DES DIFFÉRENTES CLASSES DE LÀ
nation vandale. — Il y avait chez les Vandales , comme chez les autres
nations barbares, certains hommes qui jouissaient, parmi leurs compagnons d'armes, d'une grande considération. Dans la Germanie, et pendant les premiers désordres de l'invasion, c'est-à-dire, quand la tribu errait encore avant d'avoir conquis un établissement fixe, ces hommes tenaient cette considération, leur noblesse, comme nous dirions, non point de leurs aïeux, mais de leurs qualités et de leur bravoure personnelles. Ils entraînaient à leur suite, en raison seulement de la réputation qu'ils avaient acquise dans les combats , un certain nombre de guerriers qui se dévouaient à eux et à leur fortune. Ces hommes illustres, parmi les barbares, étaient les chefs de bandes. Quand ils mouraient, ils ne transmettaient à leurs fils ni leur illustration, ni leur influence, et la bande se dissipait. Chaque guerrier cherchait un nouveau chef. Tout changea chez les Vandales, comme chez les autres peuples germaniques, quand ils s'établirent d'une manière définitive sur les terres de l'empire. La noblesse , pour des raisons que nous ne devons point énumérer ici , devint héréditaire (*).
Quels furent en Afrique les avantages et les privilèges de la noblesse vandale ? Elle eut d'abord une large part dans les terres conquises, puis elle resta en possession des principaux grades de l'armée. C'était dans son sein , par exemple, que l'on prenait les chefs appelés en langue germanique taihunhundafath , en latin millenarii, qui commandaient à mille guerriers. La noblesse fournissait encore au roi les hommes dont il s'environnait dans
(*) Voy. Naudet ; De l'état des personnes en France sous les rois de la première race; ap. Mémoires de l'Académie des inscript. , t. VIII , p. 401 et suiv. Nous renvoyons aux premières pages de ce mémoire, où , suivant nous , M. Naudet a montré le véritable caractère de la noblesse chez les barbares, et réfuté avec une grande sagacité les exagérations ou les erreurs de Boulainvilliers, de Dubos, de Montesquieu, de Mably et de Gourcy.
son conseil, et les principaux officiers de son palais. Il y avait à Carthage un fonctionnaire du plus haut rang, que les écrivains romains appellent prœpositus regni. Il était chargé de l'inspection des manufactures , des arsenaux , et de tous les établissements royaux. Il devait répondre aussi aux pétitions, demandes ou réclamations qui étaient envoyées dans la capitale par les habitants des diverses provinces de l'Afrique, et à cet effet il entretenait à côté de lui de nombreux employés, notarii. Ce ministre, Vandale par sa naissance , que ses fonctions rendaient le personnage le plus important de l'empire après le roi , sortait , il n'en faut pas douter, des rangs de la noblesse.
Le roi (les faits l'attestent) avait le droit d'infliger à un noble des peines infamantes et de le dégrader, mais il pouvait aussi élever à la noblesse des nommes d'un rang obscur. C'est ainsi, qu'au témoignage de Victor de Cartenne, Genséric conféra le titre de comte à un ouvrier vandale qui s'était distingué entre tous les autres par son habileté dans la fabrication des armes (*).
Au-dessous des nobles se trouvait la masse des guerriers. Chacun de ceux qui avaient suivi Genséric, qu'il fût Vandale, Alain, Goth ou Suève, avait reçu en récompense une portion de terre plus ou moins grande. Toutefois, le barbare, devenu propriétaire, ne cessa point, malgré ce changement, d'être considéré comme soldat. Il devait toujours au roi le service militaire ; seulement, il était affranchi de l'impôt que les Romains payaient pour leurs propriétés. Si les Vandales amenèrent avec eux des esclaves, ils durent les joindre à ceux qu'ils trouvèrent dans la Zeugitane pour les employer à la culture des terres qui leur avaient été concédées.