‹ Afrique. Tableau generalChapitre 192 sur 232 · PREMIÈRES COURSES DES VAN- DALES; GENSÉRIC ATTAQUE L'ITALIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRES COURSES DES VAN- DALES; GENSÉRIC ATTAQUE L'ITALIE

et la Sicile. — Tant de préparatifs ne furent point faits en vain. En 441 , une flotte considérable sortit du port de Carthage, et se dirigea vers la Sicile et le midi de l'Italie. Genséric espérait faire un riche butin dans ces deux contrées qui renfermaient la meilleure part des domaines impériaux, et qui , jusqu'alors, avaient échappé aux désordres et aux ravages des invasions.

Mais il ne fut pas heureux dans cette première entreprise. Cassiodore, aïeul de l'historien du même nom, le chassa de l'ancien Bruttium. En Sicile, il s'empara, il est vrai, de Lilybée; mais il échoua devant Panorme. Ces résistances imprévues l'arrêtèrent, et il revint à Carthage. Genséric n'avait cependant négligé aucun des moyens qui pouvaient assurer le succès de son entreprise. Si l'on en croit des documents contemporains, il avait déjà gagné à sa cause, avant de se mettre en mer, un

général de Valentinien , qui s'appelait Jean, et qui était Vandale d'origine; d'autre part , en se déclarant le défenseur des ariens contre les catholiques, il s'était ménagé, dans les provinces qu'il voulait envahir, en Sicile surtout, de nombreux auxiliaires.

L'empereur d'Orient qui se croyait, et non sans cause, intéressé à repousser les attaques de Genséric, avait envoyé contre lui une flotte considérable.

Onze cents vaisseaux, commandés par Aréobind , Innobind , Asyla, Arinthée et Germain , se dirigèrent vers la Sicile. A la nouvelle de ce formidable armement, le roi des Vandales résolut d'employer non la force, mais la ruse pour écarter le danger qui le menaçait. Il feignit de désirer sincèrement la paix; et, pour prévenir une attaque, il annonça aux commandants de la flotte impériale qu'il avait envoyé des ambassadeurs à Constantinople. Il négocia , il est vrai , mais seulement pour arrêter l'ennemi, et pour donner le temps aux émissaires secrets qu'il avait envoyés au camp des Huns de pousser Attila sur l'empire d'Orient.

PAIX AVEC LES DEUX EMPIRES; TRAITÉ DE GENSÉRIC AVEC VALEN- TINIEN. — Au premier mouvement d'Attila, Théodose, effrayé, rassembla autour de lui toutes ses forces, et rappela la flotte qu'il avait envoyée dans la mer de Sicile. Il se hâta alors de faire la paix avec Genséric. Abandonné par l'Orient, Valentinien ne pouvait , seul et sans vaisseaux, porter tout le poids de la guerre. Il fut donc forcé de suivre l'exemple de Théodose, et il fit un traité avec le roi des Vandales (442).

Ce traité eut cela de singulier, qu'il mit Genséric en possession des provinces qui, jusqu'en 439, n'avaient point cessé d'appartenir aux Romains, et qu'il donna à Valentinien, par une espèce de compensation , la portion de l'Afrique d'abord occupée par les Vandales. Ainsi , en vertu des conditions acceptées des deux côtés , Genséric eut pour lui la Byzacène, la Zeugitane ou Proconsulaire, et une faible partie de la Numidie; et Valentinien, l'autre

partie de la Numidie et les trois Mau- 2e Livraison. (Hist. des Vandales.) 2

L'UNIVERS

ritanies. Il faut encore ajouter que la petite Syrte bornait , à l'est , les provinces de Genséric, et que Valentinien restait maître de la Tripolitaine (*).

RAPPORTS ET ALLIANCES DES VAN- DALES, SOUS GENSÉRIC, AVEC LES AUTRES PEUPLES EARBARES. — Ce

qui fit la force de Genséric pendant son long règne , c'est qu'il ne s'isola point dans son Afrique, et qu'il entretint, en Europe, des rapports suivis et constants avec les peuples barbares qui, de son temps, attaquèrent l'empire romain. Ses relations avec Attila sont attestées par Priscus et Jornandès ; et nous avons déjà dit comment, en 442, il se servit des Huns pour effrayer Théodose, et pour écarter les dangers qui menaçaient sa nouvelle conquête. Il s'allia même aux Goths , jusqu'à lui ennemis irréconciliables des Vandales , qu'ils avaient frappés et déplacés tant de fois dans la Germanie , battus et dépossédés encore en Espagne, et qu'ils avaient poursuivis même en Afrique, en se mettant au service du comte Boniface (**). Le traitement ignominieux et barbare que subit, par ordre de Genséric, la fille de Théodéric, roi des Wisigoths (***), rompit, pendant quel-

