C. IVLIV8 LEPIOV8 TERTVLLV8 LEC. AVG. PR
PR. DEDICAVIT.
SIMVLACRVM DEAE ACROLITHVlf TI. IVL1V8 HONORATV8 PONT. PL. PP. DONO DEDIT.
« généralissime pour la huitième foi», consul , pro- « consul , puissant et inviolable prince ; la colonie « des Siguilaina. » Celle inscription (dont nous noos dispensons de traduire les indications purement généalogiques) est de l'année 198, la 5e du règne de Septime Sévère , et s'adresse à son fils Caracnlla, alors césar.
(*) ptmp* Qertd, la Tille. Les Berbers ont de mAme emprunté aux Arabes leur mot Médynnh , qu ils ont naturalisé sous la forme Témdjnt.
* A la Terre génératrice, la république « des Cuiculitains a élevé ce temple ; Caïus « Julius Lepidus Tertullus, lieutenant im- « pénal propréteur, en a fait la dédicace ; « Tiberius Julius Honorât us , pontife fia- « vien, a donné, de ses deniers, la statue « de la déesse sur son piédestal. »
Cuiculum communiquait à la côte par deux routes directes, Tune sur Goba avec embranchement vers Igilgilis , l'autre sur Tucca à l'embouchure de l'Ampsagas.
— De Sitijis à Césarée. — La dernière fraction de la grande route de Cartbage à Césarée partait de Sitifis, et ne comptait pas moins de douze gîtes d'étape , parmi lesquels nous remarquons les noms de Perdices , Cellas, Marri, Auza, Rapidum, Caput- Cillani, Sufasar, et Aquis.
Séthyf d'une part et Scherschel de l'autre indiquent les deux points extrêmes ; vers le milieu se trouve, dans le château actuel de Hamzah, le point corrélatif à Auza,qu'Ammien Marcellin appelle Castellum Audiense, et qui porte le titre de colonie dans deux inscriptions recueillies sur les lieux mêmes ; l'une est consacrée
AVZIO DEO CENIO ET CON8ERVATOR1 COL.
« Au dieu d'Auza , génie et gardien de la « colonie. »
l'autre trouvera sa place plus loin , dans le résumé topographique de l'expédition de Théodose contre Firmus.
C'était le quartier-général d'un commandant de frontière que la Notice des dignités intitule pr&positus limitis Audiensis.
Ces trois points ne suffisent pas pour donner une idée générale de la direction de la route: car on vient aujourd'hui de Séthyf à Hamzah par les fameuses Portes de fer que les soldats français ont franchies , tandis que la voie romaine contournait par le sud les montagnes dans lesquelles est ouvert ce périlleux défilé. Un Qassr el- Thâyr ou Château des Oiseaux répondrait bien par sa dénomination a la' station de Perdices, si la condition de distance était mieux remplie. Le nom.
de Cellœ indique suffisamment des
ANCIENNE. m
magasins, mais l'emplacement en est encore ignoré. Maqqarah , lieu de naissance du célèbre historien arabe Schehâb-el-Dyn Ahhmed el-Maqqary, représente très-bien le Macri de l'itinéraire. La route qui , pour arriver jusque-là , avait tiré au sud-ouest, reprenait ensuite au nord pour gagner Auza.
Entre ce dernier point et Césarée , le nom de Rapidum indique une de ces chutes d'eau que les indigènes appellent aujourd'hui Schillélah, et dont plusieurs sont marquées sur les cartes, dans ces cantons. Le Caput-Cillani désignait-il un poste établi à la source d'un fleuve Cillanus? On pourrait le croire : un commandant de frontière, prxpositus limitis Caput-Cellemis, y avait ses quartiers; et les montagnes situées au delà portaient le nom de mont Trans-Celtensis ; peut-être étaitce celles de Ty thery. A Sufazar se trouvait le point d'intersection de la route de Sitins à Césarée avec celle de Calama à Rusuccurum; puis on passait à AquiSy c'est-à-dire à un établissement thermal destiné au soulagement des malades et des blessés; et l'on n'avait plus qu'une étape pour arriver à Césarée. La position de ces thermes, ainsi que celle de Sufazar, n'a point encore été déterminée avec quelque assurance : le voyageur Shaw, qui connaissait bien le pays , avait désigné Hhammâm-Merghah comme représentant plausiblement lés Aquœ de l'Itinéraire.
