‹ Afrique. Tableau generalChapitre 223 sur 232 · CONVERSION DE SAINT CYPRIEN; SES PREMIERS OUVRAGES', IL DEVIENT · texte numérisé non relu

CONVERSION DE SAINT CYPRIEN; SES PREMIERS OUVRAGES', IL DEVIENT

évêque de carthage. — Cyprien ap-

Î>artenait à une des familles les plus ilustres et les plus riches de l'Afrique romaine. Il avait été élevé, dans sa jeunesse , avec beaucoup de soin. Dirigé par des maîtres savants et habiles, il avait pris le goilt des lettres et les avait étudiées avec fruit. Il parut bientôt avec éclat dans les écoles justement renommées de Carthage. C'est là qu'il donnait avec grand succès des leçons publiques d'éloquence, lorsque, 'dans un âge déjà assez avancé, il se fit chrétien. Les écrivains ecclésiastiques nous apprennent que cette conversion fut l'œuvre d'un prêtre nommé Cecilius.

(1) Saint Cyprien, au moment où finissait la persécution ordonnée par l'empereur Deciuset a propos d'un concile qu'il avait convoqué à Carthage, écrivait chs mots à saint Corneille: Per Feliciaitum autem signr/icavi tibi , fral^r, venisse Carlhaginem PrivaUtm velerem hœreticinn in Lomliesitana cnlonia , fin te mu Uns f ère annns, ob multa et, y m via delictn , nonaginta episcoporum sentenùacondemnatum. Cypriani ad Cornet, epist. 45.

(2) Morcelli {Africa christiana ) ; t. I, p. 6let52.

Cyprien mit bientôt sa science et son zèle au service de la croyance qu'il avait embrassée. Il se livra avec ardeur à l'étude des saintes Écritures et des ouvrages de Tertullien, pour lequel il avait une admiration sans bornes ; puis , lorsqu'il se sentit suffisamment fortifié par ses nouvelles lectures, il essaya, à son tour, par de nombreux écrits, de défendre le christianisme. Ses premiers essais, on le comprend , sont empreints de la vive réaction qui s'est opérée dans son esprit. D'abord, il adresse à un de ses amis, Donat, une lettre sur le mépris du monde; ensuite, comme fit Arnobe plus tard, pour donner en quelque sorte à ses nouveaux frères un gage de sa foi , et peut-être pour se raffermir lui-même, il attaque violemment le polythéisme dans son traité de la Vanité des idoles. Dans ce dernier ouvrage, Cyprien procède avec une excessive réserve; il n'a point encore assez de confiance dans ses propres forces pour s'écarter des opinions déjà émises par les docteurs de l'Église, ses prédécesseurs, et il suit, pour ainsi dire, pas à pas, Tertullien qu'il avait choisi pour modèle. Sa manière est plus originale, ses allures sont plus libres dans ses trois livres des Témoignages. Le premier livre contient une discussion contre les juifs; Cyprien y établit que la loi ancienne a tait son temps, et qu'il faut nécessairement adopter et suivre la loi du Christ, la loi nouvelle. Le second est consacré à l'exposition du dogme de l'incarnation. Le troisième est, suivant l'expression d'un écrivain ecclésiastique, un traité de théologie morale. Dans ces trois livres, on voit que Cyprien a déjà étudié d'une manière approfondie les saintes Écritures. Il fit suivre ses Témoignages d'un traité sur la Conduite des vierges. Il est évident que , dans ce dernier ouvrage , l'auteur s'est encore inspiré de Tertullien.

Il y avait un an à peine que Cyprien était prêtre, lorsque mourut Donat, l'évêque de Carthage. Plusieurs se présentèrent alors pour occuper le siège vacant. Mais le clergé et le peuple appelèrent Cyprien, qui se tenait à l'écart, et tous, d'un commun accord, le proclamèrent évêque en l'an 248 (1).

(I) C'est la date adoptée par Morcelli. Il ne

L'UNIVERS

nouvelle persecution; retraite de saint cyprien; nombreuses apostasies; troubles et divisions dans l église de carthage. — cyprien était à peine monté sur son siège que l'empereur Decius promulgua un édit de persécution (249). Les païens , qui étaient encore nombreux à Cartilage, se mirent à poursuivre les chrétiens avec un acharnement qui tenait de la fureur. C'était l'évéque surtout qui était l'objet de leur haine; ils proféraient hautement contre lui des menac s de mort; et quand ils étaient réunis dans l'amphithéâtre ils criaient : Cyprien au* lions! 11 fallait se cacher ou périr. Cyprien crut sans doute que sa vie serait plus utile un jour à ses frères que l'exemple de son martyre, et il se déroba, par une prompte retraite, au fer des persécuteurs. On le frappa, quoique absent, par une sentence de proscription et par la confiscation de ses biens.

