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I. HISTOIRE DE LA FONDATION DE CYRÈNE

Origine des Thérêens fondateurs de Cyrène.

Les Achéens de la Laconie , premier élément de la popula- TION de Théra. — L'origine de Cyrène se trouve, comme toutes les origines

antiques, entourée d'incertitudes et de fables; au milieu des récits divers, ressort néanmoins invariablement ce fait principal, que Cyrène fut une colonie de l'île de Théra, dont les habitants étaient, pour la plupart, venus de la Laconie. Il est donc nécessaire, pour éclaircir, au point de vue ethnologique, l'histoire de la fondation de Cyrène , de remonter, comme l'a fait

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Hérodote, aux colons qui peuplèrent Théra, et aux causes qui déterminèrent leur émigration.

Un coup d'œil sur l'état de la Laconie à cette époque paraît d'abord indispensable. Cette contrée était en Ja possession des Achéens, quand l'invasion dorienne, conduite par les Héraclides , au douzième siècle avant notre ère, vint y établir un ordre de choses entièrement nouveau : les conquérants, dont le nombre n'était point assez considérable pour occuper à la fois tout le pays, se contentèrent, dans le principe, de s'établir à Lacédémone, sauf à étendre graduellement leur domination sur les cantons voisins , en refoulant les anciens habitants au delà des limites, successivement agrandies, du territoire subjugué. De là les émigrations qui eurent pour résultat la colonisation de Théra , métropole à son tour de Cvrène.

Second élément, les Cadméens réfugiés de ïhèbes. — Mais avant l'arrivée des Héraclides, l'ancienne capitale des Achéens de la Laconie, la ville de Tyndare et de Léda , la patrie de Castor et de Pollux , d'Hélène et de Clytemnestre, Amyclée, avait reçu dans son sein les restes de la noble race des Égides , dépossédée de Thèhes par l'invasion béotienne (1150 ans avant notre ère); elle avait ainsi donné l'hospitalité à Théras et Argie, tous deux enfants d'Autésion, fils déshérité du roi Tisamène , dont la généalogie remontait, qtravers huit générations, par OEdipe, Jusqu'à Cadmus. Quand l'héraclide Aristodème s'empara d'Amyclée, il y prit pour épouse la cadméenne Argie, et la rendit mère de deux princes jumeaux , Eurysthènes et Patrocles , qui ne virent toutefois le jour qu'après sa mort (1 125 ans avant J.-C.) : leur oncle maternel Théras gouverna pendant leur minorité , et quand ils furent en âge de prendre eux-mêmes les rênes de l'État , Théras , trop lier pour obéir après avoir si longtemps commandé, résolut de s'expatrier pour aller ailleurs fonder un nouveau royaume.

Troisième élément, lesMinyens

réfugiés de Lemnos. — Dans l'intervalle, l'invasion des Pélasges avait chassé de Lemnos les Minyens, originaires de Thessalie, et célèbres à raison de la part qu'ils avaient prise à l'expédition des Argonautes; expulsés de leur île, ils cinglèrent vers la Laconie, débarquèrent à Ténare patrie de l'argonaute Euphème, et vinrent camper sur les hauteurs du Taygète.A la vue des feux qu'ils y avaient allumés , les Lacédémoniens leur envoyèrent demander qui ils étaient , d'où ils venaient, et ce qu'ils voulaient: ils répondirent qu'ils étaient Minyens, descendants de ces vaillants guerriers qui montaient le navire Argo, et qui ayant abordé à Lemnos y avaient laissé leur postérité ; ils ajoutèrent qu'ayant été chassés par les Pélasges, ils venaient , comme cela était naturel , chercher un asile au pays de leurs pères ; ils priaient donc les Laconiens de les recevoir chez eux et de les admettre au partage non-seulement de leurs terres, mais encore des droits et des honneurs de la cité. Les Laconiens y consentirent, en considération surtout de ce que les Tyndarides avaient fait partie de l'expédition des Argonautes : ils accueillirent les Minyens, leur donnèrent des terres, et les répartirent parmi leurs tribus.

Ceux-ci y prirent aussitôt des épouses, et y trouvèrent des époux pour les filles qu'ils avaient amenées de Lemnos.

Mais bientôt les Minyens affichèrent des prétentions exorbitantes : ils voulurent s'emparer de l'autorité, et violèrent sur plusieurs points les lois du pays. Les Lacédémoniens alors résolurent de s'en délivrer : ils se saisirent d'eux , et les jetèrent en prison pour attendre leur supplice, les exécutions, à Lacédémone, ne se faisant que la nuit, et jamais de jour. Comme l'heure de leur mort approchait, leurs femmes , qui étaient filles des principaux citoyens de Lacédémone, demandèrent à entrer dans la prison pour parler à leurs maris , ce qui leur fut accordé sans défiance. Elles ne furent pas plutôt entrées, qu'elles se hâtèrent.

