‹ Afrique. Tableau generalChapitre 150 sur 232 · ASPECT GÉOGRAPHIQUE DE LA NU- MIDIE; DIVISIONS NATURELLES ET · texte numérisé non relu

ASPECT GÉOGRAPHIQUE DE LA NU- MIDIE; DIVISIONS NATURELLES ET

politiques; fleuves , MONTAGNES, villes. — Une contrée sans limites naturelles, habitée par un peuple vagabond, dut fréquemment changer de divisions et de frontières. Il en fut ainsi de la région connue des anciens sous le nom de Numidie. Elle a varié selon les différentes époques: aussi les géographes et les historiens n'en parlent pas tous de la même manière. L'étendue de cette contrée était tout autre au temps des guerres puniques, et sous les premiers Césars. Pline ne donne le nom de Numidie qu'au pays situé entre les deux rivières de Tusca (aujourd'hui Zaine ou El-Berber) et d'Ampsaga (aujourd'hui Oued-el-Kébir). Ptolémée la restreint encore, puisqu'il en sépare le district des Cirtésiens ou le pays de Cirta. Pomponius Mêla prétend qu'elle s'étendait depuis le fleuve de Mulucha ou Malva, jusqu'aux limites de l'Afrique proprement dite, qu'il place aux environs de la ville de Cirta. Strabon est, de tous les géographes anciens, celui qui en a le mieux déterminé les bornes, en les indiquant à l'époque de leur plus grande étendue; il comprend, dans la Numidie, les deux royaumes des Massyliens et desMassésyliens, et termine le premier à la Tusca, à l'est, et le second à la rivière Mulucha, à l'ouest ; au nord la Méditerranée, au sud la Gétulie, les derniers sommets de l'Atlas, et la région des sables, en complètent les limites. Toutefois, n'oublions

pas que ces indications ne s'appliquent qu'à un temps donné de l'histoire de la Numidie, qu'à une autre époque on en réunit toute la partie occidentale à la Mauritanie, avec des dénominations nouvelles , et que cette incertitude rend difficile la séparation de l'histoire des Numides de celle des Maures. Aussi , après avoir posé la géographie générale de la Numidie, nous indiquerons toutes les variations successives dans les détails du récit.

La Numidie est une contrée montagneuse, traversée de l'est à l'ouest par les deux lignes de l'Atlas, qui détachent de leurs flancs vers la mer des chaînes secondaires , courant du sud au nord, formant les bassins des fleuves, et découpant le pays en vallées profondément séparées, où les tribus vivaient et vivent encore, isolées ou ennemies les unes des autres (*). Les

(*) Comme la géographie physique ne change pas, nous pouvons donner une idée exacte de l'aspect général de la Numidie, en citant le passage suivant d'un écrivain dont la perte récente afflige encore la philosophie et l'université. « En jetant les yeux sur la carte de l'Algérie , on voit que cette contrée, qui s'étend entre le grand Atlas et la mer sur une longueur de deux cent cinquante lieues et une profondeur moyenne de soixante, est partagée d'un bout à l'autre par la chaîne du petit Atlas en deux régions distinctes , la région supérieure, entre le grand Atlas et le petit, la région maritime, entre le petit Atlas et la côte. Si l'on cherche les voies de communication ménagées par la nature entre ces deux régions, on ne trouve que quelques sombres défilés, par lesquels, sur trois ou quatre points, les eaux de la première se font jour pour arriver à la mer. Ces issues ouvertes par la force du courant, le courant les remplit; l'homme ose à peine s'y engager, et elles laissent isolées les deux régions qu'elles devraient unir. La division ne s'arrête pas là. De la chaîne intermédiaire du petit Atlas partent, au nord et au sud, de nombreux rameaux qui l'unissent au grand Atlas d'uue part, et au rivage de l'autre , et qui découpent ces deux régions en une multitude de vallées qui n'ont entre elles aucune communication commode; de telle sorte que le pays, divisé en deux longues moitiés par le petit Atlas et

