DESCRIPTION DE LA MAURITANIE
ses limites; l'atlas; nature do sol; principales productions du pays ; fleuves. — La Mauritanie était la contrée la plus occidentale de l'Afrique du nord.Strabon l'appelle la Maurusie. Plusieurs médailles et monnaies , frappées à Rome au temps d'Adrien , et reproduites dans les recueils de Gruter et d'Eckhel , la désignent par le nom de Mauritanie ; il n'y en a qu'un petit nombre qui portent le mot de Mauritanie , et cependant il est resté le plus en usage. Les peuples qui habitaient cette contrée étaient les Mauri, Maures, dénomination qui s'étendit de plus en plus à l'orient, et qui finit par envahir presque toute la Numidie.LaMauritanieproprement dite est celle que l'on appela plus tard Tingitane, du nom de Tingis (Tanger), sa capitale. Elle était séparée du pays des Massésyliens par le fleuve Malva ou Mulucha; la mer Méditerranée et l'océan Atlantique l'entouraient au nord et à l'ouest ; mais sa limite au sud était plus incertaine, et fut longtemps inconnue. On s'accordait à lui donner l'Atlas pour bornes de ce coté; mais personne n'avait vu cette vaste chaîne , et sa position était toujours livrée aux conjectures des historiens
et des géographes. « C'est Polybe le premier, dit Mannert , qui fixa pour toujours la position errante de l'Atlas : dans le cours de son voyage il vit une énorme chaîne de montagnes dresser ses flancs escarpés du sein de l'Océan, et il comprit que ce devait être là ce mont fabuleux cherché inutilement pendant tant de siècles. Avant Polybe, nul écrivain ne l'avait cherché de ce côté; désormais tous les géogra-
f)hes lui assignent la position que Poybe lui avait donnée (*). » Juba II, le plus savant des rois africains , confirme le témoignage de Polybe; et les renseignements qu'il donne sur ces montagnes de son royaume sont consultés par Pline, et servent à attester l'exactitude de l'historien grec. Pline, ainsi que Strabon , donnent le nom par lequel les indigènes désignaient l'Atlas : ils l'appelaient Dyris. Ainsi , au temps des empereurs , la position du grand Atlas était bien constatée, et la limite méridionale de la Mauritanie était fixée à l'endroit où la ligne principale de cette chaîne vient aboutir à l'Océan, auprès du cap appelé aujourd'hui cap de Ger ou d'Jguer.
« Nous allons pénétrer actuellement dans l'intérieur de la Mauritanie, où nous suivrons d'abord l'Atlas. D'après les rapports des gouverneurs romains et du roi Juba, Pline nous le décrit comme une chaîne élevée, avec des pentes rapides; les sommets en portaient des neiges éternelles. Dans les régions inférieures, les flancs des montagnes étaient revêtus d'immenses forêts; de nombreux cours d'eau se précipitaient des hauteurs, et portaient la fécondité au sein des contrées voisines. Des généraux romains étaient parvenus jusqu'au nied des nombreux rameaux de l'Atlas, qui se répandent dans le pays en tout sens , et prétendaient y avoir vu des choses merveilleuses; Pline ne nous a pas transmis leurs récits, qu'il traite de fables. Un seul de ces généraux, Suétone Paulin, s'aventura dans l'intérieur de ces montagnes. Après dix jours de marche il atteignit l'Atlas ;
(*) Trad. de Marcus, p. 56t.
L'UNIVERS
après l'avoir franchi , il trouva de l'autre côté des plaines couvertes d'un sable noir, où coulait une rivière nommée Ger.
« Vers l'est, les ramifications de l'Atlas atteignent une hauteur considérable. En se dirigeant vers le nord , il envoie quelques branches latérales dans la Césarienne, et s'abaisse insensiblement à mesure qu'il se rapproche de la Méditerranée, où il vient se terminer à l'ouest de la rivière de Malva ( Malouïa ). A partir de ce point, les montagnes suivent de fort près la côte septentrionale de la province ; près des colonnes d'Hercule ( détroit de Gibraltar ), elles s'avancent d'Abylé (cap de Ceuta, appelé Djebel-Zatouta, mont aux Singes , par les indigènes ) , qui portait l'une des deux colonnes, vers les Sept-Frères ( Ceuta ) , et se terminent au nord par le promontorium Cotes ( cap Spartel ). On voit que le pays n'est pas sillonné de montagnes à l'intérieur, comme l'est la Césarienne ; il est encaissé sur trois côtés par des chaînes plus ou moins hautes, au pied desquelles s'étend une vaste plaine entrecoupée par quelques coteaux. Le versant s'incline tout entier du côté de l'ouest vers l'Océan, dont les rives sont unies.
« Le pays n'est guère fertile du côté de l'est, où les steppes de la Gétulie avoisinent les montagnes et la rivière de Malva , ni vers le nord et aux environs du détroit, où des chaînes peu élevées bordent les côtes. Le petit nombre de villes que l'on trouvait dans ces contrées étaient toutes situées sur la mer Atlantique; on avait abandonné les montagnes aux singes et aux bêtes féroces ; les éléphants y avaient établi leur demeure; nul établissement romain dans ces pays si rapprochés de l'Espagne ; ils étaient habités par les tribus nomades indigènes, mêlées aux anciens colons phéniciens des côtes.
