‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 50 sur 246 · AU PREMIER SIÈCLE DE NOTRE ERE · texte numérisé non relu

AU PREMIER SIÈCLE DE NOTRE ERE

— Strabon, un peu plus récent, est plus bref: « La région aride et stérile qui s'étend au-dessus des Syrtes et de la Cyrénaïque, est occupée par les Libyens, et en premier lieu par les Nasamons, qui ont près d'eux (vers l'occident) les Psylles et quelques Gétules, après lesquels viennent les Garamantes; à l'orient , les Marmarides, qui d'un côté touchent à la Cyrénaïque , et de l'autre se prolongent jusqu'à l'oasis d'Ammon. On ignore ce qui est au delà d'Ammon et des oases jusqu'aux frontières de l'Éthiopie. »

Pline, postérieur à Strabon, se borne comme lui à quelques notions extrêmement concises : « Les Marmarides habitent à peu près depuis les

environs de Paretonium jusqu'à la grande Syrte ; puis viennent les Ararauceles, et, sur les bords delà Syrte, les Nasamons, que les Grecs appelaient jadis Mesammons à cause de leur situation au milieu des sables.

Après les Nasamons vivent les A sbystes et les Makes. Depuis le Catabatbme jusqu'à l'Égypte s^étend la Libye maréotide, occupée par les Marmarides et les Adyrmachides , après lesquels viennent ies Maréotes. »

Exposé db Ptolémée, au deuxir-

ME SIÈCLE DE NOTRE ÈRE. — Mais

Ptolémée, dans le siècle suivant, vient nous fournir de nouveaux détails :

« Au-dessus de la Pentapole », nous dit-il, « le pays est occupé, à Test des jardins des Hespérides, par les Barkites , à Forient desquels sont les Araraucides. Derrière le jardin des Hespérides sont les montagnes appelées les buttes d'Hercule, au levant desquelles on trouve les Asbystes. Plus loin vers l'Afrique , au - dessus des monts Ouelpa , se présentent les Mokatoutes , puis les repaires des Lésanikes, à l'est desquels sont les Psylles, et ensuite, des lieux sauvages et la région silphiopbore. Les parties septentrionales de la Marmariquc appartiennent aux Libyarkes, aux Anèrittes et aux Bassakhites , derrière lesquels sont les Apotomites , et plus au sud encore, les Augyles ; après ceux-ci les Nasamons et les Bacates , ensuite les Aukbises et les Tapanites, au delà desquels sont les Sentîtes et les Obèles , puis les Ésariens. Le littoral du nome de Libye est possédé par les Zygrites, les Khattaniens et les Zyges; les parties méridionales par les Bouzes et les Ogdémiens; au delà sont les Adyrmakhites, ensuite le pays d'Ammon,

Euis les Anagombriens, et après eux !S Iobakhes et les Rouadites. » Nous n'avons pas à nous occuper ici de la Maréotioe, dépendance trop immédiate de l'Égypte pour que nous puissions consentir à l'en séparer.

On voit que Ptolémée à lui seul énumère , dans la contrée qui fait le sujet de notre étude actuelle, un plus grand nombre de peuples que tous ses devan-

ciers ensemble ; mais i! faut se hâter de reconnaître que beaucoup de ces noms de peuples ne désignent probablement que les habitants de quelques petits districts, quelquefois de simples villages ; les Espagnols qui appellent pueblos ou peuples leurs villages, les Portugais qui appellent les leurs povoaçâo ou population , emploient une métaphore toute semblable. On est frappé , dès le premier coup d'oeil, des rapports que présentent les noms des Zygrites, des Khattaniens et des Zyges, dans la liste cidessus, avec ceux des villes ou villages de Zygris, de Khettéa, de Zygis, inscrits dans les tables du géographe alexandrin. Il est probable que plusieurs des peuplades qu'il désigne étaient des branches ou des rameaux de tribus plus considérables.

Résultats comparatifs des notions qui précèdent.

