CONNAISSANCES DES ANCIENS SUR L'INTÉRIEUR DE L'AFRIQUE
A l'intérieur du continent, les explorations étaient plus difficiles, et les
HISTOIRE DE L'AFRIQUE
voyages des Grecs ne dépassèrent pas l'oasis d'Ammon (la moderne Syouah), colonie de la Thèbes égyptienne; mais Hérodote apprit des Libyens l'itinéraire des caravanes par Aougélah et le Fezzân jusque chez les peuples de l'Atlas. Ils lui racontèrent aussi le voyage de cinq jeunes chefs nasamons, qui , traversant les terres habitées , puis des solitudes infestées de bêtes féroces , et continuant leur route vers l'ouest par des déserts sablonneux d'une longue étendue, arrivèrent chez des peuples noirs , habitants d'une ville où coulait d'ouest en est un grand fleuve rempli de crocodiles. Nous pensons avec Rennel que ce fleuve n'est autre que le Niger, et nous ne faisons point difficulté d'admettre que des nomades qui connaissaient toute l'étendue du Ssahhrâ entre Thèbes d'Egypte et le voisinage des Colonnes d'Hercule, aient accompli dès lors une découverte que les Européens n'ont renouvelée qu'à la fin du siècle dernier. Ne sommesnous point encore aujourd'hui fort en arrière des anciens à l'égard du Nil ? Hérodote savait qu'à quatre mois de route au-dessus d'Éléphantine, ou deux mois au-dessus de Méroé , une colonie égyptienne était établie sur les bords de ce fleuve , lequel en cet endroit venait de l'ouest; dès le temps de Ptolémée, les sources en sont indiquées dans les montagnes de la Lune, dont l'existence est confirmée par les Arabes , et sur lesquelles nous avons été jusqu'à ce jour inhabiles à nous procurer de nouvelles lumières.
Les Romains-, qui dans leurs démêlés avec Carthage , apprirent d'elle le nom d'Afrique, contribuèrent eux-mêmes par quelques expéditions aux progrès de la géographie africaine , bien qu'il faille restreindre de beaucoup la portée qu'on attribue trop légèrement a leurs itinéraires. SuétoniusPaulinus, qui le premier traversa dans l'ouest le grand Atlas , arriva en dix étapes jusqu'à un fleuve Ger ou Niger, qu'on a, sur la simple consonnance des noms, voulu identifier au Niger des Soudâns, au lieu de le reconnaître dans le Gir de Léon et de Marmol. Cornélius Bal-
bus porta les armes romaines , par Cydamus et la route de la Phazanie , jusqu'à Garama , ou , en d'autres termes, par Ghadâmes et la route du Fezzân jusqu'à Germah près de Morzouq , en traversant quelques bourgades obscures dont on a, sur de douteuses homonymies, voulu retrouver les traces jusque sur les bords du Kouârah !
Julius Maternus employa quatre mois à se rendre de Leptis à Garama, et de là, vers le midi, au pays d'Agysimba, où l'on trouve le rhinocéros. Septimius Flaccus s'avança chez les Éthiopiens jusqu'à trois mbis de route au delà de Garama. Ces deux expéditions, que l'on a voulu rattacher à celle deBalbus, ne sont guère connues que par une simple mention de Ptolémée, et leurs bornes extrêmes semblent difficiles à déterminer. Quelques rapprochements pourraient faire penser que les Éthiopiens de Septimius Flaccus sont les Blemmyes de Pline , c'est-à-dire les Tibbous de Bilmah, et Walckenaer estime que la terre d'Agysimba n'est autre que l'oasis d'Azben, tandis que d'autres la vont chercher jusqu'en Abyssinie, et même encore bien au delà jusque dans la Zimbaoueh de Motapa !
A ces explorations des voyageurs qui allèrent jalonner dans le sud les limites extrêmes des connaissances géographiques des anciens sur l'Afrique, aux indications recueillies par les hommes de la science , tels que Strabon et Ptolémée, et l'encyclopédiste Pline, et leurs abréviateurs Denys le Périégète, Pomponius Mêla, Julius Solinus, il faut joindre deux documents officiels du plus haut intérêt. L'un est la notice des grandes routes militaires de l'empire romain, dont la n/emière rédaction paraît remonter au temps de Jules César, mais qui nous a été léguée dans son état actuel par le dernier âge de la décadence de Rome (*). L'autre est la table ou carte itinéraire qui, de la bibliothèque de Conrad Peutinger, dont elle a conservé le nom, est passée dans celle de l'empereur à Vienne :
(*) Cet itinéraire a été compilé vers 375 par l'istriote Ethicus.
3e Livraison. (Hist. de l'Afrique.)
L'UNIVERS
la date de sa rédaction est l'année même de la mort de Constantin le Grand (*) ; quant à la copie actuelle, c'est l'œuvre d'un moine du treizième siècle. Les routes détaillées en l'une et l'autre ne dépassent point l'Atlas, mais elles constituent, pour la région qu'elles sillonnent , le réseau géodésique le plus complet que nous possédions encore.