RELIGIONS DE L'AFRIQUE
Le principe le plus actif du mouvement intellectuel , la croyance religieuse, n'a acquis nulle part ce degré d'épuration qui seul peut témoigner de l'accomplissement de sa mission civilisatrice : le christianisme grossier des Coptes et des Abyssins, celui que le zèle des missionnaires évangéliques tente d'implanter chez les Kafres, les Hottentots et les Nègres , n'est pour les uns et les autres qu'un culte sans intelligence des préceptes, et par conséquent inerte; te judaïsme est traditionnellement conservé non -seulement chez les Hébreux réfugiés de la
(*) Le nom de Champollion est trop populaire pour que nous ayons besoin de le rappeler ici.
(**) M. de Saulcy, membre de l'Institut, a déchiffré la plus étendue de ces inscriptions, et nous avons reconnu des formes berbères dans les noms propres qu'il y a
Palestine, mais aussi chez les Hhomayrytes chassés d'Arabie par la persécution musulmane; Vislamisme est la religion la plus répandue, mais professée sans ferveur, et n'opérant dès lors qu'un bien faible progrès dans la mesure déjà si restreinte de son utilité sociale, tout en fomentant l'intolérance et le fanatisme de ses grossiers sectateurs ; le sahéisme , qui se trouvait jadis parmi quelques tribus de l'Atlas , et qui se retrouverait peutêtre encore dans certains cantons reculés de l'Abyssinie , compte aussi quelques adhérents à Mozambique ; mais c'est surtout le fétichisme le plus grossier qui constitue le culte ou plutôt la multitude de cultes entre lesquels se partagent la plupart des peuples d'Afrique, et ce rudiment luimême ne s'est point, dit-on, encore fait jour à travers la stupide animalité de quelques tribus , ou du moins la sagacité des voyageurs n'a-1-elle su découvrir chez ces sauvages l'indice d'aucune idée religieuse.
(*) Le seul échantillon qu'on possède maintenant en Europe de l'écriture galla, est une lettre du roi d'Enâria à un prince abyssin , envoyée par M. Arnaud d'Abbadie à M. Reinaud, de l'Institut, et publiée dans le Bulletin de la Société de géographie.
L'UNIVERS
Chrétien ou juif, musulman , sabéen, ou idolâtre , l'Africain est polygame , sans acception de culte , parce que la nature l'a ainsi voulu en grossissant la proportion des femmes , et en n'accordant à celles-ci qu'une courte fécondité en regard d'une faculté prolifique longtemps persistante chez l'homme : tant il est vrai que les mœurs des peuples ont, au-dessus de la sphère des volontés individuelles, des causes primordiales auxquelles il leur faut obéir , en dépit des règles qui paraissent les meilleures à notre prétendue sagesse européenne.
ÉCHELLE DE LÀ CIVILISATION AFRI- CAINE.
Dans la carrière ascendante que remonte péniblement l'humanité, pour arriver de l'état sauvage à l'état de civilisation perfectionnée dont nous nous proclamons orgueilleusement le type, il semble qu'arrivés au but et regardant en arrière nous voyions descendre du nord au sud , depuis les bords de la Méditerranée jusqu'à la pointe australe du continent africain, cette longue échelle dont le pied est occupé par le Bosjesman ou Hottentot des taillis, que les voyageurs nous représentent comme si voisin de la brute.
Nulle part, cependant, il ne se trouve isolé, et sauf quelques exceptions rétrogrades qu'expliquent des guerres d'extermination et la plus profonde misère, le Hottentot est généralement arrivé à l'état de tribu, et la sociabilité est flagrante parmi toutes ces peuplades, puisqu'il existe entre elles un système uniforme de langage, quelque étrange que soit d'ailleurs ce langage par ses gloussements et ses claquements de langue. Une apathie stupide est le partage de ces misérables hordes, dont les plus avancées ont seulement quelques troupeaux. Les Kafres, pasteurs, chasseurs et guerriers, ont sur elles une supériorité marquée. Les peuples nègres , généralement agricoles et constitués en nations territoriales, s'élèvent graduellement jusqu'à une demi-civilisation caractérisée par quelque industrie, un commerce assez
actif, et l'usage naissant d'une écriture importée. Mais cette industrie est fort médiocre , même dans les États les mieux policés, et ne peut guère fournir, qu'aux besoins locaux ; aussi le commerce est-il presque exclusivement borné à l'exportation des produits naturels, entre lesquels les plus notables sont l'or, l'ivoire, les cuirs, la cire, la gomme. Quant à la zone septentrionale, l'exemple de l'Europe y a façonné les peuples du littoral à certains arts; et sous la volonté forte de l'homme supérieur qui commande à l'Egypte, legénie européen instruit l'Arabe et le Turk et le Copte à enfanter des prodiges : des ports, des flottes, des arsenaux , des hôpitaux , des écoles, une administration régulière, et jusqu'à des victoires , l'Egypte les doit aux enseignements de la France. Et la France, en s'asseyant à Alger, ne promet -elle point la civilisation de toute la côte barbaresque ? Qu'elle plante en maîtresse son drapeau sur l'Atlas, que ses garnisons habilement échelonnées soient autant de digues inébranlables, et le flot indompté dont la vaine fureur se briserait contre leur immobile résistance, viendra glisser autour d'elles en ondes amollies.