DOMINATION MUSULMANE EN AFBIQUE
Le grand mouvement islamique pour lequel s'ébranlaient , dans les déserts du Hhegjâz, les Arabes de la troisième famille (ces hordes mosta'rabes qui reconnaissent pour aïeul Ismaël), vint peser de tout le poids du prosélytisme et des persécutions sur les Hhomayrites ou Arabes de la seconde famille (issus de Yeqthan ou Qahhthan), soit juifs, soit chrétiens, soit encore sabéens, possesseurs du Yémen et frères des Arabes déjà établis en Afrique; ceux qui ne voulurent point subir la conversion, s'échappant par le Bab-
el-Mandeb, vinrent se réfugier en Abyssinie, se répandre au sud le long de la côte orientale, ou s'infiltrer à l'ouest vers le Bahhr-Abyadh.
Le débordement ismaylyte, grossi peut-être de quelques convertis du Yémen , mais surtout de ceux de Syrie , se précipita par l'isthme de Soueys sur l'Egypte, et roula le flot musulman jusqu'aux extrémités occidentales du littoral barbaresque; mais les tribus de l'intérieur opposèrent une vive résistance, et le célèbre O'qbah lui-même éprouva de leur part une défaite ; et quand elles eurent été subjuguées et converties, de fréquentes rébellions montrèrent, dans ces nouveaux frères, des gens impatients du joug, indifférents à tous les cultes, chrétiens, juifs, païens , plutôt que mahométans. Et pourtant , ébranlés par la commotion musulmane, ils s'élancèrent les premiers sur l'Espagne, où les Arabes les suivirent , et ils continuèrent avec eux, sur ce nouveau théâtre, une lutte incessante depuis les haines de Thâreq et de Mousày jusqu'aux dernières querelles des Âbencerrages et des Zégris.
Mais cet Occident , que la ferveur des conquérants islamites avait si rapidement annexé à l'empire des khalyfes, leur fut plus rapidement encore enlevé par de successives défections :
un nouveau khalyfat s'éleva dans l'Andalousie pour les Ommyades que l'usurpation a'bbasyde déshéritait de l'Orient ; les Medrârytes fondèrent, au delà de l'Atlas occidental , l'empire de Segelmêsah; lesBerbers de Barghaouâthah élevèrent un État indépendant à Temsnâ ; les Rostamydes établirent celui de ïeyhert; le pays compris entre ceux-ci et les Barghaouâthah devint le patrimoine des Édrysytes, fondateurs de Fês ; enfin les Aghlabytes , en se rendant maîtres de toute la région comprise entre Teyhert et l'Egypte , achevèrent de ravir aux sultans de Baghdâd le reste de leurs possessions d'Occident. L'Egypte elle-même leur échappa sous le gouvernement des Thoulounydes : s'ils la reprirent pour quelques années , ce fut pour la perdre
L'UNIVERS
encore, et sans retour, alors qu'elle passa aux mains des Ekhschédytes.
L'héritage des Édrysytes, déjà morcelé par les princes ghomérytes de Sebthah , fut recueilli en partie par les Bény-Aby-el-A'âfyah de MeknéVh, possesseurs passagers de la royale Fês et souverains persistants d'Agarsyf ; le surplus passa aux Ommyades d'Espagne , ainsi que Sebthah et une partie de Segelmêsah. Mais là, sur les ruines des Aledrârytes, avaient surgi les Fathémytes, sous la puissance croissante desquels croulèrent de proche en proche les Rostamytes de Teyhert', et les Aghlabytes de Qayrouàn, maîtres de la Sicile, et les Ekhschédytes d'Egypte ; et le Caire s'éleva sur les bords du ]\jl pour devenir leur capitale. Mais pressés de continuer leur marche vers l'Orient, ils abandonnent leurs premières conquêtes à l'ambition de nouvelles dynasties : les A'bdélouadytes établissent dans l'ouest le royaume tributaire de Tejemsên, les Hhammadytes dans l'est celui de Bougie, tandis qu'entre les deux les Zéyrytes conservent l'état suzerain d'Àschvr et de Qayrouàn ; puis à l'extrême occident se montrent les Yafrounytes de Salé, maîtres intermittents de Fês et proflig;iteurs des infidèlesdeB;irghaouâthah; enfin , à côté d'eux , en même temps (jue voisins et rivaux des Zéyrytes d'Aschvr , les Bény-A'thyah , rois de Fês et fondateurs de Ouetchdah, qui étendirent leur domination jusqu'au Zab. Bientôt apparut l'association redoutable des iMorabethyn ou Almoravides, formée au désert, qu'elle avait envahi jusqu'aux États nègres du sud, et qui remontant au nord, absorba tour à tour les monarchies des Bény-Aby el- A'âfyah, des Bargbaouâthah, des A'bdélouadytes, des Yafrounytes, des Bény-A'thyah , toute l'Andaiousie, et les Baléares, étendant en outre sa suzeraineté sur les Zéyrytes de Qayrouàn et les Hhammadytes" de Bougie. Puis les Mouahhedyn ou Almohades vinrent renverser les uns et lesautres, et tout englober dans une seule monarchie homogène.
L'Egypte, alors encore aux mains
des Fathémytes, leur fut un peu plus tard enlevée par les Ayoubytes, qui se la virent arracher eux-mêmes ensuite par les mamlouks qu'ils avaient institués, et qui formèrent deux dynasties successives désignées par les dénominations de Bahharytes et de Circassiens, jusqu'à ce que les Ïurks-Othomans missent lin a leur souveraineté.
Le reste de l'Afrique musulmane forma, à la chute des Almohades, trois Etats principaux : le plus occidental , qui est celui de Marok , échut aux Mérynytes , auxquels succédèrent les Bény-Ouathâs , rameau détaché de la même dynastie; ceux-ci furent remplacés par des schéryfs Dara'ouytes , dont le sceptre passa en dernier lieu aux schéryfs Fillêlytes qui le tiennent aujourd'hui. Dans un voisinage immédiat, Telemsên redevint un royaume, indépendant cette fois, sous les Zyânytes, rejetons des anciens A'bdélouadytes; mais sa durée fut peu longue : le fameux corsaire A'rougj , et son frère Khayr-el-Dyn Barbe-rmisse, qui devint grand "amiral de la Porte Othomane, jetèrent à Alger les fondements d'une puissance nouvelle; tout le territoire de Telemsên fut bientôt soumis à leur pavillon ; Bougie, enlevée à Tunis, vint aussi grossir leur domaine : et le repaire de ces forbans, nominalement tributaire du Grand -Seigneur, fatiguait la chrétienté de ses perpétuelles déprédations, lorsque la France, vengeant son injure personnelle, a délivré l'Europe de ces audacieux pirates et fondé pour elle-même une importante colonie.
Enfin, à l'est, le royaume de Tunis, étendu jusqu'à l'Egypte, fut le lot des Hhafssytes, qui se partagèrent en plusieurs branches , dont l'une garda Tunis, et une autre eut Bougie, qui lui fut enlevée par la victoire du comte Pierre de Navarre ; puis les Turks s'emparèrent successivement de ce qui restait aux Hhafssytes, et y établirent deux pâschâs, l'un à Tunis, l'autre à Tripoli; ainsi furent constituées, avec Alger, ce que l'on appela depuis lors les Régences barbaresques.
HISTOIRE DE L'AFRIQUE