Grande boute de Thèmes a Saldes par théveste, lambrsb et sltipis. — La grande voie que nous venons de parcourir était coupée carrément à Sitifis par une autre ligne importante conduisant de Thènes à Saldes par Théveste , Lambèse et Sitifis.
Cette ligne se compose de divers fragments, qui sont présentés dans l'Itinéraire en cet ordre : route de Sitifis à Saldes, route de Lambèse à Sitifis, route de Théveste à Sitifis par Lambèse, et plus loin, route de Thènes à Théveste; nous aimons mieux les exa-.
miner dans l'ordre inverse, qui mon-
L'UNIVERS
tre plus clairement comment ces fragments s'ajustent bout à bout.
— Depuis Thènes jusqu'à Théveste.
— La route de Thenes à Théveste , après avoir traversé Autentum, ou Autenti comme on le trouve dans les vers de Corippe (*), passait par Suffétula , lieu important par le croisement des diverses voies auxquelles elle offrait ainsi un centre commun , et dont les ruines présentent encore d'assez beaux restes de trois temples , et d'un arc de triomphe dédié à Antonin , sur lequel Peyssonnel , Shaw, et Grenville Temple ont lu quelques mots épars d'une dédicace que nous croyons pouvoir rétablir ainsi dans son entier :
IMP. CAESARI DIVI HADRIANt AUC. FIL. DIVI TRAIANI PARTH1CI NEP. DIVI NERVAE PRONEP. TITO AELIO HADRIANO ANTONINO AVG. P10 PONT. MAX. TRIB. POT. COS. II. PP ORDO ET POPVLVS SVFFETVLENSIVM ( ARCVM ? ) HANC KDIF1CAVERVNT EX DD. PP.
« A l'empereur et césar fils du bienheu» « rcux Adrien Auguste , petit-fils du bicn- « heureux Trajan le Parthique, arrière-petit- « fds du bienheureux Nerva , Titus Elius « Hadrianus AntonînusAugustus Pius, grand ^ « pontife , revêtu de la puissance trinuni- • tienne , consul pour la seconde fois (**) , « père de la patrie; le corps municipal des « Suffétulans a élevé cet arc; par décret « des décurions , des deniers publics. >»
Le nom de Sutfétula se retrouve presque intact dans celui de Sobeythalah que porte aujourd'hui la ville arabe élevée au milieu de ces ruines.
Après Suffétula on trouvait Cilium , obscur dans les géographes, mais dont les ruines, éparses auprès du village actuel deQassryn, montrent encore de grands tombeaux, et un arc de triomphe avec une inscription qui constate que ce lieu avait été décoré du titre de colonie :
COLON1AE C1LVTANAE Q. MANL1VS FELIX C. FIL1VS PAPIRIA RECEPTVS POST A LIA ARCVM QVOQVE CVM 1NS1CNIBVS COLONIAE
SOUTA IN PATR1A11 LIBEUAL1TATE EREX1T
« A la colonie Cilitaine, Quintus Manlius
(*) a Te Autenti sxvos maclantes viderat bostes. » CoiurrE, Joliannide, lit, 319.
(**) En l'année 139 de notre ère.
