‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 94 sur 246 · VICTOIBE DÉCISIVE DE SCIPION SUR ANNIBAL; FIN DE LA GUERHK · texte numérisé non relu

VICTOIBE DÉCISIVE DE SCIPION SUR ANNIBAL; FIN DE LA GUERHK

— Les Carthaginois ayant intimé secrètement à Annibal l'ordre de venir défendre l'Afrique, il débarqua à Leptis , alla camper auprès d Adrumète, où il fit des approvisionnements de vivres et de chevaux ; il attira à son parti Tvchée chef des nomades Aréacides, Mézétule qui disposait de 1 000 cavaliers , et encore Vermina fils et successeur de Svphax; il s'empara, tant par capitulation que par la force des armes, de plusieurs villes du domaine de Massinissa, et il employa même la trahison pour se rendre maître de celle de Warlkê ; puis il se porta vers Zama, distante de cinq journées de route à l'égard de Carthage : il y eut là un engagement de cavalerie ou les Romains obtinrent l'avantage.

Scipion de son côté courant la campagne, saccageait les villes , ne recevant pas même à composition celles qui voulaient se rendre. Après avoir emporté la grande ville de Parthos et reçu des renforts de Massinissa, il alla s'établir près de Naraggara , où il attendit Annibal , qui lui avait fait demander une entrevue; le général carthaginois vint alors camper à quatre milles de Scipion , tout près de Killa. Les deux chefs n'ayant pu s'accorder, on en vint aux mains ; la victoire resta à Scipion , et Annibal , après avoir vaillamment combattu, se réfugia avec une poignée des siens dans la ville de Thon, d'où il passa à Adrumète, faisant à cheval en deux jours et deux nuits une route de près de trois mille stades. Ayant rallié 6 000 fantassins et 500 cavaliers, il se porta sur la ville de Marthama; mais il fut rappelé à Carthage par suite des négociations pour la paix.

Après avoir marché à la rencontre de Vermina qui venait au secours des Carthaginois, et lui avoir taillé en pièces 10 000 hommes, Scipion rentra à

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Tunis pour y recevoir les soumissions des vaincus ; les conditions de 4a paix furent ainsi réglées : que les Carthaginois demeureraient libres , conservant leurs lois et la possession des villes de leur territoire en dedans des limites existantes avant la guerre, évacuant toutes les villes en dehors de ces limites, et leur rendant leurs otages; qu'ils livreraient tous les prisonniers et transfuges , tous leurs éléphants, toutes leurs galères, sauf dix trirèmes seulement ; qu'ils ne feraient aucune guerre, soit en Afrique, soit au dehors, sans l'autorisation de Rome; qu'ils rendraient à Massinissa tout ce au'ils lui avaient enlevé, et s'allieraient à lui;

3u'ils fourniraient les vivres et la solde e l'armée jusqu'au retour des ambassadeurs à députer au sénat; qu'ils payeraient 10 000 talents eu boïques , donneraient cent otages, et restitueraient toutes leurs prises.

Rome ayant décerné de pleins pouvoirs à Scipion (*), la 'paix fut ainsi définitivement conclue. Le proconsul ajouta aux états que Massinissa tenait en héritage de ses pères, la ville de Cirta et toutes les autres places et territoires qui avaient été enlevés à Syphax par les armes romaines, le surplus demeurant au pouvoir de Vermina. Puis il quitta l'Afrique et vint recevoir à Rome les honneurs du triomphe.

RÉSULTATS DE CETTE GUERRE QUANT AUX DÉLIMITATIONS TERRITO- RIALES. — Quelles furent alors les limites où se trouvèrent renfermes les Carthaginois, quelles furent celles de Massinissa et celles du ûls de Syphax ? La question est plus facile à poser qu'à résoudre. Toutefois il est quelques données générales qui ressortent des faits que nous venons de résumer, des indications subséquentes des géographes, et des lumières que l'on peut demander aux événements ultérieurs.

Les Carthaginois devaient se renfermer, dit Appien, dans le territoire ceint par les fossés puniques?*); mais

(*) L'an 20 1 avant noire ère.

(**) 'EvTOÇ TÛV <POlVlx(o<OV TOÇfXOV.

ces fossés ne sont mentionnés que par lui, et par un fragmentde la Périégèse perdue d'Eumaque, conservé par Phlégon de Tralles , sans indication de leur situation. Pline aussi nous parle d'un fossé que le jeune Scipion établit pour limite entre les possessions romaines et celles des rois numides, et il est probable qu'il s'agit , au moins en partie , de la même ligne de démarcation; mais nous ne sommes guère mieux instruits de la situation précise de celle-ci. Quoi qu'il en soit, nous pouvons admettre, sans crainte d'erreur grave , que les Carthaginois prétendaient posséder tout le territoire compris entre Thabraca et Thènes; que Massinissa avait sans contestation la contrée qui s'étendait au delà de ces limites jusqu'à la Cyrénar* que d'une part, et d'autre part au moins jusques et y compris la royale Cirta; sauf les prétentions puniques sur quelques villes du littoral, et les prétentions de Massinissa sur une bonne partie du territoire occupé par les Carthaginois et dont la restitution était stipulée. Le domaine de Vermina, assez vaste encore, se poursuivait à l'ouest du royaume de Massinissa jusqu'à la Mauritanie, c'est-à-dire, suivant toute apparence, jusqu'au fleuve Molochath au couchant au Malua, où commençait le royaume de Bocchar.

Envahissements de Massinissa.