Modifications organiques et déplacements, subis par les di- VERSES TRIBUS LIBYENNES. — Il faut

tenir compte, au surplus, dans l'examen comparatif des données successives que nous venons de passer en revue, des modifications qu'ont pu produire, d'une part la fusion de plusieurs tribus en une seule, d'autre part le morcellement d'une seule tribu en plusieurs. Hérodote nous dit luimême que les Psylles avaient été absorbés par les Nasamons; il est à croire

Î[ue les Cabales et les Gieamcs ou Giigames, qu'il avait signalés, et qui ne se retrouvent plus dans les siècles postérieurs, furent pareillement absorbés, les premiers par les Auskhises ou par les Barkéens , les seconds par les Marmarides. Quelquefois aussi l'imperfection des connaissances recueillies par certains écrivains, ou le désir de réduire leurs descriptions à quelques grands traits, leur ont fait réunir, sous une désignation commune, divers peuples d'ailleurs indépendants ; ainsi Diodore de Sicile, en distribuant tout l'intérieur de la Libye propre entre les Nasamons au sud , les Auskhises à l'ouest, et les Marmarides à Test,

L'UNIVERS

confond avec chacune de ces nations une ou plusieurs des nations voisines qui n'avaient point péri , puisqu'on les voit ultérieurement reparaître : tels sont les Asbystes ou Asbytes, probablement sous-entendus parmi les Anskhises; tels sont, d'une manière plus frappante encore , les Adyrmachides , enveloppés dans les Marmarides.

Il faut, en outre, se rendre compte de quelques déplacements ; les Asbystes et les Auskluses paraissent avoir été poussés au sud par les Barcéens , ou plutôt par les Marmarides, qui auraient été repoussés à leur tour par les Barcéens, pendant que les Araraucèles ou Araraucides, qui se trouvaient jadis au delà des Marmarides, tout auprès des Nasamons, remontaient vers le nord pour devenir limitrophes des Barcéens. Ces déplacements n'ont rien qui nous doive surprendre, puisqu'ils s'opéraient entre des tribus nomades, dont le cantonnement territorial a toujours moins de fixité que les établissements des peuples sédentaires.

Distribution relative des populations SUR LE TERRITOIRE. — Quoi qu'il en soit, en remontant par la pensée aux temps primitifs de la Libye, avant que les Grecs y fussent venus fonder leurs colonies, et embrassant dans une considération synoptique les populations autochthones et le territoire qui leur était dévolu, on peut se représenter le plateau supérieur en la possession exclusive des Barcéens; la grande terrasse

qui forme l'étage suivant, occupée à la fois , depuis Te Catabathme jusqu'à la Syrte , par les Gigames à l'est , les Asbystes au milieu, et les Auskhises à l'ouest , avec les Cabales enclavés ;

f>lus tard seulement, les Marmarides, es mêmes peut-être que les Gigames , se trouvèrent maîtres exclusifs de cette terrasse ; à l'étage au-dessous figuraient , vers l'ouest les Psylles , vers le sud les Nasamons, et vers l'est les Adyrmachides. Voilà, ce nous semble, la disposition générale qui ressort de l'étude des faits ultérieurs. Il est utile de ne pas perdre de vue cette espèce de symétrie des populations indigènes avec les grands traits physiques du sol , parce qu'elle a toujours influé, à un certain degré, sur les délimitations que l'histoire ou la géographie ont ensuite adoptées.

Et maintenant que nous avons décrit le théâtre où se succédèrent, dans le cours des siècles , les actes divers du drame politique où le premier rôle appartient à Cyrène , il est temps de raconter l'origine, l'accroissement, la puissance et les vicissitudes de cette ville tour à tour royale et populaire , autonome et asservie, païenne, juive et chrétienne ; fameuse par sa turbulence , par ses richesses, par ses mœurs raffinées , par ses philosophes , ses poètes et ses savants, aujourd'hui disparue du monde, et n'ayant laissé à sa place que le nom de Qerenneh planant sur quelques ruines éparses abandonnées a d'insouciants nomades.

Page 1