PLAN GÉNÉRAL DE L'OUVRAGE
Nojus venons de montrer sous ses divers aspects ce grand tout qui a nom Afrique : nous avons dit ses caractères extérieurs et sa constitution intime, et sa parure d'êtres animés; puis considérant l'homme à qui la possession en est dévolue, nous avons recherché sa race, étudié son langage, ses mœurs, ses habitudes sociales , scruté ses origines, parcouru ses annales; et du sujet lui-même passant à ses rapports avec notre propre étude, nous nous sommes demandé compte des explorations qui nous l'ont révélé, et de la corrélation qu'il est nécessaire d'établir entre les notions acquises et le théâtre sur lequel elles sont recueillies. Tel est le cycle que nous avons essayé de former des fragments épars que nul encore n'avait réunis; quelque mince que soit leur valeur isolée, elle se grossit en raison de la place qu'ils occupent dans le tableau d'ensemble.
Cette méthode, descriptive et narrative tour à tour, que nous venons d'appliquer à l'Afrique entière, nous avons à l'employer maintenant pour chacune des parties de ce grand tout ; mais les éléments tantôt historiques , tantôt géographiques dont nous pouvons disposer , ont l'étendue et l'importance la plus diverse. De vastes régions explorées par de nombreux voyageurs nous présentent un sol, des productions , des habitants , à la description desquels sont consacrés, dans nos bibliothèques, une multitude de volumes, mais elles ne peuvent nous offrir une seule ligne d'histoire ; d'autres points au contraire, stériles pour la géographie, nous fournissent de copieuses annales ; et, d'un autre côté ,
tandis que certaines régions se recommandent à la fois par les traits de leur physionomie locale et par les souvenirs de leur passé, il en est dont le rôle est pour nous sans intérêt, dans le temps aussi bien que dans l'espace.
De là une variété nécessaire dans la forme sous laquelle se déroule le tableau successif de ces régions diverses, et dans l'étendue des pages que nous devons leur consacrer.
Nous avons à nous préoccuper aussi de l'ordre dans lequel il convient de les ranger, pour obéir à la double condition de leurs affinités mutuelles et de la séparation inévitable des volumes où elles ont leur place. Empruntant ici le commode artifice des classifications dichotomiques, nous avons d'abord considéré l'Afrique comme offrant à notre étude, d'une part un continent, de l'autre des îles ; et nous avons accordé un volume à ces dernières. Puis, dans le continent africain, une distinction nous a paru facile autant que naturelle entre les contrées où commande la race blanche et celles où dominent les populations nègres ; et nous avons réservé un volume à la Nigritie. Il nous restait à partager cette autre portion , féconde pour la géographie et pour l'histoire, où se trouvaient concentrées toutes les connaissances que l'antiquité a eues de l'Afrique, et l'antiquité elle-même nous a ici indiqué ce partage. Si les modernes, en effet, comprennent l'Egypte dans le continent d'Afrique, il n'eu fut pas de même des anciens, non plus que des Arabes : pour les uns et pour les autres l'Egypte appartenait à l'Orient, l'Afrique à l'Occident; nous
L'UNIVERS
avons fait comme eux , en consacrant une division spéciale à l'Egypte, et à l'Ethiopie qui occupe avec elle le bassin du Nil ; et cette division a exigé deux volumes, l'un rempli tout entier des faits de l'Egypte antique , l'autre réunissant à la fois l'Egypte moderne et les contrées ultérieures du haut Nil. Enfin , il nous reste à aborder l'Afrique des anciens, Maghreb des Arabes, Régences barbaresques des modernes, et nous lui consacrons aussi deux volumes , un pour les temps anciens, l'autre pour l'état moderne.
Ainsi, la Barbarie, l'Egypte, la Nigritie, les Iles, tel est l'ordre général de cette Histoire et Description de l'Afrique , en tête de laquelle avait sa place naturelle le tableau d'ensemble que nous achevons d'esquisser.
AFRIQUE ANCIENNE
Après un coup d'œil général sur la région que les anciens connaissaient sous le nom d'Afrique, et que nous appelons vulgairement aujourd'hui Barbarie, vient l'histoire de la Cyrénaïque qui en occupe les parties les plus orientales : colonie grecque sur le sol libyen, tour à tour royaume des Battiades , république turbulente , conquête des Ptolémées d'Egypte , et enfin province obscure dans l'empire de Rome et dans celui de Constantinople, en même temps que dans l'église chrétienne d'Alexandrie. A la suite des fastes de Cyrène viennent se placer les annales de Carthage, depuis sa naissance jusqu'à la conquête des Romains : récit dramatique de la lutte acharnée où succomba l'opulente rivale de Rome. Puis nous nous occupons de la Numidie et des Mauritanies , dont l'antique histoire acquiert un intérêt nouveau par suite de notre possession actuelle de l'Algérie. Le tableau de la domination des Romains en Afrique , du développement et des vicissitudes du christianisme en ces contrées, le récit de la conquête et de la souveraineté passagère des Vandales, enfin la restauration byzantine, complètent cette section de l'ouvrage
en nous conduisant jusqu'à l'invasion des Arabes.
ÉTATS BARBABESQUES.
La conquête musulmane imprime un nouvel aspect à l'Afrique, et ouvre ainsi l'histoire moderne de cette grande région, qui ne tarde pas à être morcelée en plusieurs Etats, sous diverses dynasties, dont il faut tour à tour explorer les annales : à côté des Aghlabytes de Qay rouan régnent les Rostamytes de Teyhert , les Médrarytes de Sagelmêsah , les Edrysytes de Fês, les Barghouâthes de Temsnâ, et d'autres dynasties encore à Sebthah , à Nokour, au désert ; puis surgissent les Fahémytes, sur les ruines de plusieurs de ces principautés; mais ils sont bientôt remplacés eux-mêmes par les Zeyrytes d'Aschyr et les Hhammadytës de Bougie, les Abdelouâdytes de Telemsên , et à côté , les Bény- 'Athyah, les Yafrounytes et les Bény- Aby-el-A'âfyah, qui se disputent Fês ; puis s'élèvent les Almoravides , qui engloutissent la plupart de ces dynasties, et sont engloutis à leur tour, avec les Zeyrytes et les Hhammadytes, dans la domination des Almohhades, dont le grand empire ne dure guère plus d'un siècle : les Hhafssytes deviennent les maîtres de Tunis et de toute la contrée qui s'étend depuis l'Egypte jusqu'aux portes d'Alger; les Zyanytes restaurent le royaume de Telemsên , et dans l'ouest, les Mérynytes succèdent aux Almohhades, les Bény-Ouathâs aux Mérynytes; puis aux Bény-Ouathâs des schéryfs Dara'ouytes , remplacés enfin par les schéryfs Fillêlytes aux mains desquels est encore aujourd'hui le sceptre de Marok. Dans l'est, Tripoli, Tunis, Alger, conquis par les Turks , ne sont plus que des paschâliks de l'empire othoman; et en 1830, Alger, arraché aux pirates, devient une province française.