JADIS CONQUIS PAR SON PÈRE
Dix ans après (*), de nouvelles querelles de territoire furent provoquées par d'autres envahissements de Massinissa. Cette fois , il s'agissait d'un canton jadis enlevé aux Carthaginois par son père Gala, puis conquis sur Gala par Syphax, et restitué par celuici aux Carthaginois en considération de son beau-père Asdrubal ; Massinissa le reprit à main armée, et opposa aux plaintes des Carthaginois le double titre de son droit héréditaire et de sa possession effective. Des commissaires romains furent encore envoyés, et maintinrent le statu quo si favorable à leur allié, réservant au sénat le droit de rendre une décision définitive. Les Carthaginois, de leur côté, jugeant opportun un moment où les Romains avaient sur les bras la guerre contre les Celtibériens , pendant que Massinissa lui-même était harcelé par d'au-
(*) L'an 18a avant l'ère vulgaire.
très nations ibériennes, chargèrent leur boè'tharque (*) Carthalon de profiter de sa tournée dans les provinces
fmniques pour reprendre aux Numides a contrée envahie : les hostilités, soutenues de part et d'autre avec ardeur, durèrent jusqu'à ce que de nouveaux commissaires romains vinrent y mettre un terme en adjugeant à Massinissa le territoire dont il s'était emparé, remettant en compensation aux Carthaginois les cent otages que Rome avait jusqu'alors retenus.
Massinissa s'empare des Grandes Plaines. — Après un autre laps de dix années (**) ,Rome eut encore à intervenir dans une troisième contestation de territoire, suscitée par les empiétements continuels de Massinissa:
c'était maintenant les Grandes Plaines, c'est-à-dire le district de Tusca, qu'il avait envahi, et où il s'était, depuis deux ans, rendu maître de plus de soixante-dix villes et châteaux. Les Carthaginois renouvelèrent avec force leurs plaintes devant le sénat romain, et demandèrent avec instance ou qu'on leur fît justice ou qu'on leur laissât vider par les armes leur propre querelle; ou du moins, si l'injustice devait prévaloir contre eux , que Rome ellemême fixât une fois pour toutes la part qu'il fallait faire à leur insatiable voisin. Gulussa , fils du monarque numide, arrivé en même temps que l'ambassade punique , essaya de conjurer l'orage , mais n'y réussit qu'à demi : il fut ordonné que les parties contendantes enverraient des délégués spéciaux pour discuter cette affaire, non dans la vue d'établir de nouvelles limites, mais bien de s'en tenir aux anciennes, sans faire perdre aux Carthaginois pendant la paix ce que la guerre ne leur avait pas enlevé.
Gulussa revint avec les pouvoirs de Massinissa , et son premier soin fut de suggérer des craintes sur l'usage que pourraient faire ultérieurement les Carthaginois, des forces navales qu'ils étaient censés préparer pour ser-
(*) Commandant des auxiliaires; (**) L'an 172 avant l'ère vulgaire.
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Tir les Romains dans leur guerre de Macédoine ; en sorte que la question des limites à débattre entre lui et les envoyés de Carthage ne se présenta plus avec la même faveur. Comme dans les précédentes contestations, rien ne fut décidé, sinon que le statu f/uo serait maintenu jusqu'à ce que de nouveaux commissaires fussent allés régler le différend sur les lieux ; et Ton prit soin de traîner l'affaire en longueur pour donner à Massinissa le temps de consolider sa possession.
Enfin, après de longues années d'attente, les commissaires furent désignés (*) , et l'un d'eux fut le farouche Marcus Caton , l'ennemi acharné de Carthage: arrivés sur les lieux, ils demandèrent que la décision du litige fût entièrement abandonnée à leur discrétion : Massinissa, sûr d'être favorisé , s'y prêtait volontiers ; mais les Carthaginois, instruits à leurs propres dépens de la partialité de Rome, insistèrent pour l'exécution pure et simple du traité fait sous l'autorité de Scipion : aussi les commissaires s'en retournèrent-ils sans avoir rien fait, mais frappés de la richesse du pays, de l'opulence et de l'agrandissement - de la ville, et depuis lors Caton ne cessa de prêcher hautement la guerre contre Carthage.
Préparatifs de guerre de Carthage. — Une grosse armée numide commandée par Archobarzanes petitfils de Syphax se trouvant rassemblée sur les frontières puniques, Caton s'écria que ces forces, réunies en apparence contre Massinissa , l'étaient en réalité contre les Romains , et que c'était pour ceux-ci un juste motif de commencer les hostilités; mais Scipion Nasica s'y étant opposé, on résolut d'envoyer des commissaires chargés de s'assurer des faits, et Scipion fut du nombre (**) : après avoir reproché au sénat carthaginois d'avoir levé une armée et équipe une flotte contrairement aux traités , ils voulurent amener la paix entre les deux parties
(*) J/an 157 avant l'ère vulgaire.
(**) L'an i5a avant l'ère vulgaire.
moyennant l'abandon que ferait Massinissa du territoire contesté; mais Giscon fils d'Amilcar, qui était alors revêtu de la suprême magistrature, voyant le sénat disposé à souscrire à ces conditions, souleva si bien par son éloquence l'indignation du parti patriote contre les factions romaine et royale, que les envoyés de Rome euxmêmes eussent eouru quelque danger s'il n'eût assuré leur fuite ; quant aux royalistes, il y en eut quarante d'expulsés, avec serment de ne jamais souffrir qu'il fût fait aucune motion pour leur retour; ils allèrent chercher asile auprès de Massinissa , avec la résolution de le pousser à la guerre.
Gulussa vint à Rome pour dénoncer que l'on faisait à Carthage des levées de troupes , qu'on y armait une flotte, et qu'il n était pas douteux qu'on n'y méditât la guerre : Caton, suivant sa coutume, fit valoir ces arguments; mais Scipion Nasica insista pour qu'on ne fît rien légèrement, et une nouvelle commission de dix membres fut désignée pour aller vérifier l'état des choses. Massinissa voulut que ses fils Gulussa et Micipsa accompagnassent les envoyés romains , afin de demander le rappel des quarante exilés ; mais le hoétharque qui cam-
{)ait aux portes de la ville en interdit 'entrée aux princes numides ; une embuscade leur fut même dressée à leur retour, et Gulussa n'y échappa qu'en perdant plusieurs personnes de sa suite.
Les commissaires, de retour à Rome, où Gulussa se rendit avec eux, attestèrent qu'en effet il existait à Carthage une armée et une flotte; Caton et d'autres sénateurs opinèrent pour qu'on transportât aussitôt une armée romaine en Afrique ; mais sur l'avis de Scipion , qu'il n'y avait point encore là une cause suffisante de guerre , il fut décidé qu'on y renoncerait si Carthage consentait à licencier son armée et à brûler sa flotte, sans quoi les prochains consuls auraient à s'occuper de la guerre.
Massinissa prend Oroscopa et