‹ Afrique. Tableau generalChapitre 103 sur 232 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Nous venons de parcourir tout d'une haleine l'histoire des révolutions politiques et territoriales de l'Afrique ancienne, depuis les temps primitifs jusqu'à la conquête musulmane, qui en marque le terme ; mais quelque rapide qu'ait été notre course, trop de détails encore ont du passer devant nos yeux pour qu'il n'y ait point utilité de récapituler, à un point de vue d'ensemble, les principales phases sous lesquelles s'est montrée à nous successivement la région d'Afrique, à mesure que les bouleversements politiques y ont changé la distribution des états ou des provinces.

PÉRIODE D'INDÉPENDANCE PRIMI- TIVE.— A une époque primordiale, dont la chronologie n'a point mesuré Péloignement, une zone ininterrompue de .peuples libyens occupe toute la plage littorale.

En arrière de cette zone , les Gétules à l'ouest, les Garamantes à l'est , forment une seconde assise, après laquelle sont les Éthiopiens jusqu'à des profondeurs inconnues. Mais ces plans éloignés du tableau restent invariables pour nous; le devant de la scène éprouve seul les variations dont l'histoire s'est occupée.

17e Livraison. (Afrique ancienne.)

L'UNIVERS

A une seconde époque, fort reculée aussi dans la nuit des temps , les Maures et les Numides ont remplacé les Libyens dans la partie occidentale de leurs possessions, les premiers depuis l'Océan jusqu'à une limite que nous croyons devoir placer au fleuve Malua , les seconds depuis ce fleuve jusqu'à une autre limite que nous supposons au fleuve Tusca ; les Libyens ne conservant que la plage qui s'étend à lest de celui-ci.

Période punique. — L'établissement des colonies puniques vient changer cet état de choses; U tique, Cartilage et les Emporia , implantées sur la côte libyenne, forment une chaîne de plus en plus étendue, qui domine le pays, ou en interdit l'accès aux peuples étrangers. Deux phases distinctes sont constatées à cet égard par le premier et le second traité de Carthage avec Rome , qui se rapportent à l'an 509 et a l'an 352 avant notre ère. Dans le premier cas, les villes puniques n'ont que leur propre territoire avec le monopole du commerce, sur la côte au sud du Ralon-Akrotérion; dans le second cas, Carthage, arrivée à l'apogée de sa grandeur, est devenue maîtresse des pays libyens, et se réserve le monopole du commerce sur tout le reste de la côte africaine.

Un peu avant la deuxième guerre punique, le domaine libyen de Carthage se trouve entamé par les conquêtes de Gala, roi des Numides Massyliéens, occupant le pays entre les fleuves Tusca et Ampsagas , avecHippone pour capitale , tandis que le reste de la Numidie, appartenant aux Massésyliens, avait pour roi Syphax, dont la capitale fut d'abord Siga , mais qui transporta sa résidence a Cirta après avoir agrandi vers l'est ses états aux dépens des Massylieens.

Après la deuxième guerre punique, terminée par un traite l'an 201 avant notre ère, des changements notables se sont opérés ; le domaine de Carthage comprend encore la Zeugitane et la Byzacène, depuis le fleuve Tusca jusqu'à la petite Syrte; mais il est pressé de tous côtés par les états de Massi-

nissa, qui d'une part touchent à la Cyrénaïque et de l'autre vont peutêtre jusqu'à Saldes, ayant à l'ouest les états de Vermina, qui se prolongent au couchant jusqu'au Malua ou au Molochat, limite de la Mauritanie.

Mais bientôt les envahissements de Massinissa viennent amoindrir de plus en plus les possessions carthaginoises, à ce point qu'au commencement de la troisième guerre punique , l'an 150 avant notre ère, Carthage n'a plus qu'un territoire restreint entre Hippone-Diarrhyte et la presqu'île du cap d'Hermès , tandis que la Numidie s'est agrandie de tout le reste, et s'étend au couchant jusqu'au fleuve Mulucha, où s'avance alors la Mauritanie.

Après la guerre, Carthage est détruite , et le territoire qu'elle avait jusqu'alors gardé est désormais soumis aux Romains , dont le préteur siège à Utique.

