MASSINISSA, EN ESPAGNE, PREND PART A LA DÉFAITE DES SCIPIONS
(212 ans avant notre ère). — Après avoir humilié et dépouillé Syphax , Massinissa franchit le détroit et passa en Espagne, où il rejoignit les deux Asdrubal et Magon , qu'il servit avec zèle. La situation des deux Scipion était alors très-périlleuse; la tentative qu'ils avaient faite en Afrique compromit et ruina entièrement leurs affaires eu Espagne; car les Carthaginois furent fortifiés par la déroute de Syphax , et disposèrent de tous les Numides. Publius et Cnéus s'étaient séparés, pour faire face à tous leurs ennemis. Massinissa , qui combattit d'abord dans l'armée opposée à Publius , le harcela sans relâche. Il inquiétait les Romains jour et nuit:
non - seulement il tombait sur eux quand ils allaient chercher du bois et du fourrage, mais il les attaquait audacieusement jusque dans leur camp, portant soudainement l'alarme et l'effroi au milieu des postes qui veillaient à la garde des retranchements. Scipion et les siens étaient comme assiégés, et ils manquaient de toutes choses. Dans le combat, les Numides firent des prodiges; et Massinissa, plus tard Pami de Scipion l'Africain, dut compter au nombre de ses premiers exploits cette bataille où périt Publius.
Pendant plusieurs années, Massinissa employa son ardente jeunesse au service des Carthaginois. L'histoire n'a pas fait mention de tout ce qu'il fit dans cette période de son active existence; mais elle laisse conjecturer qu'il fut pour cette république un auxiliaire dévoué, comme il le devint plus tard pour les Romains. En 210, M. Valérius Messala, commandant la station navale des côtes de la Sicile, fit une incursion sur le territoire d'Uticpie, et revint treize jours après en Liiybée. Ayant interrogé les prison-
niers qu'il avait faits dans cette expédition, il apprit d'eux, entre autres choses, que Massinissa se trouvait à Carthage avec 5,000 Numides; qu'on faisait de grandes levées dans toute la Numidie pour fortifier l'armée d'Espagne que commandait Asdrubal, dont le projet de passer en Italie était déjà bien arrêté. Peut-être Massinissa devait-il conduire toutes ses recrues africaines , et accompagner le frère d'Annibal sur le sol de l'Italie, où il aurait partagé son funeste sort. Mais la fortune en décida autrement.
SYPHAX SE RELÈVE ; IL CONTINUE SES RELATIONS AVEC ROME (510 avant
notre ère). — Nous avons laissé Syphax repoussé par Massinissa dans la partie la plus occidentale de l'Afrique, et dépouillé de ses États. Ce prince ne tarda pas à rétablir ses affaires : Massinissa guerroyait en Espagne; Syphax n'avait plus ce rival en tête; il lui était facile de se relever dans la Numidie.
Les circonstances du retour de Syphax dans son royaume ne sont pas connues ; mais on sait le résultat de ses tentatives et le temps où il faut les placer, par Tite-Live, qui, sans entrer dans aucun détail , mentionne l'arrivée des ambassadeurs de ce prince sous le consulat de Valérius Lévinus et de Marcellus, en 210. Les envoyés de Syphax venaient informer le sénat des victoires de leur maître su% les Carthaginois, et de la situation prospère de ses affaires. Ils renouvelèrent en son nom l'assurance de son amitié pour Rome et de sa haine contre Carthage. Ce n'était plus seulement avec les représentants de la république en Espagne qu'il voulait traiter, mais avec le sénat lui-même. Le sénat répondit avec bienveillance aux envoyés numides, et fit partir trois députés qui offrirent au roi barbare des présents consistant en une toge et une tunique de pourpre, un siège d'ivoire, et une coupe d'or du poids de cinq talents.
La députation visita aussi d'autres petits rois (reguli) numides à qui elle offrit des présents de moindre valeur, savoir, des robes prétextes et des coupes du poids de trois talents. Ainsi
Rome ne négligeait rien pour soulever l'Afrique contre Carthage et multiplier les ennemis à ses portes, et c'était par ce mélange heureux de la politique et des armes qu'elle résistait au génie puissant d'Annibal.