TOPOGRAPHIE DE CARTHAGE
Position de Carthage. — Au fond du golfe de Tunis, entre le lac à l'extrémité duquel est située cette ville, et les marais saumâtres formés par l'ancienne embouchure et les aliuvions du lleuve Medjerdah , s'avance une haute péninsule, presque entièrement couverte de grandes masses de décombres. C'est la que tous les savants qui, jusqu'ici, se sont occupés de Carthage, s'accordent à placer les ruines de cette antique cité. Cependant les uns mettaient la ville et le port au nord-ouest de la presqu'île, près du cap Qamart, vis-à-vis l'ancienne Utique; les autres, au sud-est, sur le lac de Tunis, et en regard de cette ville. De nouvelles observations, et surtout les savantes recherches de M. Dureau de la Malle, semblent avoir démontré maintenant que ces deux opinions sont également erronées, et qu'il faut chercher désormais l'emplacement de Carthage entre ces deux positions extrêmes, c'est-à-dire, à l'extrémité de la péninsule, à l'endroit où
par leurs traits africains et leurs cheveux, nattés comme ceux des portraits monétaires de Juha. » Dureau de la Malle, Recherches sur la topographie de Carthage.
se trouvent le bourg moderne de Mersa et les hameaux de Malqa et de Douarel-Schat. Cette position s'accorde d'ailleurs exactement avec les indications que l'on trouve dans Polybe. « Car- « thage , dit cet historien , est située «dans un golfe, sur une espèce de « chersonèse , et elle est entourée dans « la plus grande partie de son enceinte, « d'un côté parla mer, de l'autre, par « le lac. L'isthme qui l'attache à la « Libye a de largeur environ vingt- « cinq stades (*). Du côté où cet isthme « se tourne vers la mer est placée la «ville d'Utique ; lautre côte, bordé « par le lac, regarde la ville de Tunis. » Tite-Live évalue à douze milles (**) la distance qui séparait cette dernière ville de Carthage; et aujourd'hui cette distance est encore la même entre Tunis et l'extrémité méridionale du lac, où se trouvent les premières traces de l'enceinte de la ville ruinée.
Après avoir fixé la position de Carthage, nous allons essayer de décrire chacune des parties de la ville, et d'énumérer les principaux édifices que Ton y rencontrait (***).
Situation des ports. — Le lac de Tunis est séparé de la mer par une langue de terre, au milieu de laquelle se trouve le fort moderne de la Goulette. Cette langue de terre est désignée par les auteurs anciens sous les noms de Tœnia et de Ligula. Au point de jonction de la péninsule sur laquelle
(*) Le stade valait 180 mètres.
(**) Le mille romain valait 1472 mètres.
(***) Pour celle partie de notre travail , nous avons constamment, suivi, comme guide , M. Dureau de la Malle, dans ses savantes Recherches sur la topographie de. Carthage. M. Dureau de la Malle, qui a rassemblé avec tant d'érudition et discuté avec tant de sagacité tous les témoignages des auteurs anciens et modernes, est arrivé à des résultats que la science, aujourd'hui , tient pour incontestables. Nous nous sommes bornés à ne présenter que les résultats, parce que, renfermés dans d'étroites limites , nous ne pouvions énumérer ici tous les arguments et toutes les preuves (\ue M. Dureau de la Malle a donnés à l'appui de chacune de ses assertions.
L'UNIVERS
est bâtie Carthage, et de la Tsenia, on rencontre une petite anse formée , d'un côté, par la Txnia elle-même, de l'autre , par un môle construit de main d'homme. C'est là que se trouvait l'entrée du port marchand. A l'épo- ?|ue du siège de Carthage, Scipion erma cette anse par une jetée dont on distingue encore les débris.
Pour marchand. — Le port marchand communiquait à la mer par une entrée ou goulet de soixante-dix pieds romains de largeur (*) , que l'on feri niait au moyen de chaînes de fer : il formait une ellipse allongée de cinq cents pieds sur trois cents. Dans toute l'étendue de sa circonférence étaient disposés de nombreux points d'attache pour amarrer les navires.