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LE PATRIARCHE THÉOPHILE POUR- VOIT A DIVERS SIEGES EN LIBYE

Dans un concile assemblé en 394 à Constantinople, à l'occasion de la dédicace d'une église, et qui eut à opter entre deux éveques qui se disputaient le siège de Bostra en Arabie, on vit figurer, avec le patriarche Théophile d'Alexandrie, Probatius, évéque de Bérénice.

C'était alors l'usage que les métropolitains promulgassent chaque année, après l'Épiphanie, des lettres paschales, ou ils faisaient connaître le jour où devait commencer le carême, et les fêtes mobiles dépendantes delà Paque.

Saint Jérôme nous a conservé trois des lettres paschales émanées du patriarche Théophile, pour les années 401, 402 et 404 ; à la fin de la seconde se trouve l'indication de quelques nouveaux évêques de Libye, dont il annonce l'avènement afin de les accréditer auprès de leurs frères, pour qu'on leur écrivît et qu'on reçût leurs lettres suivant la coutume de l'Église. « Il « faut que vous sachiez qu'en rempla- « cernent des saints éveques qui se « sont endormis dans le Seigneur, on « a ordonné, à Lemniade, ftaséas à la « place de Héron ; à Érythron, Paul à « la place de Sabbatius. »

C'est ce même Théophile qui , en l'année 410, ordonna Synésios évéque de Ptolémaïs , malgré la répugnance expresse et motivée du nouveau prélat, que l'amour de la famille et des études philosophiques retenait dans la vie séculière, mais qui fut obligé de sacrifier ses gotlts aux instances de ses amis, et qui, après s'être préparé à ses fonctions sacerdotales par une retraite de sept mois, vint en 411 prendre possession de son siège , et exercer les pouvoirs métropolitains qui y étaient attachés à l'égard des autres sièges de la Pentapole, en même temps que la confiance de Théophile l'investissait des pouvoirs spéciaux exclusivement réservés au patriarche d'Alexandrie. Synésios, de son côté, professait pour Théophile la défé-

rence et la soumission la plus entière.

Tolérance de Synésios. — En arrivant à Ptolémaïs, il y trouva réfugié et rentré dans la vie privée le noble cyrénéen Alexandre, qui s'était engagé très-jeune dans les observances monastiques, avait ensuite été élevé au diaconat, puis à la prêtrise , et s'étant rendu à Constantinople . y avait fait la connaissance de saint Jean Chrvsostome , qui l'avait promu à l'épiseopat en lui assignant la ville de Basilinopolis en Bithynie ; quand avaient éclaté les querelles de Chrysostome et de Théophile, où la dissidence religieuse des origéniens et des anthropomorphitescouvraitdes haines personnelles, Alexandre était resté attaché au parti de son bienfaiteur; mais maintenant Chrysostome était mort depuis quatre ans , il y en avait trois que la réconciliation avait été convenue, et Théophile avait lui-même écrit au patriarche Atticus de Constantinople, en faveur des anciens partisans de Chrysostome. Synésios , encore nouveau dans le sacerdoce , était fort embarrassé sur la conduite à tenir envers Alexandre; il prit un terme moyen , dont il rendait compte à Théophile en ces termes : « Voyant des « vieillards qui , dans la crainte de « blesser quelque règle canonique , le « traitaient durement, et sans pouvoir • articuler rien de précis contre lui , « refusaient de le Tecevoir sous leur « toit, je n'ai voulu ni les reprendre , « ni les imiter. Savez-vous, mon véné- « rable père, ce cjue j'ai fait ? Je ne l'ai « point reçu à l'église, ni à la commu- « nion de la sainte table ; mais je l'ai « accueilli chez moi comme un homme « sans reproche , lui faisant honneur «suivant mon habitude à l'égard de « mes concitoyens, sans crainte de dé- « roger en cela à la dignité de mon « siège. »

Synésios remplit divbbses missions fatbiabchales. — Sur l'ordre de Théophile, Synésios se rendit à Hydrax et Paiébisca, pour y instituer un évêque en remplacement de Sidérios , jadis établi en ce lieu par Philon de Cyrène , oncle de l'évêque

du même nom qui occupait actuellement le même siège. Mais la population de ces bourgades, qui depuis la translation de Sidérios à Ptolémaïs, du temps de saint Athanase, était rentrée sous l'obédience de l'évêque d'Érythron , et s'était attachée à Paul , que Théophile lui-même avait en 401 nommé a ce dernier siège, refusa d'en recevoir un autre, et demanda avec instance à Synésios de suspendre l'exécution de sa commission jusqu'à ce que le patriarche eût entendu la réclamation qu'on lui adressait ; et il ne fut point donné de successeur à Sidérios.

