‹ Afrique. Tableau generalChapitre 194 sur 232 · PARTAGE DES DEPOUILLES', NOU- VELLES COURSES DES VANDALES; RI · texte numérisé non relu

PARTAGE DES DEPOUILLES', NOU- VELLES COURSES DES VANDALES; RI

(*) Gibbon ; Histoire de la décadence et de la chute de l'emvire romain, ch. 36.

cimer. — A son retour à Carthage , le roi Genséric, qui n'avait perdu, dit-on , dans la traversée qu'un seul vaisseau, celui qui portait les ornejnents et les statues du Capitole, s'empressa de distribuer les dépouilles de Rome aux guerriers de sa nation et aux Maures qui lui avaient servi d'auxiliaires. Or, argent, meubles et vêtements précieux, objets d'art et prisonniers , tout fut partagé. Suivant d'anciens récits, le roi se réserva, comme part du butin, les ornements du temple de Jérusalem, que Titus avait transportés à Rome; et, parmi les prisonniers, Gaudentius, fils d'Aétius, et Eudoxie avec ses deux filles.

Plus tard, en 457, Genséric renvoya à Constantinople la veuve de Valentinien et de Maximus , avec Placidie , qui épousa Olybrius, destiné à devenir un jour empereur d'Occident. Quant à l'autre fille d'Eudoxie(*), elle demeura à Carthage, où elle devint, de gré ou de force, la femme de Hunéric, fils aîné du roi des Vandales.

La révolution qui avait livré Rome à Genséric lui avait donné en même temps les provinces d'Afrique qui , en vertu du traité de 442, étaient restées au pouvoir de Valentinien. En 455, les Vandales joignirent au territoire qu'ils possédaient déjà la Tripolitaine et les trois Mauritanies; et ils étendirent ainsi leur domination sur toute la côte de la Méditerranée, depuis Gadès jusqu'à la Cyrénaïque. Mais cette vaste étendue de pays ne leur suffit point encore; ils remontèrent sur leurs vaisseaux , et parcoururent la mer comme autrefois, pour attaquer et piller les provinces d'Europe qui étaient soumises à l'Empire. Ils voulaient aussi s'établir dans toutes les îles de la Méditerranée. Ils avaient bien compris que la possession de ces îles leur eût donné sur mer, et pour longtemps, une

(*) Nous suivrons, à cause de l'usage, l'exemple de Gibbon et de quelques autres historiens modernes qui l'appellent Eudoxie comme sa mère. Cependant Procope donne des noms différents a la veuve de Valentinien et à sa fille, l'épouse de Hunéric. Il appelle la première Eûôoijia , et la seconde EOSoxta.

domination sans rivale, et qu'elle leur eût préparé d'ailleurs, contre les dangers de toute espèce dont ils étaient assaillis dans leurs courses, des points de relâche et de sûrs abris. Ils firent de longs efforts pour compléter ainsi leurs conquêtes. De 455 à 459, ils s'emparèrent de Malte, et de toutes les petites îles qui se trouvent placées non loin des côtes de l'Afrique. Mais ils ne furent pas si heureux dans leurs tentatives sur la Sicile, la Corse et la Sardaigne. L'empire d'Occident avait alors un général qui, par son activité et ses succès, les arrêta dans leurs entreprises. Ricimer détruisit une de leurs flottes en vue de la Sicile, près d'Agrigente; et, la même année 456, il les expulsa de la Corse, où ils avaient essayé de s'établir.

Ricimer était barbare d'origine. Il avait eu pour père un Suève. et pour mère la fille de Wallia, roi des Wisigoths. Il avait servi avec distinction sous Aétius, et s'était élevé rapidement dans l'armée roma-ne, par sa bravoure et par ses talents. Après la double révolution qui priva du trône et de la vie Valentinien et Maximus, il devint l'homme le plus puissant de l'Empire. Il hérita en quelque sorte, par la mort d'Aétius, de l'influence que cet illustre chef avait exercée pendant tant d'années sur les soldats barbares.

