‹ Afrique. Tableau generalChapitre 60 sur 232 · BÉRÉNICE ÉPOUSE SUCCESSIVE- MENT DÉMÉTRIUS ET PTOLÉMÉE · texte numérisé non relu

BÉRÉNICE ÉPOUSE SUCCESSIVE- MENT DÉMÉTRIUS ET PTOLÉMÉE

Evergète. — Cependant, le mariage de Bérénice avec le prince royal d'Egypte n'était point encore accompli; et la reine Arsinoé, mère de la jeune princesse, contre le vœu de laquelle cette

alliance avait été résolue, s'empressa de la rompre pour faire passer entre les mains d'un autre époux le sceptre de la Cyrénaïque. Arsinoé jeta les yeux sur le beau Démétrius , fils du Polyorcète, et frère d'Antigone Gonnatas roi de Macédoine : ce prince accepta avec joie l'offre qui lui fut faite de la main de Bérénice et du trône de Cyrène; il accourut, fut fiancé à la royale héritière, et prit possession de son royaume : mais il n'en jouit pas longtemps.

Démétrius était d'une telle beauté, que le philosophe Arcésilas s'en était épris, et que la reine mère conçut pour lui un amour auquel il ne sut'pas luimême résister : Bérénice, offensée de l'oubli qu'il faisait de ses engagements envers elle , conjura sa perte; et l'imprudent Démétrius fut surpris et mis à mort par ses ordres , dans la propre chambre d'Arsinoé, qui essaya vainement de le défendre (*).

Alors Bérénice, libre d'accomplir le mariage auquel son père l'avait destinée , apporta en dot à Ptolémée Evergète, au moment même où il montait sur le trône d'Egypte (**), la couronne de Cyrène , une beauté que les poètes ont célébrée, et une pureté virginale qu'ils ont aussi proclamée dans leurs vers (***). Callimaque la représentait comme la quatrième des Grâces, et Cyrène préparait ses parfums de rose les plus délicieux pour sa magnifique chevelure , immortalisée par le sacrifice qu'elle en fit à Vénus pour obtenir l'heureux retour de son époux lors de son expédition de Syrie, et par la flatterie de l'astronome Conon de Samos qui lui donna place

(*) Cùm in lectum socrùs concessisset percussores immittuntur.Sed Arsinoë auditâ voce filiae ad fores stantis et prœcipientis ut malri parcerent, adulterum paulisper corporesuo protexit. (Justin, Hist. XX"VI.) (**) L'an 247 avant l'ère vulgaire.

( ) Quà Rex tempestate, novis auctus hymenacis , Vastatuin fines iverat Assyrios , Dulcia nocturna? portans vestigia rix« Quara de virgiiieis gesserat exuviis.

Catulle . de Coma Berenicis.

L'UMVERS.

parmi les constellations célestes, et plus encore par les chants de Callimaque et de Catulle.

Travaux et mort de Bérénice.

— Bérénice, dont le nom et l'image accompagnent le nom et l'image de Ptolémée Évergète sur les nombreux monuments dont la magnificence de ce règne orna les villes de l'Egypte, voulut aussi consacrer, dans les dénominations nouvelles qu'elle imposa à quelques-unes des villes de la Cyrénaïque, la mémoire de son époux, de sa mère, et d'elle-même; le port de Barkè fut ainsi appelé désormais Ptolémaïs , et la trace en est restée au nom moderne de Tolomeytah ; Teuchira reçut celui d'Arsinoé, qui s'est effacé ; et Hespéride celui de Bérénice, qui a disparu sous celui de Ben-Ghâzy.

Après un règne d'environ trente ans, depuis la mort de son père, Bérénice, qui avait eu la douleur de voir son époux bien-aimé périr par le poison (*) de la main d'un (ils qu'une amère ironie surnomma Philopator, et son autre fils Magas sacrifié par son frère à une ombrageuse ambition, Bérénice elle-même devint la victime de ce fils dénaturé. Peut-être avaitelle eu la pensée de réserver à Magas le trône de Cyrène; peut-être eût-elle pu en faire pour elle-même la dot d'un nouveau mariage : son fils aîné coupa court successivement à toutes ces éventualités, en se défaisant de Magas et de Bérénice, comme il s'était défait de son père pour se saisir plus tôt du sceptre de l'Egypte; il ne lui restait plus que sa sœur Arsinoé : il l'épousa.

La Cyrénaïque réunie à l'Egypte.

Règne de Ptolémée Philopator.

— Ptolémée Philopator, débarrassé de tout compétiteur, réunit ainsi sur sa tête les deux couronnes d'Egypte et de Cyrène. Nous savons peu de chose de lui , en ce qui concerne cette dernière royauté : Tite-Live , cependant, nous a conservé l'indication d'un fait

(*) L'an 222 avant l'ère vulgaire.

qui s'y rattache. Pendant les campagnes d'Annibal en Italie , quand les Campaniens, préférant l'alliance de Carthage à celle de Rome, lui ouvrirent les portes de Capoue (*) , Décius Magius, qui s'était hautement élevé contre cette honteuse soumission de sa patrie , lui fut livré, et aussitôt embarqué pour être exilé à Carthage; mais la tempête emporta le bâtiment de l'autre côté des Syrtes, et Décius Magius aborda à Cyrène, où il courut se mettre sous la sauvegarde de la statue du roi. Ce fut le gage de sa délivrance; conduit à Alexandrie devant Ptolémée pour s'expliquer, il exposa comment Annibal, au mépris du droit des gens, l'avait fait charger de chaînes , et le roi les lui fit ôter aussitôt , lui permettant de s'en retourner à son gré à Rome ou à Capoue : Magius demanda à rester dans les États du prince à la protection duquel il devait son retour a la liberté.

Règne de Ptolémée Épiphanes.

— Ptolémée Épiphanes, âgé seulement de cinq ans, succéda à son père en l'année 205 avant notre ère, et porta, pendant vingt-quatre années, la double couronne de Cyrène et de Memphis.

C'est sous son règne qu'Annibal, depuis trois ans réfugié près d'Antiochus de Syrie, voulut tenter un dernier effort contre Rome : après avoir persuadé à son hôte de passer avec des troupes en Italie, il partit lui-même pour l'Afrique avec cinq vaisseaux (**), et vint débarquer à l'extrémité du territoire cvrénéen, où il appela son frère Magon "pour concerter avec lui les moyens de déterminer sa patrie à reprendre les armes; mais les Carthaginois prononcèrent aussitôt contre Magon la même peine qu'ils avaient portée contre Annibal ; et les deux frères n'eurent d'autre parti éprendre que de se rembarquer.

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