GRANDES DIVISIONS DU GENRE HUMAIN
Nous ne saurions prétendre établir ici une nouvelle classification du genre humain ; mais il nous importe du moins d'indiquer en gros quelle place occupent les types africains dans le vaste tableau des populations du globe. Sans nous restreindre aux trois variétés de Link et de Cuvier, ou aux cinq variétés deBlumenbach, ni même aux deux espèces de Virey, sans déborder non plus jusqu'aux onze espèces de Desmoulins ou aux quinze espèces de Bory de Saint-Vincent, nous prendrons comme un mezzo termine commode les trois divisions principales et deux divisions subordonnées dans la coordination desquelles Swainson a concilié les classifications de Cuvier et de Blumenbach : dans ces grandes coupes viennent se ranger , à titre de
variétés, les nombreuses espèces de Bory de Saint-Vincent, et celles qu'il faut ajouter à son incomplète nomenclature. Sans nous détenir à montrer comment le zoologiste anglais , s'élevant sur les idées de Mac-Leay, établit dans toute section naturelle du règne animal une subdivision tripartite présentant un type, un sous-type, et un groupe aberrant ou moins développé, composé à son tour de trois groupes secondaires dont un principal et deux subordonnés, nous supposerons de prime abord que l'espèce blanche ou caucasique est le type fondamental du genre humain , l'espèce jaune ou mongolique le sous-type, et l'espèce éthiopique le groupe aberrant, formé des trois sous-espèces nègre , américaine et malaie, dont la première se lie à l'espèce blanche par la sous-espèce américaine ou rouge, et à l'espèce jaune par la sous-espèce malaie ou brune.
Poursuivant l'application de la même méthode, on peut classer l'espèce blanche en trois variétés qui seraient ainsi échelonnées, savoir : la variété japétique ou indo-germanique constituant le groupe normal , la variété schêmitique ou syro-arabe offrant le soustype, et la variété hhamitique ou phénico- égyptienne formant le groupe aberrant, dans lequel il faudrait probablement compter comme sous -variétés les Messrytes, les Kouschytes et les Kananéens, ces derniers servant de lien avec la variété japétique, et les Kouschytes se rapprochant davantage de la variété schêmitique.
Les races blanches africaines représentent, autant à raison de leurs généalogies traditionnelles que par la persistance des caractères physiques , toutes ces grandes sections de l'espèce blanche, dont la coordination présentait dès lors ici un intérêt direct et immédiat.
L'espèce jaune, sans être complètement désintéressée dans l'ethnologie africaine, ne laisse toutefois apercevoir qu'une liaison éloignée, immémoriale, et dont la trace n'est pourtant pas entièrement perdue, entre le Copte, héritier dégénéré de l'antique peu-
2e Livraison. (Hist. dr l'Afrique.)
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pie d'Egypte , et le Chinois , variété sous-type dans l'espèce mongole , où le groupe aberrant paraît formé par les sous-varietés hyperboréennes.
Quant à l'espèce éthiopique, la sousespèce nègre, qui en constitue le type normal , appartient essentiellement à l'Afrique; mais pour coordonner dans un classement rationnel les variétés dé celle-ci, il serait indispensable de réunir des notions beaucoup plus étendues et plus précises que nous n'en possédons encore sur les populations susceptibles de figurer dans ce cadre : ce n'est donc qu'à titre d'hypothèse ' aventurée et conjecturale que nous désignerions le Nègre africain proprement dit comme variété type, le Papou de l'Océanie comme sous-type , et que nous placerions dans le groupe aberrant le Hottentot, le Kafre et l'Aifourous. Puis, dans la variété nègre proprement dite, il est impossible" de méconnaître que des subdivisions sont commandées par des différences frappantes entre les belles races du Nord et celles qui vers le Sud se rapprochent pu Hottentot par les formes corporelles; mais les indications éparses et incomplètes qui laissent apercevoir ces diversités tranchées ne suffisent point à en esquisser la distribution synthétique : la détermination des types , la recherche des éléments générateurs des populations hybrides, soulèvent à chaque pas d'inextricables difficultés.
CLASSIFICATION DES RACES AFRI- CAINES.
Quoi qu'il en soit de ces essais de classification , les races africaines qui doivent trouver leur place dans ce tableau d'ensemble peuvent être énumérëes en gros dans l'ordre suivant , corrélatif à la disposition systématique des groupes naturels , eu égard aux affinités les plus marquées :
1° Les races européennes , qui ont formé des colonies disséminées sur toute la périphérie et dans les îles, y compris la race turke,clair-semée dans les pays de la côte septentrionale.
2° Les races arabes répandues sur les côtes orientales jusqu'à Sofalah et Madagascar, dans toute l'Egypte , sur la lisière boréale le long de la Méditerranée, sur le littoral atlantique jusqu'au Sénégal, et étendues à une assez grande profondeur dans le désert , dont elles occupent encore les parties austro-orientales.
3° La race copte, au teint jaune foncé, au nez court et droit, aux grosses lèvres, au visage bouffi, qui tend à s'effacer chaque jour davantage du sol de l'Egypte, et qui semble, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, conserver la trace de 1 ancienne infusion d'un élément mongol ou chinois.
