‹ Afrique. Tableau generalChapitre 58 sur 232 · A TRAVEES LE DESERT JUSQU'AU · texte numérisé non relu

A TRAVEES LE DESERT JUSQU'AU

temple d'Ammon. — Il quitta la côte à Parétonion pour s'avancer directement vers le temple d'Ammon à travers le désert et les sables brûlants de la Libye; il emportait dans des outres chargées sur des chameaux la provision d'eau nécessaire pour voyager dans ces vastes solitudes dépourvues de sources ; mais le quatrième jour cette provision était déjà épuisée , et son armée , haletante et abattue, eût éprouvé toutes les horreurs de la soif, sans une pluie abondante qui survint à l'improviste, et qui fut regardée comme un prodige, aussi bien que le fait suivant raconté par Arrien d'après l'autorité de Ptolémée le Lagide et d'Aristobule , deux des compagnons assidus d'Alexandre.

« Quand le vent du midi souffle dans ces contrées, il élève une si grande quantité de sables, qu'il en couvre les chemins disparus. Alors ces plaines offrent l'aspect d'un océan immense :

ni arbres, ni hauteurs pour se reconnaître ; rien n'indique la route que doit tenir le voyageur, plus malheureux que le nocher, dont les astres du moins dirigent la navigation. Alexandre et les siens étaient dans cet embarras, lorsque, au rapport de Ptolémée, deux dragons sifflent et précèdent l'armée:

Alexandre accepte l'augure et ordonne de suivre leur trace, qui dirige ainsi leur marche vers le temple, et ensuite leur retour. Mais Aristobulç prétend, et son opinion paraît plus généralement adoptée, que ce furent deux corbeaux dont le vol guida l'armée. Je crois bien, ajoute Arrien , qu'Alexandre n'arriva que par un prodige; mais ici, vu la diversité des récits, tout n'est qu'obscurité.

« L'ondée imprévue qui survint au milieu du désert avait permis à l'armée de recueillir dans un ravin une nouvelle provision d'eau pour les quatre journées qu'il lui restait à faire dans cette contrée aride. On arriva enfin au lac amer, et après avoir marché encore l'espace de cent stades, on < gagna les lieux habités; puis, en une journée de marche on atteignit le temple d'Ammon.

Description de l'oasis d'Ammon. — Ce district, entouré de toutes parts de déserts sans eau et sans culture , est lui-même arrosé , sur un espace de cinquante stades en tous sens , d'eaux abondantes , douces et saines , qui fertilisent un sol couvert de bosquets, et surtout de vergers, où l'on jouit d'une agréable température semblable à celle du printemps, formant un délicieux contraste avec la sécheresse et l'intolérable chaleur des alentours.

« On dit (nous empruntons ces détails à Diodore de Sicile) que le temple fut bâti par l'égyptien Danaùs. La région sacrée où il domine a pour voisins, à l'ouest et au sud les Éthiopiens, au nord les Libyens nomades et les JNasamons qui leur succèdent vers l'intérieur; ce canton lui-même est exclusivement habité par les Ammoniens. Au centre est une acropole composée de trois forteresses ; la première est l'an-

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cienne résidence royale des princes du pays ; la seconde, beaucoup plus considérable, renferme la demeure des femmes, des enfants, et de tous les parents du roi, la citadelle, le sanctuaire, et la fontaine sacrée où sont purifiées toutes les offrandes destinées à la divinité du lieu. Dans la troisième habitent les satellites du roi, qui y ont des casernes fortifiées.

