PAR M. JEAN YANOSKI
AGRÉGÉ DE L'UNIVERSITE , PROFESSEUR d'hiSTOIRE AU COLLEGE STANISLAS, ETC.
Avant-propos. Parmi les peuples barbares qui, à partir des dernières années du quatrième siècle de notre ère, se jetèrent, pour des causes que nous ne devons point rechercher ici , sur les provinces de l'empire romain , il n'en est pas un qui ait eu des destinées, nous ne dirons pas plus brillantes et plus heureuses , mais plus variées et plus extraordinaires que les Vandales. Il y a , en effet, quelque chose de singulier dans l'histoire de cette nation qui, partie des bords de la Baltique, erre, pendant plusieurs centaines d'années, à l'orient et au centre de la Germanie; se précipite tout à coup sur la Gaule, la traverse, pénètre en Espagne, où elle n'échappe qu'avec peine à une complète extermination ; franchit la mer, et fonde enfin , sur la côte septentrionale de l'Afrique, une domination vaste et forte comme celle de Rome et de l'ancienne Carthage. Aussi, depuis longtemps, les courses et les guerres des Vandales ont fixé l'attention des historiens. Elles occupent une large place dans les récits de ceux qui , comme Lebeau et Gibbon, ont voulu montrer la décadence et la chute de l'empire romain ; et de plus, elles ont frappé si vivement certains hommes , qu'en les racontant dans des ouvrages spéciaux, ils ont cru, avec raison, faire une œuvre tout à la fois utile à la science et pleine d'intérêt.
A la fin du siècle dernier, en 1785, le savant Conrad Mannert publia, dans sa jeunesse et pour son début, une Histoire des Vandales (*). Il n'était
(*) Leipzig, i785, in-8°, en allemand.
point alors suffisamment préparé pour unsujetsigraveet si difficile. M. Louis Marcus a fait , plus tard , sur l'ouvrage de Mannert, des observations critiques très-fondées. Il a reproché, par exemple , à l'auteur de n'avoir pas connu tous les documents anciens qui se rapportaient à son sujet , et d'avoir mal interprété souvent les auteurs grecs et latins qu'il a consultés. Mais on doit tenir compte à Mannert d'avoir ouvert , par son livre , la série des travaux spécialement consacrés à l'histoire des Vandales. Ce premier essai était assurément bien imparfait; cependant , malgré ses inexactitudes, ses omissions et tous ses défauts , il a rendu des services incontestables aux érudits de notre temps, et notamment à M. Marcus.
La conquête récente de l'Algérie a reporté l'attention des savants sur l'ancienne histoire de l'Afrique. L'Académie des inscriptions et belles-lettres a dirigé, à plusieurs reprises, ses recherches vers ce point important ; et , pour faire participer en quelque sorte à ses propres travaux les hommes instruits qu'elle ne comptait point au nombre de ses membres, elle a mis au concours, pour l'année 1836, la question suivante : « Tracer l'histoire de l'établissement des Vandales en Afrique, et de leur administration depuis Genséric jusqu'à la destruction de leur empire par Bélisaire; s'efforcer de montrer quel fut l'état de l'Afrique romaine sous leur domination , et jusqu'où s'étendaient leur pouvoir et leur influence dans l'intérieur de ce continent ; rechercher quel fut l'idiome dont
lro Livraison. (Hist. des Vandales.;
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ils faisaient haoïtuellement usage, et quels rapports s'établirent entre ce peuple conquérant et les indigènes; enfin essayer de déterminer quels vestiges de leur langue et de leurs coutumes les Vandales ont laissés en Afrique jusqu'à l'invasion des Arabes. » La savante compagnie a décerné le prix à un professeur allemand , M. Papencordt.
Ici , avant de signaler le mémoire couronné , je dois parler en deux mots de l'ouvrage de M. Louis Marcus.
Déjà, en 1820, M. Marcus (c'est lui qui nous l'apprend) avait amassé de nombreux matériaux relatifs à l'histoire des Vandales. Mais il avait vraisemblablement interrompu ses recherches, car il ne put achever son travail assez tôt pour le soumettre, dans le délai prescrit, au jugement de l'Académie. Il publia néanmoins , dès l'année 1836, le résultat de ses études sous ce titre : Histoire des Vandales, depuis leur première apparition sur la scène historique jusqu'à la destruction de leur empire en Afrique, Cette histoire est très-estimable; elle se distingue par une connaissance suflisante des sources, souvent par la parfaite intelligence des textes anciens , et aussi par une critique fine et quelquefois profonde. Ce sont là des qualités incontestables queM. Papencordt, avant nous, a signalées et louées. Mais on doit ajouter que M. Marcus n'a point donné à toutes les parties de son ouvrage de justes proportions ; qu'il a sacrifié, par exemple, l'histoire de la domination des Vandales en Afrique à la discussion des origines de cette grande tribu, et à l'exposition trop prolongée de ses établissements et de ses courses en Germanie , en Gaule et en Espagne. On peut lui reprocher aussi de ne s'être jamais écarté de cette vicieuse méthode, qui , scindant, à chaque page, le récit par des dissertations, enlève à une œuvre historique la meilleure part de son intérêt et de sa clarté (*).