Depuis Septime Sévère, un funeste relâchement s'était opéré dans les mœurs des chrétiens. On le vit bien au jour de la persécution. Si Mappalicus, Paul, Fortunion, Bassus et quelques autres qui périrent soit au milieu des tortures, soit de la faim, dans les prisons de Cartilage, s'illustrèrent par leur courage et leur dévouement, l'ancienne gloire de l'Église d'Afrique, comme on l'apprend de Cyprien lui-même, fut ternie par des apostasies sans nombre. L'évéque, de sa retraite, encourageait en vain ses frères à la constance; quelques-uns, comme Rogatien, suivaient ses conseils; mais les autres cédaient lâchement et sacrifiaient en foule aux idoles.

L'esprit de Cyprien n'était point seulement préoccupé de ces actes d'une déplorable apostasie ; il voyait encore avec douleur que, dans ces moments de péril, un schisme menaçait son Église.

Parmi les chrétiens qui avaient renié leur foi et leur Dieu, plusieurs se repentirent, et ils eurent hâte de rentrer en grâce auprès de l'Église. Pour arriver plus promptement à leurs lins, ils s'adressèrent, suivant un vieil usage, à ceux qui étaient restés fermes pendant la

croit pas qu'on puisse reporter en deçà de 248 ou au delà de 249 l'élection de saint Cyprien.

persécution, et qui avaient confessé sans crainte le nom du Christ au milieu des plus horrib'es tourments.

Les évêques et les prêtres avaient égard aux recommandations des martyrs, et, en leur considération, ils se montraient volontiers indulgents et abrégeaient, pour les faibles et les lâches, le temps de la pénitence. En Afrique donc, et surtout à Carthage, les apostats s'adressèrent aux martyrs qui étaient en prison ou qui avaient échappé tout à fait au fer des bourreaux , et leur demandèrent des billets d'indulgence. Parmi ces martyrs , il y en eut qui n'en donnèrent qu'avec uneextrême réserve; mais d'autres, trop 4iers du courage qu'ils avaient montré et de leur victoire, s'imaginèrent que, par leurs seuls mérites, ils avaient le droit de réconcilier avec l'Église tous ceux qui étaient tombés. Un certain Lucien fut de ce nombre, et il distribua indistinctement des billets d'indulgence a tous ceux qui lui en demandèrent. II en vint à ce point d'arrogance , qu'il adressa à Cyprien, dans sa retraite, la lettre suivante: « Tous les confesseurs à l'évéque Cyprien , salut. Sachez que nous avons donné la paix à tous ceux qui se sont bien conduits depuis leur péché, et nous voulons que vous le fassiez savoir aux autres évêques. Nous souhaitons que vous ayez la paix avec les saints martyrs. En présence d'un exorciste et d'un lecteur : écrit par Lucien. » L'évéque ne tint compte d'une semblable réclamation. Il recommanda, par lettres, à son clergé, de ne point admettre les apostats à la communion, avant le jour où il serait permis de discuter librement sur les affaires de l'Église. D'autre part, comme il sentait que depuis sa retraite l'autorité de sa parole pouvait être diminuée, il s'adressa à l'Eglise de Rome, qui s'était illustrée par sa fermetédans la persécution. Celleci approuva et loua la conduite de Cyprien, blâma l'insistance des apostats, et condamna les abus qu'avait entraînés une trop large concession des billets d'indulgence. L'opinion de l'Église romaine donna une grande force aux remontrances de Cyprien.

Enfin, la persécution avait cessé, et déjà l'évéque se préparait àr sortir de sa retraite pour célébrer les fêtes de Pâques

AFRTQtîE CHRÉTIENNE.

dans son église ( 251 ) , lorsqu'il apprit qu'un schisme violent venait d'éclater a Carthage.

schisme acarthage; les ennemis de saint cyprien; deux conciles; rapports de l'église de carthage avec l'église de rome; celle-ci condamne les schtsmat1ques africains ; deux traités de saint cy- PRIEN. — Il y avait alors dans la ville un homme puissant qui s'appelait Félicissime. Par ses richesses et surtout par ses intrigues il avait réussi à se faire un parti. Les apostats, qui réclamaient pour leur faute un prompt et entier pardon, l'avaient choisi pour chef, et ils l'excitèrent , sans doute , à lutter ouvertement contre Cyprien. L'évêque avait envoyé , de sa retraite deux évêques et deux prêtres pour faire une enquête sur la conduite de tous ceux qui appartenaient à son Église. Félicissime ne voulut point qu'ils remplissent leur mission et les repoussa avec menace. À cette nouvelle, Cyprien prononça une sentence d'excommunication. Cette sentence atteignait Félicissime et un certain Augendus, qui lui avait prêté aide et appui. Parmi ceux qui provoquèrent le schisme on comptait aussi cinq prêtres, qui avaient ambitionné le siège épiscopal et qui avaient vu avec chagrin l'élection de Cyprien. Le plus célèbre de ces cinq prêtres est Novat.