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de donner à leurs époux leurs propres vêtements , et de prendre les leurs :

et les Minyens, ainsi cachés sous les habits de leurs femmes, sortirent à la faveur de ce déguisement, et s' échappant de la sorte , se réfugièrent de nouveau sur les hauteurs du Taygète.

Fondation de la colonie de Théra.— C'était le moment où Théras voulait quitter Lacédémone pour aller fonder une colonie : il avait jeté les yeux sur l'île appelée alors Calliste, déjà habitée, depuis huit générations, par ses compatriotes les descendants de Membliarès fils de Péciles, phénicien, que Cadmus y avait laissé quand il traversait les mers à la recherche d'Europe. Théras avait réuni pour son expédition , un grand nombre de Laconiens pris dans les tribus parmi les Égides et les Achéens d'Amyclée, avec le dessein d'aller s'établir à Calliste, non à la place des anciens colons cadméens, mais paisiblement et dans une parfaite union avec eux : il proposa d'emmener aussi les Minyens fugitifs, qui dans leur retraite du Taygète excitaient encore l'inflexible colère de Lacédémone, et il obtint leur grâce à la condition de cet exil volontaire.

Son tils ayant refusé de s'embarquer avec lui, il le laissa comme une brebis parmi les loups , ce qui lit donner à celui-ci le nom d'Oïolycos. Théras mit à la voile avec trois vaisseaux de trente rames, se rendit à Calliste auprès de la postérité de Membliarès, et y forma un établissement (jui prit le nom de son fondateur, bientôt substitué à celui de Calliste même. Les traditions de Lacédémone aussi bien que celles de Théra avaient conservé jusque-là un souvenir uniforme des événements que nous venons de rap-

fieler : Théra seule pouvait raconter a suite de son histoire.

Ainsi , l'île de Théra , d'où Cyrène devait un jour sortir, était une colonie laconienne ; elle avait reçu pour habitants des Amycléens de race achéenneoudanaënne,des Minvens venus de Lemnos au Ténare, et des Cadméens tant Égides que Membliariens. La dignité royale, dans le nouvel État, resta

à la postérité de Théras, avec laquelle l'aristocratie des Égides et des Minyens partageait l'administration des affaires publiques. Si Théra eut plus tard un gouvernement populaire sous des archontes, ce ne fut sans doute qu'à une époque postérieure à la fondation et à l'émancipation de Cyrène.

Causes de l'émigration vers Théra et de là vers Cyrène. — Quels que soient les détails anecdoti-

3ues au milieu desquels se trouve élayée l'histoire de la colonisation de Théra, on voit qu'elle eut lieu par suite des rivalités intestines qui devaient naturellement surgir entre des populations de races diverses, amenées sur un même sol par des déplacements qui ne sont pas sans quelque analogie avec ceux dont l'Europe occidentale fut le théâtre au moyen âge. L'expédition de Cadmus avait jadis donné des habitants à Thèbes ; celle des Argonautes en avait laissé à Lemnos :

l'invasion des Béotiens chassa les Cadméens de Thèbes; celle des Pelages chassa les Minyens de Lemnos, et celle des Doriens chassa à son tour, de la Laconie, les Cadméens et les Minyens qui s'y étaient réfugiés, et les Acheens anciens maîtres du pays.

Ce furent probablement aussi des dissensions intestines entre les Minyens et les Cadméens de Théra qui déterminèrent, quatre siècles et demi plus tard , l'émigration à laquelle Cyrène dut sa naissance: la tradition de cette cause simple et naturelle nous a même été conservée par un scholiaste.

Mais Cyrène eut des destinées trop brillantes , pour que la fable ne vînt pas, de mille manières, parer son berceau, et l'entourer de cette trompeuse auréole qui rend indécises les formes sur lesquelles elle semble jeter le plus d'éclat. Il nous faut donner au moins un coup d'œil rapide à ces menteuses annales.

Expéditions des Théréens pour la fondation d'une colonie en Libye.

Traditions conservées a Théra; première reconnaissance de

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i/ÎLE de Platée. — Dix-sept générations après la colonisation deThéra, le sceptre se trouvait entre les mains de Grinos fils d'Esanios; et le principal des Minvens était Aristote ou Aristée fils de Polymneste, plus connu sous le nom de Battos, descendant de ce Sésame , fils de Leucophane et petit-fils de l'argonaute Euphème, qui avait accompagné Théras à Calliste. Or voici , au dire d'Hérodote , ce que racontaient d'eux les Théréens.