Ses victoires sur les Vandales accrurent encore sa puissance. Ricimer, comme barbare, n'osait aspirer au rang suprême; mais il voulait au moins, à défaut du titre, se réserver le pouvoir absolu des empereurs. Il exerça ce pouvoir, et le fit sentir surtout °à ceux qui étaient revêtus de la pourpre, et qui semblaient placés audessus de lui. Ce fut, en 456, au retour de la Corse, qu'en déposant Avitus, Ricimer fit le premier essai de ses forces. L'empereur déchu n'essaya point de reprendre le titre qu'on lui avait enlevé; il comprit sans doute que, même avec l'appui du roi des Wisigoths, son protecteur, toute résistance serait vaine. Il quitta l'Italie, et revint dans la Gaule , sa patrie , où il mourut (456). Après la déposition d'Avitus et un interrègne de plusieurs

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mois, Ricimer donna son assentiment à l'élévation de Majorien, que les vœux des Romains avaient appelé au trône impérial (avril 457).

l'empereur majorien ; ses préparatifs POUR attaquer les vandales EN AFRIQUE ; DESTRUCTION DE LA FLOTTE ROMAINE A CARTHA- GÈNE ; MORT DE MAJORIEN. — Le

caractère du nouvel empereur était, suivant l'expression de Gibbon , grand et héroïque. Dans sa jeunesse , il s'était illustré à la guerre par des actions d'éclat. Il arriva même, à la fin, que sa gloire fit ombrage à Aétius. Il avait trop de prudence pour engager la lutte contre celui dont la puissance, en Occident, n'avait point de bornes. Il abandonna donc les armées, et rentra dans la vie privée. Après la mort d' Aétius, il reparut à la tête des troupes impériales. Au moment même où l'estime de tous lui décernait le pouvoir souverain , il venait d'arrêter, au pied des Alpes, une nouvelle invasion des peuples germaniques. Maître de l'Empire, Majorien n'avait plus rien à désirer; et, comme tant d'autres, il aurait pu , en se cachant dans son palais, se livrer tout entier à de faciles plaisirs, et se dérober désormais aux travaux et aux dangers. Son élévation cependant n'amollit point son âme , et il porta en temps de paix , dans l'administration , la vigilance et l'énergie qui l'avaient illustré au milieu des camps. Vivement préoccupé par les maux de l'Empire, il déploya une activité extraordinaire pour le guérir au dedans, et pour écarter les dangers qui , du dehors, le menaçaient de toutes parts. C'était surtout * vers l'Afrique que Majorien portait ses regards et sa pensée.

Les Vandales, en effet, poursuivaient le cours de leurs pirateries et de leurs dévastations. Leur puissance maritime et leurs entreprises audacieuses mettaient Rome et l'Italie dans un continuel danger. Majorien ranima le courage des Romains, rassembla des vaisseaux; et les mesures qu'il prit alors furent si sages et si promptes, que déjà, en l'année 458, une flotte vandale, commandée par un parent du

roi , fut battue sur la côte de Sinuessa, non loin de l'embouchure du Liris.

Genséric , après cet échec , se crut en péril; et, suivant son usage, il alla chercher, parmi ses alliés naturels, les peuples germaniques, des ennemis aux Romains. Il s'empressa de renouer avec les Wisigoths; et, pour accroître le nombre de ses auxiliaires, il s'offrit comme médiateur dans la guerre que ce peuple soutenait alors contre les Suèves. Mais Majorien, sans s'inquiéter des ennemis que lui suscitait le roi des Vandales , faisait , pour attaquer l'Afrique, d'immenses préparatifs. Il ne les ralentit point quand le roi des Wisigoths manifesta des dispositions hostiles ; seulement il entra en Gaule, le prévint et le battit. Par son ordre, on avait préparé ou rétabli les arsenaux de l'Empire. On construisait une grande flotte sur les côtes de la Ligurie. Cette flotte nouvelle devait se joindre aux anciens vaisseaux qui stationnaient dans l'Adriatique, et se rendre, avec eux, à Carthagène, où l'empereur se proposait d'embarquer son armée.

