ANTIQUITÉS DE LA NUMIDIE. TEMPS
fabuleux. — L'histoire de la Numidie est, pendant plusieurs siècles, environnée de la nuit la plus obscure.
Les premiers faits dont cette contrée a été le théâtre sont du domaine de la mythologie, autant et encore plus que de celui de l'histoire. Eusèbe affirme qu'Hercule se couvrit de gloire en Afrique, après avoir vaincu" le géant Antée dans la partie la plus reculée de la Mauritanie, environ 50 ans avant Ja fondation d'Utique, qui elle-même, au rapport des historiens phéniciens, précéda de 287 ans celle de Carthage.
Salluste , Florus et Orose nous apprennent que cet Hercule , qui est le
(*) Recherches sur l'histoire de la régence d'Alger, t. I , p. 116.
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héros phénicien , fonda la ville de Capsa , ce qui prouve qu'il porta ses armes dans la Numidie après avoir soumis la Mauritanie où régnait Antée , ou bien que le royaume de ce prince comprenait aussi le pays appelé Numidie plus tard. Nous reviendrons sur ces deux personnages d'Antée et d'Hercule à propos de la Mauritanie , à laquelle ces faits se rattachent plus particulièrement. A l'époque de la fondation de Carthage, Iarbas régnait sur les Libyens nomades ou Numides. On sait les démêlés de ce prince avec Didon ; nous ne reviendrons pas sur ces faits peu constatés , qui d'ailleurs ont trouvé leur place dans l'histoire de Carthage. Remarquons seulement que les députés carthaginois envoyés par Didon à Iarbas , n'osant rapporter à la reine que le roi barbare la demandait pour épouse, lui dirent qu'il souhaitait qu'on lui envoyât quelqu'un capable de le civiliser lui et ses sujets, mais qu'aucun des Phéniciens venus avec Didon ne consentit à aller vivre parmi les barbares. Ce fait, rapporté par Justin, fait entrevoir (ce qui arriva plus tard) que le nouvel établissement des Tyriens en Afrique devait y introduire "des germes de civilisation qui en modifièrent la barbarie, et qui préparèrent le florissant état social que l'on y trouve au temps des Romains. En effet, les Numides ne se civilisèrent pas par eux-mêmes, ils furent toujours dominés par la supériorité des peuples qui leur firent la guerre pour les asservir, et la suite démontrera suffisamment cette assertion.
Si l'histoire de Carthage n'avait pas elle-même disparu, nous aurions sur ces temps reculés de la Numidie de précieux détails ; car il y eut de fréquentes guerres entre les Carthaginois et les Numides. Justin nous apprend que Carthage dissipa toutes les ligues formées par les tribus maures et numides contre sa puissance, et qu'après s'être affranchie de tout tribut, elle étendit peu à peu sa domination à l'occident. Elle sut même se servir des barbares africains au profit de sa grandeur, et elle en composa ses ar-
mées , secours qui lui fut souvent funeste. Au temps de ses guerres contre Denys , les mercenaires africains se révoltent; ils'prennent Tunis, mais leur désunion et le manque de vivres les empêchent d'emporter Carthage.
Ces révoltes se renouvelèrent fréquemment dans le cours de ces luttes de Carthage avec les Grecs de Sicile; et Agathocle, qui connaissait bien les dispositions des Numides, en profita dans son invasion en Afrique , et en fit le fonds principal de ses espérances. Il prit le titre de roi d'Afrique, et Diodore nous apprend que plusieurs des chefs de tribus nomades firent avec lui des traités par lesquels ils reconnaissaient sa souveraineté. Eumaque, un de ses généraux, soumit plusieurs peuples qui refusaient son alliance , et pénétra même chez des nations plus méridionales et entièrement noires, selon Diodore de Sicile.
Nul doute que les expéditions d'Agathocle en Afrique n'aient rendu la liberté à plusieurs peuplades assujetties par Carthage, en sorte qu'après lui le pouvoir resta entre les mains des naturels du pays. C'est alors que se forment les royaumes des Massyliens et des Massésyliens, et que s'affermissent les dynasties barbares d'où sortirent Syphax et Massinissa.