« Les régions qui avoisinent l'Océan vers l'ouest sont d'une grande fécondité, ainsi que l'intérieur des terres aux environs de Méquinez, où les Romains avaient fondé de grands établissements.... A une époque où ce pays
n'était pas encore passé sous la domination immédiate de Rome, les anciens donnent des détails à peine croyables sur la fertilité du sol. « La récolte, « dit Strabon au livre xvn , se fait «deux fois par an, au printemps et « en automne. Les épis atteignent une « hauteur de cinq coudées : ils ont l'é- « paisseur du petit doigt; la terre rend « deux cent quarante grains pour un. « A vrai dire, les habitants ne sèment « pas. Sur les grains qui se sont épar- « pillés sur le sol à la moisson, ils « passent des buissons épineux pour les « enfoncer sous terre , et bientôt suret git l'espoir d'une récolte nouvelle.
« Les Maures font du vin avec le suc « d'un arbre qu'ils appellent melilo- « tum. La vigne y acquiert une gros- « seur prodigieuse; deux hommes suf- « fisent à peine pour l'embrasser ; les « raisins ont jusqu'à une coudée de « long. Par contre , le pays fourmille « de lions , de panthères , d'éléphants, « de buffles et de singes; dans les gran- « des rivières il y a des crocodiles ; on « trouve aussi des serpents , des dra- «gons, des scorpions ailés ou sans « ailes. Pour éviter les morsures de « ces animaux venimeux , les Maures « portent des bottes , frottent les pieds « du lit avec des gousses d'ail , et les « enveloppent de touffes d'épines. Les a montagnes renferment des mines de « cuivre , des plantes marines pétri- « fiées, et des escarboucles. »
«Il nous reste à parler de deux productions que la Mauritanie fournissait exclusivement au luxe des Romains.
Le versant de l'Atlas était partout couvert de forêts immenses, riches en arbres de toute espèce , dont les Romains essayaient de faire la description avant même qu'ils leur eussent trouvé des noms. Parmi ces arbres, il y en avait dont le tronc était si épasi qu'on pouvait, en le coupant horizontalement, en fabriquer de grandes tables rondes faites d'une seule pièce.
Les Romains estimaient beaucoup ces tables, qu'ils appelaient monoxyli ( à un seul bois). On attachait encore plus de prix à certaines espèces de limaçons qui fournissaient une pourpre
NUMIDIE Et MAURITANIE.
très-luisante; on allait les chercher dans les montagnes , situées près des côtes et sur la lisière du grand désert (*). »
La Mauritanie était traversée par un assez grand nombre de fleuves, dont plusieurs étaient navigables. Le plus oriental était le Mulucha ou Malva, qui appartenait aussi à la Numidie, et qui, plus tard , sépara la Mauritanie tingitane de la césarienne.
Au delà, vers l'ouest, était la Thaluda ou Tamida (Tétouan), que les géographes désignent par différents noms :
comme le Mulucha , il se jette dans la Méditerranée; la Zilis ou Zilia, près d'une ville du même nom : elle a son embouchure dans l'Atlantique ; le Lixus, à l'embouchure duquel était la colonie phénicienne du même nom (aujourd'hui Larache);au sud du Lixus, la rivière de Subur (Subu). Au nord de ces deux rivières était le sinus emporicus, le golfe du commerce, que les Carthaginois avaient couvert d'établissements après le périple d'Hannon ; la Sala (Beni-Tamer), qui côtoyait les frontières du pays de Sahara. Ptolémée, Pline, etc., font mention d'autres fleuves dont on ne peut déterminer les positions. La Mauritanie était située sur les confins du monde connu de l'antiquité, et c'était à l'ouest de ses côtes que les anciens plaçaient les îles Fortunées , séjour mystérieux du bonheur, que l'imagination des poètes avait inventé , et que la science ne pourra certainement jamais découvrir (**).
DES MAURES ; ÉTYMOLOGIES DE CE MOT ; DIVISIONS EN TEIBUS. — La
nation des Maures ne se distinguait en rien des Numides, qui furent confondus plus tard avec elle. Les Maures,
(*) Mannert, trad. de Marcus, p. 477- (**) La Tingitane correspondait non-seulement au royaume de Fez, mais encore à l'empire de Maroc, dont Fez n'est plus qu'une province. Toutefois la domination des Romains ne s'exerça réellement que dans le nord-ouest de celte contrée, c'est-à-dire dans la partie qui fut plus tard le royaume de Fez.