Vers ce temps, suivant une vieille tradition byzantine, Majorien, voulant connaître les ressources de son ennemi , se rendit à Carthage. Il se présenta à Genséric sous un faux nom , et comme ambassadeur.il avait noirci sa chevelure , qui naturellement était blonde, et ressemblait à l'or. Genséric l'accueillit avec distinction; et, pour lui donner une haute idée de ses forces et de sa puissance, il le conduisit à son arsenal. On dit qu'à l'approche de ces deux illustres guerriers, les armes entassées s'agitèrent et rendirent un son. Le roi des Vandales chercha alors, mais en vain , l'explication de ce prodige. Il n'apprit que plus tard qu'il avait accueilli dans sa capitale , et au sein même de son palais , le plus redoutable de ses ennemis. « La tradition, dit un grand historien, du voyage de Majorien à Carthage , doit être rejetée comme improbable ; mais c'est une tradition qui n'a pu être imaginée que pour un héros. »

Quand Majorien eut achevé ses préparatifs , il partit avec ses troupes pour rejoindre la flotte qu'il avait ras-

semblée à Carthagène. Jadis, les Carthaginois avaient traversé l'Espagne et ïa'Gaule pour attaquer Rome*, en 460, un empereur romain , par une marche inverse, passa par la Gaule et l'Espagne pour attaquer Carthage. La frayeur du roi des Vandales, à l'approche de Majorien, fut égale à celle qu'avait éprouvée autrefois le sénat de Rome, au temps d'Annibal. Genséric demanda la paix ; mais l'empereur rejeta ses propositions. Majorien était arrivé à Carthagène , et là il prenait ses dernières mesures pour opérer sa descente en Afrique. Le roi des Vandales, pour ralentir au moins la course de son ennemi, et pour compromettre sa marche dans le cas où il pénétrerait dans ses États , livra les Mauritanies Tingitane et Césarienne à une complète dévastation. Il lit combler les sources et les fontaines ou les empoisonna. Mais bientôt ses craintes s'évanouirent. Il avait des émissaires dans le camp de Majorien qui fomentaient les naines et les divisions et poussaient les troupes à la trahison.

Des Goths, auxiliaires de l'Empire, livrèrent aux Vandales la flotte romaine, qui fut anéantie.

Majorien accepta alors la paix que lui proposait Genséric. En proie à une vive douleur, mais non découragé, il revint en Italie. Là, il rêvait sans doute une nouvelle expédition , lorsque Ricimer excita dans le camp de Tortone, au pied des Alpes, un soulèvement à la suite duquel l'empereur fut déposé.

Le barbare avait compris que sous ce règne il resterait toujours au second rang , et que Majorien , revêtu de la pourpre, n'aurait jamais un maître, ni même un égal. Cinq jours après sa déposition, l'empereur déchu périt de mort violente. Telle fut la fin de Majorien, « le plus illustre, dit Procope, de tous ceux qui ont régné sur les Romains. »

LES VANDALES POURSUIVENT EN OCCIDENT LE COURS DE LEURS DE- VASTATIONS ; GENSÉRIC VEUT FAIRE UN EMPEREUR ; RUPTURE AVEC L'O-

rient.— Dès lors , les pirates de l'Afrique ne devaient plus rencontrer

d'obstacles dans la partie de la Méditerranée qui s'étend de l'Espagne à l'Italie et à la Sicile. Chaque année, au retour de la belle saison , Vandales et Maures montaient sur des vaisseaux et allaient, dans les îles et sur le continent , pour piller et brûler, et aussi pour amener comme esclaves , à Carthage , les habitants de la côte qui ne s'étaient pas enfuis à leur approche»

Le roi prenait part à ces expéditions. Lorsqu'il se mettait en mer, et que le pilote, s'adressant à lui , demandait :

«Où irai-je? —Le vent, répondait-il, «te conduira où nous appelle la co- « 1ère de Dieu. » Genséric disait aux ambassadeurs romains qui venaient le prier de mettre un terme aux pirateries, que les empereurs d'Occident pouvaient facilement obtenir la paix en lui restituant le patrimoine d'Eudoxie, épouse de son fils Hunéric, et celui de Gaudentius , son prisonnier de guerre.

