‹ Afrique. Tableau generalChapitre 31 sur 232 · CONNAISSANCES GÉOGRAPHIQUES DES ARABES SUR LE CONTINENT AFRI- CAIN · texte numérisé non relu

CONNAISSANCES GÉOGRAPHIQUES DES ARABES SUR LE CONTINENT AFRI- CAIN

Quand l'exaltation islamique eut miraculeusement transformé les pillards isma'ylytes en de nobles guerriers, de chevaleresques conquérants , de passionnés amants des lettres et des sciences, l'établissement de leur domination dans l'Occident vint redonner une vigueur nouvelle à la civilisation, qui expirait étouffée dans les nerveuses étreintes de la barbarie germanique et Scandinave. L'intérieur de l'Afrique leur était ouvert par les courses antérieures de leurs frères yéménytes et des Berbcrs devenus leurs alliés : les Alinoravides y étendirent leur puissance, et les auteurs arabes décrivirent dans leurs livres les routes de leurs caravanes, les conquêtes de leurs guerriers, l'histoire de leurs dynasties. Rarement le moi du voyageur perce dans les récits qui nous en sont parvenus; ils se bornent à constater d'une manière générale l'extension donnée de leur temps aux connaissances géographiques.

Précédé par Abou-Ishhaq-'Aly, d'Isstakhar, auquel il a beaucoup emprunté , Ebn-Hhaouqâl , de Baghdad , qui écrivit dans la seconde moitié du dixième siècle son Livre des routes et des royaumes, parcourut lui-même, dit-on , toutes les possessions musulmanes en Afrique, aussi bien qu'en Europe et en Asie. Les villes les plus

(*) Nous avons déterminé cette date d'après des indications précises puisées dans le manuscrit même ; et nous en avons fait le sujet d'un mémoire lu à l'Institut en 1839.

éloignées qu'il indique vers le sud sont Aoudeghâst , qu'on s'accorde , trop légèrement peut-être , à identifier avec Agades , Ghânah à dix journées plus loin, et qu'on regarde généralement comme le Kano des voyageurs modernes ; puis Koughah , qui semble être Kouka de Bornou , et plusieurs autres dont il est difficile de déterminer la synonymie.

Un siècle après, Abou-O'bayd-el- Békry, de Cordoue, composa aussi un livre des Routes et Royaumes , où les pays les plus reculés d'Afrique sont décrits d'après le témoignage verbal du faqyh voyageur A'bd-el-Malek. Au delà des peuples musulmans, les premiers nègres qu'on rencontre sont ceux de Ssanghayan , ayant au sud -ouest Takrour sur les bords du Nil des Soudans, lequel passe aussi à Silây , et tourne au sud à la hauteur de Tyrqày ; Békry n'oublie d'ailleurs ni Ghânah ni les autres lieux mentionnés par Ebn- Hhaouqâl, et il indique, au delà, les Remrem anthropophages.

A un autre siècle de distance paraît le schéryf El-Edrysy, natif de Sebthah ( Ceuta des Espagnols ) et courtisan de Roger de Sicile : il ne dissimule pas ses emprunts à Ebn-Hhaouqâl et au Békry, mais il étend plus loin qu'eux ses indications géographiques : il nomme , au delà de Ghânah , le pays de Ouanqârah entouré par le Nil des Nègres, leKânem, Zeghaouah du Dâr- Four , les montagnes de la Lune avec les sources du Nil d'Egypte , les côtes de Barbarah , de Zeng et de Sofalah ; puis, dans la mer des Indes , indépendamment de l'île bien connue de So- 3othrah, beaucoup d'îles confusément ésignées vers la côte des Zeng , notamment les grandes îles de Scherbouah et de Qomor, qui semblent tour à tour répondre à Madagascar, appelée peut-être aussi par les Arabes du nom de Qanbalou ; et dans l'Océan occidental , ou mer Ténébreuse , nombre d'îles non moins difficiles à reconnaître , mais parmi lesquelles il en est six principales nommées Eternelles ( Khaledât) , qu'il faut peut-être identifier aux Açores plutôt qu'aux an-

HISTOIRE DE L'AFRIQUE

ciennes Fortunées, puisque nous trouvons bientôt celles-ci représentées en même temps par les îles du Bonheur (gezâyr-el-Sa'âdeh) chez quelques géographes arabes postérieurs.

Ebn-el-Ouârdy, le Qazouyny, Ebn- Sa'yd, écrivirent dans le siècle suivant, et Âbou-el-Fedâ au commencement du quatorzième : ils reproduisirent ou résumèrent les notions recueillies par leurs devanciers , mais n'en ajoutèrent point de nouvelles.

Peu après voyagea , pendant trente années consécutives, Ebn-Bathouthah de Tangeh, qui le premier a mentionné cette Ten-Boktoue, devenue si fameuse depuis par les tentatives d'exploration dont elle a été le but : il s'y rendit en l'année 1353 , en partant de Segelmêsah et passant par Karssakhoue et la grande ville de Mêly, dont Ten-Boktoue n'était alors qu'une dépendance ; puis il descendit le Niger vers l'est jusqu'à Koukou , et revint par Touât à Segelmêsah.

Sans parler d'Ebn-Khaldoun, du Baqouy , ni d'Ebn-Ayâs, qui suivent dans l'ordre chronologique, nous arrivons à El-Hhasan de Grenade , si connu sous le nom de Jean Léon , qui visita deux fois Ten-Boktoue, et nous a laissé une description étendue de l'Afrique , rédigée par lui-même en italien : le cercle des connaissances géographiques n'y est point agrandi, mais de nombreux détails y sont ajoutés aux notions précédemment recueillies. A Léon il faut annexer Marmol, qui souvent n'est que son copiste , bien qu'il eût voyagé lui-même dans plusieurs des contrées qu'il a décrites.

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