comme les Numides, menèrent d'abord la vie nomade , occupés de chasse et de guerre, ardents au pillage, et habiles à dompter et à diriger des chevaux semblables à ceux de la Numidie. Mille conjectures ont été faites pour expliquer l'origine du nom de Maure. Le docteur Hyde croit qu'il dérive de Mahri ou Mavri , quelqu'un qui gît le long du passage , et qu'il vient de ce qu'ils habitaient près du détroit des colonnes d'Hercule. Manilius et Isidore de Séville disent que les Maures ont été appelés ainsi, par allusion à la couleur de leur peau. Salluste prétend que ce nom est une corruption de celui de Mèdes. De Brosses, en rejetant cette étymologie, fait dériver ce nom du mot oriental mer, qui signifie changer, trafiquer, passer. Nos termes français, commerce et marchand, dit-il, dérivés immédiatement du latin merx et mercator , viennent originairement de la même racine. Les peuples de Mauritanie sont aujourd'hui et ont de tout temps été grands commerçants. Les Arabes et les Turcs appellent Mores, Moures , ceux qui habitent les villes et s'adonnent au trafic. Cependant de Brosses lui-même semble préférer l'explication de Bochart, et nous sommes de son avis. Bochart établit que Maure est équivalent du terme Mahur, ou, comme rien n'est plus commun dans les langues orientales que l'élision des gutturales, Maur, c'est-à-dire qui est à l'occident. Les auteurs anglais de YHistoire univer~ selle donnent une explication équivalente, en traduisant Maure par celui qui vient de l'extrémité. La position de ce peuple autorise l'une et l'autre interprétation. Les Maures étaient partagés en plusieurs cantons ou tribus, dont Pline et Ptolémée indiquent les principales. Les Metago?iitœ habitaient aux environs des colonnes d'Hercule.
Sur cette côte se trouvait aussi un cap Metagonium , qu'il ne faut pas confondre avec celui du même nom dans le pays des Massyliens ; les Succosii ou Cocosii occupaient la côte de la mer dTbérie; les Masices, les Férues et les Ferbicœ, s'établirent parmi
L'UNIVERS
ces deux peuples ; les Salisse se fixèrent plus à l'ouest vers l'Océan, et les Volubiani vers le sud ; les Maurensii et les Herpeditani possédaient la partie orientale qui confine à la Mulucha; les Angaucani, les Nectibères , les Zagrensiiy les Baniubx, qui sont probablement ceux que Pline appelle Baniurœ, s'étendaient depuis les pentes méridionales de l'Atlas minor de Ptolémée, jusqu'au pied de son Atlas major. Mêla nomme encore les Atlantes, qu'il place dans les parties occidentales de la Mauritanie. Au delà du cours de la Sala commençaient les tribus gétules, qui restèrent toujours indomptées. Les Gétules formèrent sur les frontières des provinces romaines, en Afrique, une ligne de tribus barbares, toujours prêtes à envahir les pays vaincus et civilisés par Rome. Ils paraîtront fréquemment dans les temps de l'empire.
TEMPS ANCIENS DE LA MAURITA- NIE ; TRADITIONS FABULEUSES ET HYPOTHÈSES SUR SA PRIMITIVE HIS- TOIRE.— Les premiers temps historiques de la Mauritanie sont aussi obscurs que ceux de la Numidie; seulement, il s'y rattache un plus grand nombre de faits ; mais tous sont restés fabuleux, car les noms de Neptune, d'Atlas, d'Antée , d'Hercule , sont les premiers qu'on y rencontre. Les poètes , les mythologues , les historiens même, ont parlé longuement de tous ces événements incertains. Les critiques modernes en ont disserté plus longuement encore; efforts inutiles des uns pour inventer des faits sur une époque dont rien n'était parvenu, et des autres pour éclaircir des inventions sans fond et sans réalité. Voici les principaux résultats de tout ce travail des anciens et des modernes :
leur exposé démontrera suffisamment que notre jugement n'est pas trop dédaigneux. Selon les uns, le roi ou dieu Neptune régna le premier sur la Mauritanie, sur la Nubie, etsur une grande partie de la Libye. Après lui viennent deux princes , Atlas et Antée , qui ne sont vraisemblablement qu'un seul et même personnage. En eifet , ils sont
tous deux fils de Neptune; tous deux dominent dans une grande partie de l'Afrique, et particulièrement dans la Tingitane. Hercule défit et tua Antée dans la même guerre où il enleva le monde libyen à Atlas. Il les repousse de l'Egypte, qu'ils avaient envahie ensemble ; il les combat dans la guerre des dieux. C'est pour l'un et l'autre la même histoire , les mêmes attributions : il est impossible de ne pas les identifier. Antée ou Atlas résista courageusement à Hercule, qui l'attaquait avec des troupes égyptiennes et éthiopiennes. La Libye lui fournissait de nombreux renforts. Mais Hercule ayant intercepté une troupe de Maures qui venaient rejoindre Antée, marcha une dernière fois contre lui , et lui fit éprouver une défaite complète. Alors il occupa tout le pays, et y fit un riche butin. Bochart trouve dans ces faits l'explication de toutes les fables fabriquées sur Hercule et Antée. Hercule prive Antée des forces renaissantes qu'il puisait dans sa terre natale , en interceptant les secours qui lui arrivent ; ou bien il l'enlève du sol africain , en le forçant à combattre sur mer, où il le défait. Bochart pense même que la stature gigantesque d'Antée signifiait la grandeur des vaisseaux qui composaient ses flottes:
quant à ces pommes d'or enlevées par Hercule après la défaite du dragon qui les gardait , c'était le prix de la victoire, la conquête même de la Mauritanie et des trésors d'Antée.