Ce fut vers 463 que les Vandales se rendirent maîtres de la Corse et de la Sardaigne. Ils firent aussi, pour s'emparer de la Sicile, des efforts multipliés ; mais, sur ce point, ils échouèrent dans toutes leurs tentatives. En 458 , Majorien avait placé dans l'île, avec des troupes choisies , un de ses meilleurs officiers. C'était Marcellianus, qui défendit pendant six ans, avec bravoure et succès, la province que les chefs de l'empire lui avaient confiée.

Il n'abandonna son poste qu'en 463 ; il voulait alors se soustraire, non point aux attaques des Vandales , mais à la perfidie et aux mauvais desseins de Ricimer. Trois ans plus tard, en 466, la mort de Livius Sévérus, qui avait porté, en Occident , le titre d'empereur , vint rompre le bon accord qui existait entre Genséric et la cour de Byzance. Ricimer voulait alors laisser vacant le trône impérial. Mais cette nouveauté et l'audace du barbare excitèrent, dans tous les esprits, une vive indignation. Ricimer céda devant les protestations énergiques des Ro mains. Il donna même son assentiment aux volontés du sénat, qui avait choisi, pour succéder à Sévérus , An-

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thémius, l'un des plus illustres généraux de l'Orient. L'empereur de Constantinople, Léon, accueillit favorablement la demande qui lui était adressée de Rome. Il savait bien qu'en permettant à un de ses officiers de revêtir la pourpre, il se réservait une espèce de suprématie sur l'Occident. Tout s'arrangeait donc au gré de Rome et de Constantinople, lorsque Genséric intervint et demanda qu'à la placed'Anthémius on prît pour empereur Olybrius. Le mérite de l'un lui inspirait des craintes, tandis que, en raison de la parenté, il pouvait espérer de trouver chez l'autre un entier dévouement (*). Léon et les Romains ne tinrent compte ni des demandes, ni des menaces de Genséric. Le roi des Vandales, pour se venger, dirigea alors ses vaisseaux vers l'Orient , et les pirates de Carthage allèrent porter sur les côtes de la Dalmatie, de PIllyrie, de l'Épire, de toute la Grèce , des îles de la mer Egée, et même de l'Asie, les ravages qui n'avaient atteintjusqu'alors que les provinces de l'Occident. La cour de Byzance négocia d'abord pour arrêter ce fléau; mais voyant que ses démarches n'amenaient aucun résultat , elle résolut d'opposer la force à la force, et de soutenir vigoureusement la guerre.

GUERRE ENTRE L'EMPIRE d'ORTENT

ET les vandales; basiliscus ;

COMBAT NAVAL; RUSES ET VICTOIRE DE GESSÉRIC ; LES FORCES DE LEM- PIRE D'ORIENT SONT ANÉANTIES. —

Parmi les guerriers qui suivirent Anthémius en Italie, se trouvait Marcellianus. Après son départ de la Sicile, il s'était retiré en Dalmatie, et !à , à l'aide des soldats qui s'étaient dévoués à sa fortune, il se maintint à l'égard de Rome et de Constantinople dans une complète indépendance. Cependant , à l'avènement d'Anthémius, il s'imagina peut-être que l'influence de Ricimer, son ennemi , était à jamais détruite, et il s'offrit pour servir en-

(*) Plaeidie, femme d'Olybrius , était sœur d'Eudoxie , qui avait épousé Huilerie, lils aîné du roi des Vandales.

core cet empire d'Occident, qu'autrefois il avait si glorieusement défendu.

On accueillit sans doute avec joie les propositions de Marcellianus. On lui confia des troupes, et, à leur tête, il partit pour la Sardaigne, d'où il expulsa les Vandales (469).