(*) Nos appréciations ne portent ici que $ur le fond de l'ouvrage. C'est l'érudition,
M. Papencordt a publié, en 1837-, le mémoire couronné par l'Institut. Il l'a intitulé : Histoire de la domination des Vandales en Afrique (*). Son ouvrage est supérieur, en tous points, à celui de M. Marcus. Il a lu et consulté tous les livres qui se rapportent à son sujet. D'ailleurs, il l'emporte encore , parla méthode, sur ses devanciers.
La première partie de son ouvrage est consacrée tout entière au récit ; la seconde, aux dissertations. Ainsi, d'une part, l'histoire des mouvements et des guerres des Vandales, depuis leur première apparition jusqu'à la chute du trône de Gélimer; et, de l'autre, le tableau des mœurs et des institutions.
Ce qui dépare le livre de M. Papencordt, ce sont certaines idées trop systématiques qui se manifestent surtout dans la seconde partie. L'auteur, en vertu d'une opinion commune à tous les Allemands qui ont écrit sur les invasions barbares, est toujours porté à découvrir, dans les moindres accidents de l'existence politique des Vandales , dans ceux-là même qui ont été uniquement le résultat des circonstances fortuites et extraordinaires au milieu desquelles ce peuple a vécu, ce que l'on a appelé , de nos jours, d'un nom trèscompréhensif et très-vague, Xinfluence germanique. M. Papencordt déclare, en un endroit ( p. 428 ) , qu'une partie de son manuscrit était déjà livrée à l'impression lorsqu'il prit connaissance du livre de M. Louis Marcus.
Il se borne à énoncer ce fait, sans indiquer les services importants que, pour sa seconde partie au moins, lui a rendus son devancier. C'est un tort :
un aveu plus complet n'eût rien ôté , assurément , au mérite très-réel de l'ouvrage de M. Papencordt.
Telle est la nomenclature des ouvrages que nous devions , avant tout , lire et étudier (**). Mais nous ne nous
et non le style, de M. Marcus que nous louons.
(*) Geschichte der a>andalischen Herrschaft in Africa, Berlin, 1837.
(**) Nous avons consulté avec fruit les Recherches sur l'histoire de la partie de
sommes point bornés, dans nos recherches , aux travaux de la critique moderne. Nous avons toujours eu sous les yeux les auteurs anciens ; et, grâce à eux , nous avons pu quelquefois corriger des erreurs, et réparer des omissions dans les livres que nous avons précédemment signalés. Nous dirons enfin que nous avons beaucoup emprunté aux récits de Victor de Vita et de Procope , et que , plus d'une fois , nous avons essayé de reproduire , par une simple traduction, ce qu'il y avait de vif et de dramatique dans les pages que ce dernier historien a consacrées aux victoires de Bélisaire en Afrique, à la chute de la puissance des Vandales, et aux malheurs de Gélimer.
ORIGINES DES VANDALES; LEURS DIVERS ÉTARLISSEMENTS EN GER- MANIE ; LEUR PASSAGE ET LEUR
séjour dans la gaule. — On a discuté longuement et savamment sur les origines des Vandales ; on a recherché avec soin , et signalé avec plus ou moins de vérité les premiers signes de vie de cette grande tribu au sein de la Germanie. Pour nous, nous ne voulons point nous arrêter sur cette période historique que tout le savoir des érudits n'a pu encore dégager des épaisses ténèbres qui l'environnaient.
Nous abrégerons également le récit des courses et des guerres en Gaule et en Espagne. Nous avons hâte d'arriver à la conquête de l'Afrique par les Vandales, et de présenter les résultats de ce grand événement.
A quelle race appartenaient les Vandales ? A l'aide des auteurs anciens, on pourrait tout aussi bien établir leur
l'Afrique septentrionale connue sous le nom de Régence d? Alger , et sur i administration et la colonisation de ce pays à l'époque de la domination romaine , publiées par une commission de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, in-8°.