Plus on recueille de témoignages sur des points si douteux, plus l'embarras ne fait qu'augmenter. Ce que nous avons dit sur Atlas et Antée pourrait suffire; mais voici d'autres textes bien différents : Diodore fait d'Atlas un fils d'Ouranos; l'évêque Cumberland , dans ses notes sur les fragments de Sanchoniaton, prétend que cet Ouranos est Noé. Eusèbe dit qu'Antée est fils d'Atlas. Apollodore prétend qu'Atlas était fils de Japhet ; et par conséquent petit-fils de Noé, ajoute l'évêque Cumberland, qui veut absolument faire remonter cette histoire à l'époque du déluge. Toute la
NUMIDIE ET MAURITANIE
es
généalogie atlantique ne vaut guère la peine qu'on la discute ; mais on ne peut s'empêcher de sourire de cette étrange préoccupation de l'évêque de Péterborough , qui confond tous ces mythes grecs avec l'antiquité biblique, et qui arrive par là à faire Hercule contemporain deMizraïm.
SYSTÈME DE NEWTON. — Enfin ,
pour en finir avec toutes ces incertitudes, nous produirons l'autorité d'un grand nom , auquel les annalistes de l'histoire ancienne ont pris l'habitude de s'en rapporter sur cette matière.
Le même homme qui a découvert la loi de la gravitation a aussi appliqué la pénétration de son sublime génie aux questions épineuses de la chronologie, et, dans ce genre de travail , il a surpassé les plus habiles (*). UArt de vérifier les dates s'est contenté de résumer son système, et voici l'exposé qu'il en donne :
« Ammon , père de Sésac , roi d'Egypte, a été , selon Newton , le premier roi de Libye , ou de cette vaste étendue de pays qui sépare les frontières de l'Egypte des bords de l'océan Atlantique , c'est-à-dire, de la Mauritanie. La conquête en fut faite environ 1000 ans avant Jésus-Christ, par Sésac, du vivant de son père.
« Sésac eut à défendre la Mauritanie contre les Libyens, qui , ayant à leur tête Neptune, se révoltèrent contre lui et le tuèrent (973).
«Neptune, frère et amiral de Sé« sac, après avoir envahi la Mauritanie, étendit encore sa domination sur la Nubie et une grande partie de la Libye.
« Atlas ou Antée, fils de Neptune, portait ses vues encore plus loin que son père. Son projet était d'envahir l'Egypte même. Il avait la fermeté et la valeur nécessaires à une pareille entreprise. Des renforts nombreux, que lui fournissait la Libye, le mettaient en état de la soutenir longtemps". Hercule, général de la Thébaïde et de l'Ethiopie pour les dieux ou grands sei-
gneurs d'Égynte, s'opposa à ses succès. Il y perdit beaucoup de monde ; mais à la fin Hercule ayant intercepté un corps de Maures qui marchait au secours d'Antée, remporta une grande victoire sur eux, subjugua tout le continent de la Libye, et tua Antée luimême, près d'une ville de la Thébaïde, qui reçut à cette occasion le nom d'Antœa, ou d'Antaeopolis(*). »
De leur côté, les auteurs anglais de YHistoire universelle emploient toutes sortes de raisons, bonnes ou mauvaises , pour confirmer les résultats obtenus par Newton, à qui ils donnent si justement la qualification ^incomparable. Il y a donc , chez les historiens, unanimité pour proclamer l'excellence des combinaisons chronologiques de ce grand génie , et nous acceptons aussi sur ce point le jugement de ceux qui nous ont précédé, malgré les nombreuses objections que ce système peut soulever , malgré tous les doutes qu'il laisse à l'esprit, toutes les contradictions qu'il présente. Mais il est la seule lumière que l'on rencontre dans ces ténèbres, et il faut s'en contenter. On n'en trouverait pas de plus satisfaisante, et on ne gagnerait rien à pénétrer davantage dans ces temps et ces contrées, dont l'histoire a compris qu'elle devait désespérer.
la mauritanie au cinquieme siècle; au temps de la deuxième guerre punique ; au temps de jugurtha; bocchus trahit jugurtha ; son expédition dans l'atlas ; ses deux fils. — On ne rapporte rien de remarquable sur la Mauritanie, depuis la lutte d'Hercule et d'Antée jusqu'au temps où les Romains commencèrent à pénétrer en Afrique. Justin et Diodore de Sicile ne font mention des Maures que pour dire qu'ils servaient comme mercenaires dans les armées de Carthage, et qu'ils eurent, de même que les Numides, plusieurs démêlés avec cette république. Au cinquième siècle , le royaume de Mauritanie existait, puis-
(*) Newtons chronol. of the empire of (*) Art de vérifier les dates, t. II , p. 458, Egypt. and ofthe Greeks, p. 99. édit. de 1819.
5e Livraison. (Numidie et Mauritanie.) 5
L'UNIVERS
que le Carthaginois Hannon fait alliance avec le roi de ce pays avant d'exécuter la révolution qu'il médite.