Période romaine. — C'est maintenant sur la Numidie que notre attention est appelée. Après la mort de Micipsa , il semble qu'il en eût été fait une division tripartite entre Adherbal régnant à Cirta, Hiemsal régnant à Thimida, et Jugurtha, dont nous ne connaissons pas la ville royale; il est du moins certain qu'après l'assassinat de Hiemsal, il y eut un partage effectif entre Adherbal et Jugurtha, le premier ayant toute la Numidie orientale avec la ville de Cirta, l'autre la Numidie occidentale jusqu'au Mulucha. La limite intermédiaire paraît avoir été à la hauteur de Saldes, et l'on peut présumer que le territoire d'Adherbal représentait son lot primitif, augmenté de celui de son frère Hiemsal ; mais bientôt il est dépouillé lui-même, et Jugurtha se trouve maître de tout l'ancien royaume de Massinissa et de Micipsa.

Les Romains vinrent renverser cet état de choses. Après la chute de Jugurtha, l'an 104 avant notre ère, le roi de Mauritanie Bocchus parait étendre ses limites jusqu'à Saldes, l'Afrique romaine agrandit probablement les siennes jusqu'à Sicca et au fleuve Tusca, et le reste forme les états du

AFRIQUE ANCIENNE

roi numide Gauda. La succession de celui-ci est ensuite possédée par Hieinsal dont la capitale est peut-être Zama, par Hiarbas qui siège à Bulla, et par Massinissa ou Masintha à qui appartient le territoire à l'ouest de Cirta. Que le règne de Hiemsa! et de Hiarbas ait été simultané ou alternatif, Hiemsal demeura seul maître de leur double domaine, et le transmit tout entier à Juba l'Ancien, qui conserva Zama pour sa capitale.

Après la guerre de Jules-César, en Afrique , l'an 46 avant notre ère , un nouvel ordre de choses se trouve établi : les états du roi maure Bocchus l'Ancien étaient passés à ses enfants , le roi Bogud conservant l'ancienne Mauritanie à l'ouest du Mulucha avec Tingis pour capitale ; le roi Bocchus le Jeune, qui régnait à loi, est gratifié de quelques cantons pris sur les états de Masintha, dont le surplus est donné, avec Cirta, à Sittius et ses partisans ; et la Numidie de Juba forme aux Romains une seconde province d'Afrique, appelée Nouvelle, gouvernée par un proconsul qui réside probablement à Zama, tandis que l'Ancienne continue d'être régie par un préteur siégeant à Utique. Peu de temps après , Arabion fils de Masintha vint reprendre à Bocchus et à Sittius le patrimoine dont Jules-César l'avaitdépouillé;maisil ne tarda point à en être expulsé par Fango lieutenant de César-Octavien , et l'Afrique nouvelle se trouva augmentée d'autant.

Sextius , lieutenant d'Antoine, l'enleva à Fango, et la rendit, avec la province ancienne, au triumvir Lépide; puis Statilius Taurus, l'an 40 avant notre ère, reconquit l'une et l'autre pour César. Quant aux états maures, Bogud, entraîné dans le parti d'Antoine , et forcé de s'aller réfugier près de lui, laissait son royaume à Bocchus, et celui-ci à son tour laissait en mourant, l'an 33 avant notre ère , toutes ses possessions à la merci de César. A ce moment, toute l'Afrique était aux Romains.

L'empereur eut le bon plaisir d'en disposer autrement, et l'an 30 avant notre ère un royaume de Numidie fut

rétabli pour Juba le Jeune, tel, ce semble, que l'avait possédé son père Juba l'Ancien; mais cinq ans après, revenant sur sa première décision , Auguste reprit à Juba la Numidie pour l'annexer a la province romaine d'Afrique, sous l'administration d'un proconsul à la nomination du sénat; et la Mauritanie de Bocchus, depuis l'Océan jusqu'à Saldes, forma désormais le royaume de Juba , qui donna à loi, sa capitale , le surnom de Césarée.