D'autre part , nous avons dû accepter et suivre , en plusieurs endroits , l'ordre parfois systématique mais très-clair que M. Fauriel a introduit dans son récit des invasions barbares. Voyez le premier volume de Y Histoire de la Gaule méridionale.
parenté avec les Slaves qu'avec les Germains. Nous adoptons l'explication d'un savant moderne, qui concilie les deux opinions. Les Vandales, suivant lui , étaient probablement mêlés de Germains et de Slaves (*). Le plus ancien document que l'on possède sur les Vandales atteste qu'au premier siècle de notre ère, leur population flottait, si l'on peut se servir de cette expression, dans le pays compris entre l'embouchure de l'Elbe et celle de la Vistule. Ce fut là, sans doute, que s'opéra le mélange des Slaves et des Germains. Plus tard, à une époque que nous ne saurions préciser, une invasion de Scandinaves dans la partie la plus septentrionale de la Germanie refoula les Vandales, au sud, jusqu'aux montagnes du Géant. Us habitaient encore dans ces montagnes, et aux environs, lorsque éclata la guerre des Marcomans. Cette guerre, que les peuples barbares engagèrent, vers 167, contre l'Empire, et dont nous ne rapporterons ici ni les causes, ni les incidents, fut longue et terrible. Elle eut son retentissement sur toutes les frontières de la Germanie, sur le Rhin comme sur le Danube ; et elle coûta à Marc-Aurèle bien du sang et d'immenses efforts. Un des résultats de la lutte fut le déplacement de la population vandale, qui, au moment où Rome fit la paix avec les barbares confédérés, se porta plus à l'est, vers la Dacie.
Malgré les tentatives de Caracalla , en 215, pour jeter la discorde entre les peuplades germaniques qui s'étaient engagées dans la guerre des Marcomans, les Vandales vécurent en paix dans leurs nouvelles demeures, et ils ne reprirent les armes qu'en 270 , sous le règne d'Aurélien. Il y eut alors un mouvement général parmi les nations barbares qui habitaient la rive gauche du Danube. Aurélien arrêta ce mouvement et battit les Vandales, qui lui livrèrent des otages et lui four-
(*) M. Amédée Thierry; Hist. de la Gaule sous l'administration romaine, t. II, p. 46, 5i et 53. Voyez le texte et principalement les notes.
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nirent, comme troupes auxiliaires, un certain nombre de cavaliers. La paix ne fut pas de longue durée. En 277, Probus fut obligé d'opposer une armée aux Vandales qui s'étaient unis aux Burgondes. L'empereur se porta à la rencontre des alliés, sur les bords du Danube, et leur fit subir deux sanglantes défaites. Mais, à cette époque , les Vandales n'avaient pas seulement à combattre les Romains , ils avaient aussi à se défendre contre les attaques des peuples, barbares comme eux, qui les avoisinaient. Ce fut ainsi que vers 290, à la suite d'une lutte contre la puissante nation des Goths, ils furent obligés de quitter encore une fois leurs demeures pour aller s'établir, entre la Theiss et le Marosch , dans le pays qui forme aujourd'hui une partie de la Hongrie et de la Transylvanie. Ils ne devaient pas jouir longtemps en paix de ce nouvel établissement. Avant la mort de Constantin , peut-être en 335, les Goths se précipitèrent de nouveau sur les Vandales, et les forcèrent, après une grande bataille, à se rapprocher du Danube. Les vaincus, après tant de revers, implorèrent la protection de l'Empire, et demandèrent des terres aux Romains. On leur permit alors de se fixer en Pannonie.
Ils vivaient en repos, dans cette province, depuis près d'un siècle, lorsque la marche de la nation des Huns , de l'est à l'ouest, détermina un grand mouvement parmi les populations germaniques. Tous les historiens ont raconté la grande invasion de l'année 406. Pressés et refoulés par les Goths et les Alains, et, peut-être aussi, frappés d'épouvante à l'approche des Huns, ils abandonnèrent leur établissement de la Pannonie, et marchèrent vers l'Occident. Les Vandales n'étaient pas les seuls que les hordes asiatiques eussent déplacés. Au moment même où ils se préparaient à passer en Gaule, d'autres nations barbares se précipitaient , par grandes masses , sur l'Italie. Pour eux , ils s'acheminèrent en même temps que les Alains, mais par des routes diverses, vers le Rhin. Près de ce fleuve, dans le pays compris
entre le Mein et la Lippe, ils rencontrèrent les Francs. Ceux-ci furent les seuls qui , en l'absence des légions que Stilicon avait appelées en Italie , essayèrent de défendre les terres de l'Empire. Ils livrèrentbataille aux Vandales; et, s'il faut en croire Grégoire de Tours, ils leur tuèrent vingt mille hommes. La foule entière des envahisseurs eût été anéantie sans l'arrivée des Alains. Les Francs furent écrasés à leur tour. Alors les Vandales, les Alains, et les Suèves qui les suivaient de près, ne trouvant plus de résistance, passèrent le Rhin en 406. L'arrivée de ces trois peuples causa à la Gaule des maux effroyables. Les barbares livrèrent à la ruine ou à la dévastation Mayence , Worms, Strasbourg, Spire, Reims , Tournai , Arras et Amiens.