C'était à Home, surtout, que ce dernier devait se signaler. Il se rendit en Italie au moment où l'Église romaine se disposait à élire un nouvel évêque.

Novat se lança, comme à Carthage, dans les intrigues. Il s'opposa, autant qu'il Je put, à ceux qui voulaient porter leur choix sur Corneille, et il favorisa les prétentions de Novatien. Celui-ci, qui était admirateur de la philosophie des stoïciens, affichait des principes d'une extrême rigidité. En ce qui concernait les apostats, par exemple, il soutenait que l'Église ne pouvait accorder le pardon, quelque pénitence qu'ils lissent, à ceux qui étaient tombés dans la persécution. Il devint le chef d'une secte qui se répandit hors de l'Italie. Les membres de cette secte s'appelaient eux-mêmes, d'un mot grec, cathares, c'est-à-dire les purs, et ils portaient des vêtements blancs. Nova-

tien voulait donc se faire élire évêque de Rome; mais ses espérances furent trompées. Corneille fut choisi par une forte majorité. Novatien, dans son dépit, n'hésita pas à exciter un schisme ; il se fit, à son tour, nommer et sacrer par ses partisans. Il écrivit alors à toutes les Églises pour leur apprendre son élection; mais de toutes parts on reconnut Corneille, et l'évêque de Carthage ne fut pas le dernier à condamner Novatien.

Cyprien était rentré à Carthage. C'est là qu'en 251 se tint un concile où se rassemblèrent soixante-dix évêques. On y délibéra longtemps sur les affaires de l'Église, et on y traita surtout les questions qui se rattachaient au fait de l'apostasie et du schisme. Les schismatiques furent excommuniés, et quant aux apostats qui se repentaient sincèrement de leur chute, on décida qu'ils seraient admis à la communion après trois ans. Au reste, les évêques proportionnèrent à la gravité des délits les rigueurs de la pénitence. L'Église d'Afrique, pour donner plus de poids à ses décisions, envoya les règlements du concile à Corneille, évêque de Rome.

Celui-ci les approuva dans uneassemblée qui, sans compter les prêtres et les diacres, se composait de soixante évêques.

L'année suivante, 252, Cyprien convoqua un autre concileàCarthage. Cette fois, et à cause de l'approche d'une nouvelle persécution , les quarantedeux évêques qui s'étaient réunis, usèrent d'indulgence à l'égard des apostats et les admirent sans plus tarder à la communion. Mais ce concile fut l'occasion d'un nouveau schisme. Privât de Lambèse, qui , comme nous l'avons vu, avait été condamné par les évêques de la Numidie, se présenta pour siéger dans l'assemblée que présidait Cyprien.

Il fut rejeté. Dans sa colère, il s'environna de quelques excommuniés, et choisit un certain Fortunat, qu'il consacra et proclama évêque de Carthage. Les schismatiques, pour assurer le succès de leur entreprise, écrivirent à Corneille une lettre remplie des plus odieuses calomnies. Ce fut Félicissime qui porta cette lettre à Rome. Mais Corneille, qui connaissait Cyprien, repoussa ses accusateurs.

L'UNIVERS

La vie de l'évêque de Cartilage , depuis la fin de la persécution , était singulièrement agitée et laborieuse. Il écrivait lettre sur lettre, soità l'ÉglisedeRome, soit à ceux qui en Afrique, comme Antonien de Numidie, lui demandaient des conseils. Puis , il avait à se défendre contre lesschismatiques qui troublaient Carthage. Malgré ses occupations nombreuses et diverses , et le bruit des querelles qui retentissait à ses oreilles, il écrivit encore son Traité des Laps et celui de Y Unité de f Église. C'est dans ce dernier qu'il disait : « Ceux qui doivent surtout tenir fermement à cette unité et la défendre, c'est nous évoques qui présidons dans l'Église, afin de prouver que l'épiscopat lui-même est un et indivis. Oui, l'épiscopat est un, et chaque évêque, sans toutefois pouvoirie diviser, en possède une portion.

L'Église de même est une et se répand , par sa fécondité , en une multitude toujours croissante. C'est un soleil dont les rayons sont innombrables, mais qui n'a qu'un seul foyer. C'est un arbre couvert de rameaux, mais tous ces rameaux tiennent à un seul et même tronc. »Ces deux traités de Cyprien sont l'œuvre des circonstances. Dans l'un , il donne de salutaires conseils aux apostats; dans l'autre, il s'élèvecontreleschisme.

BELATIONS FRÉQUENTES DE CVPBIEN AVEC DIVERSES EGLISES; QUELQUES- UNS de ses écrits; sa polémique

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