L'évêque de Ptolémaïs avait à régler en même temns un différend survenu entre Paul a'Érythron et Dioscore de Damis , au siijet d'un tertre situé dans la bourgade d'Hydrax , sur la limite des deux évêchés, et dont les deux prélats se disputaient la possession, Dioscore revendiquant le lieu comme ayant été de tout temps dépendant de son église, Paul prétendant l'avoir acquis par la consécration qu'il y avait faite d'une chapelle sur les ruines d'une plus ancienne. Une enquête démontra que cette consécration avait été subreptice : Paul avait viole la clôture d'une petite maison dont Dioscoreavait les clefs, et y avait fait porter une table qu'il avait bénie; Synésios, présidant le synode des évêqués du voisinage qui s étaient réunis à cette occasion, déclara indigne le procédé d'employer les cérémonies de la religion pour usurper la propriété d'autrui ; Paul reconnut ses torts , et Dioscore consentit à lui céder, à des conditions favorables , l'immeuble objet du litige.

Synésios présida à l'élection d'un nouveau pasteur pour l'évêché d'OIbia, devenu vacant par la mort d'Athamas, qui l'avait rempli jusqu'à un âge très-avancé. Les suffrages se portèrent sur Antoine , compagnon d'études de deux évêques présents à l'assemblée, et qui avait même reçu de l'un d'eux l'ordre de prêtrise ; l'évêque de Ptolémaïs se joignit à eux pour le nommer, et sollicita en sa faveur l'homologation patriarchale.

L'UNIVERS

DÉFÉRENCE DE SYNÉSIOS ENVERS LE PATRIARCHE POUR LES AFFAIRES DE SON PROPRE DIOCÈSE. — Syilé-

sios avait soin en outre de rendre compte à Théophile des affaires de son propre diocèse. Le prêtre Jason ayant attaqué de paroles le prêtre Lamponianus, celui-ci s'échappa en voies de fait, et sur la plainte de Jason fut exclu des assemblées ecclésiastiques : il témoigna un grand repentir, et sa grâce fut demandée par le peuple des fidèles; mais l'évêque déclara que le pouvoir d'absoudre le coupable était réservé au patriarche.

— Des ecclésiastiques s'intentaient mutuellement des procès scandaleux devant les gouverneurs militaires, à qui ils procuraient ainsi un lucre illégitime; Synésios demandait à Théophile d'ordonner qu'on ne suivît plus cette marche à l'avenir, mais qu'on s'adressât, en pareil cas, à la juridiction épiscopale. — Des prêtres, quittant volontairement leur église, venaient jouir, sans charges ni soucis, des honneurs du sacerdoce là où la vie leur semblait

f)lus agréable; Synésios proposa de ne es admettre qu à la communion des laïques, et de les laisser confondus dans la foule des fidèles, afin que la privation des honneurs ecclésiastiques les portât à retourner chez eux, et à garder la résidence que leur ordination leur avait imposée.

Le pieux évêque craignit une nouvelle invasion de l'arianisme dans la Pentapole, au moyen des prédications et des assemblées secrètes de ces sectaires, favorisés par un officier appelé Quintianus, et protégés par l'autorité militaire; il écrivit à ce sujet aux prêtres de son diocèse, pour les inviter à se tenir sur leurs gardes, à épier et à démasquer ces suppôts du démon, et à les chasser honteusement, recommandant surtout d'agir en vue des récompenses célestes , et non d'une avidité sordide des richesses, anathématisant d'avance ceux qui se laisseraient entraîner , à prix d'argent, à fermer les yeux sur ces réunions criminelles.

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