Puis, ils étendirent leurs ravages au centre et au midi de la contrée; ils passèrent de la Belgique dans la Lyonnaise première; de celle-ci dans l'Aquitaine, d'où, en traversant la Novempopulanie, ils atteignirent enfin les Pyrénées(407). Les Vandales, les Alains et les Suèves réunis se disposaient à passer en Espagne, lorsqu'ils rencontrèrent, à l'entrée des montagnes, des soldats intrépides qui les repoussèrent sur tous les points. Ces défenseurs de l'Empire , Espagnols pour la plupart , étaient commandés par deux membres de la famille de Théodose , Didyme et Véranien.
PASSAGE DES PYRENEES ; PRE- MIERS ÉTABLISSEMENTS DES VAN- DALES en Espagne. — Les barbares repoussés se rejetèrent sur la Gaule, et allèrent porter leurs ravages dans la Septimanie. Des circonstances inattendues ne devaient pas tarder à leur ouvrir les chemins de cette Espagne qu'ils convoitaient.
Pendant que l'indigne fils de Théodose, Honorius, se tenait renfermé dans son palais pour se dérober aux dangers qui menaçaient son empire, les légions de la Grande-Bretagne revêtirent de la pourpre un simple soldat, appelé Constantin. Celui-ci passa dans la Gaule, qui , presque tout entière, grâce aux barbares, reconnut
son autorité. Quand l'usurpateur eut autour de lui des forces assez considérables, il voulut joindre l'Espagne à ce qu'il possédait déjà , et il envoya dans la Péninsule son fils Constant et Gérontius. Ces deux chefs entraînèrent à leur suite quelques-unes des bandes de barbares que l'Empire avait enrôlés, et qu'on appelait les Honoriens. Ils entrèrent en Espagne ; et , malgré l'héroïsme de quatre frères, liés par le sang à la famille de Théodose, et parmi lesquels on distinguait encore Didyme et Véranien , ils forcèrent les habitants de la province à reconnaître Constantin. Après cette expédition, le vainqueur, comptant sur la fidélité des Honoriens, les chargea de défendre les gorges des Pyrénées. Mais bientôt Gérontius abandonna l'empereur que, jusqu'alors, il avait servi avec dévouement, et il prit les armes pour le renverser. Au moment où Constantin se défendait avec peine, au midi de la Gaule, contre son lieutenant révolté, les Vandales, les Alains et les Suèves se dirigèrent de nouveau vers les Pyrénées. Mais , cette fois , ils ne trouvèrent plus aux défilés de la montagne ces braves soldats qui , sous la conduite de Didyme et de Véranien , les avaient si vigoureusement repoussés.
Ils ne rencontrèrent que les Honoriens, riches déjà des dépouilles qu'ils avaient amassées à la suite de Gérontius, et qui, avides de piller encore, livrèrent tous les passages dans l'espérance, sans doute, de se mêler aux envahisseurs. Après avoir franchi les Pyrénées (409) , les barbares se répandirent comme un torrent dans toutes les parties de l'Espagne. Un grand historien , Mariana , a tracé en quelques lignes le tableau de cette terrible invasion : « L'irruption de ces peuples fut suivie des plus affreuses calamités. Les barbares pillaient et massacraient indifféremment les Romains et les Espagnols , et ravageaient avec la même fureur les villes et les campagnes. La famine réduisit les malheureux habitants à se nourrir de chair humaine; et les animaux sauvages, qui se multipliaient sans obstacle, rendus plus fu-
rieux par l'habitude du sang et par la faim , poursuivirent les hommes pour les dévorer. La peste, suite inévitable de la famine , vint bientôt mettre le comble à la désolation; la plus grande partie des habitants en fut la victime, et la vue des mourants n'excitait que l'envie de ceux qui leur survivaient.
