VÉGÉTATION
Sous l'influence de températures aussi diverses, la végétation, fille du sol et du climat, ne peut manquer d'offrir des aspects pareillement divers ; cependant, malgré les variations de puissance végétative que déterminent les différences de latitude, d'altitude ou d'exposition , des caractères aisément saisissables, permettent de distribuer la flore générale de l'Afrique en trois flores spéciales (*) , ayant chacune un vaste domaine; et l'Arabie, placée dans des conditions climatériques et chorographiques absolument analogues , vient en outre s'annexer au continent africain , pour être classée dans cette grande division tripartite.
Les dénominations respectives de septentrionale , équinoxiule et australe, appliquées aux trois zones pictographiques ainsi établies, obéissent, il est vrai, aux conditions les plus frappantes de l'habitat des types, mais sont loin de représenter le gisement de chacune d'elles et leur disposition relative. Une ligne tirée d'est en ouest, du Caire à Marok ou aux Canaries, laisse en effet au nord la première de ces trois zones, étendue presque en entier sur la Méditerranée , et produisant le chêne , le pin , le cyprès , le myrte , le laurier , l'arbousier , la bruyère arborescente , l'olivier , l'oranger, le jujubier, le dattier, le raisin, la figue , la pêche, l'abricot, les melons , l'orge , le maïs , le froment , le riz, le tabac, le coton, l'indigo, Ja
(*) De précieux échantillons, types de ces trois flores distinctes , nous sont offerts par les beaux ouvrages de Desfontaines {Flora atlantica, 2 vol. grand in-40, Paris , i798),dePalissotdeBeauvois(F/ore^Owrt/-e et de Bénin, 2 vol. in-folio, Paris, 1804), et de Thunberg {Flora capensis, vol. in-8°, Upsal, 1807), auxquels on ne peut se dispenser de joindre les travaux plus récents de Robert Brown, de Perrottet, de Tonning et Schumaker, etc.
L'UNIVERS
canne à sucre; offrant ainsi de nombreuses analogies avec les côtes opposées de l'Europe méridionale.
Mais c'est une ligne tirée du sudouest au nord-est, entre le fleuve d'Orange et Maskat, qui détermine la limite et la direction de la troisième région phytographique, développée sur l'océan Indien en une zone prolongée qu'il serait plus exact d'appeler austro-orientale, et que caractérise d'une manière remarquable l'abondance des plantes grasses. On y rencontre en nombreuses tribus les stapélias , les mesembryanthèmes, les aloès (qui ont fait la renommée de Socotora ) , les euphorbes, lescrassules aux fleurs écarlates; puis les pélargoniers, les protéeS au feuillage d'argent , les ixia , les bruyères ; sans parler de la vigne, des fruits, des céréales, et autres végétaux que la main de l'homme y cultive pour ses besoins. Madagascar et les îles voisines établissent une sorte de liaison entre cette flore et celle de l'archipel indien, offrant en outre quelques plantes qui leur sont propres, surtout des fougères et des orchidées en grande quantité.
Tout le reste de l'Afrique appartient à la grande division intermédiaire désignée sous l'appellation d'équinoxiale, figurant un triangle immense dont le sommet est au golfe Persique , et dont la base onduleuse s'épanouit sur l'océan Atlantique. Peut-être pourraitelle être subdivisée en bandes successives , qui tireraient leurs caractères spéciaux de la prédominance de certains genres , si des notions moins vagues et moins bornées permettaient de déterminer avec quelque assurance leur distribution. Le désert a des buissons de gommiers , l'agoul ou herbe du pèlerin , quelques poacées et panicées , entre autres le kaschya, incommode au voyageur par les piquants de son calice, une capparidée , appelée souag , et un petit nombre d'autres plantes chétives et glauques. Le palmier doum et le soump ou balanite caractériseraient ensuite la bande la plus voisine du désert; puis viendraient tour à tour le baobab, les fromagers, le pal-
mier élaïs, le khaïr, le nété, les arbres à beurre, le kola ou gourou , les cypéracées , etc. , non par divisions juxtaposées, mais par succession de plus grande fréquence au milieu de la fusion commune. Outre les fruits et les autres produits que le nègre retire de ces arbres, tels que le vinet l'huile de palme, le beurre végétal, etc., il recueille pour sa nourriture le miel, le maïs, le manioc, les ignames, quelques légumes, la banane, la goyave, l'orange, le limon, les fruits du papayer, du tamarin, et nombre d'autres; il cultive aussi le coton , l'indigo , le tabac : mais c'est la végétation spontanée sur laquelle est basée notre répartition.
La vallée du Nil, appartenant à la fois aux trois zones , conduit de l'une à l'autre par un passage insensible; la basse Egypte se lie, par la Cyrénaïque, à la lisière barbaresque ; à Thèbes se montrent le palmier doum et le balanite; en Nubie paraît le baobab; et dans les mares de l'Abyssinie se retrouve le souchet papyrier des bords du Kouango et de ceux du Schâry , comme le sésame ptérosperme du Bornou ; la flore d'Abyssinie tend d'ailleurs à se rapprocher de celles de Mozambique et du Cap : les pélargoniers et les protées s'y montrent déjà.
Quant à l'Arabie, elle n'offre qu'une prolongation des zones africaines, depuis les gommiers et les balanites jusqu'aux mesembryanthèmes et aux stapélias; le café lui-même, qui fait la renommée de Mokhâ, ne serait , de l'aveu des Arabes, qu'une importation de l'Abyssinie.