4° Les races kouschytes , au teint nigrescent, au nez presque aquilin , à la bouche moyenne, au visage ovale, qui peuplent l'Abyssinie et une partie du littoral de la mer Rou^e sous les noms de Hhabeschvn, Danâqyl, Schohou, Ababdeh ; la plupart de ces nations, sinon toutes, se dénommant elles-mêmes aga'zyàn , ou pasteurs.
Peut-être divers éléments asiatiques et africains s'y sont-ils fondus dans des proportions diverses ; les traces d'une infiltration nègre sont aisément saisissables, et, d'un autre côté, le noyau semble offrir une grande analogie avec les castes inférieures de l'Inde. Quoi qu'il en soit de l'origine indigène ou étrangère de ces peuples, toujours estil que l'Afrique seule les possède aujourd'hui; quelques rameaux détachés s'en retrouvent sur la côte de Zanguebar et parmi les populations berbères.
5° Celles-ci forment l'un des groupes les plus remarquables du continent, où elles occupent les régions montagneuses du Nord , et les parties centrales du Ssahhrâ , depuis l'Egypte jusqu'à l'océan Atlantique et aux Canaries, et depuis la Méditerranée jusqu'à Ten- Boktoue et Kasynah , peut-être même jusqu'au delà du lac Tchad , sous les dénominations diverses de Schelouhh, Berêber, Qabàvl, ïouârek, Sourqà et autres, que leur donnent leurs voisins arabes ou nègres, et sous l'appellation générale de Amazygh, c'est-à-dire
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nobles, ou de Amazerqt, c'est-à-dire libres, qu'ils se donnent eux-mêmes :
réunion d'éléments fort divers, les uns blancs, d'autres hâlés, la plupart olivâtres, quelques-uns presque noirs; un front étroit, une' figure ovale, des traits arrondis , des yeux foncés et cruels, des cheveux noirs et rudes semblent, avec le teint olivâtre, caractériser, au milieu de cette agglomération confuse, une sourhe primordiale, que les traditions désignent comme kana'néenne, mais qui, d'une part, s'est nourrie d'une sève dérobée aux races nègres, et sur laquelle, d'autre part, sont venus s'enter de puissants rameaux japétiques.
6° Du milieu des races nègres se détache une population metive, à couleur tannée ou cuivreuse, au nez saillant, à la bouche moyenne, au visage ovale, qui se compte elle-même parmi les races blanches, et se dit issue de pères arabes unis à des femmes tauroudes. Sous les noms de Foulahs , Fellânys, Fellâtahs, ou plutôt sous celui de Peuls, qu'ils se donnent euxmêmes, ces peuples occupent une zone large et onduleuse depuis les rives du Sénégal jusqu'aux montagnes du Mandharah, et peut-être beaucoup plus loin ; leur chevelure crépue et même laineuse, quoique longue, justifie leur classement parmi les populations oulotriques; mais ni les traits du visage, ni la couleur de la peau, qui leur a valu de la part des voyageurs la dénomination de Peuls rouges , ne permettent de les confondre avec les nègres, quelque intime que soit d'ailleurs, sur la lisière commune, la fusion des deux types.
7° Les races nègres proprement dites, à peau noire plus ou moins foncée , au nez généralement épaté , aux lèvres grosses et saillantes, au visage court , aux cheveux laineux , sont répandues sur la majeure partie du sol africain , depuis le Sénégal et le haut Nil jusqu'au delà du tropique austral.
Les caractères spécifiques sont diversement combinés chez les différentes
races qui forment cette division ethnographique : ainsi le Ouolof, le plus noir de tous les nègres, est celui dont le nez est le moins épaté, les lèvres les moins grosses ; le Moutchicongo , au contraire, dont le teint est beaucoup moins foncé, a le nez presque plat, des lèvres énormes, et la femme possède , dans de moindres proportions , le tablier et les grosses fesses de la Hottentote; entre ces types extrêmes, l'Aschanty, le Manding, l'Arada , 1*1bo , le Monjou , le Makoua , offrent une série de types intermédiaires.
8° Les races hottentotes , à peau brunâtre comme la suie, au nez entièrement épaté, aux lèvres grosses et avancées, aux pommettes saillantes, au visage triangulaire profilant celui du singe, habitent l'extrémité sud-ouest de l'Afrique; chez la femme, un trait remarquable est le développement des nymphes qui couvre les parties génitales d'une sorte de tablier naturel , et celui des fesses, dont l'énorme saillie semble destinée à supporter l'enfant pendant l'allaitement.
9° Les races kafres, au teint gris noirâtre ou plombé, au nez arqué, aux grosses lèvres, aux pommettes saillantes, occupent, au noro est des Hottentots, une vaste portion de l'Afrique orientale , ainsi que la pointe sud de Madagascar ; il semble qu'avec elles doivent être classés les Gallas, qui , depuis Melinde , se sont avancés jusqu'au cœur de l'Abyssinie.
10° Enfin la race malaxe a répandu quelques colonies sur la plage africaine, puisqu'elle a peuplé les rivages orientaux de Madagascar ; d'ingénieux rapprochements voudraient même en signaler des traces jusque dans le centre de la Nigritie.
Il est à peine besoin de dire que sur la limite mutuelle des cantonnements géographiques respectifs, les races que nous venons d'énumérer se sont plus ou moins fondues les unes dans les autres, et que leurs démarcations précises ne sont pas toujours faciles à discerner.
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