Gouvernement d'Annibal a Car-

THAGE : RÉVOLUTION PARLEMEN- TAIRE contre lui. — Le traité qui venait d'être conclu entre Rome et Carthage contenait, dans ses dispositions en faveur de Massinissa, le germe de longues contestations ; car il était évident qu'un intérêt de conservation devait porter Carthage à résister aux tentatives d'agrandissementque l'ambition et la confiance en l'appui des Romains inspireraient au monarque numide : et l'on avait ôté à Carthage la faculté de vider à cet égard sa propre querelle, en lui interdisant toute guerre qui n'aurait pas l'assentiment de Rome.

Cependant la présence d'Annibal dans sa patrie sulGsait pour contenir les prétentions de Massinissa dans les bornes d'une simple réclamation diplomatique : l'illustre stratège , resté a la tête de l'armée carthaginoise, partageait avec son frère Magon le soin de maintenir l'Afrique dans le devoir. Mais bientôt Rome en témoigna de l'ombrage. Le parti populaire était alors assez puissant encore pour lutter contre le servilismc qui envahissait le sénat punique ; et ce ne fut qu'après trois ans d'efforts que les deux factions que l'on appelait romaine et royale parvinrent a faire prononcer le rappel d'Annibal et de Magon: ce ne fut même qu'un succès momentané , car le parti patriote regagna presque aussitôt l'avantage en portant Annibal à la suprême magistrature (*). Le grand homme s'y montra plus redoutable encore, et d'immenses réformes faisant refluer au trésor, pour l'acquittement des charges publiques , les richesses dont l'aristocratie avait seule jusqu'alors abusivement profité, on vit Carthage se refaire de ses pertes avec une merveilleuse rapidité, se créer des ressources nouvelles , et redevenir pour Rome une rivale d'autant plus formidable qu'elle semblait se ménager des alliances étrangères.

Aussi des ambassadeurs romains arrivèrent-ils à Carthage sous le prétexte de terminer par voie de conciliation les discussions soulevées par les réclamations de Massinissa, mais en réalité pour favoriser une révolution parlementaire contre Annibal, et obtenir l'extradition de leur implacable ennemi. Il leur échappa toutefois en s'exilant volontairement de son ingrate patrie : averti de leurs menées, il fit secrètement disposer des relais pendant qu'il affectait de se montrer toute la journée exclusivement occupé des affaires publiques; et le soir il partit furtivement ; il flt une telle diligence, qu'après avoir traversé une partie du territoire Vocan, il arriva le

(*) L'an 197 avant l'ère vulgaire.

lendemain matin à la tour qui portait son nom , entre Acholla et Thapsus.

Il se rendit le même jour à l'île de Cercina, et remit en mer la nuit suivante pour aller chercher un asile auprès d'Antiochus de Syrie qui préparait la guerre aux Romains.

Massinissa se met en possession des Emporia. — Au milieu des préoccupations nouvelles excitées par cet événement inattendu, la question de limites qui avait servi de prétexte à la venue des commissaires, fut probablement oubliée ; tandis que Massinissa, enhardi par les mauvaises dispositions des Romains contre les Carthaginois, et favorisé en même temps par les dissensions intestines de ceux-ci , prit le parti d'envahir le territoire qu'il convoitait, soumit à son autorité quelques-unes des villes tributaires de Carthage, et dévasta tout le pays : il s'agissait, nous dit Tite-Live," de la contrée maritime appelée Kmporiay bordée à la fois, d'un côté, par la petite Svrte, de l'autre par une campagne fertile, et constituant, sous le nom de Leptis, une cité unique (*) qui payait à sa métropole l'énorme tribut d'un talent par jour.

Carthage envoya à Rome des ambassadeurs (**) pour se plaindre de cette violation des limites fixées par Scipion : limites, disaient-ils, que Massinissa avait bien reconnues et respectées, alors que, poursuivant le numide Aphir ou Aphtérate dans sa fuite vers Cyrène, il s'était cru obligé de demander et s'était vu refuser par les Carthaginois le passage qu'il avait revendiqué depuis. Mais des envoyés numides étaient aussi venus pour répondre à ces griefs : ils accusèrent les

(*) C'est ainsi , suivant nous , qu'il faut entendre ce passage de Tite-Live : « Empo- « ria vocanl eam regionem ; . . . . una civitas « ejusjLeplis. » Les traducteurs, qui oublient trop souvent la valeur du mot civitas (corps politique ) , font dire au Padouan qu'il n'y avait en ce pays que la seule ville de Leptis ! taudis que Polybe assure au contraire qu'il y avait un grand nombre de villes.

(•*) L'an iq3 avant l'ère vulgaire.

soc,

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Carthaginois de mensonge en ce qui concernait les limites fixées par Sci-

f>îon : que si Ton voulait remonter à 'origine des droits respectifs» Cartilage , disaient-ils , n'aurait d'autre domaine que l'espace mesuré par les lanières de la fameuse peau de bœuf; tout ce qu'elle possédait au delà, elle l'avait usurpé ; mais si l'on voulait se borner à la question actuelle , il était certain que la possession du territoire en litige, loin d'avoir constamment appartenu aux Carthaginois, avait au contraire flotté sans cesse entre eux et les rois numides, au gré de la fortune des armes; et il convenait de ne rien changer à cet ordre de choses.

Rome délégua trois nouveaux commissaires, parmi lesquels était Scipion lui-même , pour aller régler cette affaire sur les lieux; mais après examen, les envoyés romains aimèrent mieux laisser la question indécise que de prononcer un jugement qui eut mécontenté l'une des parties contendantes : et Massinissa demeura ainsi provisoirement maître de fait du pays dont il s'était emparé.

Massinissa reprend un canton

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