SYSTEMES ANTERIEURS
Il ne put être question, pour les géographes, d'une division méthodique du continent africain, que lorsque
(*) Le nom vulgaire de Madagascar est une dérivation évidente de celui de ses habitants et de la langue qu'ils parlent ; de cette même racine, Malacassa , sont provenues les deux formes vulgaires de la dénomination donnée aux habitants, savoir, Madecasses et Malgaches,
l'ensemble en eut été déterminé, au moins par ses contours ; et cette division ne présenta d'abord , ainsi qu'il devait naturellement arriver, qu'une simple extension, à ce cadre agrandi, de la nomenclature précédemment admise, en attribuant désormais une signification plus large , mais avec des limites certaines, à la dénomination vague jusqu'alors appliquée au limbe indéfini de l'Afrique ultérieure. C'est ainsi que Marmol , après avoir décrit, en suivant Léon de Grenade, l'Afrique
1/ UNIVERS
musulmane,, comprend sous le nom commun d'Ethiopie , avec le pays des Nègres connu de Léon, tout le surplus du continent, auparavant ignoré; seulement il distingue la haute et la basse Ethiopie , l'une répondant à l'empire d'Abyssinie , l'autre englobant tout le reste.
Graduellement cette immense surface fut amoindrie , subdivisée , à mesure que l'on se lit une idée plus juste de son étendue : Livio Sanuto crut devoir en séparer le pays des Nègres de Léon , en joignant même à celui-ci la région maritime jusqu'au cap de Lope Gonçalvez , et partager toute l'Afrique en deux moitiés par une ligne tirée d'Alexandrie d'Egypte à la mer de Guinée, de manière à compter, dans la première, la Barbarie, la Numidie et la Libye de Léon , avec la Nigritie jusqu'au cap de Lope Gonçalvez ; et dans la seconde, l'Egypte et les deux Éthiopies : en tout, sept régions, qu'on retrouve les mêmes , quoique différemment rangées , dans la volumineuse description de l'Afrique de Dapper.
Les Sanson , à leur tour , établirent une première grande division de l'Afrique en deux moitiés , différant un peu de celle de Sanuto, en ce qu'ils réunissaient l'Egypte à la première, qu'ils appelèrent du nom général de Libye; tandis que la seconde, commençant à la Nubie, recevait le nom général d'Ethiopie : puis l'une et l'autre étaient symétriquement partagées en six régions chacune; en sorte que la Libye renfermait l'Egypte , la Barbarie, la Bilédulgérid, le Sahara, la Nigritie et la Guinée ; et qu'on trouvait, dans l'Ethiopie, la Nubie, l'Abyssinie, le Zanguebar, le Congo, le Mo^ nomotana et les Cafres.
Claude et Guillaume De l'Isle, au lieu de ces douze régions, n'en comptèrent que six, savoir": l'Egypte, l'Ethiopie proprement dite comprenant la Nubie et l'Abyssinie, la Barbarie, la Nigritie, la Guinée englobant le Congo, et la Cafrerie renfermant à la fois l'extrémité méridionale et toute la côte orientale du continent. D'Anville ne paraît point s'être écarté en général ,
de cette division, sauf peut-être quelques différences de nomenclature, appelant, par exemple, Ethiopie orientale ce que les De l'Isle nommaient Cafrerie.
Depuis que les explorations modernes ont procuré des notions plus précises et plus nombreuses , les géographes contemporains, Malte-Brun, Ritter, Balbi^ ont tenté de refondre cette nomenclature pour l'ajuster au nouveau point de vue sous lequel il leur a paru convenable de considérer l'Afrique dans son ensemble : et nous avons à exposer, à notre tour, nos propres idées à cet égard. Sans répudier absolument certaines dénominations générales dès longtemps en usage, comme celle de Nigritie pour designer vaguement tous les pays africains autres que ceux où dominent les races blanches, celle de Cafrerie pour indiquer, sans plus de prétention à l'exactitude, ceux où étaient réputées habiter des populations cafres ; notre dessein est de proposer un système de fractionnement qui réponde le mieux possible à une étude raisonnée de chacune des parties jusqu'ici explorées.
Dans l'état incomplet de nos connaissances sur l'Afrique , ce n'est guère ni à la constitution physique du sol, ni au classement ethnologique ou linguistique des habitants, ni aux circonscriptions politiques des empires, et moins encore à leur histoire, que l'on peut demander les bases d'une distribution géographique de ce continent ; c'est plutôt à notre ignorance même de certaines de ses parties qu'il nous paraît nécessaire d'accommoder une division provisoire en régions factices , déterminées par un cercle de notions acquises ; et le tableau que nous avons esquissé des explorations et des découvertes accomplies jusqu'à ce jour, offre naturellement lui-même ce cadre que nous cherchons.
RÉGIONS AU SUD DE L'eQUATEUB.
Sous ce point de vue, il y a lieu de considérer d'abord qu'une lacune énorme sépare pour nous l'Afrique en
HISTOIRE DE L'AFRIQUE
deux moitiés, au moyen d'une large zone de terres inconnues entre le golfe de Biafra et la côte de Maqadoschou ; puis, qu'une seconde lacune sépare encore |a moitié trans-équatoriale en deux portions , au moyen d'une autre large zone de terres inconnues entre la baie aux Baleines et celle de Lourenço Marquez. Le nom d'Afrique australe ou de région du Cap appartient naturellement à celle de ces portions qui regarde le sud, et qui comprend, outre )a colonie européenne du Cap et ses dépendances, le pays des Hottentots et celui des Kafres.
L'autre portion , presque entièrement renfermée entre l'équateur et le tropique du Capricorne , est composée de deux régions , sur lesquelles les lumières ont respectivement été recueillies, pour l'une dans l'ouest, pour l'autre dans l'est, sans que l'on sache avec précision où ni comment elles se rejoignent sur une limite commune.
Cette circonstance oblige de classer dans la première , avec les pays de Congo, d'Angola et de Benguêla, tous les cantons et les peuples indépendants qui se trouvent au delà de ces possessions portugaises, jusqu'aux Bihens et aux Moganguêlas du sud-est, aux Cassanges de l'est, aux Molouas et aux Ninéanay du nord-est, bien que le pays de ces derniers soit évidemment une dépendance physique du bassin de la mer des Indes ; nous appellerons cette agglomération de territoires contigus, région du Congo.
La seconde portion consiste principalement dans le bassin du Kouâma ou Zambêzé, avec les établissements portugais dont le chef-lieu est à Mozambique ; et le surplus des notions acquises sur le reste de la côte orientale est si peu de chose, qu'il y a toute convenance de l'y réunir comme une annexe, pour former du tout la région de Mozambique.