(*) Voyez , sur ce traite de 4.42 , indépendamment des auteurs anciens Prôsper et Victor de Vita, l'ouvrage de Papencordt, ■Gesclùchte der vandaliscfien Herrschaft in Africa , p. 76 et suiv. , et celui de M. Marcus, Histoire des Vandales, etc., p. 166 et suiv. Il y a au moins l'apparence d'une grande précision dans les délimitations géographiques données par M. Marcus, à propos de ce traité de 442. M. Papencordt est plus vague ; il se borne à dire : « Les deux Mauritanies, avec la partie occidentale de la Numidie, dont Cirta est la capitale, demeurèrent au pouvoir des Romains. Les Vandales prirent l'autre partie de la Numidie, qui a pour capitale Hippone, la Byzacène et la Proconsulaire. Nous ne savons pas précisément ce qui fut statué à l'égard de la Tripolitaine. »

(**) Les meilleurs soldats de l'armée de Eoniface , avant et pendant le siège d'Hippane, furent des Goths qui étaient venus en Afrique comme auxiliaires de l'Empire.

(***) La fille de Théodéric avait épousé

ques années, l'alliance qui unissait les conquérants de l'Afrique aux possesseurs de la Gaule méridionale. Il arriva même, à la suite de cette rupture, un moment où les Vandales eurent contre eux, à la fois, les Romains, les Goths et les Suèves. Pour se débarrasser, d'un coup, de tous ces ennemis coalisés, Genséric poussa Attila sur la Gaule. Les Huns, il est vrai, furent vaincus à Châlons ; mais Théodéric perdit la vie dans la bataille; et les alliés, épuisés par leur victoire même, ne songèrent plus dès lors à tourner leurs armes contre l'Afrique. Puis, Genséric ne tarda pas à voir la mésintelligence éclater entre ceux-là même qui s'étaient réunis autrefois pour l'attaquer. Enfin, il se rapprocha des Wisigoths; et ce fut lui, dit-on, qui conseilla à Euric , devenu son allié, de s'agrandir dans la Gaule, et de prendre Marseille et Arles aux Romains. Après la mort d'Attila, il rechercha l'amitié des principales tribus qui s'étaient séparées des Huns. C'est ainsi qu'il se lia avec les Gépides et les Ostrogoths. Quand le chef de ces derniers, Théodéric, devint, en vertu d'un traité auxiliaire de l'Empire d'Orient, il stipula que ses soldats serviraient contre tous les ennemis de cet empire, excepté contre les Vandales. Tels furent les rapports de Genséric avec les peuples barbares qui, fixés en Europe, menaçaient Rome ou Constantinople.

Grâce' aux puissantes diversions qu'il opérait à l'aide de ses alliances, il parvint, comme nous le verrons, à repousser avec succès les attaques de l'Orient et de l'Occident , et à affermir sa domination sur le vaste territoire qu'il avait conquis en Afrique.

RÉVOLUTIONS DANS L'EMPIRE d'OC- CIDENT ; MORT DE VALENTINIEN ; LE SÉNATEUR PÉTRONIUS MAXIMUS. —

Pendant les années qui s'écoulèrent de 442 à 455, Genséric vécut en paix avec

le fils aîné de Genséric. Le roi des Vandales , qui l'accusait d'avoir voulu l'empoisonner, lui fit couper le nez et les oreilles, et la renvoya à son père après cette mutilation.

les deux empires. Il est vraisemblable, toutefois, que les Vandales, dont l'activité s'était portée tout entière vers les entreprises maritimes, firent plus d'une course avec leurs vaisseaux dans la Méditerranée et même dans l'Océan (*). Genséric employa ce long repos à négocier avec les barbares de l'Europe, ennemis de Valentinien ou de Théodose ; à contenir les Maures , ses voisins , qui étaient devenus pour lui d'incommodes alliés , et à établir, dans les terres qu'il avait acquises en vertu des traités, un gouvernement fort et régulier. Vers 454 , il fut distrait de ces soins importants par les révolutions qui éclatèrent au sein même du palais des empereurs d'Occident.

Aétius était, à cette époque, l'homme le plus illustre de l'Empire. Sans cesse occupé à repousse* les barbares, il avait expié, par d'éclatants services, la trahison dont il s'était rendu coupable au temps de Boniface. C'était lui enfin qui avait vaincu Attila dans les plaines de Châlons. Valentinien, jaloux, dit-on, de la gloire de celui qui avait tant fait pour lui et pour son empire, le livra au fer d'un assassin. Les barbares seuls devaient se réjouir de cette mort. On connaît la réponse que fit à l'empereur un de ceux dont il sollicitait l'approbation : « J'ignore , lui dit-il , quels ont été vos griefs ; mais je sais que vous avez agi comme un homme qui se sert de sa main gaucbe pour couper sa main droite. » Valentinien ne survécut pas longtemps à Aétius. Se livrant, sans mesure et sans prudence, à tous les excès, il essaya de déshonorer, en employant de honteux moyens et la force, la femme du sénateur Pétronius Maximus. Cet odieux attentat ne resta pas impuni. Pétronius Maximus le fit assassiner. Pour compléter sa vengeance, il força la veuve de Valentinien, Eudoxie , à l'épouser et à prendre la place de sa femme qu'il avait perdue.

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