«Non loin de l'acropole est un autre temple d'Ammon , ombragé d'arbres grands et touffus , et près duquel se trouve la fameuse fontaine du soleil à la température périodiquement changeante. L'image du dieu est couverte d'émeraudes et d'autres pierreries ; et les oracles sont rendus avec des formes particulières : quatre-vingts prêtres portent sur leurs épaules une nef d'or dans laquelle le dieu est conduit à l'endroit dont il fait choix ; il est suivi d'une troupe nombreuse de filles et de femmes psalmodiant en leur langue, tout le long du chemin, des hymnes en son honneur. »

Alexandre consulte l'oracle et retourne a Memphis.— Alexandre ayant été introduit dans le temple, en présence du dieu, le plus vieux des prêtres s'avança vers lui en le saluant du titre de fils, au nom de la divinité dont il était le prophète ; Alexandre , oublieux de sa destinée mortelle, s'empressa d'agréer ce titre en demandant que Jupiter lui accordât l'empire du monde : ce à quoi il fut répondu aussitôt qu'il serait le maître de toute la terre. Il voulut ensuite savoir si tous les meurtriers de son père avaient été punis ; et. le prêtre courtisan de répondre : que le dieu son père était au-dessus de toute atteinte criminelle; mais que s'il voulait parler de Philippe, les meurtriers de ce prince avaient subi leur peine; et il prédit enfin à Alexandre qu'il serait toujours invincible jusqu'à ce qu'il allât prendre place auprès des dieux.

Merveilleusement satisfait de ces oracles, le héros macédonien fit à Ammon et à ses ministres de magnifiques offrandes, et se remit en marche pour l'Egypte, en passant par le même

chemin selon Aristobule, en allant directement à Memphis au dire de Ptolémée, qui semble avoir, sur ce point, une plus grande autorité.

Alexandre pourvoit a l'administration de l'Egypte et de la Libye. — De retour à Memphis , il distribua le gouvernement et l'administration de l'Egypte et des contrées voisines entre divers officiers :

et la satrapie de Libye échut à Apollonius , fils de Charinus. La Cyrénaïque y était-elle comprise ? Il semble difficile d'en douter : car Alexandre avait la prétention de commander au monde; et l'on sait qu'il reçut plus tard les députations des peuples africains plus reculés à l'ouest, les Libo- Phéniciens, les Carthaginois,et autres, jusqu'aux colonnes d'Hercule. Mais on peut considérer, en même temps, que le conquérant macédonien n'imposait qu'un joug très-léger aux nations subjuguées, et qu'à l'égard des populations grecques en particulier sa domination était plutôt un simple protectorat. Il est donc plausible de croire que tout annexée qu'elle était à l'empire d'Alexandre , la Libye cyrénaïque n'en conservait pas moins toutes les libertés politiques dont elle s'était habituée à user et abuser à son caprice.

On en vit de nouvelles preuves au moment où la mort d'Alexandre vint livrer les lambeaux de son empire à l'ambition de, ses généraux : on sait en effet que l'Egypte échut en partage à Ptolémée le Lagide, qui en prit possession sans conteste ; mais la Cyrénaïque suivait alors d'autres destinées , que Diodore de Sicile nous a racontées avec détail, et que nous rapporterons d'après lui.

Histoire de la tyrannie de Thimbron.

Thimbron appelé a Cyrène par une faction; ses premiers succès. — Il faut rappeler d'abord que pendant l'expédition d'Alexandre dans les Indes, Harpale, qu'il avait laissé gouverneur de Babylone, supposant" que son maître n'en reviendrait jamais, s'était abandonné à

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toute espèce de luxe et de débauche, de telle sorte qu'à la nouvelle du retour de son souverain , il n'osa attendre les effets de sa juste colère, et emportant cinq mille talents d'argent, il se fit suivre d'environ six mille hommes de troupes mercenaires, avec lesquelles il se rendit d'abord dans le Péloponèse, puis en Crète, où il périt par les embûches du lacédémonien Thimbron, l'un des siens, qui s'empara de ses trésors, de ses soldats et de ses vaisseaux.