« Félix Réceptus, fils de Caïus, de la tribu « Papiria, outre d'autres monuments, a « aussi , avec sa libéralité accoutumée en- « vers sa pairie, élevé cet arc décoré des « insignes de la colonie, etc. »
— Depuis Théveste jusqu'à Lam~ bèse. — Sur la route de Théveste à Sitifis, le point important était celui de Lambèse, dont la synonymie géographique est bien connue par les vérifications de Peyssonnel et par la visite récente d'un jeune prince au milieu de ses ruines, où subsistent de nombreuses inscriptions, qui constatent, aussi bien qu'une annotation spéciale de Ptoiémée (*), que c'était une colonie de la
(*) Il existe généralement, dans la manière dont cette annotation est entendue par les éditeurs de Plolémée et par les dessinateurs de ses cartes, une erreur trop grave pour que nous ne regardions pas comme un devoir de la relever ici, surtout au moment où la petite édition grecque de M. Nobbe (destinée, par son mérite aussi bien que par la modicité de son prix et la netteté de son exécution, à une circulation très-étendue) rend cette erreur plus sensible encore par une coupure mal placée. On nous pardonnera cette digression, à cause de l'intérêt qui s'attache à toutes les questions de géographie ancienne relatives au territoire de l'Algérie.
Ayant àénumcrerles villes intérieures de la province d'Afriipie, Plolémée les distribue en quatre séries principales : i° entre-Je fleuve Ampsagas et Thabraca ; a° entre TÎiabraca et le fleuve tfagradas; 3° entre le fleuve Bagradas et le fleuve Triton ; 4° entre les deux Syrtes; et il subdivise la première et la troisième de ces quatre séries principales en deux séries secondaires chacune , savoir : la 3e en villes soumises à Carthage et villes soumises à Adrumète (ce qui revient à la division bien connue de la Zeugitane et de la Byxacène) ; et la ire, dont nous voulons parler spécialement ici, en villes des Cirtésiens et villes de la Numidie Nouvelle.
Les éditeurs ne paraissent point s'être rendu compte, autant qu'il était nécessaire, de cet arrangement, et ils ont fait ressortir d'une manière uniforme les titres des subdivisions aussi bien que ceux des divisions principales ; -bien plus, l'annotation qui suit le nom de Lambèse, ils l'ont prise aussi pour un titre applicable aux villes dénoin-
légion Troisième* Auguste , qui fut, depuis la conquête, constamment affectée à la garde de l'Afrique : cette circonstance, et la multiplicité des routes tracées à Tentour, nous fournit une indication très-digne de remarque sur le système d'occupation et de défense adopté par les Romains en cette région : c'est à vingt lieues au sud de Constantine qu'ils avaient porté le noyau de leurs forces militaires, tenant ainsi en échec, entre la côte et le cordon des frontières, les indigènes subjugués, et circulant librement sur leur territoire au moyen des routes dont ils l'avaient sillonné : ce sytème ne parait pas encore avoir été assez clairement aperçu ni médité.
Avant d'arriver à Lambèse on passait
mées ultérieurement jusqu'au tilre suivant; si bien que la dernière édition grecque, stéréotypée à Leipzig, porte même :
§ 29. Novu.iôi'aç véaç*
Aot[x€ai<ra. . . . x 8 A.
§ 30. AeYetwv TpÉt?) <re<5ourdj ©ouêovm;. . . x.t. X.
et les cartographes ont en conséquence tracé la limite de la Numidie Nouvelle autour des villes énumérées sous cette rubrique jusques et y compris lambèse, laissant en dehors les villes dénommées après , comme si elles composaient une subdivision spéciale affectée à la légion Troisième- Auguste.
On ne s'est point aperçu : i° en la forme, que si l'annotation qui suit le nom de Aàu.6auxa eût constitue un nouveau titre corrélatif à ceux de KipTri<ruov et de Nouu,t5îct; vé*ç, il aurait fallu lire Aeyîovoç Tp(ttjç «reSaonte au génitif, au lieu du nominatif qui dénote une fonction explétive à l'égard du nom qui précède ; a0 au fond , que les inscriptions ont constaté le cantonnement de la légion Troisième-Auguste à Lambèse, et qu'en outre Ptolémee luimême a bien expliqué l'étendue qu'il entend donner à la Numidie Nouvelle à l'est des Cirtésiens jusqu'à Thabraca, quand il place los Iontiens xatà ttjv Nouu.i5tav t^v xal Néav èwxpxÉav ui/pt Qaôpâxr,;. Les douze \illes qui suivent l'annotation doivent donc être comprises, aussi bien que les onze qui précèdent, dans la circonscription de la nouvelle provinoe de Numidie.
