‹ Afrique. Tableau generalChapitre 14 sur 232 · ZOOLOGIE · texte numérisé non relu

ZOOLOGIE

La faculté locomotive qui distingue le règne animal rend plus difficile la distribution du sol par régions zoologiques ; peut-être cependant une connaissance plus étendue des circonstances spéciales d'habitat pour certains genres , certains ordres , certaines classes même , permettra-t-elle de déterminer ultérieurement quelques centres de fréquence pour ceux dont l'ubiquité est plus restreinte ; mais ce

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n'est point dans l'état incomplet et vague des notions actuelles qu'il est possible de se livrer avec assurance à cette zoographie dianémétique. Nous devons nous borner, quant à présent, à indiquer, pour l'ensemble du continent africain, la physionomie caractéristique que lui procurent les animaux répandus à sa surface ou le long de ses contours, depuis le polype qui est au bas de l'échelle jusqu'à l'homme qui en occupe le sommet.

Invertébrés. — De nombreux zoophytes végètent autour de l'Afrique :

le plus remarquable est le corail rouge, dont les Européens font des pêches réglées ; l'éponge fait l'objet d'un commerce assez considérable ; des corallines, des madrépores, des gorgones, des alcyons, des polypes de toute forme abondent sur le littoral , où se trouvent aussi quantité d'échinodermes et d'acalèphes; nous ne devons pas oublier, entre les helminthes , le ver de Guinée, filaire qui s'insinue sous la peau de l'homme, et lui cause à la longue les plus cuisantes douleurs. Les mollusques maritimes appartiennent aux mers et non aux côtes : l'Atlantique amène sur le littoral des seiches que l'on dit colossales; la spirule n'est point rare dans les parages du Sénégal; le nautile se montre en nombreuses flottes aux environs du cap de Bonne-Espérance ; la janthine pourprée se fait remarquer le long du rivage barbaresque ; les doris , les aplysies abondent dans la mer Rouge. Parmi les fluviatiles, M. Caillaud a fait connaître les éthéries du Nil : les terrestres sont presque complètement ignorés. Entre les annelides, nous nous contenterons de signaler la sangsue du Sénégal, que l'on'a, dans ces dernières années, tenté de naturaliser aux Antilles et à Cayenne. Le plus vorace des insectes africains, c'est la sauterelle voyageuse, fléau aussi terrible que l'incendie, qui anéantit les récoltes, et dont les essaims immenses obscurcissent le jour (sans que cette expression ait aucune exagération métaphorique); les fourmis et les termites font aussi de grands ravages ; le ssalssalyah du

Sennâr, resté inconnu à Sait, mais retrouvé par Rûppel , est loin d'être aux hommes et aux animaux un aussi redoutable ennemi que l'avait proclamé Bruce ; les mosquites, les abeilles, les scolopendres à la piqûre douloureuse, et mille autres insectes divers, mériteraient également une mention. Parmi les aranéides nous devons citer la tarentule qui abonde en Barbarie, le tendaraman ou araignée venimeuse de Marok , la mygale a robe veloutée de la Sénégambie , et l'araignée du Cap , toutes fort dangereuses ; le scorpion est également redoutable, et plus fréquent, ainsi que le galéode qui lui est analogue. Enfin, parmi les crustacés, on trouve mentionnés par les voyageurs des homards , des crabes , des langoustes, des chevrettes.

Poissons. — Passons aux vertébrés.

Les poissons maritimes qu'on pêche aux atterrages d'Afrique sont ceux des mers qui baignent ces côtes; et quant aux poissons des fleuves, on n'en a encore étudié qu'un nombre fort restreint : M. Geoffroy Saint-Hilaire a décrit ceux du Nil , parmi lesquels se font remarquer l'énorme bichir , des silures et des pimélodes, dont les analogues ont été retrouvés au Congo, des coffres, etc. Les rivières occidentales ont fourni de curieux acanthopodes , des gymnarques, des sciènes, quelques poissons qui vivent dans la vase , et beaucoup d'autres encore mal connus.

Les poissons d'eau douce paraissent d'une extrême rareté dans la région australe ; on n'y a guère signalé que le silure à tête plate et la carpe gonorhynque.

