LITTERATURE DES CARTHAGINOIS
— Y avait -il une littérature à Cartilage? Des documents assez nombreux et assez authentiques nous permettent de résoudre affirmativement cette question. Cependant dix vers en langue punique qui se trouvent dans lePœnvlus de Plaute , dix vers que personne jusqu'ici n'a pu traduire même approximativement, quoiqu'en remontant aux sources primitives, c'est-à-dire, à la langue hébraïque, qui ne devait pas différer beaucoup de la langue phénicienne, sont les seuls vestiges de la littérature carthaginoise qui soient parvenus jusqu'à nous. Mais nous avons en revanche le témoignage des écrivains grecs et romains qui attestent que les lettres furent cultivées à Cartilage. Pline l'ancien rapporte qu'après la prise et la destruction de la ville, les Romains donnèrent les bibliothèques publiques aux princes d'Afrique, leurs alliés. Salluste, de son côté, quand il parle des premiers peuples qui ont habité l'Afrique, invoque, à l'appui de ses assertions, les livres puniques {libri jnmici) qui avaient appartenu au roi Hiempsal. Les livres puniques, livres d'histoire vraisemblablement, étaient ceux qu'après la destruction de Carthage les Romains avaient donnés à leurs alliés d'Afrique. Au reste , Polybe nous apprend aussi (jue Carthage avait eu des historiens, fintre les ouvrages de la littérature carthaginoise , le plus estimé par les étrangers fut un traité de Magon sur l'agriculture. D. Silanus le traduisit en latin. Nous savons qu'il était divisé en vingthuit livres. Tous les auteurs qui ont écrit sur l'économie rurale, Caton, Pline, et Columelle, entre autres , ont fait de cet ouvrage le plus grand éloge,
(*) Religions de l'antiquité , ouvrage de Creuzer, refondu, complété et développé par M. Gnigniaut.
et ils en ont extrait de nombreuses citations. Heeren dit, à propos du livre de Magon : « On ne saurait douter qu'il n'y eût une littérature carthaginoise Un ouvrage aussi étendu que
celui de Magon ne pouvait être, à Carthage, ni la première ni la dernière production littéraire. » Les Carthaginois durent se perfectionner dans la littérature par l'étude des chefs-d'œuvre que le génie grec avait entantes ; et cette étude leur fut rendue facile par les voyages qu'ils faisaient dans la Grèce elle-même, et parleurs relations suivies avec les peuples de la Sicile.
Enfin nous savons qu'il y eut dans l'école grecque un philosophe carthaginois. Clitomaque était le nom qu'il portait à l'étranger ; dans sa patrie on l'appelait Asdrubal (*).
(*) « Winkelmann (Kunst geschichte), nie que les beaux-arts aient lleuri à Carthage; mais l'architecture de son Cothôn et de ses doubles portiques , le temple et la châsse d'Apollon, décrits parAppien,la mention laite par Polybe des monuments élevés à Carthage et dans ton (es ses colonies, en l'honneur d'Amilcar, fils d'Hannon; le bouclier d'argent cité par Tite-Live (xxv , 39) , qui était décoré du portrait d'Asdrubal et pesait i38 livres; les statues érigées dans Carthage, à Cérès el à Proserpine; enfin le goût des Carthaginois pour les chefsd'œuvre de la Grèce, semblent prouver que celte assertion tranchée d'un aussi hahile antiquaire doit être modifiée. Le style d'architecture des stèles votives chargées d'inscriptions puniques, des médailles phéniciennes , surtout du médaillon maxime d'argent de la Bibliothèque royale , est tout à fait grec, et nous induit à penser que le voisinage de la Sicile, que les relations fréquentes entre cette île el Carthage ont dû porterie goût et la cultuie des arls dans celte république riche et commerçante; qu'enfiu, s'ils n'ont pas eu de bons artistes nationaux, ce qui n'est pas prouvé, ils se sont servis des artistes grecs , comme l'ont fait depuis les Romains, pour la décoration de leurs maisons privés, de leurs édifices publics et l'embellissement de leur capitale. Il existe à Leyde un grand nombre de monuments funéraires en terre cuite, couverts d'inscriptions phéniciennes, et décorés de bustes d'individus des deux sexes , remarquables
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