à ThamugadiS, dont le titre colonial, qu'elle paraît avoir reçu de Trajan, ne nous est révélé que par cette inscription tumulaire :
D. M. L. AELI. PERPETVI LEGATION E FVKCTI PATRIAE SVAE COL0NI AE VLPIAE THAMVCA DIS EX NVMIDIA.
FECERVNT AELII TERTIVS ET COMA FILII LEVCAD10.
« Aux mânes de Lucius Elius Perpetuus, « qui avait rempli les fonctions d'envoyé de « sa patrie, la colonie Ulpia Thamucadis en «Numidie; fait par Tertius et Coma fils « d'Elius Leocadius. »
— Depuis Lambèse jusqu'à Soldes.
— De Lambèse la route se continuait vers Sitifis en passant par Diana, appelée aujourd'hui Zanah,etqui était un établissement de vétérans, ainsi que l'indique suffisamment le nom de Diana Veteranorum qui lui est donné ailleurs dans l'Itinéraire ; sur un arc de triomphe en ruines se lit encore cette inscription :
IMP. CAES. M. SEVEROPIO FEUCI AVC. PONT. MAX. TRI. POT. PR0VIDENTIS8I MO ET 8ANC- TISS1M0 PR1NCIPI. ET ANTONINO N0BILISS1M0 CAES A RI PRINCIPI IWENTVTIS. DIANENS. EX DECRETO DD. PP.
« A l'empereur et césar Marcus Severtis « Pius Félix, auguste, grand prêtre, revêtu « de la puissance tribuuitienne , prévoyant «et inviolable prince; et à Antonin très- « noble césar et prince de la jeunesse ; les «Dianais, par décret des décurions, des « deniers publics. »
Une autre route pouvait conduire de Théveste à Diana sans passer par Lambèse, mais il y avait communication de l'une à l'autre voie ,par une traverse entre Lambèse et le Vicus Aurelii. On pouvait aussi, à volonté, aller de Lambèse à Sitifis sans passer par Diana, soit en prenant à droite par Taduttis dont le nom est resté à Tattubt, soit en prenant à gauche par Lnmasba dont le nom se retrouve encore dans celui de Lamaza , et en allant, par Zarai qui est aujourd'hui représenté par Zérvah, rejoiodre Perdices; mais Diana communiquait diree-
L'UNIVERS
tement d'un côté avec Taduttls et de l'autre avec Lamasba.
Enfin de Sitifis on gagnait Saldes, soit en droiture , soit en passant par le municipe de Tubusuptus.
—Autres communications de Lambése avec Théveste et avec Cirta.
— De Lambèse se détachait vers le sud une route qui revenait ensuite au nord vers Théveste ; le point le plus avancé du côté du désert était sans doute Badias dont le nom et la position paraissent se rapporter au lieu que les Arabes appelèrent plus tard Bâdys de Zâb; c'est là qu'avait son quartier -général le commandant de frontière désigné dans la Notice des dignités sous le titre de prœpositus Umitis Bazensis. Parmi les stations intermédiaires, celles qui portent les dénominations de Jquse HercuUs et ad Piscinam désignent probablement des établissements thermaux, dont le dernier est peut-être représenté par le Qala't-el- Hhammâm des Arabes.
Une route partait également de Lambèse vers le nord , pour aboutir directement à Cirta, en passant par une station ad Rotam qui semble indiquer un moulin à eau, et par le Lacus Regius représenté sans doute par la grande sebkhah allongée qui couvre une vaste plaine dans le sud et le sudest de Constantine, et que nous avons déjà rencontrée sous le nom de Macomades, entre Théveste et Cirta, sur la grande voie de Carthage à Césarée.
