ABCÉSILAS IV, VAINQUEUR AUX
jeux PYTHiQUES. — Le règne d'Arcésilas IV, fils et successeur de Battos le Beau, ne nous est guère mieux connu que celui de son père; mais il remporta le laurier pythique, pour la course des chars, à la trente et unième célébration des jeux institués à Delphes par Euryloque, c'est-àdire en l'année 466 avant notre ère ; et Pindare en a immortalisé le souvenir en consacrant au royal vainqueur la quatrième et la cinquième de ses odes pythiques. Le chantre thébain a célébré la puissance et la sagesse de son héros ; il s'est plu à répéter ce que la renommée proclamait de son esprit et de son éloquence au-dessus de son âge , de son audace et de sa vigueur dans les combats , de sa précoce facilité pour la poésie . de son habileté à conduire les chars (*). Peut-être y a-t-il
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dans ces éloges un peu de flatterie, car le poète attend une grâce du jeune roi de Cyrène : les troubles politiques ont cause l'exil de quelques hommes distingués, entre lesquels brille Démophile, qui a cherché asile à Thèbes , et Pindare veut obtenir le rappel de ce noble Cyrénéen, l'allié des rois, l'honneur de son pays, qui aspire à revoir sa terre natale ; il semble même que l'unique objet de la quatrième Pythique tout entière soit ne gagner la cause de Démopbile auprès d'Arcésilas.
Quelle qu'ait été Ja décision du monarque dans ce cas particulier, il parait certain qu'il avait juste motif de se défier de l'esprit remuant et factieux des Cyrénéens : aussi médita-t-il un changement de résidence , et s'occupa^ t-il prudemment de se ménager ainsi un refuge en cas d'événements graves.
Il chargea en conséquence Euphème, allié à la famille royale, de réunir des troupes mercenaires pour la défense de son autorité, et de rassembler des colons pour fonder une nouvelle ville aux Evhespérides , sur la côte occidentale de la Cyrénaïque, à l'endroit où gît la moderne Ben-Ghâzy ; mais Euphème ayant péri, à ce qu il parait, dans un engagement où la victoire resta aux siens , ce fut Karrbôtos fils d'Alexibias, beau-frère du roi , qui prit à sa place le commandement des troupes , et qui reçut la mission d'établir la nouvelle colonie des Hespérides.
Insurrection db la Libye sous la conduite d'Inabos. — Lorsque, à la faveur des troubles qui suivirent le meurtre de Xerxès, les Égyptiens s'insurgèrent contre Artaxerxes , en Tannée 462 avant notre ère , il semble que l'insurrection eût son foyer en Libye, puisqu'ils mirent à leur tête le roi libyen Inaros, en même temps qu'un autre prince du nom d'Amvrtée; et il y a tout lieu de
8 résumer que la Cyrénaïque profita e cette occasion pour échapper elle-
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même au joug persan , d'autant plus qu'ïnaros , après avoir chassé le satrape Achéménès et tous les gouverneurs étrangers, appela aux armes nonseulement les guerriers du pays, mais encore tout ce qu'il put réunir de tous les côtés, envoyant chercher du secours jusqu'à Athènes , d -où il reçut un renfort de deux cents vaisseaux.
Artaxerxès renvoya Achéménès avec trois oent mille hommes , tant d'infanterie que de cavalerie; Parmée libyco-égyptienne soutint seule le premier choc , et semblait devoir céder la victoire au nombre , quand l'arrivée des Athéniens rétablit le combat : Achéménès fut tué de la main d'Inaros, son armée taillée en pièces, et les fuyards acculés et assièges dans une forteresse près de Memphis.
Artaxerxès mit une nouvelle armée de trois cent mille soldats sous les ordres d'Artabaze et de Mégabyze
{)our aller réduire les insurgés ; mais il eur fallut plus d'une année pour se rendre à leur destination et refaire leurs troupes. Enfin , cette multitude se porta contre les insurgés, et les enveloppa à son tour : les Égyptiens , effrayes, se soumirent en livrant leurs chefs , et Inaros , trahi par les siens , périt sur la croix (458 ans avant J.C.). Mais les Athéniens tinrent ferme, brûlèrent leurs vaisseaux que l'ennemi avait mi3 à sec , et s'apprêtèrent avec une telle résolution à se frayer un chemin par la force des armes, que les généraux persans , pour éviter un carnage inutile, leur permirent d opérer leur retraite en sûreté : ils gagnèrent la Libye ,' arrivèrent à Cyrène , et de là s'en retournèrent par mer dans leur patrie. Soit magnanimité , soit impuissance , les Perses ne poussèrent pas lus loin leur victoire contre les Liyens ; ils laissèrent Thannyras fils d'Inaros succéder tranquillement à son père , de même qu'Amyrtée eut pour successeur son fils Pausiris.
Abolition de la royauté a Cybène. — Arcésilas vivait-il encore à cette époque comme le pensent quelques critiques, ou bien était-il déjà dé* cédé comme d'autres le supposent, c'est
ce qu'on ignore, bien que cette dernière hypothèse semble s accorder mieux avec l'idée que Cyrène, en prenant part à l'insurrection libyenne contre la do* mination persane, se débarrassa dès lors d'une dynastie de rois qu'elle considérait comme les alliés de ces maîtres étrangers, à l'appui desquels était due la restauration de Battos IV sur le trône d'où Arcésilas 111 avait été précipité. Quoi qu'il en soit, nous apprenons d'un des scholiastes de Pindare, qu' Arcésilas IV fut tué en trahison par les Cyrénéens, qui déclarèrent alors la royauté abolie , et se constituèrent en république démocratique.
Battos, fils du dernier Arcésilas, fuyant la turbulente cité où ses pères avaient régné pendant deux siècles , alla chercher asile dans cette nouvelle cité des Hespérides que son père avait élevée pour être la sauvegarde de sa puissance et de sa race ; mais il y trouva une aussi cruelle destinée : il y périt misérablement, et pour effacer jusqu'à sa mémoire . on jeta sa tête à la mer, en haine de la royauté.
Tels sont les renseignements que Diodore, Thucydide, Héraclide de Pont, et les scholiastes , fournissent sur les derniers règnes de la dynastie des Battiades, dont les descendants, confondus désormais avec le reste des citoyens, ne se distinguèrent plus que par le vain prestige d'une illustre origine, Jusqu'à ce que l'auréole poétique de Callimaque vînt encore jeter sur leur nom un dernier éclat.