de l'intébieub. — «Voilà quels sont les Libyens nomades les plus rapprochés de la mer. Au-dessus , en avançant dans l'intérieur des terres , on rencontre la Libye thériodeou sauvage, au-dessus de laquelle on dit qu'une élévation sablonneuse s'étend depuis Thèbes d'Égypte jusqu'aux stèles Héracléennes, offrant de dix en dix journées, ou à peu près, des collines de sel gemme ; du milieu de celles-ci jaillissent des sources d'eau douce et fraîche, autour desquelles habitent les peuples les plus reculés vers le désert au-dessus de la Libye thériode. Les premiers qu'on rencontre depuis Thèbes , à dix journées de route , sont les Ammoniens , qui ont un temple consacré à Jupiter thébéen, car on sait qu'à Thèbes la statue du dieu a une tête de bélier. Chez ces peu-

{)les se trouve une autre source dont 'eau est tiède au point du jour, fraîche à l'heure du marché , extrêmement froide à midi , au moment où ils arrosent leurs jardins; nuis à mesure que le jour avance , elle devient moins froide jusqu'au coucher du soleil,

3u'elle est tiède; elle s'élève ensuite e plus en plus jusqu'à minuit, qu'elle bouta gros bouillons; passé minuit, elle va en refroidissant jusqu'au lever de f aurore. On appelle cette fontaine la fontaine du Soled.

« Après les Ammoniens, à dix autres journées de route sur cette zone de

sables, est une colline de sel gemme pareille à celle cVAmroon, avec une source autour de laquelle sont établis les habitants : ce canton porte le nom d'Augiles ; c'est là que les Nasamons viennent , en automne , faire leur récolte de dattes. A dix journées plus loin habitent les Garamantes.

a Les maisons de tous ces peuples sont bâties de quartiers de sel , car il ne pleut jamais dans cette partie de la Libye, sans quoi les murailles de leurs habitations seraient bientôt fondues.

On tire de ces mines deux sortes de sel : l'un blanc, l'autre rouge. Au-dessus de cette élévation sablonneuse vers le midi , dans l'intérieur de la Libye, le pays est désert, sans eau, sans animaux, sans pluie, sans bois, dépourvu de toute espèce d'humidité.

Mœurs et coutumes' des Libyens. — « Ainsi, à partir de l'Égypte, les Libyens sont des nomades se nourrissant de la chair et du lait de leurs brebis; s'abstenant, comme les Égyptiens, de manger du bœuf, et n'élevant pas non plus de cochons. Les femmes eyrénéennes, même, ne se croient pas permis de manger du bœuf, à cause de l'égyptienne Isis, dont elles observent soigneusement les jeûnes et les fêtes ; et les femmes des Barkéens s'abstiennent non-seulement du bœuf, mais aussi du porc :

telle est leur observance.

« Chez la plupart des Libyens nomades (je ne saurais dire avec certitude s'il en est de même pour tous) , quand les enfants ont atteint quatre ans, on leur brûle , avec de la lame en suint, les veines du haut de la tête, quelquefois celles des tempes, pour les délivrer à toujours de l'écoulement des humeurs de la tête , et leur procurer une santé robuste. Il est de fait que de tous les peuples que nous connaissons, les Libvens sont ceux dont le corps est le plus sain ; je ne puis dire que telle en soit la cause , mais il est certain qu'ils ont une santé parfaite.

Si , pendant qu'on les brûle , les enfants sont pris de convulsions, on y a trouvé remède : il suffit de les asper-

ger d'urine de bouc ; je répète ce que disent les Libyens.

« Voici comment ces nomades font leurs sacrifices : d'abord ils coupent, à titre de prémices ; une oreille de la victime , et la jettent sur le toit dè leurs maisons; cela fait, ils lui tordent le cou : ils l'immolent au soleil et à la lune, seules divinités auxquelles sacrifient tous les Libyens sans distinction.

(Nous dirons ailfeurs le culte particulier des habitants du lac Tritonide, et les emprunts que leur a faits la Grèce.) C'est aussi des Libyens que les Grecs ont appris à atteler quatre chevaux à leurs chars. L'enterrement des morts se fait chez les nomades comme chez les Grecs; il faut excepter les Nasamons, qui enterrent leurs morts assis, ayant soin de tenir les agonisants dans cette posture, de peur qu'ils n'expirent couchés. Leurs habitations sont des cabanes tressées d'asphodèles et de joncs , qu'ils transportent à volonté.

Voilà quels sont les usages de ces peuples. »

État des populations libyennes depuis le premier siècle avant J.-C.

jusqu'au deuxième siècle de notre ère.

Exposé de Diodore de Sicile,

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