Tel était l'état des choses lorsque Cyrène, toujours partagée entre deux factions rivales, et dominée alors par l'une d'elles , expulsa de son sein les chefs de l'autre parti; et ceux-ci, auxquels se réunirent les Barcéens qui partageaient la même fortune politique, allèrent chercher asile en Crète, où ils trouvèrent Thimbron disposé en apparence à prendre fait et cause pour eux. Les troupes et les réfugiés furent embarqués sur les vaisseaux, et Thimbron fit voile aussitôt pour la Cvrénaïque , où les connaissances locales des exilés qu'il ramenait lui servirent merveilleusement à diriger ses opérations. Les Cyrénéens s'étant avancés à sa rencontre , il leur livra bataille , les vainquit , leur tua beaucoup de monde, leur fit un grand nombre de prisonniers , et s'étant rendu maître du port , il les assiégea si vigoureusement , qu'il les força à capituler moyennant une contribution de cinq cents talents d'argent et de la moitié de leurs chars de guerre comme contingent dans les expéditions qu'il voulait entreprendre. Il envoya aux autres villes des délégués pour conclure une alliance, comme s'il allait soumettreles populations libyennesqui tenaient le plat-pays ; et s'appropriant les richesses que les marchands avaient abandonnées dans le port, il les livra au pillage de ses soldats afin de stimuler leur ardeur pour la guerre.

Revers répétés de Thimbron.

— Mais la fortune ne tarda point à changer la face des affaires et à mettre un terme aux prospérités de Thimbron : parmi les chefs de son armée

était le crétois Mnasiclès , homme de grands talents militaires, pétulant et audacieux, qui, mécontent du partage du butin , fit défection , et passa au côté des Cyrénéens, auxquels il persuada, par ses accusations de cruauté et de perfidie contre Thimbron , de rompre la capitulation et de reprendre leur liberté. Comme il n'y avait encore que soixante talents de payés, et qu'ils n'acquittaient pas le surplus, Thimbron, les traitant de rebelles, fit arrêter ceux des Cyrénéens qui se trouvaient dans le port , au nombre d'environ huit cents , et menant aussitôt ses troupes contre la ville, il en fit le siège, mais avec si peu de succès, qu'il fut obligé de revenir à Apollonie.

Les Barcéens et les Évhespérites ayant fourni à Thimbron, contre Cyrène, les renforts stipulés pour une autre destination, les Cyrénéens, afin de se venger de cette conduite, allèrent ravager les terres de leurs jaloux voisins: ceux-ci recoururent à Thimbron, qui partit d'Apollonie pour marchera leur aide ; et les Cyrénéens , profitant habilement de l'occasion d'après les conseils du Crétois, vinrent aussitôt sous ses ordres reprendre possession de leur port pendant l'absence de Thimbron , recouvrer leurs marchandises, et se mettre en défense,

La perte de cette place , et de ses munitions, ôta d'abord tout espoir à Thimbron; cependant, ayant repris courage et s'étant rendu maître par voie de siège de la ville de Teuchira, il conçut quelque espérance de se relever; mais il éprouva bientôt de nouveaux désastres ; car ceux qui étaient dans les vaisseaux , exclus du port et manquant de vivres, faisaient chaque jour des descentes sur la côte pour se procurer des provisions ; mais les Libyens se mirent en embuscade, en tuèrent un grand nombre, et firent beaucoup de prisonniers ; ceux qui échappèrent et purent regagner leurs vaisseaux , se dirigèrent vers les villes alliées; mais la tempête en fit sombrer plusieurs , et le reste fut emporté en Chypre et en Egypte.

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On appelle des renforts de part et d'autre. — Sous le poids de tant de calamités , Thimbron cependant continuait la guerre; il y avait dans le Péloponèse , auprès de Ténare, un corps de soldats étrangers; car beaucoup de mercenaires , restés sans emploi, erraient de divers côtés, cherchant qui les prît à sa solde; et il se trouvait alors près de Ténare une troupe de deux mille cinq cents hommes environ, dans cette position.

Thimbron leur dépêcha quelques amis intelligents , qui les engagèrent pour lui et les ramenèrent en Cyrénaïque.