A la même époque, les généraux de l'empire d'Orient obtenaient sur terre et sur mer de brillants succès. L'un d'eux , Héraclius , s'empara , avec les trouves de l'Egypte, de toute la Tripolitaine, etse prépara à marcher sur Carthage. L'empereur Léon cependant ne voulait point se borner à des attaques partielles; il avait résolu de frapper sur les Vandales un cou|j décisif, et il faisait alors d'immenses préparatifs.

Avec les sommes qu'il tirait de Constantinople et des provinces, il équipa une flotte de onze cent trente vaisseaux, et leva plus de cent mille soldats ou matelots. Quand il eut rassemblé toutes ces forces, il les confia à Basiliscus, frère de sa femme, l'impératrice Vérine, et. lui ordonna de se diriger vers la capitale du royaume de Genséric (470). « La (lotte formidable de Basiliscus atteignit sans accident la côte d'Afrique. Il débarqua ses troupes au cap Bon, ou sur le promontoire de Mercure, à environ quarante milles de Carthage. L'armée d'Héraclius et la flotte de Marcellianus joignirent ou secondèrent le général de l'empereur, et les Vandales furent vaincus par terre et par mer , partout où ils voulurent s'opposer à eux. Si Basiliscus eût saisi le moment de la consternation pour marcher sur la capitale , Carthage se serait nécessairement rendue , et le royaume des Vandales était anéanti.

Genséiicconsidéra le danger en homme décourage, et l'éluda avec sa vieille habileté. Il offrit respectueusement de soumettre sa personne et ses États à la discrétion de l'empereur; mais il demanda une trêve de cinq jours pour stipuler les articles de sa soumission ; et sa libéralité , si l'on peut en croire l'opinion universelle de ce siècle, lui fit aisément obtenir le succès de cette demande insidieuse. Au lieu de se refuser avec fermeté aux sollicitations de

son ennemi , le coupable ou crédule Basiliscus consentit à cette trêve funeste , et se conduisit avec aussi peu de précaution que s'il eût été déjà le maître de l'Afrique. Dans ce court intervalle, les vents devinrent favorables aux desseins de Genséric. II lit monter sur ses plus grands vaisseaux de guerre les plus déterminés de ses soldats ; ils traînèrent après eux de grandes barques remplies de matières combustibles, et, après y avoir mis le feu , ils les dirigèrent pendant la nuit au milieu de la flotte ennemie, sur laquelle le vent les portait. Les Romains furent éveillés par la vue des flammes qui consumaient leurs vaisseaux. L'obscurité, le bruit des vents, le craquement des bois , les cris des matelots et des soldats qui ne savaient ni obéir, ni commander, augmentaient le désordre et la terreur des Romains. Tandis qu'ils tâchaient de s'élo'gner des brûlots et de sauver une partie de la flotte , les galères de Genséric les assaillirent de tous côtés, et une partie des vaisseaux sauvés des flammes devinrent la proie des Vandales. Au milieu des événements de cette nuit désastreuse, Jean , un des principaux officiers de Basiliscus, a su par son courage héroïque , ou plutôt désespéré, arracher son nom à l'oubli. Lorsque le vaisseau qu'il avait bravement défendu fut presque consumé par les flammes , il refusa la pitié et l'estime de Genzon, fils de Genséric ; et, se précipitant tout armé dans la mer, il s'écria, en disparaissant sous les vagues , « qu'il ne voulait point «tombervivantau pouvoirdeschiens.»

Mais le méprisable Basiliscus, étranger à ce noble courage et placé au poste le plus éloigné de tout danger, prit honteusement la fuite dès le commencement du combat , retourna précipitamment à Constantinople, après avoir perdu moitié de sa flotte et de son armée, et se réfugia dans le sanctuaire de Sainte-Sophie, où il attendit que sa sœur eût arraché par ses prières et ses larmes un pardon à l'empereur indigné. Héraclius fit sa retraite à travers le désert; Marcellianus se retira en Sicile , où il fut assassiné par l'un de

ses propres officiers , à l'instigation sans doute de Ricimer , et le roi des Vandales apprit avec surprise et satisfaction que les Romains s'empressaient eux-mêmes de le débarrasser de ses plus formidables adversaires. Après le mauvais succès de cette grande expédition, Genséric reprit l'empire des mers , et les côtes de l'Italie, de la Grèce et de l'Asie, éprouvèrent tour à tour les fureurs de sa vengeance et de son avidité. La Sardaigne et Tripoli rentrèrent sous son obéissance , et il joignit enfin la Sicile aux provinces déjà soumises à sa domination (*). »