Routes de Carthage a Cîrta, par Vatarum, et par Hippone.
— Route par Vatarum- — On pouvait se rendre , par un chemin plus direct, de Carthage à Cirta, en prenant à Musti un embranchement qui conduisait d'abord à Sicca-Vénéria , que Ton croit un établissement originairement punique, devenue une colonie romaine dès avant l'époque de Pline, et remplacée aujourd'hui par la ville arabe d'El-Kêf, où se voit encore l'inscription suivante :
VICTORI CENTCRIONI LEGIONAIUO
EX EQVITE BOMANO OB MVNIFI CENTIAM OR DO 8ICCENBIVH Cm ET CONDECVRIONl DD. PP.
« A Victor, centurion légionnaire , eu- « chevalier romain , à raison de sa munifi- « cence; le corps municipal des Siccéensà m leur concitoyen et co-décurion ; par dé- « cret des décurions, des deniers publics. »
On traversait ensuite Naraggara, sous les murs de laquelle, et près de Killa, fut livrée cette bataille fameuse où Scipion vainquit Annibal, et que les modernes appellent invariablement bataille de Zama, par une de ces confusions si communes dans les désignations de ce genre; une communication directe était établie de Naraggara à Hippone-Royale par Tagaste, patrie de saint Augustin. Plus loin on trouvait Tipasa , représentée par la moderne Tyfêsch, d'où se détachait un embranchement sur Hippone-Royale; à Tiprisa on avait à choisir, pour gagner Cirta, entre la route de droite par Tibilis, ou la route de gauche par Sigus. Il existait en outre , "pour aller de Musti à Cirta, une troisième route tracée entre les deux premières et communiquant avec l'une et l'autre par quelques traverses; elle passait à fat-arum ouCellas Tatari qui a trouvé place dans les vers de Corippe (*), à Tigisis qui a laissé son nom a la moderne Teghzeh, et enfin à Sigus, d'où l'on arrivait à Cirta; mais on pouvait, à volonté , poursuivre son chemin en droiture de Sigus à Sitifis, et continuer même au delà vers quelques points, dont le seul connu est Tubuna, qui se retrouve dans la ville arabe de Thobnah, et qui était le quartier-général du prœpositus Umitis Tubuniensis.
— Route par Hippone. — Il existait encore une autre route de Cirta à Carthage: par Hippone-Royale. On arrivait d'abord de Cirta à Hippone soit par Rusicade, soit un peu plus directement par
(*) Voir ci-après, page a5o, note (*), ce que nous disons de ce lieu.
les Aqux TiMlltanœ, que Ton croit correspondre aux Hhammâm el-Berda' de nos jours. D'Hippone à Carthage, les premières étapes nous montrent en premier lieu des Aqux désignant ici , comme dans tous les cas semblables , un établissement thermal public; puis la colonie de Simittu, qui paraît avoir laissé son nom à remplacement où le roi de Tunis , au commencement du seizième siècle, bâtit la ville de 'Ayn- Sammit, bientôt après ruinée par les Bédouins ; ensuite Bulla, qui dans le premier siècle avait été la ville royale du numide Hiarbas le compétiteur de Hiemsal, et qui était bâtie au milieu d'une campagne fertile vantée par saint Augustin et Procope, et connue des Arabes sous le nom de Fahhss Boll. Le reste de la route n'offre plus qu'une série de stations obscures échelonnées à des distances assez rapprochées, le long du Bagradas.