Enfin les barbares, rassasiés de meurtres et de brigandages, et atteints euxmêmes de la maladie contagieuse dont ils étaient les funestes auteurs, se renfermèrent dans le pays qu'ils avaient dépeuplé. Les Suèves et les Vandales se partagèrent l'ancienne Gallécie , où le royaume de la Vieille-Castille se trouvait enclavé. Les Alains se répandirent dans les provinces de Carthagène et de Lusitanie, depuis la Méditerranée jusqu'à l'océan Atlantique.
Les Silinges, branche de la nation des Vandales, s'emparèrent du territoire fertile de la Bétique (*). »
(*) Voici un passage que nous empruntons à M. Marcus, sur le partage de l'Espagne par les barbares : « Les Vandales, les Alains et les Suèves , voulant éviter tout sujet de discorde entre eux , se partagèrent au sort les provinces de l'Espagne. Des cinq provinces formant la division établie par Constantin le Grand , les Vandales et les Suèves obtinrent la Gallécie , c'est-à-dire la Galicie actuelle, Tras-os-Montes , Entre- Duero-e-Minho , les parties septentrionales des royaumes de Léon et de la Vieille-Castille, les Asturies et la Biscaye, en d'autres termes , tout le pays compris entre le courant du Duero, la mer et la Sierra d'Oca ; les Alains , la Lusitanie et la Carthaginoise, c'est-à-dire la partie du Portugal qui est contenue entre le Duero au nord et le Guadiana au midi , l'Estramadure et le district de la Nouvelle-Castille, qui est situé entre la Guadiana et le Tage, à l'ouest de Tolède, puis Murcie et Valence ; les Silingi , un des deux peuples vandales , la Bétique , c'està-dire le pays arrosé au sud par la mer, et au nord et à l'ouest par la Guadiana. Le reste de l'Espagne , c'est-à-dire la province tarraconaise , fut laissé aux Romains ou plutôt à Géronce , l'ancien allié des barbares, et qui les avait favorisés dans leurs conquêtes.» Hisl. des Vandales, etc., p. 84. Après avoir cité ce passage, nous devons ajouter que les auteurs anciens, dans cette
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On a prétendu que les peuples barbares qui avaient envahi l'Espagne réglèrent, par le sort, le partage du pays conquis. Mais il est plus vraisemblable, suivant la remarque d'un historien moderne, que les lots furent plus ou moins exactement proportionnés à la force relative des partageants.
Les paroles de Mariana nous ont fait connaître les premiers résultats de l'invasion. Il faut ajouter, toutefois, que le pillage, la dévastation, les meurtres , les désordres de toute espèce cessèrent au moment où les barbares purent croire qu'ils avaient trouvé enfin, après leurs longues courses, des établissements assures. Des rapports, que le besoin de la paix devait rendre de plus en plus faciles, s'établirent bientôt entre les vainqueurs et les vaincus. Forcés de vivre avec les Romains dans un perpétuel contact, les Vandales, les Alains et les Suèves cherchèrent, par nécessité, à se concilier les populations au milieu desquelles le hasard, autant que leur volonté, les avait jetés et disséminés. Ils laissèrent aux Espagnols une portion de leurs terres , les biens meubles qui avaient échappé aux premiers désordres de la conquête, et ils s'efforcèrent moins d'anéantir la civilisation romaine, que de s'y conformer et de se modifier.
Les barbares, suivant l'expression d'un ancien historien, quittèrent alors l'épée pour la charrue; et il semblait qu'ils voulussent , par les travaux de l'agriculture, faire disparaître du sol de l'Espagne les vestiges de leur invasion. Quand on se reporte, par la pensée, aux cinq premiers siècles de notre ère; quand on songe à ce qu'il y avait alors de dur, de violent, d'oppressif dans l'administration romaine; quand on énumère les désastreux résultats de cette fiscalité aussi préjudiciable aux campagnes qu'aux villes, qui anéantissait la petite propriété, arrêtait les développements du commerce et de l'industrie, diminuait incessamment la
question du partage , sont loin d'être aussi rigoureux et aussi précis que M. Mardis.
classe des travailleurs libres; quand on connaît enfin les innombrables vexations auxquelles étaient soumis tous ceux qui vivaient sous la loi de Rome, on ne regarde plus comme vaines ou exagérées les paroles de Salvien et d'Orose , qui attestent que les provinciaux regardèrent plus d'une fois les barbares comme des libérateurs. L'Espagne, il n'en faut pas douter, se trouva plus heureuse après l'établissement des Vandales , des Alains et des Suèves , qu'au temps où elle obéissait à Honorius. Mais le repos et cette sorte de bien-être qui suivirent la première invasion ne furent pas de longue durée.
Les Goths s'approchaient, qui devaient encore apporter, dans la Péninsule , la guerre, les désordres et la dévastation.