GENSÉRIC CONTINUE LA GUERRE ; SES RAPPORTS AVEC LES OSTRO- GOTHS ; SES DERNIÈRES ENTREPRI- SES ; IL TRAITE AVEC L'EMPEREUR

zénon ; sa mort. — Les historiens anciens ont pensé que l'empereur Léon perdit sa flotte par trahison. Ils ont accusé tout à la fois Basiliscus le commandant, et Aspar , Goth d'origine, qui cherchait, avec son fils Ardaburius, à se créer à Constantinople une puissance égale à celle que Ricimer exerçait en Italie. En ce qui concerne Aspar, l'opinion des contemporains ne paraît pas dénuée de vraisemblance; mais il est difficile d'admettre la complicité de Basiliscus. Si Léon eût soupçonné seulement ce dernier d'aspirer,' comme on l'a prétendu, au trône impérial, il ne lui eût certes pas accordé un entier pardon. Basiliscus, suivant un ancien historien , était un brave soldat ; mais son esprit était borné et on le trompait aisément.

Léon était bien loin sans doute de lui attribuer le désastre qui l'avait frappé, puisqu'il lui rendit sa confiance et le replaça à la tête de ses troupes. Ce fut avec les débris de la flotte d'Orient que Basiliscus battit, en 471, les Van-

(*) Ce récit est emprunté à Prooope. O-ibbon (Hist. de la décadence, etc., ch. 36) a seulement cherché , à l'aide des documents contemporains , à rendre plus clair et plus précis l'historien byzantin, en ce qui concerne la mort de Marcellianus. Voy. Procop. de Bello Vandal., I, 6; éd. Dindorf. Corpus script, hist. byzant. , etc. ; Bonnce , i833.

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dales sur les cotes de l'Italie , et les repoussa jusque dans le port de Carihage.

Aspar, il faut le croire, était le traître qui , par ses intrigues et ses mauvais conseils , avait livré vaisseaux et soldats au roi des Vandales. Léon lui fit expier, en le tuant , sa trahison et les craintes que, depuis si longtemps, il avait inspirées aux maîtres de l'Orient par ses hauteurs et son immense crédit. La mort d'Aspar fut encore pour Genséric un événement beureux, car elle fit naître une guerre et amena, jusque sous les murs de Constantinople , de redoutables ennemis (472).

Parmi eux se trouvait le puissant roi des Ostrogoths , Théodéric. La capitale fut sauvée; mais les barbares ne voulurent point encore poser les armes. Tandis que le roi des Vandales, qui avait contracté alliance avec les Ostrogoths , pressait Théodéric de renverser Léon , il faisait ses courses accoutumées, et dévastait au midi les provinces de l'empire. Il essaya même d'attaquer l'Egypte et de prendre Alexandrie. Cette fois, il échoua dans son entreprise (473). La mort de Léon en 474, suspendit, pour un instant les hostilités(*). Genséric vit enfin tom ber l'empire d'Occident. Il l'avait corn battu , épuisé , amoindri , sans relâche pendant un demi -siècle; et, en 476 il put se glorifier de ce que nul , parmi les chefs barbares, sans excepter Alaric et Attila , n'avait fait autant que lui pour effacer du monde le nom et la puissance de Rome. Restait l'empire d'Orient, contre lequel il se tourna.