firincipales montagnes nommées par es anciens étaient , en allant de Test à l'ouest : le mont Thambès, qui s'étendait jusqu'à Tabraca ( aujourd'hui Tabarca) ; le mont Audus , d'où sortait le fleuve de ce nom (au moyen âge mons Aurasius , aujourd'hui Djebel- Erress); le Mampsarus, qui n'était que le prolongement du mont Audus, et qui enveloppait la province de Sitifi (aujourd'hui le Jurjurah) ; le mont Ferratus, qui longeait la côte depuis Tubusuptum jusqu'à Russucurrum (près de Coléan) ; le mont Zalacon, nommé par Ptolémée , et longeant au midi le Chinalaph ; le Malethubalon et le Kennaba (Louat-el-Merjeja) au sud ; la chaîne des monts Garapha (Zackar), où le Chinalaph prend sa source. La dernière chaîne à l'ouest est celle des monts Dourdos (Djebel- Ammer), qui donnent naissance à la Mal va, et dont une ramification formait les monts Chalcorychia, dont les mines de cuivre , mentionnées par Ptolémée, n'ont pas été retrouvées.

Les fleuves sont nombreux et peu considérables , si ce n'est dans certain temps de l'année, où leurs eaux gonflées en font de rapides torrents.

Ces fleuves sont , de l'est à l'ouest : la

subdivisé en nombreuses fractions par les rameaux qui s'en échappent, ressemble à un échiquier dessiné par des montagnes, et n'offre que des barrières aux populations qui l'habitent. Vous chercheriez en vain un centre naturel à ce pays découpé; la nature le lui a refusé. Les centres secondaires n'existent pas davantage. Toute la région maritime est composée d'étroites vallées perpendiculaires à la mer, et qui, rangées côte à côte , ressemblent aux crèches d'une étable. Chacune a son fleuve ou plutôt son torrent qui prend sa source au fond et coule en droite ligne au rivage. Les vallées de la région supérieure sont plus grandes, parce que les eaux, longtemps retenues par la barrière du petit Atlas, y ont formé de plus vastes bassins. Mais elles ne sont point liées Tune à l'autre , et chacune d'elles est un monde. Pour en dominer deux, il faudrait

s'établir sur la chaîne qui les sépare »»

Article de Th. Jouffroy , inséré dans la Revue des deux mondes. Juin i838.

* Tusca, l'Àrmoniacus ou Armua (Mafrag), qui sortent du mont Thambès ; le Rubricatus ( Seibouse ) , à l'embouchure duquel est Bone (Hippo-Regius); le Muthul (Hamise), l'Ampsaga, sur les bords duquel s'élevait la ville de Cirta (Constantine) ; ]v Audus (Oued-Mansouriah), qui se jetait dans le Sinus Numidicus (golfe de Bougie) ; le Serbes ou Aves ( aujourd'hui Ouedjer), à l'ouest de Saldae(*) ; le Savus (aujourd'hui Jimmil), qui se perdait dans la mer , à l'est d'Icosfum (Cherchell). La plus grande rivière du pays était, à l'ouest, dans l'ancien territoire des Massésyliens , plus tard Mauritanie césarienne , le Chinalaph de Ptolémée (Chéliff), qui se jetait au sud du cap d'Apollon (aujourd'hui Mostaganem), et tout près de Césarée.

Les eaux de ce fleuve sont abondantes ; les Arabes ont appelé le lieu où il prend sa source , les Soixante-dix fontaines; au delà, à l'ouest, le petit fleuve appelé Salsum Flumen , que Shaw nomme Oued-el-Mailah; puis la Siga (Tafna), et enfin, à l'extrémité du pays des Massésyliens , la Malva ou Mulucha ou Molochath, qui fut la limite des possessions des plus puissants rois numides , Massinissa et Jugurtha , et qui fut plus tard la ligne de séparation des deux Mauritanies.