FORMATION DES ROYAUMES ET DES DYNASTIES NUMIDES. — C'est alors
aussi que la Numidie se divise bien nettement en massylienne et en massésylienne. Les rois des Massésyliens résidaient à Siga, vers l'occident, près du fleuve de ce nom ; les autres à Zama , beaucoup plus voisine de Carthage. Le plus ancien de ces princes est celui que Polybe appelle Narva ou Naravase, qui , entraîné par son admiration pour le grand Amilcar, mit toutes ses forces au service de Carthage pendant la guerre des mercenaires, et contribua puissamment à la sauver. Il fut père deGalaouGula, qui eut pour fils Massinissa. Avant de raconter l'histoire des princes de cette famille, nous en présenterons le tableau généalogique.
NUMIDIE ET MAURITANIE
Tableau généalogique des rois de Numidie.
Naravase , roi des Numides massyliens, épouse une sœur d'Annibal , fille d'Amilcar Barca.
Gula, roi de Numidie.
OE.salcès, roi de Numidie, ép. une nièce d'Annibal.
Massinissa, roi de Numidie, ép. Sophonisba.filled'Asdrubal, plusieurs autres femmes et concubines.
Une fille mariée
à un prince nu*
mide.
Massiva.
Capusa, roi de
Numidie, tué par
Mésetul.
Lucumacès, roi de Numidie,
sous la tutelle et le gouvernement
de Mésetul.
Micipsa ,
roi de Numidie.
Adherbal- Hiempsal, roi d'une partie de la Numidie.
Manastabal, Gulussa, roi.
roi.
Une fille, Masgaba.
mariée à Asdrubal.
Methymnat. Stemba. Misagèncs.
en tout 44 enfants de Massinissa.
Jogurtha, ép.
une fille de Bocchus.
Gauda.
Hiarbas, détrôné par Pompée.
Masintba ou Oxintha, pris avec son père et captif à Rome.
ipsal, roi de Numidie, chez qui le jeune Marius se réfugia.
Hiouba ou Juba, roi de Numidie et de Mauritanie, tué après la bataille de Tapsus.
Massiva, tué par Bomilcar.
Juba, roi de Numidie, de Mauritanie, de Gétulie, ép. Cléopàtre, fille d'An» toine et de Cléopàtre, et Glaphyre, fille d'Arcbélaùs, roi de Cappadoce.
Ptolémée, roi de Mauritanie.
Drusilla.
Quant à Syphax , les historiens ne parlent pas de ses ancêtres, et ne mentionnent que son fils Vermina et son petit-fils Arc-Bar-Zan ou Archobarzane; en sorte qu'il apparaît presque isolé dans l'histoire, et que nous n'avons pas à dresser la liste de ses aïeux, ni de sa postérité.
PREMIÈRES RELATIONS DES RO- MAINS AVEC LES NUMIDES ; LEUR ALLIANCE AVEC SYPHAX (213 ans av.
notre ère). La seconde guerre punique , qui avait commencé l'an 219 avant Jésus-Christ , ne s'était pas, comme la première, concentrée dans la Sicile et dans les mers qui l'environnent , mais elle avait embrasé en un instant toutes les contrées qui bordent la Méditerranée occidentale. Les rois des Numides massyliens et massésyliens étaient des alliés trop importants pour que Rome et Carthage ne songeassent pas à se les attacher.
Ce fut l'an 213, sous le consulat de Fabius Maximus, fils de Fabius Cunctator, et de Sempronius Gracchus, que les deux Scipions Publius et Cnéus , animés par les succès considérables
qu'ils avaient remportés en Espagne', résolurent de susciter des embarras à Carthage dans l'Afrique même, pour soulager autant que possible Rome et l'Italie, gémissant encore sous Annibal. Attentifs à tous les événements qui pouvaient survenir , ils saisirent la première occasion favorable qui se présenta. Ils surent que Syphax , roi des Numides occidentaux, avec cette mobilité qui caractérise ce peuple, était tout à coup devenu ennemi de Carthage. Us lui envoyèrent comme députés trois centurions qui firent alliance et amitié avec lui. Dans les entrevues qu'ils eurent avec le roi barbare, les députés romains l'engagèrent à faire aux Carthaginois une guerre pressante, lui promettant que la république, à qui il rendrait un service signalé, ne négligerait rien pour lui en témoigner une entière reconnaissance.
Syphax reçut cette ambassade avec satisfaction'. Dans les entretiens qu'il eut avec ces centurions , qui connaissaient parfaitement la guerre, il apprit d'eux des choses qui f étonnèrent sur l'art militaire, et il vit, par fa compa-
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raison de la tactique romaine avec la méthode barbare, combien il avait encore a apprendre dans ce métier.