L'année même où la royauté d'Odoacre succédait, en Italie, à l'ancien gouvernement romain, Genséric dirigea ses pirates vers les côtes de l'Épi re. L'empereur de Constantinople, Zenon, lui envoya alors un de ses officiers, Sévérus, pour demander la paix. Le vieux roi ne rejeta point les propositions de

(*) Nous avons déjà dit plus haut qu'au moment où Théodéric , roi des Ostrogoths, traita avec les empereurs de Constantinople , il s'engagea à combattre tous les ennemis de l'empire , les Vandales exceptés.

l'ambassadeur. Il se fit reconnaître par Zenon comme légitime possesseur de toute la côte septentrionale de l'Afrique, depuis Ja Cyrénaïque jusqu'à la mer Atlantique , des îles Baléares , de la Corse, de la Sardaigne et de la Sicile. En retour, il promit de traiter à l'amiable pour la dot si longtemps réclamée de .l'épouse de son fils Hunéric, et aussi pour des contestations qui s'étaient récemment élevées entre les marchands grecs et ceux de Carthage. Il fit plus : par estime pour Zenon et pour Sévérus, l'ambassadeur, il cessa de persécuter les catholiques, et leur permit d'ouvrir leurs églises et de rappeler leurs évêques exilés. Enfin, il rendit la liberté à tous les sujets de Zenon, qui, par la piraterie ou la guerre, étaient tombés aux mains des Vandales , et qui , lui étant échus en partage , vivaient comme esclaves dans ses domaines. Après ce traité, qui légitimait ses anciennes et ses nouvelles conquêtes aux veux du seul monarque qui eût le droit de les lui contester, il n'avait plus rien à désirer. Ce fut le dernier succès d'un règne qui , depuis cinquante ans, n'avait pas cessé d'être heureux. Au mois de janvier de l'année 477, Genséric atteignit le terme de sa glorieuse vie.

fxOUVERNEMENT DE GENSERIC. —

Pendant la longue période de l'histoire des Vandales que nous venons de parcourir, les pirateries et les guerres n'avaient point absorbé toute l'activité de Genséric. Ce chef, qui eut toujours les armes à la main, porta souvent, néanmoins, son attention et ses soins vers les provinces qui étaient tombées en sa possession. Il s'appliqua constamment, en régularisant, si je puis me servir de cette expression , sa conquête, à rendre forte et permanente sa domination, qui , dans le principe, avait été uniquement l'œuvre de la force. Il réussit. Nous ne connaissons pas tous les moyens qu'il employa pour arriver à son but; mais, au moins, les résultats de son long règne attestent son extrême vigilance et sa grande sagesse. Nous parlerons ailleurs et longuement de la forme du gouverne-

ment chez les Vandales, des institutions politiques, des rapports des vainqueurs avec les vaincus, des alliances avec les Maures, etc ; ici , nous nous bornerons à rappeler, en peu de mots, les faits qui concernent l'histoire intérieure de l'Afrique , au temps de Genséric.

Depuis la sortie de l'Espagne jusqu'à la prise de Carthage, la nation vandale n'est qu'une horde inquiète, errante , qui n'a point d'autre patrie que la terre enclose par des fossés où elle place son camp; d'autres mœurs que celles que font la guerre et des combats sans cesse renouvelés; d'autre gouvernement que la discipline des armées. Il suffisait alors, à celui qui dirigeait les mouvements de cette horde, d'avoir assez de bravoure et d'énergie pour la sauver des attaques de l'ennemi, et pour maintenir, dans cette foule composée , comme nous l'avons dit, de tant d'éléments divers, l'obéissance et l'apparence de l'unité.

Après la prise de Carthage, les Vandales, les Alains et les autres barbares gui s'étaient associés à leur fortune , furent mis en possession de terres et de demeures qu'ils ne devaient plus quitter. La vie du camp et des aventures cessa pour eux. Ils se disséminèrent dans une vaste et fertile province , la Proconsulaire , qu'ils ne pillèrent point comme les lieux où ils ne faisaient que passer, mais qu'ils exploitèrent dans des vues d'avenir, sans l'épuiser. Leurs mœurs changèrent.