Sous cette phase , l'Afrique ne nous présente plus que deux états parallèles : à l'ouest le royaume de Mauritanie, à l'est la province romaine d'Afrique depuis Saldes jusqu'à la Cyrénaïque. réexpédition de Balbus ajoute bientôt à celle-ci, nominalement au moins, Cydamus et quelques cantons de la Phazanie.

Avec le règne de Claude, l'an 42 de l'ère chrétienne, commence pour l'Afrique une nouvelle organisation territoriale : le royaume de Mauritanie, devenu vacant par la meurtrière jalousie deCaracalla, forme dorénavant deux provinces régies par des procurateurs, sous les noms de Tingitane et de Césarienne , avec le fleuve Malua pour borne commune, et l'Ampsagas pour limite orientale; une province de Numidie est détachée à l'ouest de celle d'Afrique , dont elle est séparée par le fleuve ïusca, et son chef-lieu est à Cirta; mais l'Afrique proconsulaire garde alors dans sa circonscription la Byzacène et la région Syrtique, celles-ci constituant peut-être déjà des subdivisions à chacune desquelles était préposé un lieutenant du proconsul.

Maximien-Hercule, vers l'an 296, opère le morcellement définitif de l'Afrique en sept provinces, dont l'une, la Tingitane, est annexée à l'Hispanie, tandis que les six autres, la Césarienne, la Sitifienne, la Numidie, l'Afrique proconsulaire, la Byzacène, et la Tripolitaine ou Sabratane, constituent un diocèse d'Afrique dépendant de la préfecture du prétoire d'Italie.

Période vandale.— Un nouveau bouleversement est amené par l'invasion des Vandales : entrés en Mauri-

L'UNIVERS

tanie en l'année 429, ils ont déjà conquis en 431 tout le plat pays jusqu'à Carthage, qui seule avec Cirta et Hippone résiste à leurs attaques; encore Hippone est-elle prise en 432. Alors un armistice provisoire, puis un traité conclu en 435 et stipulant une trêve de trois ans , maintiennent le statu quo en attendant un arrangement définitif.

Mais la trêve expire avant qu'une paix solide ait été réglée, les Vandales s'emparent de Carthage, et la paix, enfin conclue en 442 , leur assure toute la partie orientale de la région d'Afrique, a partir d'une limite tracée au milieu de la Numidie entre Hippone et Cirta; toute la partie occidentale, à partir de cette limite, retourne aux Romains.

Mais à la mort de Valentinien le Jeune, en 455, Giséric reprend ces provinces, et toute l'Afrique est englobée dans le royaume des Vandales.

Ce sont les Maures dont l'insurrection vient ensuite imprimer à l'organisation territoriale de l'Afrique une face nouvelle. A la mort de Hunéric, en 484, laïingitane et les districts de l'Aurasion sont déjà perdus pour les Vandales , et sous Trasamund , vers l'année 500, les Maures leur ont enlevé le reste des Mauritanies jusqu'aux frontières de la Numidie.

Bélisaire acheva de les dépouiller.

Période byzantine. — La restauration byzantine nous présente enfin la dernière phase sous laquelle se montrent à nous les provinces de l'Afrique ancienne ; elles sont alors toutes réunies, avec la Sardaigne et les îles voisines pour annexes , sous l'autorité d'un préfet du prétoire établi à Carthage; mais cette réunion n'est que nominale pour la Tingitane, où l'empire ne possède que le fort de Septon ou Septa, et pour la Césarienne , où il ne possède que Césarée même; néanmoins un gouverneur consulaire et un duc y sont revêtus des pouvoirs civils et du commandement. La Sitifienne appelée désormais Première Mauritanie, la Numidie qui en est voisine , et la Sardaigne, sont gouvernées par des présidents; la Carthaginoise, la Byzacène, et la ïripolitaine ont des gouverneurs consulaires. A côté de cette administration civile est constituée en même temps une hiérarchie militaire, qui l'éclipsé complètement chaque fois que la turbulence des Maures renouvelle la guerre.

Puis tout cela s'efface entièrement sous la conquête musulmane, qui vient clore brusquement l'histoire des temps anciens de l'Afrique.

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