‹ Afrique. Tableau generalChapitre 149 sur 232 · NUMIDIE JUSQU'A LA REDUCTION EN PROVINCE ROMAINE · texte numérisé non relu

NUMIDIE JUSQU'A LA REDUCTION EN PROVINCE ROMAINE

introduction. — Les Numides, comme la plupart des peuples barbares de l'antiquité, n'ont point eu d'histoire nationale : tout ce que nous savons sur leur compte nous a été transmis par les écrivains de la Grèce et de Rome: encore l'attention de ces derniers ne se porta sur ces tribus indigènes de l'Afrique septentrionale qu'au temps où le commerce et la guerre eurent établi avec elles de fréquentes relations, et elle se concentra principalement sur les moments mêmes où s'accomplirent les événements de la conquête ; en sorte que tout ce qui précède l'époque où les armes romaines pénétrèrent en Afrique, tout ce qui ne se rapporte point au fait de l'invasion est vaguement indiqué , ou entièrement omis. Après tout , ce silence n'est ni

aussi injuste , ni aussi fâcheux qu'on pourrait le croire. On n'a point à regretter ici la perte des annales d'un grand peuple : l'histoire ne commence ordinairement qu'avec la civilisation.

Liés Numides , ainsi que les Mauresleurs voisins, restèrent dans la monotonie insignifiante de la vie barbare, jusqu'au temps où leurs rapports avec Carthage et Rome les firent entrer dans une voie nouvelle. Alors seulement ils commencèrent à devenir une nation, un royaume ; jusque-là ils n'avaient été que des tribus nomades, et l'ignorance de tout ce passé n'est presque rien pour nous, tandis que la science déplorera toujours la nuit profonde qui enveloppe les premiers siècles de la grande république de Carthage. Les critiques et savants modernes'ont montré le même dédain pour l'histoire ancienne des Numides et des Maures, qui n'a été traitée spécialement par personne, si ce n'est par les auteurs

Ve Livraison. (Numidie et Mauritanie.)

L'UNIVERS

de la grande Histoire universelle, composée en anglais par une société cre gens de lettres (*). L'histoire des Numides se trouve au tome XIIe de la traduction française publiée à Amsterdam et à Leipzig en 1751. Elle n'est recommandable ni pour la discussion des faits, ni pour l'exactitude géographique, ni pour l'intérêt de la narration. Mais c'est un utile travail préparatoire par l'abondance des citations , et le soin avec lequel les auteurs ont tiré des sources ce qu'elles pouvaient fournir. C'est là le principal et peut-être le seul ouvrage où l'histoire ancienne de la Numidie ait été particulièrement étudiée et reproduite, tous les autres historiens l'ayant toujours confondue avec celle de Rome et de Carthage. Pour la géographie, les recherches les plus complètes et les plus consciencieuses sur cette partie de l'Afrique avaient été faites par Christophore Cellarius, qui publia, en 1701 , sa Notifia orbis antiqui , dont Conrad Sehwartz a donné une seconde édition en 1773.

Mais ces contrées , depuis que le drapeau français y a été arboré par la conquête , sont devenues pour nous du plus grand intérêt, et l'objet d'études toutes particulières. Non-seulement on a dû s'enquérir de la statistique , des mœurs , du caractère des tribus, des ressources actuelles, en un mot de l'état présent du pays , mais on a été ramené à l'examen des documents anciens, pour trouver dans le passé des leçons applicables et utiles.

Ce qu'il importait de bien connaître, c'était la colonisation de l'Afrique septentrionale par les Romains ; c'était aussi, comme nous l'avons déjà dit, le fait que l'histoire ancienne a le mieux conservé. En 1833, le ministre de la guerre écrivit au secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , pour attirer son attention sur ce point; et en 1834, une commission, composée de MM.Walc-

(*) L'Art de vérifier les dates ne donne que deux notices très-courtes sur la Numidie et la Mauritanie,

kenaer , Hase et Bureau de la Malle, fut chargée de s'occuper spécialement de la géographie ancienne de la régence d'Alger, et de la colonisation romaine dans cette contrée. La commission se mit à l'œuvre , et fit paraître un volume contenant une introduction historique et des études géographiques sur les Mauritanies et la Numidie, travail digne de l'Académie et des savants à qui elle l'avait confié . Malheureusement, rien n'a été publié depuis 1835. Cependant, l'un des membres de la commission , et notre collaborateur à cette histoire de l'Afrique ancienne, M. Dureau de la Malle, a fait paraître un travail complet sur la province de Constantine, sous le titre suivant : Recueil de renseignements pour V expédition ou l'établissement des Français dans cette partie de l'Afrique septentrionale. Ce traité est plein d'utiles recherches et d'ingénieux rapprochements qui attestent la science et la sagacité de l'auteur. Enfin , on a publié récemment, en 1842, sous les auspices et par ordre du ministère de la guerre, le Tableau de la géographie ancienne des États barbaresques , d'après l'allemand de Mannert. M. Louis Marcus, qui a donné ce livre au public, n'a pas seulement fait une utile traduction, il a encore intercalé, dans sa version, des passages complétant le texte de Mannert , et il a ajouté , à la fin de l'ouvrage, des notes où se trouvent éclaircis, d'après les découvertes récentes, plusieurs points jusque-là controversés. Ainsi , grâce à la conquête de l'Algérie , la connaissance historique et géographique de ce pays , tel qu'il était autrefois , a fait de grands progrès , et les savants se sont engagés avec empressement dans la voie que les soldats avaient frayée. On a fait de l'étude des anciens documents une chose éminemment pratique; on y a cherché des applications immédiates, et l'histoire n'est pas restée ici une vaine spéculation. Les travaux que nous avons indiqués nous seront d'un grand secours dans le résumé historique qui va suivre ? ils nous ai-

NUMIDIE ET MAURITANIE

deront à donner à notre récit un intérêt actuel en y multipliant les rapprochements et les analogies, à empêcher qu'il soit absolument indifférent àceux qui ont vucetteterreafricaine,où nous recommençons le rôle des Romains, et que ce ne soit pas une lettre morte, sans instruction et sans utilité. Toutefois , ces excellents intermédiaires ne nous sépareront pas des anciens auteurs que nous avons constamment consultés, et sans la connaissance immédiate desquels on ne doit ni on ne f>eut faire un pas dans la science de 'antiquité.

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