Grinos fils d'Esanios , descendant de Théras et roi de l'île de Théra, était allé à Delphes pour y offrir une hécatombe, en compagnie de plusieurs habitants de son île, et entre autres du minyen Battos fils de Polymneste, euphémide. Quand ce prince consulta l'oracle, la Pythie lui répondit qu'il lui fallait aller fonder une ville en Libye. « Divin Apollon, s'écria Grinos, « je suis vieux , trop lourd pour de « telles entreprises»; et montrant Battos : « Chargez-en plutôt quelqu'un « de ces jeunes gens venus avec moi.» De retour dans leur île, les Théréens n'eurent aucun égard à la réponse de l'oracle, attendu que ne sachant point où était la Libye, ils n'osaient s'aventurer à y envoyer une colonie.

Il se passa ensuite sept années sans qu'il plût à Thera, où la sécheresse fit périr tous les arbres hors un seul ; les Théréens eurent alors recours à l'oracle, et la Pythie leur ordonna de nouveau d'aller fonder une colonie dans la Libye. N'ayant donc pas d'autre remède à leur fâcheuse position, ils envoyèrent en Crète s'enquérir de quelqu'un, crétois ou étranger, qui eût été en Libye. Les envoyés parcoururent l'île, et arrivés à la ville d'Itanos, ils y découvrirent un teinturier en pourpre, nommé Corobios , qui leur dit avoir été poussé par un vent violent dans l'île de Platée en Libye; ils l'engagèrent moyennant salaire, et revinrent avec lui à Théra. On fit partir alors , sous la conduite de Corobios, un petit nombre de citoyens chargés d'examiner les lieux ; et quand il les eut menés à l'île de Platée , ils l'y laissèrent avec des vivres pour quelques mois ,

et remirent en mer pour aller en diligence faire aux Théréens leur rapport sur cette île.

Séjour de Corobios ; arrivée des colons a Platée.— Leur absence s'étant prolongée au delà du temps convenu , Corobios se trouva dans une très-grande disette; heureusement qu'un navire de Samos , qui allait en Egypte sous le commandement de Coïéos , ayant abordé à Platée et appris la position critique de Corobios , lui donna des vivres pour un an, après quoi il se remit en route pour l'Egypte où il était pressé d'arriver ; mais le vent d'est qui soufflait alors, emporta, comme on sait, le navire jusqu'au delà des colonnes d'Hercule. La conduite de Coléos à l'égard de Corobios fut l'origine de la grande amitié que les Théréens et les Cyrénéens eurent depuis ce temps pour les Samiens.

Les Théréens qui avaient laissé Corobios à Platée, rendirent compte , à leur arrivée chez eux, de l'établissement qu'ils avaient commencé de former dans cette île libyenne. Là-dessus il fut résolu que de tous leurs cantons , qui étaient au nombre de sept, on enverrait des hommes, que les frères tireraient au sort, et que Battos serait leur chef et leur roi : et en conséquence de cette résolution , furent équipés deux vaisseaux à cinquante rames, qui transportèrent à Platée les nouveaux colons.

Récit des Cyrénéens; origine cretoise de battos par sa mere.

— Les traditions cyrénéennes , consignées dans l'histoire d'Hérodote, et rappelées dans les chants de Pindare, attribuent à Battos un rôje plus important, et entrent, à l'égard de ce prince, dans beaucoup plus de détails, que nous allons rapporter aussi. Nous ne pouvons mieux taire que de transcrire le récit du vieil historien.

Étéarque, roi de la ville d'Axos en Crète, ayant perdu sa première femme, dont il avait une fille appelée Phronime, prit une nouvelle épouse, qui, à peine installée chez lui , se conduisit en véritable marâtre , cherchant tous

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les moyens de nuire à la jeune princesse, qu'elle accusa enfin, auprès de son crédule époux , de s'être abandonnée à un homme ; et à l'instigation de cette femme, Etéarque se porta, à l'égard de sa fille , à une résolution odieuse. Il y avait alors à Axos un marchand théréen nommé ïhémison:

ce prince le fit venir , et après avoir contracté avec lui l'hospitalité, il lui fit promettre , avec serment , de lui prêter son ministère dans toutes les choses où il aurait besoin de lui : et dès que le serment eut été prononcé, il lui remit sa fille, en le chargeant de l'emmener et de la jeter à la mer.

Fâché de se trouver ainsi lié par une promesse surprise à sa bonne foi, Thémison rompit avec Ktéarqne, partit avec la jeune princesse, et pour obéir à son serment, quand il fut au large, il la jeta à la mer, mais attachée à une corde , au moyen de laquelle il la retira de l'eau ; et il remmena à Théra. Là elle fut recueillie par un grand seigneur nommé Polymneste, (le qui elle eut, quelque temps après, un fils qui, d'après les Théréens aussi bien que les Cyrénécns, fut appelé Battos.

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