LES DOMAINES DU ROI ; SON TRÉ- SOR ; EMPLOI DES DENIERS ROYAUX
— Le roi , on le conçoit aisément , se fit une large part dans les terres conquises. Il est vraisemblable qu'il avait, non loin de Carthage, dans la province même qui était devenue la propriété de ses compagnons d'armes, de vastes domaines. Puis, dans les parties de son empire où les Romains étaient restés propriétaires, il choisit encore d'autres terres pour ses plaisirs ou pour accroître ses revenus. Ainsi, nous savons, par le récit de Procope, que Gélimer avait une résidence à Hermione, dans la By-
(*) Voyez sur le testament de Genséric : Marcus; Histoire des Vandales, etc., p. 2g5 et suiv. — Papencordt; Gesc/iichte dervandalischen Herrschaft in Afrika, p. 217 et suiv. — Voy. aussi une note curieuse de Saint-Martin, dans son édition deYffist.
du Bas -Empire, par Lebeau; t. "VIII, p. 201.
zacène, et sur la côte, près de Grasse, de magnifiques jardins qui firent l'admiration des soldats de Bélisaire. Les rois vandales ne tiraient point seulement leurs revenus de leurs domaines. L'impôt payé autrefois par les Romains aux empereurs fut versé, après la conquête , dans les coffres de Genséric et de ses successeurs. On doit remarquer, toutefois, que cet impôt fut moins lourd sous les Vandales qu'au temps de la domination romaine, et que les percepteurs et receveurs de Genséric {procuratores seu exactores) se montrèrent moins durs et moins cruels que les agents du fisc impérial. Il faut encore ajouter à ces sources de revenus les amendes en argent ou en nature payées par ceux qui avaient encouru une condamnation.
Voici, d'après les indications recueillies chez les auteurs contemporains , quel était l'emploi des sommes amassées par les rois vandales. Ils soudoyaient, pour le service de la flotte, de la garnison de Carthage, et des camps fortifiés que Genséric avait établis vers le désert, sur plusieurs points de la frontière, un corps nombreux d'archers maures. Ils payaient les individus qu'ils appelaient d'Espagne pour frapper les monnaies, et les ouvriers employés à la fabrication des armes, à leur entretien et à la construction des vaisseaux. Ils élevaient et remplissaient d'armes ou d'agrès de vastes arsenaux. Les sommes que les violences de la conquête avaient mises entre les mains du roi furent quelquefois réservées, comme nous dirions aujourd'hui , pour des mesures de salut public. Nous avons cité plus haut (pag. 16) un passage où Victor de Cartenne raconte que toutes les richesses enlevées aux habitants de Carthage, après la prise de la ville, furent portées à Genséric. « Elles devaient servir, ajoute l'historien, à prendre les mesures nécessaires pour repousser les Romains des provinces où les Vandales avaient fixé leurs demeures. »