Au temps de la seconde guerre punique, le royaume de Mauritanie reparaît dans Tite-Live. Il bornait les États de Syphax à l'ouest, et l'histoire romaine en nomme le roi Bocchar, qui donna une escorte à Massinissa pour le conduire dans ses États, niais qui lui refusa ses secours pour la guerre. Les Romains commencèrent à connaître la Mauritanie d'une manière plus certaine, à partir de la guerre contre Jugurtha.
Bocchus y régnait alors : on a vu, dans l'histoire de Jugurtha, comment Bocchus, après avoir quelque temps soutenu son gendre , se déshonora en le livrant aux Romains par une indigne trahison. En récompense de cet odieux service, il reçut du sénat tout le territoire qui s'étendait depuis le fleuve Mulucha jusqu'à la ville de Saldœ, et qui devint la seconde Mauritanie. Loin de rougir de sa lâcheté , il s'en fit gloire aux yeux des Romains , et il consacra dans le Capitole, à Rome, plusieurs trophées représentant les événements les plus importants de son règne, et entre autres l'extradition de Jugurtha. Strabon ajoute quelques détails sur ce prince. Avant de livrer Jugurtha, il renforça son armée, sous prétexte d'en expédier une partie contre les Éthiopiens occidentaux, dont il avait à se plaindre. Il dirigea un corps de troupes vers les tribus qui habitent l'Atlas. Jugurtha , au sujet de cette expédition , rapporte que les Maures y virent des camélopardalis (girafes); des serpents, appelés par les naturels tJiises, gros comme des éléphants (boa constrictor); des roseaux si gros (bambous), qu'un seul de leurs nœuds contenait huit chénices d'eau ; et une espèce d'asperge ou une liliacée inconnue, qui n'était pas moins grande, et dont Bocchus fit présent à sa femme (*). A sa mort, Bocchus plaça son fils aîné Bogud sur le trône de la
(*) Recherches sur l'Afrique septentrionale, par r Académie des inscriptions, p. 92, note 3,
Mauritanie tingitane, et il légua ses nouvelles acquisitions à Bocchus, son second fils; par conséquent, celui-ci devint roi du pays qui formait plus tard la Mauritanie césarienne. Depuis ce partage des États de Bocchus entre ses deux enfants, dit M. Marcus, la Mauritanie tingitane, si on ne l'appelait pas Terre des Maures ou Mauritanie, fut surnommée Dogudianaf et la Césarienne, si on ne la désignait pas par son ancien nom , qui était Terre des Massésyliens , reçut l'épithète de Mauritanie de Bocchus. Le partage eut lieu entre les années 91 et 81 avant J. C. (*).
EXPÉDITIONS DESERTOR1USSURLES CÔTES DE LA MAURITANIE ; A8CALIS,
fils d'iphtha (82 avant l'ère chrétienne). — Un passage de la vie de Sertorius par Plutarque fait entrevoir qu'il n'y avait pas dans le royaume de Mauritanie qu'un seul monarque, car il désigne d'autres princes que ceux de la famille de Bocchus , et dont aucun écrivain n'a fait mention. Sertorius, attaqué en Espagne par Annius, lieutenant de Sylla, s'était embarqué à Carthagène, et avait navigué vers l'Afrique. Étant arrivé sur la côte de Mauritanie, il prit terre, et envoya ses gens pour renouveler les provisions des équipages; mais pendant qu'ils marchaient sans défiance le long du rivage, les barbares fondirent à ['improviste sur les compagnons de Sertorius, et en tuèrent un grand nombre.
Cette réception inhospitalière força le fugitif à se confier de nouveau au hasard des mers. Il croisa sur les côtes d'Afrique et d'Espagne, en compagnie de pirates ciliciens, qui espéraient faire de bonnes prises sous un si grand chef. Mais quand ils apprirent que Sertorius , fatigué de cette vie errante et des agitations politiques sans cesse renaissantes, avait résolu d'achever doucement ses jours dans les îles Fortunées, ils l'abandonnèrent pour tenter de nouvelles aventures. Ils firent voile vers l'Afrique, et s'engagèrent au ser-
(*) Addition au texte de Mannert, insérée par M. Marcus au chap. 1 du liv.iu, p. 453.
NUMIDIE ET MAURITANIE
vice d'Ascalis, fils d'Iphtha, qu'ils devaient replacer sur le trône de Mauritanie. Quel était ce prétendant? l'histoire n'en sait pas davantage sur ce prince. C'était probablement un rival des fils de Bocchus. Sertorius, autant pour occuper ses soldats que pour se venger des corsaires qui l'avaient délaissé, se déclara pour le parti contraire, vainquit Ascalis, et l'assiégea dans la ville de Tingis, où il s'était retiré. A cette nouvelle , Sylla envoya Paccianus au secours d'Ascalis : Sertorius fut de nouveau vainqueur, tua Paccianus, et obligea son armée à se réunir à lui. Puis il marcha contre Tingis , la prit d'assaut , et y fit prisonniers Ascalis et ses frères. Une antique tradition, répandue chez les Maures, plaçait près de cette ville le tombeau d'Antée. Sertorius, pour s'assurer de la vérité des bruits extraordinaires accrédités sur la grandeur de ce héros, fit ouvrir son sépulcre, et y trouva , à ce qu'on dit, un corps de soixante coudées de haut. Frappé d'une terreur religieuse , ajoute Plutarque, il immola des victimes, fit respectueusement refermer le tombeau , et par là il augmenta beaucoup le respect et la vénération qu'on avait pour ce géant dans toute la contrée, et confirma les récits qu'on en faisait.