Routes de Tac ape. — De Fatarum à Tacape. — De Vatarum une route conduisait parThéveste et Télepte jusqu'à Tacape. Elle n'offrait, dans sa première partie, aucun nom à mettre en saillie; dans la seconde se rencontrait, comme unique station intermédiaire, le château d'ubaza, où aboutissait aussi l'une dés branches de la route de Radias. La troisième partie seule offre de l'intérêt. D'abord c'était Télepte même, que la Table Peutingérienne décore du titre de colonie ; puis Capsa, dont les traditions héroïques attribuaient la fondation à Hercule, fameuse par l'expédition de Marius, ville libre à l'époque de Pline, colonie au temps de la rédaction de la Table Peutingérienne, et décorée de monuments dont il reste à peine quelques inscriptions et quelques débris enchâssés a ans les constructions ultérieures des' Arabes , qui lui conservent le nom de Qafssah ; puis les Aquœ Tacapitanse, que l'on retrouve à Hammâm près de Qâbes. De Télepte et de Capsa, deux routes jumelles bientôt réunies en une seule se détachaient au sud pour regagner Tacape après avoir contourné au midi la grande lagune salée qu'on appelle aujourd'hui EI-Sebkhan-el-'Aoudyeh, et
dont nous supposons que Ptolémée avait fait son marais Libya : les noms de Praesidium, de Praetorlum, de Turres, de Speculumy indiquent assez que la frontière était peu sûre , et qu on avait pris ses précautions pour communiquer de ce côté avec Thiges, Tusuros, Nepte, que représentent aujourd'hui Téqyous, Touzer et Nefthah.
— De Tacape à Leptis. — De Tacape une route intérieure se rendait à Leptis la Grande le long des frontières tripolitaines ; elle passait par les Aquse que nous avons déjà signalées, et s'enfonçait ensuite dans les terres en traversant des lieux aujourd'hui inconnus, à une profondeur indéterminée; des géographes ont pensé que la ville reculée de Cydamus , la moderne Ghadâmes, mentionnée seulement par Pline et Procope, pourrait se trouver cachée sous quelqu'un de ces noms barbares ; nous n osons le croire. Peut-être le village actuel de Télémin conserve-t-il quelque vestige du nom de la Turris TamaUeni et du Limes Thamallensis ; Bézéréos, Thabalati , Thémélami, Tillabari que Corippe a enchâssé dans ses vers (*), Talalati, paraissent désigner les quartiers où résidaient les commandants ou prévôts de frontières que la Notice des dignités de l'Empire énumère sous les noms de Bizereutani, Tablatensis, Thamallomensis, Tillibarensis, Secundanorum in castris Tillibarensibus, et Talalatensis, les uns sous les ordres du comte d'Afrique, les autres sous les ordres du duc de laTripolitaine. Entre cette route et celle du littoral, une route intermédiaire partant de Tacape en tirant vers Sabrata et traversant le fleuve Ausere , est indiquée en partie dans la Table peutingérienne.
— De Musti à Tacape. — On arrivait encore à Tacape par une autre route intérieure, se séparant à Musti de la grande voie de Carthage à Cé-
(*) « Nec cessant popolos iiifaastî mit tore cacnpi « Quos Talantacis nul ri x autcepil ab arvi.i « Tiltibaris, jnnetisque maris distendit arenis « Martamali genitri». »
Cohippe, Johannide, II, 78.
L'UNIVERS
sarée par Théveste et Girta ; on venait d'abord à Assura, dont l'emplacement est déterminé par les ruines qui uortent aujourd'hui le nom de Zanfour et au milieu desquelles se lit, sur une porte triomphale, l'inscription suivante :
D1V0 OPTIMO SEVERO PIO AVG. ARAB. PART. ADIAB. MAX. ET IMP. CAESAKI AVKEUO ANTO- NIISO PIO AVG. FELICI PART. MAX. BRIT. MAX. CERM. MAX. PONT. MAX. FIL. TRIB. POT. XVIII. IMP. III. COS Mil. PP. PROC08. OPTIMO MAXI' MOQVE PRINCIPI. ET IVL1AE DOMNAE PUE PER- T1NACI AVG. MATRI AVG. ET CASTRORVM ET 8ENATVS ET PATRIAE. CONJVGI DIV1 SEVERI AVG. PII COL. IVL. ASSVRA DEVOTA WVMINI EORVM DBD. P.
