‹ Afrique. Tableau generalChapitre 156 sur 232 · CONDUITE DE PUBLIUS SCIPION A · texte numérisé non relu

CONDUITE DE PUBLIUS SCIPION A

l'égard de massiva. — Il restait encore une chose à faire, c'était de détacher Massinissa du parti carthaginois. Le jeune Scipion , qui seul avait osé se charger de la guerre d'Espagne après la mort de son père et de son oncle (211), ne négligea rien pour atteindre ce but. On en voit la preuve dans la manière généreuse dont il se conduisit à l'égard d'un jeune prince de la famille des rois massyliens. Après la bataille de Bascula, gagnée sur Massinissa et Asdrubal , le questeur de l'armée romaine procédait à la vente des captifs, lorsqu'on lui signala parmi les Africains un jeune homme que son noble extérieur faisait distinguer de tous les autres. Ayant appris qu'il était de race royale, il l'envoya à Scipion, qui lui demanda qui il était, de quel pays, et comment, si jeune encore, il s'était trouvé à la bataille.

L'enfant répondit, les larmes aux yeux, «qu'il était Numide, qu'il s'appelait Massiva ; que la mort de son père l'ayant laissé orphelin , il avait été élevé par Gala, qui était son aïeul maternel; aue son oncle Massinissa, qui venait d'arriver avec des renforts de cavalerie, l'avait mené avec lui en Espagne; mais que, jusque-là, il ne lui avait pas permis, à cause de sa jeunesse , d'assister à aucun combat ; que cependant, le jour de la dernière bataille, il s'était procuré, à l'insu de son oncle, un cheval et des armes, et qu'il s'était secrètement jeté dans la mêlée; enfin, que pendant l'action son cheval s'était abattu, qu'il avait été renversé par terre et pris par les Romains (*). » Scipion l'entendit, chargea quelqu'un de le garder, et, après avoir réglé toutes les affaires portées à son tribunal, il fit venir dans sa tente le jeune Numide. «Massiva, lui dit-il,

(*) Tite-Live, liv. xxvir.

voudrais-tu bien retourner auprès de ton oncle? » A cette question, l'enfant pleura, et répondit qu'il le désirait vivement. Alors Scipion lui fit donner un anneau d'or, une tunique laticlave, une saie espagnole, une agrafe d'or, et un cheval tout équipé; puis, ayant ordonné à des cavaliers d'escorter le prince aussi loin qu'il voudrait, il le congédia. Que dut penser Massinissa d'un tel ennemi, quand il vit son neveu de retour, ainsi honoré par le général romain? Cette générosité, que rien n'avait provoquée, devait être d'un effet infaillible. Nul doute que Massinissa n'en ait été vivement pénétré, et qu'il n'ait commencé à ressentir pour Scipion l'Africain cette profonde admiration dont il donna dans la suite tant de preuves.

ENTEEVUE DE MASSINISSA AVEC SILANUS; IL SE DONNE AUX R0- MAINS ; RAISONS DE CE CHANGEMENT

(207 avant notre ère). — Cependant il resta encore quelque temps au service de Carthage, combattit une dernière fois pour elle avec Magon et Hannon, lieutenants d'Annibai , et partagea encore leur défaite. Mais il n'attendit pas davantage, et sa foi chancelante succomba enfin (207). Scipion était retourné à Tarragone. Massinissa eut, on Bétique, une entrevue secrète avecSilanus,lieutenantdeScipion,etse livra franchement à l'alliance romaine.

Toutefois, sans rompre ouvertement avec Carthage, il partit accompagné d'un petit nombre des siens, et passa en Afrique pour attirer au parti des Romains toute sa nation. Tite-Live n'indique aucun des motifs qui décidèrent Massinissa à ce brusque changement; il se contente de faire remarquer que la constance avec laquelle il persévéra jusqu'à l'extrême vieillesse dans son amitié pour Rome ne permet pas de croire qu'il ait embrassé ce parti sans de bonnes raisons. Il n'est point difficile d'assigner à cette détermination ses causes primitives. Massinissa subissait l'influence de ces nobles séductions que Scipion exerça sur tant d'autres chefs barbares : il'se sentait pour lui un penchant décidé. Les procédés

NUMIDIE ET MAURITANIE

de Carthage envers lui étaient tout différents; et il est évident que cette république, qui cherchait alors à regagner Syphax à sa cause, froissait par là l'amour-propre de îUassinissa, si longtemps son principal allié. Enfin, une raison bien puissante encore, c'était la décadence de la fortune de Carthage, qui n'avait plus que des revers pour ses alliés et pour elle.

Massinissa, qui était aussi politique que brave, considérait les événements, et le spectacle des choses présentes lui donnait un secret et infaillible pressentiment du triomphe futur de Rome; il aima mieux vaincre avec elle que de périr avec sa rivale. Ce dernier rôle, il l'abandonna à l'imprudent Syphax.

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