Mais dans l'intervalle, les Cyrénéens, enhardis par leurs précédents succès, avaient attaqué à leur tour , étaient restés vainqueurs, et avaient tué beaucoup de monde à l'ennemi. Ainsi battu, Thimbron désespérait presque de sa cause , quand l'arrivée des renforts partis de Ténare, en augmentant notablement ses forces, vint de nouveau rétablir ses affaires et lui rendre courage.

Les Cyrénéens, de leur côté, voyant la guerre se ranimer, demandèrent aide aux Libyens du voisinage,et même aux Carthaginois ; et ayant rassemblé ainsi, en y joignant les troupes de la ville, jusqu'à trente mille soldats, ils se préparèrent à une bataille décisive. Thimbron , ayant réuni une armée considérable , livra le combat, obtint la victoire , fit un grand carnage, et se regarda comme bientôt maître des villes voisines. Mais les Cyrénéens, dont tous les chefs avaient été tués dans l'action , en élurent d'autres à leur place, avec le crétoisMnasiclès à leur tête, pendant que Thimbron, profitant de sa victoire, assiégeait Apollonie et livrait à Cyrène des assauts journaliers. La continuation de la guerre amena dans la place la disette des vivres, et bientôt le renouvellement des séditions et des querelles entre la plèbe et l'aristocratie ; le parti populaire prévalut, et expulsa les riches, qui , désormais sans patrie , allèrent chercher asile, les uns auprès de Thimbron même , les autres en Egypte auprès de Ptolémée , dont ils sollicitè-

rent des secours pour leur rétablissement, et obtinrent l'envoi d'une armée tant de terre que de mer sous les ordres du général Ophellas.

Les Égyptiens , venus au secours des Cyrénéens, s'emparent du pays. — A la nouvelle de son approche, ceux qui s'étaient réfugiés auprès de Thimbron, cherchèrent à s'échapper dans la nuit pour aller joindre leurs compagnons; mais ils furent découverts et mis à mort. De leur côté, leschefs plébéiens deCyrène, craignant les effets du retour des exilés, firent la paix avec Thimbron , et se réunirent pour résister ensembleàOphellas; mais celui-ci battit Thimbron et se rendit maître du pays et des villes , à l'exception de Cyrène qui se défendit encore vigoureusement ; Thimbron fugitif fut pris par quelques Libyens , et livré à l'olinthien Épicydes qui commandait à Teuchira pour Ophellas , puis conduit à Apollonie, où il avait commis tant de méfaits, pour y être crucifié. Enfin, Ptolémée lui-même vint , dit-on , achever en personne la conquête de la Cyrénaïque (*), et laissa garnison dans les places.

Quelle était la nature de la domination ainsi établie par Ptolémée ?

Sans doute, dans sa pensée, une souveraineté absolue ; et de cette époque , à ce compte , devrait dater le règne des Lagides à Cyrène. Mais il est douteux que les Cyrénéens fussent disposés à considérer'comme un maître véritable l'allié dont ils étaient allés solliciter le secours ; et le monarque égyptien avait trop affaire luimême, en ces premières années de son avènement, avec les rivalités et les intrigues auxquelles donnait lieu le partage de la succession d'Alexandre , pour s'appliquer à tenir dans une stricte obéissance une population qu'on faisait plier difficilement sous le joug.

Histoire de la tyrannie d1 Ophellas.

Intervention d'Ophellas dans les dissensions des Cyrénéens.

— Il arriva cependant , peut-être, que

(*) L'an 3aa avant l'ère vulgaire.

7* Livraison. (Afrique ancienne.)