Vers le même temps (81 ) , Pompée, après avoir vaincu Domitius jEnobarbus , dépouillait Hiertas ou Hiarbas, roi d'une partie de la Numidie. Il fut aidé dans cette guerre par Bocchus ou Bogud, l'un des fils de Bocchus Ier, qui fit marcher son fils Gauda, et envahit les États d'Hiertas (*).
INTERVENTION DES EOIS MAURES DANS LES TROUBLES CIVILS DEBOME, AU TEMPS DE CESAB ET APRES SA mort; ROIS DES MAURITANIES A cette époque. — L'Afrique étant devenue un des principaux théâtres des luttes acharnées engagées entre les ambitieux qui se disputaient l'autorité dans Rome, la Mauritanie fut entraînée à jouer un rôle dans ces guerres,
(*) Voyez plus haut, dans l'Hisloire de la Numidie, p. 47.
et ses rois, comme ceux de la Numidie, se partagèrent entre les factions selon leurs intérêts ou leurs sympathies. L'an 46 avant notre ère , les deux rois de Mauritanie s'appelaient encore, au rapport de Dion Cassius, Bocchus et Bogud. Étaient-ce les fils de Bocchus Ier, ou de nouveaux princes du même nom ? C'est une question qu'on ne peut résoudre, car les historiens anciens se taisent absolument sur la Mauritanie pendant près de quarante ans. Dion ne dit pas dans quelle portion de ce pays régnait chacun de ces deux princes, mais on peut inférer des faits qui suivent que Bocchus était roi de la Tingitane et Bogud de la Césarienne. De là encore on peut conclure qu'ils n'étaient point les fils du beau-père deJugurtha, puisque celuici avait légué la Tingitane, a Bogud, et la Césarienne à Bocchus. Des deux princes qui régnaient en 46, à l'époque où César passa en Afrique pour combattre Scipion et Juba, l'un se déclara pour le vainqueur de Pharsale, l'autre resta fidèle aux pompéiens.Tite- Live etHirtius appellent Bogud l'allié de César, mais Appien désigne Bocchus : l'accord des deux premiers auteurs est une raison suffisante pour préférer leur témoignage. Donc Bogud combattit pour César; il se ligua avec Sittius pour envahir les États de Juba. Ils attaquèrent à l'improviste Cirta, s'en emparèrent ainsi que de deux autres places, et furent très-utiles à César par cette diversion. Quelque temps après, Bogud fut attaqué dans son royaume par le jeune Cnéus Pompée, qui s'avança avec trente vaisseaux et une petite armée sur les côtes de la Mauritanie. Il crut surprendre la ville d'Ascurus (*) , où Bogud entretenait une garnison. Les gens d'Ascurus
(*) Les savants académiciens auteurs des Recherches sur l'Afrique septentrionale retrouvent Ascurus dans Askoure, petite ville située à dix lieues sud-ouest de Bone, entre ce port et Constantine, et qui , selon Shaw, est assise sur un monceau de ruines romaines, p. 71. Ils appellent Bocchus le roi allié de César. Nous ne sommes pas en cela do leur avis. Au reste, ce point est insoluble.
L'UNIVERS
laissèrent la troupe de Pompée approcher des murailles. Rien ne bougea jusqu'à ce que l'ennemi fût près des portes ; mais alors la garnison fit une vive sortie, dispersa les pompéiens, et en fit un grand carnage. Cnéus , déconcerté par cet échec, quitta la côte, et se retira vers les îles Baléares.
Les services de Bogud. méritaient une récompense. D'ailleurs, ce n'était pas la première fois qu'il signalait son attachement à la cause de César. Déjà, en 48, ce prince avait passé en Espagne, sur l'invitation de Cassius, et il avait aidé le lieutenant de César à vaincre Marcel lus , qui défendait la province au nom de Pompée. Après la victoire dé Thapsus , César donna à Bogud une partie des États de Mariasses, chef numide , qui avait combattu avec Juba : cette donation ajouta au royaume de Bogud tout le territoire compris entre le méridien de Saldae à l'ouest , et le cours de l'Ampsaga à l'est. Voilà ce que raconte Hirtius touchant Bogud ; mais Suétone ajoute que César aima Eunoé , femme de ce prince, et il semble expliquer par là sa générosité envers Bogud.
L'année suivante, en 45, Bogud reparaît en Espagne pour aider César à écraser les restes du parti aristocratique , groupés autour de Sextus et de Cnéus Pompée. Les fils de Bocchus, roi de la Tingitane, combattirent pour ces derniers à Munda.
Ces deux princes persistèrent jusqu'à la fin dans le parti qu'ils avaient adopté. Après le meurtre de César, le roi de la Tingitane montra le même éloignement pour son fils adoptif Octave , et il essaya , en 40 , d'enlever l'Espagne à Carinas , qui la gouvernait pour le jeune triumvir.