Au temps de son indépendance , la Numidie ne renfermait pas un grand nombre de villes; mais elles se multiplièrent beaucoup, dès que la domination romaine y eut pénétré. La capitale du pays des Massyliens était Cirta, dont le vrai nom, Kirta, est d'origine phénicienne ou carthaginoise. Selon Strabon, ce fut Massinissa qui contribua le plus à l'agrandissement et à l'embellissement de cette ville, où il fit venir des colons grecs. Voici comment Mannert en décrit la position : « L'emplacementdeCirta offre les plus grands avantages : il est à l'abri des attaques des hordes nomades , et propre à soutenir un siège régulier ; les environs sont bien arrosés , et la végétation en

(*) Saldrc répond àTedeles, selon M. Mardis ; selon M. Dureau de la Malle, à Bougie.

NUMIDIE ET MAURITANIE

est riche et variée. Un affluent considérable de l'Ampsaga, à l'est, dont les auteurs anciens ne nous disent pas le nom , après avoir coulé du sud-ouest au nord-est par un grand espace de terrain, se réunit au nord de Milan (autrefois Mileum), à l'affluent occidental du même fleuve. Les sinuosités de ce bras oriental de l'Ampsaga sont flanquées de plusieurs hautes rangées de coteaux , et forment une presqu'île élevée, qui n'est jointe au reste du pays que vers le sud-ouest; d'où une plaine fertile, dont Salluste a déjà signalé l'existence , s'étend d'un côté jusqu'à Milah , et de l'autre jusqu'aux sources de la rivière d'Or (Oued-el-Dzahab), qui forme, avec le Jimmilah, l'affluent occidental de l'Ampsaga. C'est dans cette presqu'île que se trouve la ville de Cirta (*). » Cette ville est aujourd'hui Constantine, qui est encore la plus forte place de l'Algérie orientale. Parmi les autres villes du pays des Massyliens, nous indiquerons celles qui ont conservé aujourd'hui quelque importance :

sur la côte Rusicada (de Ptolémée), connue présentement sous le nom de Stora, près de laquelle est le nouveau port de Philippeville, Hippo-Regius, que les Arabes appelaient la ville des Jujubes (Blaid-el-Aneb) , aujourd'hui Bone ; Collops Magnus (Collo). La capitale du pays des Massésyliens, au temps de Syphax, était la ville de Siga, à quelque distance du port du même nom, et non loin de la rivière qui est la Tafna de nos jours : c'était une des anciennes colonies tyriennes ou villes mêtagonitiques , alliées ou tributaires de Carthage. Florissante au temps des guerres puniques , elle était en pleine décadence à l'époque d'Auguste.

Strabon dit même qu'elle fut ruinée par les Romains. Mais Pomponius Mêla, ttolémée , et l'Itinéraire d'Antonin, attestent qu'elle existait encore; Icosium (Cherchell), .Toi ou Caesarea (Tennès), la résidence du jeune Juba, qui, par reconnaissance pour Auguste,

(*) Traduct. de MM. Marcus et Duesberg, p. 368.

lui donna le nom de Césarée; Jomnium, municipe romain, dont la position correspond à peu près à l'emplacement actuel d'Alger ;Choba, aujourd'hui Bougie, selon Mannert , tandis que, selon M. Dureau de la Malle, Bougie serait l'ancienne Saldae , que Mannert appelle Tedèles. Dans l'intérieur, Sitifis (Sétif), Castellum Medianum (Médéah), Castra Nova (Mascara), Quiza Castellum (Oran). Ptolémée , Strabon , Mêla , l'Itinéraire, citent un grand nombre d'autres villes, et nous pourrions multiplier les rapprochements de la géographie ancienne et moderne; mais notre but n'est point de faire la description détaillée des lieux : nous avons seulement voulu préparer le lecteur à l'intelligence des faits historiques, et en même temps reporter , par de fréquentes comparaisons , son esprit du passé au présent, pour l'aidera comprendre les faits nouveaux dont ces contrées sont le théâtre. Ajoutons seulement que les deux régions occupées par les Massyliens et les Massésyliens correspondent à peu près, dans les limites que nous avons indiquées, aux quatre provinces que comprenait la régence d'Alger savoir : province d'Oran , province d'Alger , province de Tittery, province de Constantine.

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