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la garnison égyptienne que les Cyrénéens avaient reçue comme une concession , voulut un jour faire la loi ; telle fut sans cloute la cause d'une insurrection qui éclata par la suite (*) , et dans laquelle les Cyrénéens , rejetant la garnison dans la citadelle, l'y tinrent bloquée : il vint d'Alexandrie des envoyés chargés de les inviter à lever le siège ; mais les Cyrénéens irrités tuèrent les envoyés, et pressèrent plus vivement encore les soldats égyptiens. Ptolémée, irrité à son tour, envoya une armée sous les ordres d'Agis , et une flotte sous le commandement d'Épainète; Agis, ayant attaqué vigoureusement les insurgés , se rendit maître de la ville , se saisit des chefs des mutins pour les envoyer à Alexandrie , désarma les autres , et ayant rétabli l'ordre dans la Cyrénaïque , s'en retourna en Egypte.

Il est probable que l'insurrection ainsi apaisée n'était que l'une des phases de la lutte toujours subsistante des deux partis entre lesquels se divisait la population de Cyrène, l'un ayant pour noyau l'aristocratie des villes qui s'appuyait sur l'armée d'occupation égyptienne commandée par Ophellas, l'autre formé de la plèbe impatiente de toute domination et de tout frein. L'expédition d'Agis et d'Épainète ayant rendu à Ophellas la supériorité de forces que l'insurrection populaire avait quelque temps neutralisée , le parti aristocratique , recouvrant par ce moyen sa prépondérance politique, dut se montrer reconnaissant envers le chef macédonien qui avait fait cause commune avec lui; et de là résulta sans doute, pour celui-ci, l'occasion et le dessein de se former aussi un royaume indépendant , à l'exemple des autres compagnons d'armes d'Alexandre.

Ophellas se déclare roi de Libye. — Quoi qu'il en soit, au lieu de se borner à être le lieutenant de Ptolémée, Ophellas prit en son propre nom le gouvernement de la Cyrénaïque avec le titre de roi, et ayant réuni des

(*) L'an 3i3 avant l'ère vulgaire.

troupes nombreuses , il manifesta des intentions d'agrandissement qui arrivèrent jusqu'aux oreilles d'Aaathocles, roi de Syracuse , alors en Afrique , où il menait rude guerre aux Carthaginois. Ce prince dépécha le syracusain Orthon vers Ophellas, pour lui proposer une alliance offensive contre les Carthaginois leurs ennemis communs, dont la destruction laisserait à Agathocles la possession paisible de la Sicile , à Ophellas l'empire de la Libye. Le Macédonien accepta avec joie, et envoya demander du renfort à Athènes/où il était connu et fort estimé, tant à cause de son mérite personnel qu'à raison de son mariage avec Euthydice fille de Miltiades, de la race du vainqueur de Marathon : les Athéniens se rendirent avec empressement à son invitation ; et beaucoup de guerriers des autres cités de la Grèce accoururent aussi se ranger sous ses drapeaux, espérant que la fortune allait leur livrer la plus belle portion de la Libye et les richesses de Carthage pour se refaire de l'état misérable où les dissensions intestines les avaient réduits.

Expédition malheureuse d'Ophellas contre les carthagi- NOIS. — Ophellas ayant tout préparé pour son expédition, se mit en marche avec une armée de dix mille fantassins, six cents cavaliers, et cent chars montés par plus de trois cents combattants; il y avait en outre, hors des cadres de l'armée, près de dix mille hommes, avec femmes, enfants et bagages, en sorte qu'il semblait que ce fût une colonie tout entière. Après dix-huit journées de route, pendant lesquelles on avait parcouru plus de trois mille stades , on campa auprès d'Automalax.

Au delà sont des montagnes aux flancs abrupts, renfermant une vallée profonde d'où surgit une roche escarpée, au pied de laquelle des lierres et des cyprès cachent l'entrée d'une vaste caverne. C'est là, dit-on, que vivait jadis la reine Lamia, femme d'une beauté merveilleuse, transformée en bête féroce à cause de