La nation , ainsi transformée , ne pouvait plus être régie seulement à l'aide de ces mesures simples et énergiques qui assurent l'ordre dans les armées; il lui fallait un gouvernement plus savant et plus compliqué , et un chef qui ne fût pas exclusivement un homme de guerre. Tous les faits que nous avons déjà signalés semblent attester que les vues et les talents de Genséric s'étendirent avec ses succès. Il se montra aussi habile à gouverner un peuple sédentaire qu'à diriger les mouvements irréguliers d'une tribu nomade.

D'abord» il partagea, il faut le croire,

au gré de ses compagnons d'armes, la terre conquise. Puis, ch«se bien plus difficile encore, il mit les vainqueurs et les anciens possesseurs du sol de la Proconsulaire, qui, pour la plupart, comme nous le dirons ailleurs, étaient devenus de simples fermiers, dans des relations telles, que les Vandales eurent intérêt à effacer peu à peu tous les souvenirs de leur conquête , et à faire oublier aux Romains, par des ménagements de toute espèce, les rigueurs de l'expropriation. Genséric n'étendit point seulement ses soins à la province qu'il avait divisée entre ses guerriers, mais encore aux autres parties de l'Afrique où la terre n'avait point cessé d'appartenir aux Romains.

En dehors de la Proconsulaire ou Zeugitane, jusqu'à l'extrême frontière de son empire, des garnisons maintenaient les habitants dans l'obéissance, et assuraient la rentrée des impôts. Pour s'étendre si loin , la surveillance de Genséric ne fut pas moins active que par le passé. Ce fut ainsi qu'il contint barbares et Romains, d'une main ferme et sûre, et qu'il conserva jusqu'à la fin , sur ses anciens et nouveaux sujets, un pouvoir absolu. Des récits contemporains nous apprennent que plus d'une fois , avant et après la prise de Carthage, les soldats barbares conspirèrent contre l'autorité et la vie de leur chef; mais nous savons aussi qu'il arrêta toutes les conspirations par de sanglantes exécutions. Nul en Afrique, pendant son règne d'un demi - siècle , ne se révolta impunément.

Genséric, on le voit, eut à surmonter de graves et d'innombrables difficultés. Toutefois, il faut dire qu'il fut secondé dans son gouvernement par deux choses : d'une part , par les hérésies qui avaient pris racine en Afrique , et, d'autre part, par les odieux souvenirs qu'avaient laissés dans tous les esprits les excès de l'administration impériale. D'abord les donatistes et les ariens, jadis persécutés, devinrent pour lui, en haine des empereurs, leurs ennemis, de fidèles et puissants auxiliaires; ensuite il rencontra , même au sein de la population catholique , des

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hommes qui l'acceptèrent avec joie, préférant , comme on l'avait déjà vu tant de fois, dans ce siècle de calamités, la domination des barbares à l'administration oppressive des Romains. Le fisc impérial avait exercé sur l'Afrique sa désastreuse influence. Il l'avait ruinée, épuisée. Les habitants, en proie depuis si longtemps à d'intolérables souffrances, virent dans les Vandales des libérateurs; et, en réalité, ils trouvèrent, sous le gouvernement de Genséric, un soulagement à leurs maux.

Enfin , le roi des Vandales se montra fort et habile dans ses relations avec les Maures. Pour tourner à son profit et à l'avantage de ses États l'ardeur de cette nation avide et remuante, il l'associa à toutes ses entreprises. Il plaça des Maures dans les rangs de ses 'soldats, sur ses vaisseaux et dans ses garnisons. Il payait leurs services, et, de plus, il les excitait aux pirateries , en leur faisant , au retour de chaque expédition, une part dans le butin. Ce fut ainsi qu'il préserva la partie méridionale de son royaume de continuelles invasions, et qu'il s'aida pour l'accomplissement de ses desseins et pour ses agrandissements , même de ceux que des circonstances fortuites et une haine commune contre les Romains avaient rendus momentanément ses alliés, mais qui, par leur position, leurs mœurs et leurs besoins, devaient être ses plus implacables ennemis.

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