‹ Afrique. Tableau generalChapitre 4 sur 232 · DÉPENDANCES · texte numérisé non relu

DÉPENDANCES

En dehors de ces limites existent des îles, soit isolées, soit groupées en archipels, que leur voisinage relatif fait encore annexer, comme des dépendances, au large continent d'Afrique. En nous bornant à indiquer les principales, nous avons à énumérer, dans l'océan Occidental, Madère, fameuse par ses vins; les Canaries, auxquelles se rattache le souvenir des îles Fortunées, des Hespérides et des Gorgones de l'antiquité', et celui peut-être de cette Atlantide disparue, que la vieille Egypte racontait «à la Grèce naissante; plus loin, les îles du cap Vert; au fond de la mer de Guinée, Fernan-do-Po, le Prince, Saint-Thomé, Annobon, qui semblent culminer sur une prolongation sous -marine des montagnes des Ambozes ; au large, et jalonnant la route de l'océan Indien, le rocher de l'Ascension, terre nue sans souvenirs, et celui de Sainte-Hélène, sur lequel est ineffaçablement écrit le plus grand nom historique des temps modernes; sur la côte orientale, Madagascar, la plus grande des îles africaines , présentant à elle seule une étendue de plus de 20,000

lieues carrées; puis, rangées autour d'elle comme des satellites, les Comores, les Séchelles, et ces îles de France et de Bourbon, que les affections mutuelles, le langage, les mœurs et la communauté d'origine tiennent étroitement liées sous des pavillons rivaux ; enfin, à l'extrémité du cap Ghardafouy, Socotora, de plus de 100 lieues carrées, acquisition récente de l'Angleterre pour assurer à ses paquebots la voie de l'Inde par la mer Rouge.

Bien plus : située au voisinage immédiat de l'Afrique, offrant avec elle la plus parfaite similitude de caractères physiques et de productions naturelles, ainsi que les rapports ethnologiques et linguistiques les plus intimes, l'Arabie semble constituer au nordest un appendice de ce continent bien plutôt que de celui d'Asie. Sans prétendre sur ce motif introduire une délimitation nouvelle des grandes divisions de l'aricien monde, du moins est-il opportun de signaler ces connexités répétées, que la géographie et l'histoire s'accordent à montrer si étroites et si nombreuses.

MEBS AMBIANTES, COUBANTS.

Les mers qui baignent ces immenses rivages circulent autour d'eux en courants rapides, dérivations du grand courant équatorial que la rotation terrestre imprime aux mobiles eaux de l'Océan. Dans la mer des Indes, le mouvement normal, modifié par la disposition des côtes, court au nordouest le long des rivages, jusqu'au fond du golfe du Bengale, d'où il se réfléchit au sud-ouest pour aller frapper ies berges de Madagascar; pendant que la même impulsion, propagée en deçà de la chaîne des Maldives, entraîne" les eaux de la mer d'Oman le long des plages orientales du continent africain, et les précipite dans le canal de Mozambique. Au sortir de cette manche, elles se réunissent à la fois au courant particulier du Bengale et au grand courant équatorial , pour continuer avec une nouvelle puissance de glisser le long des côtes jusqu'au

HISTOIRE DE L'AFRIQUE

banc des Aiguilles, le traverser en le contournant, et là, se combinant avec les effluves polaires, s'avancer d'une part au nord dans la mer de Guinée, et s'aller perdre d'autre part au nordouest dans le courant équatorial de l'Atlantique. Ici encore les mers d'Afrique se refusent à l'influence directe du mouvement normal; elles ne reçoivent que son impulsion réfléchie, alors qu'après avoir glissé sur les côtes brasiliennes, contourné le golfe du Mexique et longé les États-Unis, il revient sur lui-même porter d'une part les eaux de l'Océan dans la Méditerranée, où elles courent à l'est contre le littoral barbaresque, etd'autre part se diriger en biaisant vers la côte occidentale, imprimer au banc d'Arguin la triste célébrité d'un fameux naufrage (celui de la Méduse), et poursuivre sa marche fatale jusque dans le golfe de Guinée, où sa rencontre avec le courant du sud se révèle par des tournants moins renommés, mais plus à craindre que Charybde et Scylla, tant chantés par la poétique antiquité.

Cette route circulaire du Gulf- Strëam (comme l'appellent les marins du Nord) n'a-t-elle d'autre noyau central que la masse inerte des eaux atlantiques? ou bien faut -il croire qu'un grand continent submergé trace encore, au fond des mers, un lit infranchissable à ce fleuve gigantesque?

O Platon! cette Atlantide, attestée à Solon par les traditions immémoriales de l'Egypte , et dotée, par ta rêveuse imagination, de peuples si merveilleusement sages, cette terre, que la fable dispute à l'histoire, gît-elle, en effet, sous ces eaux immobiles, autour des»

quelles roule incessamment un courant fougueux, emprisonné dans ses liquides rivages?

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