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sa cruauté: on raconte que, voyant mourir tous ses enfants , le chagrin lui inspira une envie furieuse contre les femmes fécondes , et qu'elle leur fit arracher leurs enfants pour être aussitôt massacrés. « Aussi, jusqu'à ce jour, écrit Diodore de Sicile, les enfants ont -ils gardé le souvenir de cette femme , dont le nom est pour eux un épouvantail. » Elle chercha l'oubli de ses douleurs dans l'ivresse, laissant alors chacun faire ce qu'il voulait, sans s'enquérir de ce qui se passait dans le pays, en sorte qu'on la tint pour aveugle : et l'on en vint à dire tigurativement qu'elle avait mis ses yeux dans sa poche, exprimant son incurie née de l'ivresse par la cécité supposée que lui aurait causée le vin. Qu'elle ait, dans tous les cas, vécu en Libye, c'est un point, ajoute Diodore, sur lequel on peut invoquer le témoignage formel d'Euripide, lorsqu'il dit (*) :

« Qui ne connaît la race, en horreur aux mortels , de la libyenne Lamie? »

Ophellas conduisit "ses troupes à travers ces déserts arides et infestés d'animaux dangereux , où le manque d'eau et de vivres mit en péril le sort de toute l'armée. Au voisinage des Syrtes , le pays est rempli de bêtes venimeuses dont la morsure fit beaucoup de ravages , sans que la médecine ni les soins de l'amitié en pussent conjurer les effets; on rencontrait des serpents dont la couleur terreuse se confondait tellement avec celle du sol , qu'on ne savait les éviter, et ceux qui les foulaient par inadvertance, périssaient de leurs morsures. Enfin après plus de deux mois de la marche la plus pénible, on rejoignit Agathocles , et l'on campa dans le riche pays de Carthage : on sait comment le perfide Syracusain fit périr Ophellas (**) pour s'approprier son armée.

(*) Tic, xowo\).<x tô è7uoveiôiarov (ipoTôiç Oùx otôe Aajnocç xrjç Xiëua-uxyjc; yévoç. Euripid. apud Diodor. , XX, 4».

(**) L'an 3o8 avant notre ère.

'AyaôoxXTÎç 'OçéXav... uvjôofJLSvoç elvai çiXo- 7tat8a, Ô(JLT)pov aùxâ) tov ÏStov vtôv £7CE[x<|>£v cHpaxXe(ÔY)v tbpatov 6vxa '0 Kvorivaîoç

Conquête de la Cyrénaique par les Égyptiens. — Avec la mort d'Opheilas s'évanouit le rêve d'un empire de Libye. Mais ce n'est point à dire que Cyrène tombât immédiatement sous la domination égyptienne; la veuve d'Opheilas, Euthydice , retournée en Grèce, y devint l'épouse deDémétrius fils d'Antigone, l'ennemi le plus redoutable de Ptolémée, et Ton peut croire qu'elle employa l'influencequ'elle devait avoirconservée en Libve, à déjouer les projets de conquête cfu maître d'Alexandrie. Nous savons du moins , de Pausanias , qu'au moment où Ptolémée marchait contre Cyrène, Antigone, lui enlevant la Sj rie et la Phénicie , le forçait à revenir vers l'Orient; puis ce fut en Chypre, et bientôt en Egypte même, qu' Antigone et Démétrius"" transportèrent le théâtre de la guerre , en sorte qua c'est seulement après la mort d'Antigone et la défaite de Démétrius, à la célèbre bataille d'Ipsus (*) , que Ptolémée , ayant repris possession de la Syrie et de l'île de Chypre , put songer de nouveau à soumettre la Cyrénaique.

Il chargea de ce soin son beau-fils Magas , iils de cette Bérénice qui , de suivante qu'elle était d'abord de la reine Eurydice fille d'Antipater, s'était élevée à son tour jusqu'à la couche royale. Magas , fils de l'obscur macédonien Philippe, dut à l'influence de sa mère le commandement des troupes chargées de réduire les Cyrénéens a l'obéissance , et ensuite le gouvernementde la nouvelle province ajoutée par ses armes à l'empire des Ptôlémées.

C'est de ce moment que date l'établissement définitif de l'autorité des Lagides sur la Cyrénaique.

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