« Au dieu bienfaisant Sevenis Pius , An- « guste, l'Arabique, le Parthique, le grand « Adiabénique ; et à l'empereur et césar « Aurélius Antoninus Pius Augustus Félix, m le grand Parthique, le grand Britannique, « le grand Germanique , grand pontife , son « fils , revêtu de la puissance tribunitienne « pour la xvin« fois, généralissime pour la « ine fois, consul pour la ive fois (*; , père « de la patrie, le meilleur et le plus grand « des princes ; et à Julia Domna Pia Perti- « nax Augusta, mère de l'empereur, des « armées, du sénat et de la patrie, épouse h du bienheureux Sévère Auguste Pius , la « colonie Julia Assura, dévouée à leur divi- « nité, a élevé ce monument, dédié par « décret des décurions. »
Les ruines de Mahhdher. Aouléd 'Ayâr sont moins explicites pour la détermination de la correspondance de ce lieu avec l'ancienne Tucca Térébenthina , qui venait après Assura ; Sufes, qui suivait, est représentée par la moderne Esbybah. Bientôt on atteignait Suffétula, et l'on arrivait à Tacape à travers quelques stations moins connues.
Diverses boutes passant pab Aquas Regias. — La route ci-dessus était coupée à angle droit par celle de Tysdrus à Théveste, sur laquelle se trouvaient Aquœ RegiXy d'où l'on gagnait ensuite Suffétula. Les AquœRegiœ se rencontraient également sur la route d'Adrumète à Suffétula, de même que sur celle de Sufes à Adrumète, et enfin
(*) Ces chiffres se rapportent à l'an ai 3 de notre ère.
sur une autre route encore de Tysdrus à Théveste par Zama Regia, Assura, et Amuiédéra : celle-ci, tracée uniquement sur la Table Peutingérienne, est importante en ce qu'elle sert à déterminer avec assurance la position de Zama , plus célèbre par I application erronée de son nom a la fameuse bataille où Scipion vainquit Annibal, que par les farts réels de son histoire ; le titre de colonie lui fut probablement accordé par l'empereur Adrien, ainsi qu'on en peut juger par le fragment d'inscription que voici :
COLONI C0L0NIAE AELIAE BADRIANAB AVG.
ZAMAE REÇUE Q. ARADIVM VALERIVM PROCVLVM IPSVM L1BEROS POSTEROSQVE EIVS 8IBI LIBERIS POSTE RISQVE SVIS PATRONVM COOPTA VERUNT.
« Les colons de la colonie Élia Ad rien ne « Auguste Zama Regia , tant pour eux que « pour leurs enfants et descendants , ont « choisi pour leur patron Quintus Aradius « Valerius Proculus, ses enfants et descende dants. m
Multiplicité des villes et autres établissements.
On vient de voir quel était dans son ensemble le système de communications itinéraires établi dans la région d'Afrique. Sur ces routes étaient semés, en grand nombre, les villes romaines , les châteaux , les camps , les postes occupés par des soldats, les thermes où ils allaient guérir leurs blessures et leurs maladies, les greniers où des provisions de vivres étaient accumulées pour leur subsistance.
Aussi, tranquilles possesseurs du sol, ils bâtissaient, même hors du passage de ces routes, des cités florissantes telles que Calama notre moderne Ghelmah, Madaurus la patrie d'Apulée; ils disséminaient sans crainte dans les campagnes ou les vallées des villas de plaisance , comme au sein de la belle Italie.
Les indigènes de leur côté avaient des cités et des bourgades multipliées répandues dans le plat pays, et l'histoire nous a transmis le nom d'un certain nombre de ces places ; nous ne chercherons point à en faire ici le fas-
tidieux inventaire: nous aimons mieux passer en revue pour y saisir les éléles signaler avec précision dans une ments d'une détermination des limites esquisse rapide, au point de vue topo- dans lesquelles se trouvèrent successigraphique, des faits historiques dans vement renfermés les états et les proie récit desquels elles se trouvent en- vinces entre lesquels fut morcelé le cadrées, et qu'il nous faut maintement territoire de l'Afrique.