‹ Afrique. Tableau generalChapitre 224 sur 232 · CONTRE L'ÉGLISE ROMAINE ETLEPAPE · texte numérisé non relu

CONTRE L'ÉGLISE ROMAINE ETLEPAPE

saint Etienne. — En 252, la persécution recommença; toutefois, il ne paraît pas qu'elle a'it étendu ses ravages en Afrique. Ce fut Rome surtoutqu'elle frappa. Là, elle atteignit l'évêque Corneille, qui fut une de ses premières victimes. A cette occasion, Cyprien écrivit au clergé romain et au nouveau pape Lucius, pour les féliciter de la gloire que venait d'acquérir leur Église et pour les encourager à la constance.

Mait à défaut de la persécution, une peste terrible vint bientôt désoler et dépeupler l'Afrique. A Carthage le nombre des morts fut immense. Pendant la durée du fléau, les chrétiens , animés par leur évêque , montrèrent une charité et un dévouement sans bornes. Toutefois, parmi eux, il s'en rencontra qui se laissèrent gagner par la crainte. Afin

de leur rendre courage , Cyprien écrivit un traité où il envisageait les peines terrestres suivant les croyances chrétiennes; il y montrait que ces peines ne sont que passagères et qu'elles doiventêtre supportées patiemment en vue de Dieu et de l'éternité Ce fut le traité de ta Mortalité. A la même époque, il adressa à Démétrien , magistrat impérial qui résidait à Cartilage , une lettre sur un sujet qui fut longtemps débattu avec plus ou moins d'éloquence , entre les païens et les chrétiens, jusqu'au temps où vécurent Symmaque, saint Ambroise, Libanius, saint Augustin et Salvien. L'antagoniste de l'évêque de Carthage attribuait aux chrétiens tous les maux qui désolaient l'empire. C'est à cette accusation que répondit Cyprien , dans la lettre dont nous parlons.

Déjà la réputation de l'évêque de Carthage s'étendait au loin. On le consultait de toutes les parties de l'Afrique. Les Églises, parce qu'il jouissait d'un immense crédit, imploraient son assistance dans leurs besoins Une fois, huit évêques de Numidie lui annoncèrent que les tribus du désert s'étaient jetées sur leurs terres, et avaient enlevé un grand nombre de chrétiens de l'un et de l'autre sexe. Ils demandaient un secours en argent pour racheter les captifs. Le saint, à cette nouvelle, versa des larmes. 11 s'empressa de s'adresser à son Église qui, dans un élan de généreuse compassion , donna cent mille sesterces. Cyprien envoya cette somme aux évêques de Numidie avec une lettre où on lisait ces mots : « Si pour éprouver notre charité il arrivait encore un pareil malheur, necraignezpointdenous l'écrire; et bien que notre Église demande qu'il n'arrive plus rien de semblable, soyez assurés qu'au jour du besoin, elle vous donnera, s'il le faut, de prompts et abondants secours. Et afin que vous fassiez des prières à l'intention de nos frères et de nos sœurs qui ont contribué de bonne grâce à cette œuvre, j'ai mis ici les noms de chacun d'eux. » L'évêque de Carthage ne se contenta pas de donner; il voulut encore, par ses écrits, développer dans les âmes chrétiennes le sentiment de la charité, et il fit son livre des Bomies œuvres et de l'Aumône.

Ce fut vers ce temps que Cyprien ,

AFRIQUE CHRÉTIENNE

pour répondre à ceux qui l'interrogeaient de toutes parts, écrivit un grand nombre de lettres sur des sujets de discipline. Ce n'étaient point seulement, comme nous le voyons dans ses œuvres, lesévêquesdela Proconsulaire, de la Numidie et de la Mauritanie qui s'adressaient à lui , mais encore ceux de l'Espagne et de la Gaule. Quand il n'osait, en certains cas, s'en rapportera son propre jugement, il appelait autour de lui les éveques des provinces voisines, et leur soumettait les questions qui l'avaient embarrassé.

Au reste, Cyprien, pendant son épiscopat, convoqua souvent des conciles.

Les deux derniers furent remarquables par la lutte qu'il soutint contre l'Église de Rome. Certaines Églises d'Asie avaient pour coutume de rebaptiser les hérétiques qui abjuraient leurs erreurs.

L'Église de Rome et Etienne, son évêque, condamnaient cette coutume ; Cyprien l'approuvait. L'opinion de I'évêque de Carthage était celle d'Agrippinus, son plus ancien prédécesseur. Cyprien combattit donc Etienne. Il mit beaucoup d'ardeur dans ladiscussion, et quelquefois de l'amertume. Puis, pour donner plus de poids à ses paroles et à ses écrits , il fit approuver son opinion par deux conciles. Dans le premier, il réunit, à Carthage, soixante et onze éyéques ; dans le second, quatre-vingtcinq , qui étaient venus de la Proconsulaire , de la Numidie et de la Mauritanie. Ce dernier concile s'ouvrit au mois de septembre de l'année 256. Ce fut au temps de cette vive polémique que Cyprien écrivit deux traités, l'un sur VUtilitê de la patience, l'autre sur X Envie et la Jalousie. .Nous devons dire, en finissant , que l'Église condamne saint Cyprien et approuve l'opinion du pape saint Etienne (1).

PERSÉCUTION ORDONNÉE PAR i/EM-

(I) Schelslrate (Ecclesia af ricana; dissert. in, c. 2, p. !2o , Paris, 1680) blâme S. Cyprien et passe rapidement sur se.« démêlés avec S- Etienne. Leydecker, au contraire (Historia ecclesiœ africanœ illustrata ; Utrecht, 1090 — dissert, de statu eccl. afr. sect. 9 et 1 1 : hist. afric. et donatistica, p. 108), approuve I'évêque de Carlhage et revient plus d'une fois avec étendue sur cette célèbre controverse. On le conçoit aisément : Schelstrale était bibliothécaire du Vatican, et Leydecker protestant exalté.

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