De son côté, le fils de Bogud souffrait pour la cause que son père avait si vivement soutenue. Ce prince, qui était encore un Bocchus, fut attaqué par Arabion, fils de Manassès, qui réclama l'héritage paternel dont César l'avait dépouillé en faveur de Bogud.
César n'était plus ; Octave avait sur les bras bien d'autres affaires que le soin de soutenir son allié en Afrique.
Bocchus fut contraint de céder à Arabion le pays qu'il revendiquait. Arabion réussit même à faire périr l'aventurier Sittius , dont la munificence de César avait fait un puissant personnage en Afrique. Mais les possessions de Sittius restèrent au pouvoir de ses parents et de ses compagnons d'armes.
Arabion réussit à prendre rang en Afrique tant qu'il fut soutenu par Sestius , partisan d'Antoine, et gouverneur de la Numidie; mais son perfide allié l'assassina, et réunit ses Etats à la province romaine. Us ne furent pas rendus à Bocchus, fils de Bogud.
EXPÉDITION DU DERNIER EOGTJD EN ESPAGNE ; IL EST DÉTRÔNÉ ; BOC- CHUS RÉUNIT LES DEUX MAURITA-
nies (31 avant notre ère). —Les efforts des rois de la Tingitane se dirigeaient de préférence du côté de l'Espagne, avec laquelle la pointe occidentale de l'Afrique a une si grande communauté d'intérêts. Après Bocchus , qui était mort vers l'an 40 , c'était son fils Bogud qui régnait à Tingis. En 38 , ce prince, fidèlement attaché au parti que son père avait préféré, fit de nouveaux efforts pour enlever l'Espagne à Octave.Lucius Antonius, après ia ridicule guerre de Pérouse, avait été envoyé en Espagne en qualité de proconsul. Mais Octave s'était bien gardé de lui conférer toute la puissance attachée à ce titre : l'autorité restait entre les mains de ses légats. Lucius, irrité de la nullité à laquelle il était réduit , détermina Bogud à faire une invasion en Espagne pour déposséder les lieutenants d'Octave. L'issue de cette tentative fut désastreuse pour le roi de la Tingitane. Le roi de la Césarienne, Bocchus , fit une invasion dans ses États ; les habitants de Tingis se révoltèrent, et se constituèrent en république. Bogud ne put rentrer dans son royaume , et il s'enfuit auprès d'Antoine à Alexandrie. Antoine lui aonna un commandement dans son armée quand il concentra toutes ses forces sur la Grèce, après sa dernière rupture avec Octave. Mais au moment où il débarquait à Méthone , ville de Messénie, il fut surpris par Agrippa,
3NUMIDIE ET MAURITANIE
qui s'empara de sa personne, et lui fit trancher la tête (31 avant J. C.).
Après la fuite de Bogud , Bocchus reçut d'Octave l'investiture de la Tingitane , et régna pendant cinq ans sur les deux Mauritanies; seulement Tingis fut séparée de son royaume et déclarée cité libre. Bocchus établit sa résidence à Jol, appelée plus tard Césarée et aujourd'hui Tennès. Il y mourut en l'an 33.
« Après sa mort , Octave jugea à propos de ne pas lui donner de successeur. Par ses ordres, des colonies furent établies dans les régions des deux royaumes voisines de la côte. Du reste, le pays ne fut pas entièrement transformé en province romaine, bien qu'on datât les années depuis le décès de Bocchus d'après l'ère de la province, sur les monnaies et dans les actes publics et privés, témoin plusieurs inscriptions qu'on a découvertes dans les provinces occidentales de l'Algérie (*). »
RÈGNE DE JURA II; GUERRE CONTRE LES GÉTULES ; TRAVAUX LITTERAI- RES de ce prince ( de l'an 25 avant J. C. à l'an 23 de l'ère chrétienne ). — Pendant plusieurs années , l'Afrique occidentale fut administrée pardes gouverneurs romains ; mais la difficulté de régir ces contrées , encore à demi barbares, détermina Auguste à leur rendre un roi national. Il y avait alors à Rome un jeune prince numide appelé Juba, iils de celui que César avait vaincu à Thapsus. Après avoir orné le triomphe du dictateur, et avoir été frappé de verges, selon le rapport douteux de Suidas, le jeune Juba avait été mis en liberté par César. On lui donna une éducation distinguée; et ce prince, doué d'un heureux naturel et d'une intelligence peu commune, acquit de vastes connaissances qui le rendirent bientôt l'égal des savants les plus célèbres de la Grèce et de l'Italie. Il plut à Auguste, qui l'attacha à sa personne, et qui apprécia sa valeur dans les guerres où il l'employa. En l'an 25, Juba
(*) Addition au texte de Manuert, par M. Marcus, p. 46 r.
obtint la main de CléopâtreSélène, fille d'Antoine et de la fameuse Cléopâtre, et reçut un établissement conforme à cette* alliance. Auguste lui rendit les États de son père. Il comptait sur l'influence d'un prince descendant de Massinissa, habitué à l'obéissance, imbu des mœurs romaines, pour contenir les barbares, toujours rebelles à l'action immédiate des agents de Rome.