Reptiles. — Les reptiles paraissent fort multipliés , plus toutefois par le nombre des individus que par la variété des espèces. Les plus remarquables sont, parmi les lézards, ces crocodiles et ces caïmans ou alligators qui peuplent les grands fleuves ; les monitors ou ouarans du Nil et du Kouango ; les iguanes de Guinée ; les cordyles du Cap ; les geckos immondes du Caire et de Madagascar ; les scinques du Fezzan et des régions du haut Nil, si prompts à disparaître sous le

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sol ; et ces caméléons dont les diverses affections sensitives se peignent sur la peau en couleurs changeantes. On a observé peu de batraciens, mais parmi eux , des crapauds énormes et des salamandres. Les fleuves et les rivières offrent beaucoup de tortues soit de mer, soit d'eau douce, et la tortue terrestre d'Europe est aussi fort répandue en Barbarie. Entre les serpents on cite l'énorme boa, mais à tort, les grands serpents d'Afrique paraissant appartenir au genre python ; le céraste et d'autres espèces venimeuses ont surtout été signalés dans la région du Cap; des vipères d'une nouvelle espèce ont été recueillies au Sénégal; Taspic , et surtout Vurxus ou naia , sont fameux dans l'histoire de l'Egypte.

Oiseaux. — Trop souvent simples hôtes passagers , les oiseaux ne fournissent point un des traits les plus saillants dans la physionomie zoologique du sol ; cependant , sur environ six cent cinquante espèces qui se trouvent en Afrique, près de cinq cents lui appartiennent en propre : c'est un treizième de la totalité des espèces connues. Les plus nombreuses sont, dans Tordre des promeneurs, les passereaux si variés, les hochequeues, les gobemouches, les merles, les loriots, les rolliers , les troupiales , les piquebœufs, les calaos, les hirondelles, les soui-mangas, les guêpiers, les martinspêcheurs , les pies-grièches , les mésanges , les alouettes , le crinon dont le bec est accompagné à sa base de soies longues et rudes. Puis, parmi les oiseaux de proie, on compte les vautours, les griffons, les percnoptères , les aigles, les pygargues, les éperviers, les buses, les faucons, les messagers, et la plupart des rapaces nocturnes. Les grimpeurs fournissent beaucoup de perroquets et de perruches , des touracos , des couroucous , des coucous , aux riches plumages. Entre les gallinacés on remarque des pigeons varlés,tels que la tourterelle à collier du Sénégal et de l'Afrique australe , et le pigeon vert d'Abyssinie et de Guinée; des perdrix, des cailles , des tétras , et la pintade qui appartient spécialement à

l'ancienne Numidie : le dronte, qu'on voyait jadis à l'île de France et dans quelques parties du continent , ne se rencontre plus, et peut-être a-t-il entièrement disparu du globe. Les échassiers offrent des falcinelles, des pluviers, des vanneaux, des grues, des hérons, des cigognes, entre autres la cigogne à sac de la côte orientale; des ombrettes , des flamants , des spatules , l'ibis, oiseau sacré de l'ancienne Egypte, des courlis, des bécasses, des râles, des poules d'eau. Dans les palmipèdes on trouve le canard et l'oie, le pélican, le cormoran, la frégate, Tanhinga, le fou, le manchot; on voit de plus, sur les côtes, des goélands, des pétrels, des albatros. Mais le plus remarquable de tous les oiseaux de cette partie du monde, c'est l'autruche, compagne habituelle du zèbre ou de la girafe, et qui vit en troupes dans le Ssahhrâ ; il faut mentionner aussi plusieurs espèces d'outarde, vivant pareillement en troupes en compagnie de la gazelle.

Mammifères. — A mesure que Ton remonte l'échelle zoologique , des notions plus précises et plus nombreuses permettent de reconnaître mieux la physionomie particulière et tranchée que l'Afrique présente sous ce point de vue. Cette spécialité d'aspect est surtout remarquable pour les mammifères; elle possède un quart, à peu près, des espèces connues, et sur cette quantité un sixième seulement (ou un vingt-quatrième de la masse totale ) étend son habitat sur d'autres terres.

Il est vrai de dire , toutefois , que les ordres qui ne s'offrent à l'étude de l'homme qu'en des rencontres rares et fortuites, en même temps qu'indifférentes, ont naturellement moins éveillé son attention. Ainsi, parmi les cétacés proprement dits , les voyageurs n'ont guère mentionné que les dauphins souffleurs et les marsouins, fréquents dans les mers d'Afrique. Ils ont remarqué aussi , à l'embouchure des fleuves, ce curieux lamentin qui, sans doute , fut le type des fabuleuses syrènes de l'antiquité. Ils ont vu pa-

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reniement sur les côtes quelques amphibies, du moins le phoque commun et le lion de mer.

Les pachydermes sont répandus en Afrique dans une proportion très-forte , et Ton peut estimer que les deux cinquièmes des espèces connues appartiennent en propre à ce continent.

Entre les ruminants, le genre antilope est particulièrement développé : ses espèces les plus remarquables sont le canna ou élan du Cap, et le gnou, qui existe sous ce même nom en Guinée comme dans le Sud ; mais il ne faut guère s'attendre à y rencontrer la fabuleuse licorne des anciens, que des rapports indigènes persistent néanmoins à signaler encore dans l'ouest du Dâr-Four, mais que Cuvier supposait avoir été imaginée d'après un profil égyptien de l'oryx recticorne ; le mouflon traîne une énorme et pesante queue ; le bœuf à bosse sert de monture, de bête de somme et de trait dans toute la Nigritie; le bœuf galla porte des cornes immenses ; le buffle sauvage du Cap est remarquable par sa grosseur et sa férocité; la girafe habite depuis l'Egypte jusqu'au Gariep ; le dromadaire ou chameau à une bosse est, comme on sait, le navire du désert. Entre les pachydermes non ruminants, le premier rang est dû à l'éléphant africain , différent de celui d'Asie par ses molaires losangées, son front convexe , sa tête ronde , et ses immenses oreilles : on le rencontre depuis la limite du Ssahhrâ jusqu'au cap de Bonne-Espérance ; le rhinocéros à deux 'cornes a été trouvé en Abyssinie comme au Cap; l'hippopotame, qui a disparu depuis longtemps des eaux du Nil , se montre dans tous les grands fleuves de la région australe ; !e phacochère à défenses énormes a été vu au cap Vert en même temps que dans le Sud , où se rencontre aussi le sanglier à masque, différent du sanglier éthiopique du Sénégal. Le zèbre et le couagga sont répandus dans les parties centrales et méridionales; le cheval et l'âne sont élevés principalement dans le Nord ; Shaw y avait signale aussi le kumrah, produit hybride

du baudet et de la vache , que Rozet n'a pu retrouver.

Quant aux quadrupèdes onguiculés, les moins nombreux en Afrique sont les édentés, parmi lesquels nous n'avons à citer que l'oryctérope du Cap et le kouaggelo ou pangolin à longue queue, à écailles mobiles et tranchantes , qui habite au Sénégal et en Guinée. Dans les rongeurs on remarque plusieurs espèces d'écureuils à riches fourrures, les gerboises du désert, l'aye-aye de Madagascar, le rat- taupe et le rat-sauteur du Cap, des rats variés , entre autres la souris du Caire armée de piquants, le porc -épie à crête , et quantité de lièvres et de lapins. Les carnassiers sont répandus en grand nombre sur le continent : le lion , la panthère , le léopard , l'once , le lynx, le caracal, le serval, y sont l'effroi du voyageur ; l'hyène vient en troupes dans ies villes pendant la nuit; le loup et le chacal abondent ; le renard a été signalé dans le Nord et dans le Sud ; le chien , hôte dédaigné dans la demeure de l'Arabe, lui montre en retour peu d'attachement, et il est redevenu tout à fait sauvage au Congo ; le fennec de l'Abyssinie et du Belêdel-Géryd, qui semble devoir être rapporté au même genre , est caractérisé par ses longues oreilles de lièvre ; la civette se rencontre presque partout, et l'ichneumon , jadis adoré en Egypte, continue son incessante guerre aux reptiles ; enfin l'ours, dont Cuvier révoquait en doute l'existence sur le sol africain , paraît du moins y être extrêmement rare ; il faut citer encore plusieurs espèces de hérissons, la musaraigne et la chrysochlore du Cap à robe dorée, le tenrec de Madagascar, et diverses taupes. Parmi les chéiroptères, l'Afrique possède diverses espèces de chauves-souris, dont la plus grosse est la roussette, recherchée à Madagascar et à Maurice comme un mets comparable au faisan et à la perdrix ; les nyetères et les rhinolophes méritent aussi une mention. Quant aux quadrumanes, l'Afrique possède à elle seule plus d'un quart de la totalité des espèces : l'indri paraît, il est vrai,

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spécial à Madagascar ; mais les galagos et les makis à longue queue sont nombreux dans toute la Nigritie. Entre les singes, le genre cynocéphale est représenté par des espèces variées, presque toutes grandes, fortes et méchantes ; les guenons sont aussi fort multipliées : et dans le genre si remarquable des orangs, c'est l'Afrique qui nous offre la plus remarquable des espèces , ce curieux chimpansé dont les bras sont moins longs, la taille plus haute, l'intelligence moins étroite que chez l'orang-outang de Bornéo, et qui se rapproche ainsi de l'homme

d'une manière encore plus frappante, Nulle part, au surplus, cette ressemblance singulière ne pouvait paraître aussi prodigieuse qu'en Afrique, car la nature y a réuni , comme une nouvelle preuve de l'enchaînement ininterrompu de tous les êtres , à côté de ce singe si voisin de l'homme, l'homme le plus voisin du singe, ce bushman abruti , gui , d'un autre côté, se lie, sur le même sol , à travers une série de variétés intermédiaires, à celles qui sont regardées comme le type le plus parfait de l'espèce humaine.

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