Voici comment la politique d'Auguste est appréciée dans un ouvrage souvent cité dans cette histoire : « Juba est le modèle de ces reges insermentés , ces rois esclaves , si bien peints par Tacite. Juba est chargé de façonner son peuple à la crainte de Rome et à la soumission. Quand Bocchus et Bogud sont morts, laissant leurs États au peuple, ou plutôt à l'empire romain , Auguste reprend à son élève la Numidie romanisée , si l'on peut hasarder ce mot, par ses soins et par son exemple; il la réduit en province, et donne a Juba les Maures farouches, les Gétules indomptés, pour apprivoiser lentement ces bêtes sauvages des déserts africains. Ce n'est enfin que lorsque ces rois esclaves ont rempli leur mission, lorsque deux règnes successifs de princes mariés à des Romaines, lorsque des colonies civiles ou militaires, formées de Romains , de Latins , d'Italiens, ont infiltré de plus en plus dans le pays l'usage de la langue , le désir des lois, le goût des mœurs, des habitudes , des vertus , et même des vices du peuple conquérant ; ce n'est qu'après avoir si bien préparé les voies, que le sénat décrète la réunion à l'empire, que les deux Mauritanies sont à jamais réduites en provinces sujettes et tributaires (*). »
Ce fut l'an 17av. J.C. qu'Auguste jugea à propos de déplacer le trône de Juba, etde lui donner, au lieu de l'héritage paternel , la souveraineté des deux Mauritanies et du pays des Gétules.
Ce nouveau royaume comprenait tout ce qui s'étendait à l'occident du port de
(*) Recherches sur l'histoire de l'Afrique septentrionale , par l'Académie des inscriptions , p. 6.
L'UNIVERS
Salda. Dans les'commencements, Juba fut inquiété par les incursions des Gétules. Ces turbulents sujets, ne voulant pas d'un maître dont les qualités étaient des défauts à leurs yeux , prirent les armes, et envahirent les provinces soumises à Juba. En vain ce prince fit marcher ses troupes et ses généraux ; il éprouva de grandes pertes, et Auguste fut contraint d'envoyer à son secours des légions romaines! Cornélius Cossus, qui les commandait, fut vainqueur, et prit le surnom de Gétulicus (an 6 de notre ère). Du reste, Juba eut un règne très -paisible. Il établit sa résidence à Jol , où le dernier Bocchus avait aussi demeuré ; il embellitcette ville de magnifiques constructions, et pour complaire à Auguste lui donna le nom de Cœsarea , qui lui estjvsté. Les peuples qu'il rendit heureux par ses soins et son amour de la paix conçurent pour leur roi une vive affection , et à sa mort ils le placèrent au nombre de leurs dieux , comme le témoignent Lactance et Minutius Félix. Les étrangers même partagèrent cette espèce de vénération pour Juba. Les habitants de Carthagène lui élevèrent un monument avec une inscription où ils s'exprimèrent en termes très -honorables pour ce prince; la ville de Cadix l'élut duumvir; Athènes lui dressa une statue. Il fut roi pendant près d'un demi-siècle, et on a retrouvé des médailles datant de la quarante-cinquième année de son règne. Après la mort de Cléopâtre il épousa Glaphyre, veuve d'Alexandre, fils d'Hérode. Josèphe est le seul historien qui mentionne ce fait.
Juba fut surtout célèbre par son immense savoir. Il composa un grand nombre d'ouvrages cités souvent dans l'antiquité, et dont il reste quelques fragments épars çà et là dans les auteurs qui nous sont parvenus. L'abbé Sévin a consacré à ce prince une notice historique et littéraire où il dresse le catalogue de ses ouvrages. Juba avait composé : 1° une Histoire d'Arabie, destinée à instruire le jeune Caïus César de l'état de cette contrée. Pline en reproduit quelques passages ; 2°
une Histoire d'Assyrie, où, selon Tatien et Clément d'Alexandrie, il avait pris Bérose pour guide ; 3° des Antiquités romaines, dont Etienne de Byzance cite le premier et le deuxième volume ; 4° une Histoire des théâtres.
On en trouve des fragments dans Athénée et Hésychius, ou il traite des danses, des instruments de musique et de leurs inventeurs ; 5° une Histoire de la peinture et des peintres ; 6° des ouvrages de grammaire et de botanique, savoir, un Traité de la corruption de la diction , un Traité des mètres , et une description de la plante appelée euphorbia ; 7° enfin un Traité sur les sources du Nil, et d'autres écrits dont les titres même ne sont pas connus. Il est probable que ce prince avait plus de science que de critique, car dans un de ses livres il raconte sérieusement qu'un homme mort fut ressuscité par la vertu de certaines plantes d'Arabie; et dans son Traité sur les sources du NU, il faisait sortir ce fleuve d'une montagne de Mauritanie voisine de l'Océan , se fondant, dit AmmienMarcellin, sur ce que les poissons, les herbes et les animaux de cet endroit ressemblent à ceux qu'on voit sur les bords du Nil (*). Juba mourut vers l'an 23 de l'ère chrétienne (**).